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haute estime. Parce que je n'aurais pas choisi d’être médecin, si je n'avais pas choisi d’être lésuite, cela ne prouve rien contre toi, rien contre les médecins, rien contre moi, rien même contre les jésuites. Cela prouve tout au plus que je n'avais pas d'aptitude pour cette profession, et que l'on peut souvent admirer cela même qu’on ne choisit pas.
C'est à un meuccin que se rapporte mon plus ancien souvenir, et un des meilleurs de ma vie ; il m'est revenu tout vif à la mémoire, en lisant, hier soir, ton billet.
Après la mission du prêtre, chargé de soigner et de guérir les âmes, je n'en sache pas de plus belle que celle du médecin, chargé de soigner et de guérir les Corps. L’un, bienfaiteur temporel, vivant avec les hommes pour leur prolonger le don précieux de la vie qui finit; l’autre, bienfaiteur éternel, vivant comme etre le ciel et la terre, pour frayer aux hommes le chemin de la vie qui ne finit pas.
Médecins, mon cher Ami, nous le serons tous les deux.
Nous nous reéncontrerons peut-être au chevet des mêmes malades: toi pour adoucir leurs douleurs par la science, moi pour leur en faire garder
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le mérite par la résignation; toi pour avertir de l'approche de la mort, moi pour donner la force de l’embrasser: toi pour accorder les derniers soins au corps qui s’en va, moi pour préparer l'âme au bonheur qui va commencer, En tous cas, ensemble ou séparés, pour coopérer l’un et l’autre à l'œuvre infinie de Dieu.
Voilà qui n’est pas, Je crois, pour créer des antipathies entre nous.
Ce que je redoute dans la médecine, —et je m'en suis déjà suffisamment expliqué avec toi, dans ma chambre, — c'est le péril dans lequel plusieurs de nos amis et plus d'un de leurs maîtres sont tombés: le péril du matérialisme. À force d’opére: : Jes organes matériels et de couper des chairs, sans jamais, sous leur scalpel, re:contrer l’âme immortelle, ils ont fini par oublier qu’elle était là, ou bien par n’y plus croire, ou encore par agir comme si elle n’y était pas.
Les auteurs, parfois, et l’enseignement ont favorisé cet oubli où cette incrédulité. Sous prétexte de science, de progrès de la science, de découvertes de la science, on a fait bon marché
de ce qui est le principe de toute science, et de la vraie lumière dont elle doit s’éclairer.
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Quelquefois aussi, le milieu où se sont complétées les études de quelques médecins, loin des influences chrétiennes, de la famille, du pays, n'a pas peu contribué à amoindrir la foi et à obscurcir la vue du surnaturel,
Il en est résulté, dans ces cas, que le prêtre, au lieu de trouver dans le médecin son auxiliaire naturel, a trouvé un indifférent, un rival, ou un adversaire plein de préjugés contre les directions de l'Église, qui ne laisse à la religion jouer son rôle et au patient le soin de penser à son salut, qu'à l'heure où la science impuissante abandonne le pauvre corps épuisé. C'est souvent l'heure où l'intelligence et la volonté atrophiées sont incapables d'actes humains.
Dieu te garde, cher Arthur, de perdre ainsi la vue du surnaturel et de borner ton œuvre à ce pauvre quart d'heure de préparation qu'est notre vie d’ici-bas. Ne divise jamais les intérêts du corps de ceux de l'âme ; ne les mets pas aux prises, comme s'il fallait pour sauver l’un perdre l’autre. Le corps doit être le serviteur de l'âme. Rends ce serviteur aussi vigoureux que tu le pourras ; n'exige jamais que, au détriment de ses devoirs, l'âme se fasse servante. Ce serait travailler
au malheur irréparable de l'un et de l'autre.
L'abus est facile, dès qu'on ne compte plus avec les préceptes de l'Église et les directions de la foi.
Tu sais quelle influence le médecin exerce sur ses patients. Les soins qu'il prodigue, les soulagements qu'il apporte ont vite fait de lui conquérir la sympathie: avec la sympathie naît la confiance ; avec la confiance l'autorité qui commande. Quand cette autorité s'oppose à celle qui commande à la conscience. celle-ci court grand risque d'être négligée, et l'autre d'être écoutée. Quand un malade a déjà à lutter—et cela arrive— pour être fidèle aux devoirs de sa conscience, contre la tentation, l'attrait du plaisir, la crainte de la souffrance, l'horreur du sacrifice, il est bien aise d'en excuser la violation, en s'autorisant d'une prescription du médecin.
Et l’on a le spectacle désolant d’un homme à fausse conscience qui se fait directeur de conscience, d’un médecin qui se fait théologien, d’une théologie qui enfonce la théologie, d’un gardien de la vie qui prescrit la mort.
Je venais justement, quand on m'a remis ta lettre, de lire sur ce sujet délicat une page
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de Lacordaire. Il y parle d’un docteur qui ne croyait pas à la possibilité de la chasteté chez un jeune homme et qui conseillait, comme dérivatif, des libertés que la conscience réprouve. “Quant à son opinion, écrit l’illustre dominicain à un ami, sur l'impossibilité d’être chaste, elle est démentie par l'expérience d’une foule d'hommes qui vivent ainsi par la force de l'amour de Dieu et qui trouvent dans leur sacrifice un abîme de tendresse et de joie qui ne leur permet pas de regretter le rapide et douloureux enivrement des sens. Les médecins croient connaître l’homme, ils n’en connaissent que la pourriture. Quand on n’a pas pris la peine de surmonter ses passions et que la révélation des joies chastes ne nous a pas été faite, on se console de ses vices en les déclarant nécessaires, et on revêt du manteau de la science le témoignage d’un cœur corrompu.” 1
Tu trouves, sans doute, ce langage sévère ; moi aussi. J'avoue que je n’aurais- pas osé l’employer en écrivant à l'un des nôtres. Et pourtant je crois savoir le mal désastreux que répandent certains praticiens.
1 Lettres de Lacordaire à des Jeunes gens, p. 205.
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Le mal est plus désastreux encore, quand ‘ce manteau de la science” sert non seulement à couvrir des désordres personnels, ou certaines faiblesses isolées ; mais à soustraire la famille aux obligations sacrées du mariage et à tarir la source même de la vie.
Et puis, il est si facile de répandre le mal, quand ceux qu’il atteint trouvent, dans leur égoïsme et les misères inhérentes à leur condition, tant de prétextes de se faire complices !
Tu vas me reprocher de te rappeler un sujet bien sérieux à propos des joies de la Saint-Luc. Mon Dieu! il n’est pas plus gai d’é-rire ces ” choses que de les lire. Ce n’est pas sans joie pourtant que je les écris; quand on s’entretient avec un ami de cœur, et que c’est avec tout Son cœur que l’on cause avec lui, ce sont moins les sujets qui font les gais propos, que l’ami qui daigne les entendre. L'amitié qui parle et écoute tour à tour, c’est ce que je sais de plus joyeux au monde.
Je t’écouterai beaucoup, et je jouirai de même, quand tu monteras jusqu’à mon nid, au cinquième, sous le toit du collège, pour me raconter les réjouissances tranquilles et les sobres plaisirs de la Saint-Luc.
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Au revoir. Puisque nous devons être médecins tous deux, guérissons-nous nous-mêmes en priant bien l’un pour l’autre.
Vive saint Luc! L.
Collège Sainte-Marie, Montréal, 12 septembre 1886.
Mon cher Prévost,
Tu veux que jé recommande notre Jeune ami L'** à monsieur l'avocat D**, C’est un vrai plaisir. Je n’ai pour le faire qu’à laisser passer sous ma plume ce qui me revient à l'esprit chaque fois que je pense à lui.
Il a été bon élève, docile, studieux, d'un jugement déjà mûr pour son âge; il a appris, au collège, tout ce qu’il faut, non pour être savant, mais pour avoir le goût et le moyen de le devenir.
Sans négliger ses études classiques, il a appris des mathématiques, de l’élocution, de l’histoire et de l'anglais. Il a su profiter des Cours accessoires, contrairement à beaucoup d'élèves, qui les laissent passer comme matière négligeable, et qui, arrivés dans le monde, nous reprochent de ne les avoir pas donnés.
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Il a tout cela, notre ami; et, qui plus est, il ne s’en vante pas.
Il sera bon avocat, J'en suis sûr. Et comme il aime l’Eglise, il aimera le droit et la justice, et saura les défendre. Les vaniteux et les paresseux ne rechercheront pas sa compagnie, et il en sera fier. Les libres-penseurs et les libresviveurs trouveront qu’il fait trop montre de sh religion; lui, trouvera qu’ils font trop montre de la religion qu’ils n’ont pas. Ils s’étonneront qu'il n'ait pas de respect humain; lui, S'étonnera de leur étonnement.
S'il ne savait prier, J'ajouterais qu’il se moquera d'eux, en les évitant. Mais ilsait prier, et je le sais capable d’une immense pitié. Il aura pitié de ceux qui le plaindront et l'accuseront.
Malgré sa jeunesse, tu ferais bien de l'avoir pour ami. C'est avoir déjà de l'esprit que de fréquenter un ami qui en a tant.
Si tu crois que cette lettre soit une recommandation suffisante, tu peux la montrer à M. D**, Il va vite constater qu'il n’en a pas besoin, et que son jeune clerc se recommande assez par lui-même,
Au revoir, Tout à toi in X‘°.
Louis LALANDE, s.J.
Collège Sainte-Marie, décembre 1886.
Impossible, mon cher Arthur, de trouver le numéro de la revue que tu me demandes. Il est pourtant ici; je l’ai vu et m'en suis servi.
Tu n’y perds pas grand’chose, je crois. Si ma mémoire ne me trompe, il ne t’apprendrait rien de nouveau sur l’œuvre de Pasteur. Tu me sembles déjà posséder joliment ton sujet ; tu n’y ajouterais rien «l'essentiel.
Ce serait très heureux, vieil Ami,—et ce serait l’accomplissement d’un strict devoir, —si tu commençais enfin à réparer par ton travail, à l’École de médecine, la négligence qui t’a fait rater ton brevet et le temps que tu as gaspillé, selon ton propre aveu, dans des amusements fous. Sorti du collège tout Jeune, te voilà vieilli et en retard sur ceux qui sont sortis longtemps après toi.
Mais puisque tu me dis le nunc cæpi, n’en parlons plus!
Combien de fois j'ai pressenti, en causant avec toi, que tu me cachais quelque chose, que tu t'en allais à la dérive, dans un bateau de viveurs. Tu te vois descendre, dis-tu, tu le
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regrettes, tu veux remonter ; eh bien, soit! courage! Je veux être à toi plus que jamais, donner pour toi un bon coup de rame et te hâler au rivage.
Hâte-toi! Ce que tu veux bien faire, fais-le vite et mets-y du cœur!
Le millieu où tu t'es laissé vivre a énervé ta volonté; ton cœur en est malade. Quand on sort d’un milieu contaminé, la médecine veut qu’on se désinfecte. C’est ce que tu devrais faire dès aujourd’hui. L'éducation que tu as reçue, mieux que la science, t’a appris où sont pour l’âme les désinfectants.
Sache donc désormais — toi qui fais de l’analyse chimique, de la pathologie, de la dissection — qu’il y a des dissections de conscience plus délicates que celles des corps humains, une pathologie morale qui prévoit de plus affreuses contagions et des maladies plus terribles que celles qui tuent la vie corporelle ; qu’il y a constamment à faire, pour bien ordonner sa conduite au milieu du mal séduisant, des analyses subtiles, dont la chimie ne donne qu’une faible idée.
Puisque tu admires Pasteur, —ce dont je me
réjouir, —ne sois pas son disciple à demi. Pasteurise ta vie, tes goûts, tes études, tes amours,
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+ Dre LE UE.