‹ Entomologie analytiqueChapitre 66 sur 204 · P. XXE · texte numérisé non relu

P. XXE

SIXIÈME FAMILLE : LES HÉLOCÈRES ou CLAVICORNES.

Nous avons appelé Hérocires ou Clavicornes cette famille d'insectes coléoptères pentamérés, à élytres durs couvrant tout le ventre; dont les antennes sont terminées par un petit globule où en masse perfoliée, souvent allongée , formée par les derniers articles aplatis et plus gros que les autres et comme enfiles.

Cette dénomination, que nous avons empruntée aux deux mots grecs réunis, indiquerait des cornes ou des antennes en forme de elou ; ce qui est exprimé par le terme tiré du latin clavicornes, de fc, tête de clou et de xé5x, corne ou antenne.

Dès l’année 1799, nous avions désigné cette famille sous ce nom de Clavicornes, dans le grand tableau synoptique que nous avions inséré à la fin du premier volume des ZLecons d'anatomie comparée que nous avions rédigées pour le cours de Georges Cuvier, et nous l'avons réintroduit à la page 205 de la Zoologie analytique. Ce n’est qu’en 1817 que Latreille a employé ce nom de Clavicornes, dont tous les auteurs modernes lui attribuent l’origine; ear il y a placé les mêmes genres que nous.

[l est facile de distinguer les insectes de cette division des pentamérés par les simples observations que nous allons reproduire. D'abord leurs élytres sont durs et non flexibles, comme dans les Téléphores qui sont dits Apalytres. Ces étuis ne sont pas comme tronqués et raccourcis, de manière à ne pouvoir couvrir tout le ventre , comme dans les Staphylins, qui appartiennent à la famille des Brachélytres ; leurs antennes ne sont pas eu soie ni en fil, comme dans les Ca-

Se PY

COLÉOPTÈRES. HÉLOCERES. LA rabes, les Dytiques, les Taupins, les Vrillettes; tous ces genres étant répartis dans les nombreuses familles des Créophases, Nectopodes, Sternoxes et Térédyles, et quoique leurs antennes se terminent par une extrémité plus grosse, cette petite masse n'est pas feuilletée on lamellée comme celle des Hannetons et des Cerfs-volants des familles des Pétalocères et des Priocères. Les seuls Stéréocères, comme les Escarbots, les Anthrènes, pourraient être confondus ou rangés d’abord avec les Hélocères, si dans ces premiers la portion subitement grossie des antennes n’était pas solide et non formée d'articles percés d’outre en outre, comme perforés par un support central, ou ainsi qu'on le dit, perfoliés ou enfilés par leur centre.

Les Hélocères font le plus souvent leur nourriture principale de matières organisées animales, mais lorsqu'elles sont privées de la vie, commençant à se décomposer ou à entrer en putréfaction. Il semble que ces insectes soient appelés par la nature à faire disparaître tout ce qui pourrait altérer l’éclat de son spectacle, ou lui donner une autre forme ou une autre destination.

Ces insectes pénètrent dans tous les lieux où peuvent être déposées les matières dont ils doivent retirer leur subsistance, dans les eaux mèmes et sur les rivages, comme dans les terrains les plus secset les plus arides, dans l'intérieur de la terre ou à sa superficie. La plupart paraissent doués du sens de l'odorat d’une manière très-parfaite; de sorte qu'à peine un cadavre est-il déposé dans un endroit, que les Insectes de cette famille des Hélocères, comme alléchés par l’odeur qui en émane, se rendent bientôt en troupes, vers ces restes inamimés, pour s’en repaître et y déposer leur progé-

niture. Quelques-uns, cependant, ne paraissent vivre que de matières végétales qui se pourrissent et fermentent; dans les ulcères sanieux des arbres, des ormes en particulier, ou du suc épaissi de la séve dans lequel on les trouve comme ensevelis. Quelques-uns habitent dans la chair ou le parenchyme des Bolets spongieux et des autres Champignons qui s’altèrent et se pourrissent.

L'histoire de ces animaux est en général très-curieuse ; mais elle varie trop dans les différents genres pour qu’on puisse la présenter avec quelques détails, sans s’exposer à des répétitions ; nous les renverrons donc aux particularités que nous présenterons en étudiant certaines espèces dont nous indiquons d'avance les genres, savoir : les Boucliers ou Silphes, les Nécrophores, les Dermestes, les Nitidules, les Hydrophiles.

Dix genres principaux sont rapportés à cette famille. Nous ferons d’abord connaître leurs caractères distinctifs, au moyen du système analytique que nous terminerons par une représentation synoptique.

Le premier de ces genres semble lier la famille des Hélocères à celle des Pétalocères, aussi quelques auteurs ont-ils rangé les Sphéridies avec les Scarabées. Ils ont, en effet, la forme plus arrondie et beaucoup moins allongée que tous les genres suivants; leurs pattes de devant sont dentelées et propres à fouir la terre. Aussi les trouve-t-on dans les bouses qui s’altèrent, mais peut-être pour y absorber seulement les matières animales qui y restent; on les rencontre également sous les écorces humides des arbres qui paraissent malades ou dont les humeurs découlent des ulcères qu'ils produisent peut-être, ou dont ils peuvent prolonger la durée

COLÉOPTÈRES. HÉLOCÈRES. 370 chronique et les ravages. Quelques-uns cependant se trouvent dans les fleurs au moment où elles se fanent.

Les Scaphidies, dont le corps épais est presque ové, ressemblent au genre Birrhe; mais leur ventre se prolonge un peu en arrière, comme dans les Boucliers et les Nécrophores. On ne trouve guère les Scaphidies que dans les Champignons, avec les Mycétobies.

Les Nitidules ressemblent en petit à des Silphes : leur corps est aplati, allongé ; leur ventre est entièrement embrassé par les élytres; la forme des antennes suffit pour les faire distinguer. |

Les Silphes, les Boucliers et les Nécrophores se nourrissent exclusivement de la chair des animaux à vertèbres, déjà privés de la vie. Les uns recherchent les cadavres les plus infects, les animaux noyés depuis longtemps et rejetés sur les rivages; les autres préfèrent ceux des petits animaux, des Souris, des Musaraignes, des Taupes, des Grenouilles, des Lézards. Ils se réunissent comme pour enterrer leurs cadavres, car ils creusent une sorte de fosse dans laquelle ils les font tomber et, avant de les recouvrir de terre, ils y déposent leurs œufs afin que les larves puissent se développer ainsi sous la terre.

Les Élophores et les Parnes se trouvent le plus souvent sur les plantes aquatiques qui se pourrissent. Ils diffèrent surtout par la forme du corps et des antennes qui sont plus courtes que la tête et protractiles dans les Parnes.

Les Hydrophiles constituent un genre anomal dont la forme est celle des Dytiques ; mais ceux-ci ont les antennes en soie et les autres en masse; les uns sont carnassiers et les autres herbivores.

Les Dermestes, qui ont recu leur nom du choix qu'ils paraissent faire de préférence pour leur nourriture de la peau des animaux, sont faciles à distinguer par les formes du corps, des pattes et des antennes qui sont plus longues que leur tête.

Onne connaît pas encore les mœurs des Byrrhes, dont plusieurs espèces cependant ont été rencontrées dans les plaies humides et récentes des arbres quand la séve en découle ou quand elle se dessèche et prend une consistance spongieuse.

Suit le tableau, extrait de la Zoologie analytique.

; SIXIÈME FAMILLE DES COLÉOPTÈRES : LES HÉLOCÈRES où CLAVICORNES (1).

CanacTÈres : Pentamérés à élytres durs; à antennes en masse perfoliée, souvent très-allongée.

‘hémisphérique ; jambes antérieures plates, dentelées,. ............... À SPHÉRIDIE.

bombés ; corps. prolongé en pointe 2 SCAPHIDIE.

bombé en dessus et en dessous , vente]

rond, obtus 11 Byraue.

ovale aplatis propres au nager 9 HyproPHiLE.

\ plat; jambes et tarses | | VER, visibles... 10 Denmesre.

A ÉLYTRES arrondis; antennes courtes, protractiles. PaRNE.

globuleuse, .... NÉCROPHORE.

‘beaucoup plus courts que le ventre ; antennes en masse allongée > Boucuer.

{ EE \ plats, déprimés. . globuleuse SILPHE. (relevés ; antennes en masse aussi longs, à bords allongée....... 3 Niriuse.

non relevés ; corselet plissé, chiffonné Écornonr.

(1) De ox, tête de clou, et de xépas, corne.

COLÉOPTÈRES. HÉLOCÈRES, G. SPHÉRIDIE. 375 39. GexRE SPHÉRIDIE. SPHÆRIDIUM. (Fabricius.)

CaracrÈRes : Coléoptères à cinq articles à tous les tarses ; à élytres durs; à antennes terminées par une petite masse d'articles comme perforés ; à corps hémisphérique bombé, plat en dessous.

Ce genre, établi par Fabricius, tire son nom évidemment du grec comoiMov, en forme de sphère; mais il n’est pas heureux en ce qu'il représenterait ici la moitié d’une sphère ou

d’une boule. La plupart des espèces ont le dessus du corps bombé, presque aussi large qu'il est long; mais il est plat en dessous, et les jambes antérieures sont dentelées et aplaties, propres à fouir la terre.

On ne connaît pas les larves des Sphéridies. Leur manière de vivre est probablement variée, car on trouve les unes dans les bouses de vache desséchées, et d’autres sous les écorces ou dans la matière altérée de la séve des arbres attaqués de carie humide; d’autres enfin paraissent.se nourrir des feuilles

tombées dans l’eau et qui y pourrissent.

1. Sphéridie scaraboide. Sphæridium scaraboides. Ï est d’un'noir lisse, brillant ; son écusson est allongé; les élytres ont deux taches rouges, tantôt séparées, tantôt réunies.

Cette espèce se trouve sous les bouses desséchées.

2. Sphéridie à faisceaux. S. fasciculare. Noir ; élytres à points jaunes, formés

par de petits paquets de poils qu’on reconnaît avec la loupe. Cette espèce se trouve dans les caries de l’orme.

3. Sphéridie à un point. S.unipunctatum. Il est noir aussi; mais les bords de son corselet, ainsi que ceux des élytres, sont un peu striés, et, de plus, les pattes sont d’une teinte plus pâle. Son corps est un peu plus allongé et plus petit que celui des autres.

Il se trouve dans les environs des matières stercorales fraiches, où il semble attiré par leur mauvaise odeur.

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