‹ Entre nous; causeries du samediChapitre 16 sur 27 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

années de séparation, c'est ia même famille canadienne, qui reroit comme des frères revenus, les nobles marins de la Capricieuse.

Nous avons le même Dieu, la même histoire, les mêmes origines, les mêmes aïeux. Le Canada, c'est la France ; il sera fidèlement et éternellement à la France.

Ah ! qu'elle est grande, qu'elle est forts, qu'elle est glorieuse la France, notre vieille Patrie !

Les peuples la nomment avec respect et dans toute leur admiration ; et nous, ses enfants d'outre-mer, nous portons tous l'orgueuil de ses gloires, comme nous souffrons également de ses épreuves et de tous ses maux.

Le grand mur qui nous séparait depuis près d'un siècle,

s'est abaissé, notre port s'est ouv^ert tout à coup à la vue du glorieux drapeau de la France ; et vous êtes -là, nous vous voyons, et le présent et le passé se relient dans nos éternels embrassements ; parlez, parlez, ô nos frères de la vieille Patrie !

J'emprunte à, V Histoire des Canadiens-Français, de Benjamin Suite, le srenseignements suivants qui sont des plus intéressants :

Garneau avait lancé, en 1 845, le premier , volume de son Histoire du Canada. Le courage national s'était ranimé à la lecture de ces pages honnêtes et patriotiques. Les deux autres volumes eurent un succès immense. Notre peuple avait enfin son livre.

Lorsque le commandant Belvèze, envoyé de Napoléon III, se rendit à Québec, avec la Capricieuse, en 1855, sa première visite fut pour M. Garneaii, qui avait révélé le Canada Français à son ancienne mère-patrie. Les Anglais venaient de faire alliance avec l'empereur des Français ; ils arborèrent partout le drapeau tricolore ; c'est d'eux qiie nous l'avons reçu et, si nous le gardons dans nos cérémonies, c'est parce qu'il représente la France actuelle — qui pour nous est toujours la France.

Octave Crémazie, poète vigoureux, salua les trois couleurs par des strophes enflammées, que chacun de nous se rappelle. La Compagnie du Richelieu, fondée en 1845, par M. Sincennes, plaça le drapeau

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de la France, sur ses bâtiments, et tous les villages l'imitèrent. Le premier consulat français du Canada date de cette époque.

Le monument des Braves, inauguré à Sainte-Foye, eut pour parrains les officiers de la Cajyricieuse.

La réception laite 23artout aux marins fut magnifique. A Québec, Trois-Rivières, Sorel, Montréal, Ottawa, Kingston, ce ne fut qu'une suite d'ovations magniliques.

C'est cet événement de notre histoire qui nous donna une de nos plus belles poésies nationales,

Vous souvient-il du dernier vers de la septième strophe du Chant du vieux Soldat Canadien, en parlant des Français :

Ils reviendront ! et je n'y serai pas.

Crémazie, reprenant cette idée à l'arrivée de la Capricieuse, ajouta alors ces vers i)leins de patriotisme :

Tu l'as dit, o vieillard ! la France est revenue Au sommet de nos murs voyez-vous dans la nue Son noble pavillon dérouler en splendeur ? Ah ! ce jour glorieux où les Français, nos frères Sont venus, pour nous voir, du pays de nos pères, Sera le plus aimé de nos jours de bonheur.

Voyez sur les remparts cette forme indécise.

Agitée et tremldante au souffle de la brise.

C'est le vieux Canadien à son poste rendu

Le canon de la France a réveillé cette ombre

Qui vient, sortant soudain et de sa demeure sombre.

Saluer le drapeau si longtemps entendu.

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Et le vieux soldat croit, illusion touchante ! Que la France, longtemps Je nos rives absente, Y ramène aujourd'hui ses guerriers triomphants Et que sur le grand fleuve elle est encore maitresse : Son cadavre poudreux tressaille d'allégresse Et lève vers le ciel ses bras reconnaissants.

Tous les vieux Canadiens moissonnés par la guerre

Abandonnent aussi leur couche funéraire,

Pour voir réalisés leurs rêves les plus beaux.

Et puis on entendit, le soir, sur chaque rive,

Se mêler au doux bruit de Tonde fugitive.

Un long chant de bonheur qui sortait des tombeaux.

Les paroles de bienvenue qui ont accueilli les marins de la Capricieuse ont été appliquées aux braves de la Minerve, c'est le même cœur qui les prononce si oe n'est la même plume qui les écrit.

Pour avoir, du reste, la preuve de la profonde sensation qu'a produite cette arrivée, il suffit de voii* les fêtes que leur a offertes le comité des citoyens, le cercle national français, le club de France, le consul de France, etc., etc., ainsi que celles données à Québec, à Trois-E,ivières, etc.

Le maire de Montréal n' a pas été à la hauteur de la position qu'il occupe. Il s'en est tenu à une visite à bord et s' est retiré dans son fromage. On attendait mieux que cela.

Le conseil municipal de la métropole du Canada a fait comme son chef de file, ce qui n'est pas un éloge.

Quoiqu'il en soit, cette ombre ne fait que mieux ressortir l'enthousiasme des vrais citoyens qui n'ont éi^argné ni leur bourse ni leurs bravos j)our recevoir leurs liôtes d'une manière convenable.

Dimanche, 9 août courant, la messe a été célél)rée à bord du vaisseau amiral, La Minerve.

Cette cérémonie religieuse a une importance historique que les journaux semblent avoir singulièrement négligée. C'est en effet la première messe célébrée à bord d'un vaisseau, dans le port de Montréal, depuis au moins un siècle et quart, sinon plus, car même au temps de l'occupation française, je doute que l'on ait dit la messe à bord dans notre ville, attendu que les vaisseaux de guerre ne pouvaient remonter le fleuve.

Le pont de la Minerre était envahi, et vraiment c' était un spectacle émouvant que de voir le jeune aumônier offrir le saint sacrifice, ayant pour servants deux vieux marins bronzés et à la figure énergique.

M. Bochez, l'aumônier du navire, fit une allocution pleine de cœur et de sentiment.

En voici la péroraison :

Dieu de Jacques-Cartier, de Champlaiii, de ]\Iaisoiineiive, 0 vous qui avez envoyé à cette contrée des hommes vraiment apostoliques tels que Nos Seigneurs de Laval, de Saint- Valier, de Pontbriand, Plessis. . . .et des femmes fortes telles que Marie de l'Incanaation, de

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la Peltrie, Marguerite Bourgeois, d' Youville . . . .Veillez, veillez toujours 6ur la foi de ces chers Canadiens. Gravez plus profondément encore dans leurs âmes cette grande loi : Haec est voluntas Dei sanctificatio vcsira. " La volonté divine c'est votre sanctification." Eloignez à jamais des rives de ce majestueux fleuve ces 'jours néfastes, où les caractères s'abaissent et s'effacent, où les timides s'effraient et reculent devant le devoir, où les énervés se résignent à capituler, où la conscience trop souvent abdique, ne connaît plus les fiertés chrétiennes et n'a pins le courage de rendre à Dieu ce qui lui est dû." Faites qii'il y ait toujoui's ici une nouvelle éclosion de saints ; multipliez les héros de toutes les vertus religieuses, domestiques et sociales, afin que la nationalité canadienne, œuvre éclatante, reu\Te irrécusable de la foi chrétienne soit le rempart, le boulevard inexpugnable de notre sainte religion.

Quelle noble simj)licité, et quelle éloquence, et combien cela contraste avec les phrases creuses et ronflantes de la plui)art de nos orateurs !

Ainsi que Crémazie disant adieu aux braves marins de la Capricieuse, nous attendrons votre retour, officiers et matelots de la Minervie.

Comme ce vieux soldat qui chantait notre gloire, Et dont, barde inconnu, j'ai raconté l'histoire, Sur ces mêmes rempa^is nous porterons nos pas ; Là, jetant un regard sur le fleuve sonore Vous attendant toujours, nous redirons encore Ne paraissent-ils pas ?

Hélas ! nous n'avons plus de Crémazie, et Fréchette est là-bas, au pays des marins de la Minerve, mais si les vers nous manquent cette année la poésie chante dans nos cœurs les chants les plus patriotiques et les plus émus.

Marins de la Minerm, dites à nos frères de làbas que noiis les aimons toujours, que le drapeau tricolore flotte ici haut et fier et que, si l'on ouvrait nos coeurs, on y trouverait gravé ce mot béni : FRANCE !

30 juin 1*88.

Pauvre France !

Je viens de lire ces deux mots dans un article publié dans un des derniers numéros du Mois de Illustké, signé a. deMortemart, et je m'étonnais qu'un de Montemart s'exprimât ainsi, mais quand j'ai appris que ce n'était qu'un nom de plume? tout s'est expliqué ; ce n'était plus un Morteniart qui parlait.

Cependant, comme cette expression reparaît de temps en temps dans des écrits quelconques, je tiens à j)rotester contre son emploi.

Pourquoi, pauvre France !

Pauvre, en quoi ? En intelligence, en argent ? Sous quel rapport, pauvre ^

La France a de l' esprit à en revendre à tous les nations, à toutes les planètes, à toutes les mondes stellaires

De 1 argent ''. elle en a à prêter à tous les peiiples. Hier, elle a prêté trois millions et demie de x)iastres au Canada, elle est prête à lui offrir trente millions.

De l'argent ? alors qu'elle était à terre, sous l'épée d'un teuton victorieux de hasard, elle a

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trouvé à emiDrimter plus d'or même qu'il n'en existe sur toute la terre.

Youlez-vous parler morale l

Regardez tous les peuples : l'Allemegue démoralisée, l'Angleterre déplorant elle-même ses excès immoraux, la Russie, épouvantée par le nihilisme. l'Italie effrayée de sa corruption, l'Autriche demandant des réformes, les Etats-L^nis en proie à l'alcoolisme ; en vérité, qui donc est plus moral, quelle nation est plus morale, quel pays a le clergé le plus pur (

France ! France 'i ! Toujours toi ! ! !

Comme j ai l'honneur d'être aussi démocrate que le plus pur Canadien du Canada, Je snis essentiellement autocrate i mes heures, et c est pourquoi je rêve parfois de dictature absolue, aussi absolue que i)ossible.

Or, si j'étais dictateur, non pas à la Boulanger, mais à la Napoléon, je décréterais bien des choses.

Certes, je ne dirais pas cela à tout le monde, mais, entre nous, on peut bien se i^arler de temps en temps à cœur ouvert, et c'est pourquoi je ne me gêne pas de dire ce que je pense dans notre cercle.

Si j'étais dictateur ?

Si je l'étais, je défendrais à quelque Français que ce soit de jamais écrire ces deux mots : Pauvre France! mais je ne m'en tiendrais pas là, foMi-

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gérais tous les écrivains français à dire tout le bien possible de la France, et le premier x>orte-plume qui se permettrait de faire le contraire serait certain de couclier à l'ombre le soir môme.

C'est ainsi qn' il faut parfois entendre la liberté de la presse.

Une maxime orientale' dit que le présent est le fils du passé et qu'il a bien des traits de son joère.

Parbleu ! c'est parfaitement vrai, et c'est pourquoi les iils ont grand tort de renier leur ressemblance.

Cette i)ensée, cependant, ne me satisfait pas entièrement, et, au risque de vouloir paraître poser, je dirai que le passé n'est fait que de morceaux du 'présent et que le i^résent a toujours du bon.

Il est évident qne le rôle de ceux qui se contentent de déblatérer sur le i^résent est bien facile, ce n'est pas nouveau, on a toujours fait la même chose, on suit l'ornière, mais on casse souvent les roues et on se relève content.

Ceci est le rôle des faibles, des impuissants, qui se contentejit de parler.

Je connais beaucoup de gens a^ixquels le mot hôpital est singulièremenl ant.^ ttliiqne, et qni ne voudraient pas, pour tout au monde, aller se faire soigner ou même entrer dans un établissement liosiDitalier. Je comprends cela, on n'aime pas l'hôpital, pour la même raison que l'on se détourne en passant devant la boutique d'un entrepreneur de pompes funèbres qui expose des cercueils.

Les idées qu'insï)irent ces sortes d'établissements ne sont pas précisément d'une gaieté folle, et la vie a trop peu de moments de bonheur pour que l' on recherche les émotions douloureuses.

J'ai connu beaucou^D de gens, mais je n'ai jamais rencontré un seul homme qui détestât les sœurs qui soignent les malades. Je comprends cela mieux encore, parceque j'ai passé quelque temps dans un hôpital.

C'était à Oran, en 1869, je revenais de faire colonne dans l'intérieur de la Province, et ce diable de soleil d' Afrique m' avait mis tout à l' envers, comme mes camarades de la batterie d'artillerie dont je faisais partie.

En arrivant, on nous envoya tous à Thôiiital.

124 enïre-jS'ous

Dire que j'étais très satisfait d'y aller serait , mentir, car si l'on m'avait demandé mon avis, je serais resté au quartier, dans la chambre où l'on était si mal et où il faisait si froid, pendant la nuit, mais le major avait donné son opinion et il fallait en passer par où il voulait.

Du reste, dans l'armée française le Tuajor ne demande jamais l'avis des troupiers, et on m'assure que les choses se passent de la même manière un peu partout. C'est une habitude générale, à ce qu'il parait.

Donc, je passai trois semaines à T hôpital, buvant force tisanes, beaucoup de quinine c-t mangeant fort ijeii. Nous étions là une cinquantaine dans la salle des fiévreux, et parmi nous se trouvaient quelques vieux à trois chevrons, ne craignant ni Dieu ni diable, braves au feu, mais ivrognes et, de plus, de vniis sacs à jurons.

Je ne sais comment s' y prenaient les sœurs et surtout une bonne vieille que tout le monde appelait l'Auvergnate, quoiqu'elle fut bretonne, mais au bout d'une quinzaine de jours, tous ces sacripants, qu'on aurait cru bons touc au plus j)our le gibet, étaient tout changés, et d'aucuns même savaient un bout de pater. Ils en arrivaient à ne plus jurer qu'une quinzaine de fois par quart d' heure et étaient leur bonnet de coton quand on disait la prière ; ces braves gens ne se reconnaissaient i^lus eux-mêmes.

La cause de ce cliangemeiit était cependant

facile à trouver.

Ces vieux troupiers qui attachaient }Deu de prix à la vie, parcequ'ils avaient vu cent fois la mort en face, qui étaient tout dévouement pour la patrie, comprenaient que ces sœurs qui les soignaient avaient aussi leur dévouement et que, comme eux, elles s'exposaient à la mort tous les jours.

Ils comprenaient que ces vaillantes femmes n'avaient pas comme eux les enivrements de la bataille et qu'il y avait plus de courage â combattre ainsi dans l'ombre, que dans la plaine en chargeant l'ennemi.

Ils comprenaient et ils s'inclinaient.

Ce seiitimont est tellement vrai que jamais vous n'entendez un soldat français dire un mot contre une sœur et, malheur au conscrit qui se i^ermet trait une plaisanterie sur elles !

Deux sentiments rapprochent ces natures si opposées : Dieu et la Patrie. C'est le même quand il f-st bien compris.

François Coppée, le poète des humbles, a saisi cela et l' a rendu d' une manière admirable :

Du couvent troublant le silence, Arrive avec son bruit pressé, Une voiture d'ambulance ; On amène un soldat blessé.

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Sur sa capote le sang brille ; Il boite, éreinté par l'obus, Son fusil lai sert de béquille Pour descendre de l'omnibus.

C'est un vieux aux moustaches rudes, Galonné d'un triple chevron.

Qui hait les cagots et les pi-udes Et débute par un juron.

Il a des propos malhonnêtes Et des regards presque insultants, Qui font rougir soiis leurs cornettes Les novices de dix-huit ans.

Croyant qu'il dort et qu'elle est seule Si la sceur prie auprès de lui, Vite il charge son brîile-gueule Et siffle un air avec ennui.

Que lui font la veille assidue.

L'intérêt qu'on peut lui porter ?

Il sait que sa jambe est perdue Et qu'on va le charcutei-.

Il est furieux. — Laissez faire !

On est très patient ici ; Puis il y règne une atmosphère Qui console et qui dompte aussi ;

L'influence est lente, mais sûre.

De ce.a servantes de leur vœu, Douces en touchant la blessure Et douces en parlant de Dieu.

— Aussi, sentant, à sa manière.

Le charme pieux et subtile.

Le grognard, à chaque prière, Dira bientôt : " Ainsi soit-il ! "

Doue, il y a dix-huit ans que je suis sorti de r hôpital et, Dieu merci, je n'y suis idIus allé depuis qu'en qualité de visiteur.

J'ai été si bien soigné alors que jamais plus le besoin ne s'est fait sentir pour moi d'y rentrer et bien que le hasard m' eut conduit bien des fois, depuis nombre d'années, dans les environs de r Hôtel-Dieu de Montréal, jamais l'occasion de visiter cette maison ne s' était présentée.

C'est en causant avec le Dr Beausoleil, il y a quelques jours, que la conversation tomba sur le plus grand hôpital de Montréal.

— Venez donc le visiter demain, me dit-il, vous verrez une maison bien tenue.

C'est ainsi qu'un matin, vers onze heures, nous entrâmes dans la salle de réunion des médecins de r Hôtel-Dieu.

ISTous trouvons en arrivant, le Dr Hingston causant avec un étranger qui nous est présenté et qui va visiter l'hôpital comme nous.

C'est le Dr G-eorges Aj^ostoli, médecin distingué de Paris, auteur d'un nouveau système d'application de l'électricité à la gynécologie. Malgré son nom italien, c'est un vrai fils de la vieille France et il est même tellement français qu'il en est devenu blond châtain.

Je n'ai pas besoin de vous présenter le Dr Hingston, vous connaissez tous ce parfait gentil-

128 EXTEE-NOUS

homme, à la taille mince et bien prise, grand, robuste, sous un apparence un peu frôle, à la figure distinguée, aux traits finements dessinés, que vient souvent éclairer un léger sourire plein de bonté. Si vous ne saviez que c'est un savant, vous le prendriez pour un grand seigneur, tant il y a de noblesse dans toute sa j)ersonne.

Le Dr Hingston, tout en parcourant les salles, très vite, donne les explications nécessaires au Dr Apostoli.

— Vous remarquerez, dit-il, que les lits portent des cartes blanches ou rouges. Les rouges appartiennent à mes malades et, en entrant dans une salle, je sais immédiatement où aller, où sont les patients qui ont plus besoin du chirurgien que du médecin.

Le Dr Aj)ostoli écoute et questionne. Il examine avec soin, en homme qui sait ce que c'est qu'un hôpital.

Le chauffage à l'eau chaude employé dans l'établissement est d'après lui, le plus parfait que l'on puisse exiger.

Il approuve beaucoup aussi le système de ventilation adopté, L'air circule eu effet de tous côtés, entre les x^lanchers et entre les murs. Les cheminées qui se trouvent aux extrémités de chaque salle apportent également leur contingent d'utilité.

Deux ascenseurs se trouvent dans chaque salle et servent au transport des potions et de la nourriture des malades.

l'hôtel- DIEU DE MONTREAL 129

La propreté est poussée à l'excès, comme dans toLis les établissements tenus par les religieuses.

Voici r énumération des diverses salles comjprises dans chaque étiige.

Premier étage

Cet étage est généralement occupé par les malades canadiens-français.

Salle Saint Joseph 44 lits

' ' Saint Augustin (maladies des yeux) . . 4 ' ' " Saint Jean de Dieu ( do do ).. (3 "

" Saint Louis de Gonzague (orphelins) . . 30 "

Total 84 lits

Deuxième étage

Salle St Patrice (irlandais) 44 lits

" St Théodore (malades payants) 9 "

" St Sulpice ( do do ) 10 "

" St Agnès (orphelins) 40 "

" St Ignace (chambre des prêtres) 12 "

Total 115 lits

Troisième étage

Salle Sainte Yierge (canadiennes) 44 lits

" Sainte Brigite (irlandaises) 17 "

" ]Sr. -Dame de pitié (maladies des yeux) 7 "

" Ste Elizabeth (malades payants) 9 "

" Ste Anne (demi-payants) 10 "

" Ste Famille 12 "

Total 99 lits

130 ENTIÎE-NOUS

D'après cette énuniératioii on voit que chaque salle est placée sous le vocable d'uu saint ou d'une sainte, mais de plus, chaque lit porte également un nom de saint.

Par exemple, le No 32 de la salle Saint- Joseph est le lit Saint Joachim.

Les trois étages renferment 298 lits mais en cas d'urgence on pourrait en ajouter quelques-uns. Les salles réservét^s aux patients atteints de maladies des yeux, peuvent contenir jjlus de lits que le nombre cité plus haut.

Chaque lit comj)rend : 1 sommier, 1 matelas, 2 draps (en toile de Russie ou en toile du pays) 2 couvertures, 1 couvre i)ieds, 1 traversin, 2 oreillers.

J'ai remarqué avec intérêt et surprise que l'on a €onservé à l' Hôtel-Dieu une vieille coutume de France qui consiste â i)lacer à la tête de chaque lit, une sorte de claie en osier, dont peu de personnes, paraît-il, connaissent l'utilité. La chose est cependant très simple : la claie en osier est destinée â servir de refuge aux insectes, (aux punaises surtout) qui pourraient se glisser dans la salle ; l'osier les attire, et, tous les matins, on retire cette claie pour la plonger dans l'eau bouillante. Quand elle est sèche, on la remet en xjlace.

Les lits sont placés à environ six pieds l'un de l'autre. Chaque malade a une table et une chaise.

Chaque lit est entouré de rideaux blancs, qui sont changés aussitôt que cela est nécessaire.

Ces rideaux me déplaisent et je le dis à la sœur qui nous pilote.

Pourquoi enlever F air au malade et le confiner ainsi dans une sorte de cellule 'i

— Je comprends votre observation, me ditelle, on nous l'a déjà faite plusieurs fois, mais les médecins ne trouvent pas trop à redire à l'emploi de rideaux.

La ventilation, comme vous pouvez vous en convaincre par vous même, se fait d'une manière complète ; il y a jprise d' air en bas, et le haut du lit n'est i)as couvert. De plus, il ne faut pas perdre de vue que ces rideauxarrêtent au passage la poussière impalpable et presqu' invisible qui se détache de chaque lit et se trouve mise en mouvement par les courants d'air.

n y a aussi à considérer ce côté de la question, que le malade préfère toujours avoir des rideaux ; il se sent plus chez lui, il aime ce comfort et y renoncerait difficilement.

Somme toute, les avantages semblent contrebalancer les inconvénients.

Au fait, c'est très possible, et je ne vois pas pourquoi je m'entêterais à chercher à vous prouver le contraire. ♦

132 ENÏRE-NOUS

Les chambres de patients payants sont très convenables. Dans chacune d' elles se trouvent un lit, un tapis, deux fauteuils et un canapé.

Le taj^is est fixe, malgré l'avis du Dr Kingston, qui préfère avec raison, le plancher bien net et recouvert de catalogues que Ton peut enlever à volonté. Mais le tapis est plus élégant.

Bien que l' Hôtel-Dieu soit une institution catholique et canadienne-française, on y reçoit les malades à quelque nationalité et à quelque religion qu'ils appartiennent.

Quant un patient est amené à l' Hôtel-Dieu le médecin qui fait le premier examen, ignore qui il est et d'où il vient.

S'il en arrive plusieurs en même temps et que, parmi eux, il y ait des catholiques, des protestants, des juifs, des nègres et que l'on n'ait qu'un lit, c'est le plus malade qui est admis de droit.

Les recommandations n'ont aucun poids et dans ce xmlais de la charité, tous sont égaux, bien égaux, et la maladie seule détermine les droits de chacun, comme dans le monde la richesse et l'intelligence ou l'intrigue donnent à chacun sa place.

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