‹ Entre camarades; ouvrageChapitre 5 sur 14 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

tendre traîner son sabre et sonner ses éperons.

ce C'est de la dernière imprudence ce que tu fais là! Tu pourrais te faire arrêter....

— Pas de danger! me répliqua-t-il avec un sceptique haussement d'épaules. Il faut absolument que je m'en aille ce soir, mais je ne tarderai pas à revenir, A bientôt, mon vieux, à bientôt! »

Il me serra la main à me la désarticuler.

Mais jamais plus je n'ai senti cette virile étreinte, jamais plus le mar-chefde dragons n'est revenu me voir. Peu de temps après sa fugue à Paris, il était tué accidentellement dans une manœuvre.

J'ai, sans savoir quand ni comment, perdu la trace de René Digeaux et de Paul de Guerpont.

De tous mes condisciples et camarades d'autrefois, peu survivent, très peu me restent; et cependant quand j'évoque ce passé lointain, c'est sans amertume et avec une émotion aussi profonde que tendre et délicieuse.

Tous, malgré nos défauts, malgré nos torts réciproques, nos querelles même et nos méfaits, nous nous aimions bien, et il y a quelque chose d'indestructil)le et de sacré dans toute vieille amitié.

Lorsqu'ils apparaissent à mon esprit, tous ces chers compagnons de ma jeunesse, quand je les appelle un à un et les fais défiler devant moi, il me vient toujours et en même temps — selon le mot de Joubert à Mlle Moreau, à propos du souvenir qu'il souhaitait de laisser à ses amis — (^ une larme d'attendrissement sous les paui)ières et un sourire sur les lèvres «.

Et Popey, ma brave petite ville de Popey-sur- Ornain?

« Nous devons cela au lieu de notre naissance et de notre demeure de le rendre le plus honoré et renommé qu'il nous est possible, » a dit un de nos anciens.

De renom et de gloire je n'ai pu te fournir, et il m'a fallu laisser à d'autres, plus fortunés, cette tâche insigne. Mais j'ai préféré à toute autre contrée tes prairies et tes bois, tes friches au gazon de velours, tes môntueux sentiers, ton étroite et si pittoresque ceinture de collines avignées; je t'ai chérie de la plus filiale tendresse, et j'ai de mon mieux célébré tes mérites et chanté tes louanges, ô ma Yille-Haute !

Et loi, vieille maison, de souvenirs peuplée,

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