‹ Entre amis [microforme]Chapitre 38 sur 41 · LALANDE, S. J · texte numérisé non relu

LALANDE, S. J

Montréal, 17 septembre 1900.

Ce que je dirais, cher ami, “à un homme qui regretterait d'avoir perdu la foi? qui voudrait croire et qui serait prêt à pratiquer s’il croyait ? ”

Je dirais ce que j'ai déjà dit bien des fois, dans ma chambre, à plus d’un pénitent, retour du scepticisme ou du libertinage:

1° Vous doutez, mon ami? Alors vous n'’avez pas la certitude des propositions contraires à vos anciennes croyances. Pourquoi avez-vous abandonné celles-ci sur une simple incertitude ? Vous étiez en possession de vérités qui ont été longtemps pour vous certaines. Et elles étaient précieuses puisque vous regrettez de les avoir perdues. Pour annuler un titre ou un droit certain de propriété, il faut un titre ou un droit non moins certain. Si vous aviez une maison ou une bourse, et qu’un escroc vînt la

réclamer, vous croiriez-vous obligé de la lui livrer, parce qu'il vous ferait douter qu’elle fût à lui? N’auriez-vous pas droit d'attendre la certitude de ses preuves? Et, en attendant, ne continueriez-vous pas à habiter votre maison et à garder votre bourse? Mon cher, vous

ER

Se

paingratien st où

ALERT Fiesta tien de M tte rt EN ni

Hi proue

étiez propriétaire d’un trésor sans pareil, le trésor de la foi divine. Personne ne vous a fourni, personne ne vous fournira jamais la certitude que vos titres sont faux. Gardez-le donc, ou reprenez-le. En tout cas, servez-vous-en, en attendant.

Vous doutez, mais vous croyez en Dieu au moins ? Eh bien, voulez-vous consentir à le prier avec moi? Et si je vous affirme que vous obtiendrez sûrement la foi perdue, à condition de remplir certaines oblig:tions très simples, les remplirez-vous? Vous allez agir comme vous n’auriez jamais dû cesser de le faire. Vous allez accomplir, par obéissance à l’Église, ce qu’autrefois vous accomplissiez avec la conviction tranquille de votre foi. Ayant fait d'abord ce qui dépend de vous, la lumière qui dépend de Dieu viendra ensuite. Vous allez ouvrir les volets : ça vaut mieux, pour voir clair, que d'écouter toutes les preuves de l’existence du soleil dans une chambre close,

2° Ne serait-ce pas, dites-vous, hypocrisie pure de douter et d'agir comme si je croyais ?

I n’y a pas d’hypocrisie à chercher ce qu’on a perdu, même dans le doute qu’il ne soit pas précisément là où on le cherche. Et ce n’est

pas employer un moyen malhonnête pour le trouver, que de se fier à la parole d’un homme en qui on a confiance et qui garantit le succès. Vous allez donc prier, vous examiner, et dire à Dieu en toute sincérité d'âme: Seigneur, montrez-moi le chemin où il faut marcher; parlezmoi, je vous écoute et je vous suis.

3° Vous trouvez que cette foi de charbonnier est trop aveugle ?

Beaucoup d’autres ont fait comme vous cette répon::, avant d'agir. Avec la grâce «ce Dieu, ils ne l’ont pas faite, après. Imitez-les. Soyez humble comme eux. Et si vous trouvez, après une confession sincère, que ce soit encore de l’obéissance aveugle, nous y verrons.

Je ne vous demande pas, notez bien, de négliger l'étude pour ne laisser faire que la grâce. Loin de roi cette pensée.

Il y a dans la foi deux rôles: le rôle de Dieu et le rôle de l’homme. La foi étant une vertu surnaturelle, elle ne peut être produite ou acquise par aucune force humaine. Elle vient d'en Haut. Et c’est à l’accorder que s'exerce le rôle de Dieu. Nul autre ne peut le remplir à sa place. Mais puisque la foi est le on divin fait à une âme responsable, elle ne peut non plus être

purement passive. Pour en faire les actes, il faut le concours de l’homme et l'exercice de son libre arbitre. Laisser faire Dieu, après lui avoir ouvert, comme on ouvre des volets, son intelligence et son cœur, c'est parfait; mais encore faut-il les lui ouvrir. Et c'est 1à le rôle humain dans la foi. La prière, l'humilité et la soumission intelligente en font partie. La science aussi; le croyant doit en acquérir tout ce qu’il peut. Elle est une lumière qui doit servir, avec celle qui vient de Dieu, à illuminer les vérités à croire. Le credo du paysan est le même que celui du savant, c'est vrai; mais le savant a de plus l'obligation de se rendre mieux compte du .A, de se l'expliquer, de le défendre. Comme le paysan, il s'appuie sur la parole de Dieu pour croire; comme lui, il doit accepter l'argument d'autorité; mais plus que lui, il esi tenu de savoir le pourquoi, la rationabilité de cette acceptation et les raisons de croire. C’est parce que la science joue un rôle obligé dans la foi, que

l'Eglise encourage tant l'étude et honore les

vrais savants.

4° Vous vouliez des réponses aux objections puisées dans Renan, dans Strauss, dans Spencer, dans Flammarion et autres ?

Comprenez-vous au moins, par le désarroi que ces lectures ont jeté dans votre âme, combien il est sage d’ohéir à l'Église qui les a prohibées? Vous vous êtes dit, sans doute, qu'il fallait vous renseigner et qu’à moins deconnaître le pour et le contre, vous ne pourriez jamais croire avec connaissance de cause. Auriez-vous raisonné ainsi, s’il se fût agi d'une potion dont on eût douté qu'elle fât empoisonnée? L'auriezvous bue pour voir. Mon cher, il s'agissait d’un poison qu'il n’est pas besoin de boire pour en connaître les effets mortels. L’analvse en a été faite par plus d'un chimiste autorisé Pourquoi n’avez-vous pas profité de cette analyse, avant d'essayer le breuvage sur vous ?

Enfin, passons! Vous êtes-vous donné la peine de chercher, dans de bons auteurs, des réfutations ?

— Vous me demandez de faire ce travail Pour vous, et de reconstruire l'édifice démoli ?

Ah! mon ami, c’est facile d’objecter et de détruire ; il faut parfois bien du temps pour rebâtir sur des ruines. Quelques coups de pic peuvent faire crouler un monument ; pour l'élever il a fallu des années de travail. Dernièrement encore, j'ai trouvé dans vingt lignes

arroi comproqu'il aître mais vous lont riezsait oire lvse risé, in:ius :

eine

ita-

rail

de ur pic lere-

1es

Vel |btisliolisusscuhuh the Re

d'Anatole France assez de négations ou d'ob:jections pour nécessiter, si on voulait y répondre, plusieurs traités le théologie. Elles étaient jetées là en souriant, avec cette élégance dédaigneuse qui n'a pas même l'air de croire que la réponse soit possible. Combien ont lu ces vingt lignes, qui ne liront Jamais les traités de théologie !

Je pourrais bien vous indiquer les théologiens et les apologistes à consulter; mais là, franchement, les consulteriez-vous? Est-ce que les noms de Thomas d'Aquin, de Franzelin, même de Joseph de Maistre, de Bonald, de Wiseman, de Balmès, de Newman, ne vous feraient pas peur ? Voudriez-vous seulement lire un bon auteur d’apologétique ? Devivier, par exemple, si simple qu’il paraisse : Je Miracle et ses contrefaçons, et autres Ouvrages du P. de Bonniot : ies Conférences dogmatiques du P. Monsabré :

quelque bonne revue catholique, /es Études entre autres, ou la Revue Thomiste ; l'ouvrage du P, Cornély sur l’Écriture sainte, ou celui de l'abbé Vigouroux ; les livres les plus autorisés Sur la divinité de Jésus-Christ, sur l’Église ?..

5°— Bah! qui donc a la patience et le temps

ue consulter tous ces gros livres ?

C'est bien la réponse commune: on a toujours le temps, et c’est un temps très agréable, d'étudier ce qui nous perd; on est trop pressé pour étudier et comprendre ce qui sauve. Eh bien, voulez-vous une preuve plus courte pour appuyer votre foi? Elle suffit, à la rigueur, à remplacer toutes les autres. Je veux parler du miracle. C’est par cette preuve à jamais populaire que procéda Notre-Seigneur lui-même, quand il répondit aux deux disciples de Jean qui voulaient savoir s’il était le Messie: “Allez et dites à Jean ce que vous avez vu et entendu: les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent.…??

— Vous vous faites, sans doute, la question ordinaire: le miracle est-il possible, et peut-on le constater ?

Nier la possibilité du miracle me semble être, pour un déiste, une contradiction trop flagrante pour qu’elle vous embarrasse. Du moment qu’on admet un Dieu créateur de toutes choses, comment peut-on lui refuser le pouvoir d'agir à son gré sur ses créatures et de déroger aux lois qui les régissent? Ce serait l’enchaîner à son œuvre et le faire dépendre d'elle.

Et ne dites pas qu'ayant créé les lois physiques constantes, il ne peut en changer le cours sans changer ses décrets immuables. Les décrets de Dieu ne sont nullement changés par le miracle, puisque de toute éternité, par un même acte indivisible, il veut les lois et les dérogations qui y sont faites. On devrait plutôt dire que les miracles sont l’accomplissement des décrets éternels.

Par ailleurs, le miracle étant un fait sensible, pourquoi ne pourrait-il pas être connu par les sens ou le témoignr . > de l’histoire? Il n’est pas plus difficile à cent témoins de constater et de dire qu’un chrétien jeté dans un brasier y demeure, puis en sort indemne comme d’un lieu de rafraîchissement, que de constater et de dire qu’il y brûle jusqu’à ce que mort s’en suive. Il n’est pas nécessaire non plus d'être instruit pour se convaincre qu’un mort ne peut revenir à la vie par le simple acte de volonté ou la parole d'un médecin. Ce sont là des faits acces- Sibles au savoir et au jugement de tous.

Sans connaître toutes les lois de la nature

et tout ce que ses forces peuvent produire, nous en connaissons assez pour savoir ce qu’elles ne peuvent pas produire, au moins dans

certains cas. Qui ne sait, par exemple, que la nature ne peut pas d'elle-même produire un effet contraire à ses propres lois? Qui ne sait qu’à tout effet il faut une cause, et une cause qui lui soit proportionnée ? et qu'entre un cadavre qui revient à la vie et l’acte de volonté ou la parole d’un médecin, il n’y a aucune proportion ? Il est donc possible de constater certains faits, que ces faits dépassent toutes les lois de la nature, —et, conséquemment, qu'ils ont été produits par une intervention spéciale de Dieu. C’est là le miracle.

— Mais de pareils faits ont-ils jamais été accomplis ?

Et pourquoi en doutez-vous ? Parce que vous ne les avez pas vus ?

Si cette réponse était péremptoire, nous pourrions l’appliquer à tout ce que nous prétendons savoir; et ce serait la destruction de l’histoire, de la certitude morale et de toute vie sociale.

— Est-ce parce que Dieu ne consent pas à accepter le défi des savants et à opérer un miracle sous les yeux d’un groupe de spécialistes, physiciens, chimistes, médecins, physiologistes, qui l’auraient provoqué à remplir un programme miraculeux, préparé à l'avance par eux-mêmes ?

En supposant que Dieu accepterait ce défi et remplirait le programme, cela servirait au groupe de spécialistes actuellement présents, mais tout serait sans cesse À recommencer pour ceux qui ne voudraient croire à son exécution qu’après avoir vu. Au surplus, ne voyezvous pas ce qu'il y a d’absurde et d'impie à transformer ainsi le Créateur en charlatan, quémandant à force de merveilles la foi de ses enfants ? Et puis, avec de telles dispositions, les témoins eux-mêmes du miracle acquerraientils la foi? Les Pharisiens ont assisté aux miracles de Jésus-Christ; en ont-ils été convertis ? Zola a été témoin, à Lourdes, de plusieurs miracles, dont l’un est de premier ordre ; il a suivi de très près les examens et les constatations des médecins, qu'y a-t-l gagné? D'endurcir son cœur et de mentir plus effrontément. Il a vu guérir instantanément, sous ses yeux, une jeune malade dont les infirmités et les plaies hideuses l'avaient fait frémir. Eh bien, de l’avoir vue avant et après sa guérison ne l’empêcha pas d'écrire que cette malade mourut

bientôt, après un mieux momentané produit par la suggestion. Et comme le président du Bureau des constatations lui faisait remarquer

qu’il mentait sciemment, puisqu'il avait vu la jeune fille à son retour à F'aris, et pouvait encore la voir en parfaite santé:

— Eh! qu'est-ce que cela peut bien me faire à moi, dit-il, qu’elle vive ou qu’elle soit morte, si elle sert à l'intérêt de mon livre! Est-ce que je n’ai pas le droit de traiter mes personnages à ma fantaisie ?

Quand les Pharisiens témoins des miracles du “auveur les attribuaient à Béelzébuth, ils n’y mettaient pas plus d’orgueilleuse insolence.

Avez-vous lu l’histoire de Lourdes, par Henri Lasserre? l'examen critique et les constatations du docteur Boissarie? Voudriez-vous les lire, là, consciencieusement, sans parti pris ? Ou encore,—ce qui serait plus simple, — prendre la peine d'étudier le miracle de la résurrection de Notre-Seigneur? Je ne sache pas de fait historique plus abondamment prouvé parles témoignages profanes et religieux, par les croyants et leurs adversaires, les attaques des uns et les défenses victorieuses des autres, par le temps, par les hommes et par les choses, que le fait de la Résurrection.

Étudiez-le. Étudiez tout autre miracle que vous voudrez, et quand vous en aurez acquis

la certitude, examinez sans préjugé sa liaison avec la vérité dogmatique ou l’enseignement dont il est la confirmation, et dites-vous: voici un fait qui déroge aux lois de la nature, qui a, par conséquent, Dieu pour auteur. Or, ce fait est accompli pour appuyer une doctrine prêchée au nom de Dieu. Donc, cette doctrine est vraie. Si elle ne l’éfait pas, Dieu aurait lui-même, en matière religieuse, confirmé un mensonge. En d’autres termes, il serait intervenu contre luimême pour nous tromper, pour sanctionner une imposture et nous jeter dans une erreur invincible, en marquant l'erreur du sceau de son autorité.

Allez plus loin. Pour tirer du miracle tout ce que fournit sa valeur probante, dites encore : une vérité dogmatique appuyée sur lui ne reste pas isolée avec sa preuve. Toutes les vérités qui s’y rattachent nécessairement portent conime elle le cachet divin. Quand saint Paul appuie la divinité de Jésus-Christ sur le fait de

la résurrection, il y appuie en même temps toute notre foi. Et il le dit.

Donc, un miracle, — n’en connût-on qu’un

seul, —s’il a été accompli dans les conditions que je viens de dire, suffit, pour une âme sin-

+4 # Se

at

cère, à vaincre le doute et à rendre au cœur la paix dans la vérité.

Aussi bien, je ne puis pas concevoir qu’un homme regrette de ne plus croire et ne se donne pas la peine de chercher cette preuve si simple. Elle est la plus redoutée des ennemis de l'Église ; et je le comprends: elle est à la portée de tous, la plus irréfutable et la plus populaire.

Voilà, cher ami, à peu près ce que je répondrais à un homme sincère, qui chercherait à recouvrer la foi perdue.

J'y ajouterais, cela va sans dire, bien d’au- «res choses que la conversation ferait naître. À coup sûr, j'insisterais sur le dernier argument du miracle, et plus encore, ainsi que je l’ai fait souvent avec toi, sur la prière humble, à deux genoux.

Tout à toi en Notre-Seigneur.

Louis LALANDE, S. J.

| | FE î

Collège Sainte - Marie 13 novembre 1900.

Mon pauvre cher ami, tu m’appelles, et il me faut rester en classe jusqu’à quatre heures. J'aurais tant voulu passer la journée auprès de toi!

Je t'envoie ce billet par un de nos externes. La sœur hospitalière, qui est pour toi d’une si grande bonté, te le lira entre deux prières. Je le charge de courage, de confiance, de résignation. Il me semble que tu ne vas pas mourir aujourd’hui.

Reste bien entre les mains de Dieu. Continue de demander que sa sainte volonté soit faite. Il n’y a que cela de vrai et de bon, mon pauvre enfant! Ne lui dis pas seulement que tu consens à mourir. Dis-lui que même si on garantissait ta guérison, tu serais bien aise de lui offrir ta vie. Demande-lui de la prendre en expiation.

Pourquoi penses-tu que ce restant de vie n'en vaut pas la peine? Ce n’est pas le don que Dieu regarde; c’est le cœur qui l'offre. Il n'a besoin ni de nos dons ni de nos vies. Il ne

demande que notre amour. Et je sais que tu l'aimes, comme je sais qu’il t'a pardonné et qu'il t'ouvre ses bras. Va donc à lui, cher pauvre Arthur! Réfugie-toi dans son cœur. Souffre en union de Jésus agonisant. Redis, tout seul, comme nous redirons ensemble, cette après-midi : Prenez, Seigneur, et recevez toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence, ma volonté, tout ce que j'aiet tout ce que je possède. C’est vous qui m'avez tout donné, je vous remets le tout; disposez-en selon votre bon plaisir. Donnezmoi seulement votre grâce et votre amour, cela me suffit.

Oh! remercie bien Notre-Seigneur! C’est un si grand bienfait de mourir résigné, pardonné, communié, dans l'Église catholique et en pleine lumière de la foi, entouré des soins de l’amitié et des secours de la religion!

Engage-toi à l’avance, devant Dieu, à vouloir tous les actes et prières que nous ferons jusque dans ton agonie. Même sans connaissance, tu en auras alors tout le mérite.

Redis de tout ton cœur avec moi les invocations qui suivent, tandis que la bonne sœur les lit doucement à ton oreille :

Jésus, Marie, Joseph,assistez-moi, sauvez-moi !

Je crois, j'espère, je vous aime, Ô mon Dieu! Je remets mon âme entre vos mains.

Mon Jésus, miséricorde !

Attends-moi, cher ami, attends-moi. Je ne te fais pas encore mes adieux. Je veux te revoir et t’embrasser.

Louis.

TABLE DES MATIÈRES

Au Lecteur.

Page 1