GENRE TAUPIN. ELATER. (Linné
Caractères : Coléoptères à cinq articles à tous les tarses ; à élytres durs couvrant tout le ventre; à corps allongé, déprimé, à antennes en fil, souvent dentelées un peu en scie ; corselet à deux pointes en arrière et à sternum saïllant, courbé, entrant dans une cavité du mésothorax ct servant au saut.
Ce genre, dont le nom est latin, Ælater,
choisi par Linné, est également le même en grec,
Arép, et il signifie qui frappe, qui repousse, d’où
nous avons fait en français le mot é/astique, parce
qu’en effet ces insectes, comme nous le ferons
connaître plus bas et avec détails, ont la faculté de se débander, comme à l’aide d’un ressort, par un mouvement qu'ils communiquent à la totalité de leur corps, ce qui leur a valu le nom vulgaire de Scarabées à ressort; et, à cause de la manière dont ils frappent le lieu qui les supporte, et souvent à coups redoublés, lorsqu'on les empèche de s’élancer, on les a nommés Taupins ou Maréchaux. Quelques anciens naturalistes,
Las À.
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faisant allusion au procédé que l’insecte emploie pour sauter lorsqu'il est placé sur le dos afin de se relever, comme s’il avait des pattes dans cette région du corps, l'ont nommé Notopède ou Notopoda, de vüroce et de roùc, rod, Comme si l'on disait qui a les pieds sur le dos.
A l’aide des caractères que rappelle le tableau synoptique, iest facile de reconnaître les espèces du genre Taupin, qui est d’ailleurs des plus naturels. Ainsi, les Cébrions et les Atopes ont les antennes en fil très-peu dentelées ; mais ces organes n’entrent pas dans une rainure de la partie latérale inférieure du corselet, et leur sternum n'offre pas la saillie protubérante qui sert essentiellement à Faction de sauter. Ensuite les Richards et les Trachydes, qui ont aussi les antennes pectinées, n'offrent pas derrière leur corselet les deux pointes qui s'appuient dans l'extension forcée sur la base des élytres. Enfin les Throsques ont l’avant-dernier article des tarses fort dilaté et divisé en deux lobes, tandis que les Taupins n'éprouvent pas ce développement des tarses.
On reconnaît bientôt les ‘l'aupins à leur corps étroit, allongé, légèrement déprimé, dont le corselet est à peu près de la largeur des élytres, excavé en avant comme pour recevoir la tête dans un capuchon. Leurs antennes sont plus ou moins dentelées; cependant, dans l’un des sexes, chez la femelle le plus souvent, elles sont presque simples ou en soie, tandis que chez les mâles elles sont quelquefois en peigne et presque en éventail. Une autre particularité fort remarquable dans leur conformation, c'est que leurs pattes sont courtes, à peine de la longueur du travers total de leur corps, de sorte que l’insecte peut difficilement s’en servir pour se relever quand ilest tombé sur les élytres ou du côté
du dos, re qui lui arrive souvent : il ne paraît pas craindre cette sorte de chute, car au moindre danger il quitte la place qui le supporte pour s’élancer en l’air et se laisser choir, sans avoir déployé les ailes, pour tomber à plat et rester immobile pendant quelques instants, autant sans doute qu'il croit utile ou convenable d'employer le mécanisme particulier dont il est doué. Sa structure lui donne le moyen et la force de rebondir autant de fois qu’il est tombé sur le dos ou sur le ventre; car il peut alors s'élever à plus de trente fois sa hauteur, et répéter successivement plus de vingt fois le même rebondissement.
Nous avons indiqué les caractères du genre Taupin, la conformation du corselet, qui se termine en arrière par deux pointes ou ares-boutants appuyés sur les élytres, pour empêcher ainsi le prothorax de se redresser trop en arrière. Nôus avons dit aussi comment le sternum, ou la portion moyenne inférieure se prolonge en une pointe libre et courbée, pour entrer, comme de force, dans une cavité du métathorax, entre les hanches qui supportent les pattes postérieures; mais cette pointe n’y peut entrer ou en sortir que par un violent effort musculaire, qui lui communique une sorte d'action élastique. En effet, lorsque le Taupin veut sauter, on le voit fléchir fortement le corselet du côté du dos, en débandant rapidement cette sorte de ressort tendu à l’aide des muscles destinés à relever le corselet du côté des élytres; dans ce moment il s’arc-boute : la tête et le corselet, appuyant sur le sol, lui fournissent un point de résistance, qui réagit bientôt sur la masse totale de l’insecte, pour le soulever verticalement dans l'atmosphère. Il paraît que l’insecte peut opérer le même manége, même lorsqu'il
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est tombé du côté du ventre où sont les pattes, en courbant vivement et promptement, comme une seule pièce, la tête et le corselet qui ne font qu'un mème levier, en soulevant le corps sur ses deux extrémités, en s’arc-boutant sur la pointe des élytres.
Chez quelques espèces, en même temps qu’elles produisent ce mouvement de ressort comme par une mécanique, on peut voir, lorsqu'on tient le corps de l’insecte dans la plus longue partie, qui est celle du ventre et des élytres, pressée entre le pouce et l'index, et que la tête et le corselet sont tournés sur la convexité de l’ongle, on peut voir, à chaque mouvement du débandage du ressort que l’insecte détermine, se projeter ou saillir de sa bouche une humeur plus ou moins colorée en vert noirûtre, qui est une sorte de salive que l’insecte lance par jets; de là le nom de Cracheur ou de Sputateur que l'on a donné à quelques espèces.
Les larves des Taupins paraissent vivre dans les substances ligneuses encore vivantes où mortes depuis peu de temps, comme celles des Buprestes ou Richards. Cependant on en a trouvé quelques-unes dans la terre: peut-être provenaient-elles des troncs ou des racines souterraines.
Quelques Taupins étrangers à l'Europe, tels que certaines espèces d'Amérique, ont la faculté de briller d’une lumière phosphorique, comme les Lampyres ou Vers-luisants, et ces sortes de feux nocturnes ont leur siége sous des sortes de lanternes de corne transparente, de forme variable, suivant les espèces, qu’on peut remarquer parce qu’on voit des espaces nus sur les côtés supérieurs du corselet. L'une de ces espèces s’est développée à Paris et a été recueillie
au faubourg Saint-Antoine. Fougeroux de Bondaroy l’a décrite dans les Mémoires de l’Académie des Sciences pour l’année 1776 ; on a présumé que cet insecte avait été transporté sous la forme de larve dans les bois des îles qui servent à l’ébénisterie.
Quelques larves de Taupins sont remarquables par la forme et la courbure du dernier segment de leur ventre, qui est plat, dentelé et fourchu.
Parmi plus de deux cents espèces que l’on a décrites, nous en indiquerons quelques-unes que nous avons pu observer vivantes à Paris.
1. Taupin ferrugineux. Elater ferrugineus. 11 est, en ‘dessus, d’un rouge rouillé ; les bords du corselet et le dessous du corps noirs. C’est le Taupin rouge de Geoffroy.
Nous l'avons trouvé à Fontainebleau et sur le tronc des saules qui bordent la rivière de Bièvre à Gentilly. Il est long de 0,03.
. Taupin pectinicorne. E. peclinicornis. D'un brun cuivreux ; les antennes noires ; dentelures très-rapprochées comme celles d’un peigne, surtout sur les individus mäles.
3. Taupin nébuleux. E. nebulosus. I est brun, piqueté de cendré; son corselet porte deux tubercules ; ses antennes et ses pattes sont rougeâtres. Le nom indiqué est celui de Geoffroy; mais Linné et Fabricius l’avaient appelé gris de souris, Murinus.
Taupin marqueté. E. tesselatus. D'un noir cuivreux; à taches d’un gris roussâtre sur le corselet et les élytres, qui sont striés; les crochets des tarses rougeâtres. C’est le Taupin à plaques velues de Geoffroy.
5. Taupin soyeux. E. sericeus. Brun, élytres et corselet recouverts d’un duvet grisâtre comme satiné. C’est le Taupin gris de souris, n° 10, de Geoffroy.
6. Taupin noir. E. niger. Entièrement noir; sans taches; corselet lisse, élytres striés. C’est le Taupin en deuil Geoffroy, n° 13.
1. Taupin cracheur. E. spulalor. Corselet d’un noir luisant ; élytres d’un brun marron ; pattes fauves.
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8. Taupin porte-croix. E. cruciatus. Noir, avec les bords du corcelet rouges; les élytres jaunâtres avec une croix noire. Geoffroy l’a nommé de même n°6, Nous l'avons fait figurer.
9. Taupin bordé. E. marginatus. Noir; élytres pâles, testacés, bordés de noir. C’est le Taupin Bedeau n° 11 de Geoffroy.
10. Taupin long cou. E. longicollis. Testacé ; corselet fauve , très-allongé, élytres velus et striés.
11. Taupin marron. E. castaneus. Noir; corselet à duvet roussâtre, élytres striés, jaunes, à extrémités noires. C’est le Taupin n° 4, à corselet velouté, de Geoffroy.
12. Taupin hématode. E. hæmalodes. Corselet à duvet fauve; élytres rougeätres striés et à écusson noir.
13. Taupin sanguin. E. sanguineus. Noir luisant; élytres d’un rouge de sang striés et à écusson noir. C'est le Taupin à étuis rouges, n° 2, de Geoffroy.
14. Taupin selle. E. ephippium. Semblable au précédent, mais avec une tache noire en travers sur les élytres.
15. Taupin thoracique. E. thoracicus. Noir, lisse, à corselet rouge; élvtres noirs, à neuf stries. C’est celui de Geoffroy, inscrit sous le n° 5.
16. Taupin deux pustules. E. bipustulatus. Noir, avec une tache rouge à la base des élytres, qui sont striés. C’est le même que Geoffroy avait inscrit sous le n° 15, noir, à taches rouges.