XITI LES ENFANTS TROUVES
Faites le bien, consacrez votre temps et votre argent au soulagement des malheureux, dévouezvous, il se trouvera toujours quelque part une vipère qui cliercliera à vous mordre.
Vous connaissez tout le zèle, toute l'abnégation, l' admirable courage que déploient les Sœurs Grises pour élever les enfants trouvés, alors que tout le monde semble rester indifférent au sort de ces petits malheureux, et quant on ne devrait entendre que des louanges et des remerciements, on est étonné de voir qu'un journal ait pris à partie ces vaillantes lilles, pour leur jeter le blâme et l'insulte.
Le Witness — puisqu'il faut l'appeler par son nom- a de nouveau entrepris une campagne contre ces religieuses qui, pour toute réponse, continuent leur œuvre de bien sans s' inquiéter des attaques qui ne peuvent pas les atteindre.
Ce journal a publié dernièrement des articles qui ont fait sensation et, qui, s' il n' étaient pas relevés, pourraient induire nombre de personnes en erreur.
Il avait pour but de prouver que les Sœurs se conduisaient en véritables marâtres envers les pau-
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vres petits qu'elles recueillent dans leur asile des enfants trouvés.
L'attaque est faite avec beaucoup d'habileté.
L'auteur de ces articles a apporté le plus grand soin à vanter tout d'abord les excellentes intentions et les vertus des Sœurs — cela lui a demandé quinze lignes au plus — mais ce n'était que x>our mieux faire ressortir l'horreur des maux qu'il x)rétend avoir découverts et auxquels il a consacré plus de sept colonnes du journal.
Toutefois, ne croyez pas qu'il dise carrément que les Sœurs soient couj)ables — il a troj) d'expé" rience de plume pour cela — mais les insinuations abondent, et il faut vraiment ne pas savoir lire entre les lignes pour ne pas voir le but qu'il se propose.
Quand il s'est présenté au couvent, la Sœur supérieure, apprenant le motif de sa visite, lui répondit avec la plus grande simplicité :
— Suivez-moi, monsieur, je vais vous montrer nos enfants.
Partout la plus grande propreté, cette propreté qui est la réalisation des principes de l'hygiène la plus exacte et dont les couvents ont le secret ; partout de r air, de Tordre, et de tous côtés de joyeux enfants roses et bien portants, respirant la santé et le bonheur.
Ces enfants ont été abandonnés par leurs mères, on les a trouvés sur le perron du couvent, dans la
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rue, dans les terrains vagues, jetés là comme choses inutiles, encombrantes.
Cette santé que l'on constate cliez eux, au prix de quels soins, de quelles fatigues et de quelles sollicitudes a-t-elle été conquise ?
Mais aussi, dit le Witness, que de victimes ont succombé, puisque l'on affirme que le chiffre des décès atteint une i^roj^ortion de quatre-vingt-seize Xoour cent !
L'exagération est évidente, mais le fait fut-il vrai, il est clair qu'il n'existe aucune comparaison entre l'état physique de ces petits abandonnés et celui des enfants qui sont élevés chez leurs pa rents.
On reçoit chaque année chez les Sœurs Grises près de huit cents enfants, qui arrivent à demimorts Y)ar suite du peu de soins qu'ils ont reçus dej)uis leur naissance, et je dirais môme, surtout à cause du manque de sollicitude de la part de leur mère avant leur naissance ; les médecins et les mères de famille me comprennent.
Sur cent cas d'abandon d'enfants, je crois qu'il en existe à peine deux occasionnés par la misère, par l'impossibilité de les élever de la part des parents ; les^autres ont pour cause une faute que r on veut cacher ou dont on désire supprimer le fruit.
Il est évident que dans ces conditions les enfants
trouvés sont presque tous destinés à mouiir. Une femme recule devant les conséquences d'un infanticide, mais elle arrive à peu près aussi sûrement au môme but en abandonnant son nouveau-né.
Quand le pauvre petit est remis entre les mains des Sœurs, il ne lui reste guère que le souffle, et, entré dans la vie depuis quelques heures seulement, il a déjà soufPert. Aux sœurs d'accomplir le miracle de le sauver quand même !
Dans cette lutte contre la mort, les humbles filles sont souvent vaincues. Peut-on en être bien surpris '(
Le journaliste s'étonnait que les Sœui^s ne plissent x)as soin elles-mêmes de tous les enfants ; mais, comme le lui a fort bien dit la supérieure, il faut de l'espace pour cela, on n'élève pas huit cents enfants dans un établissement qui peut en contenir à peine le quart !
— Pourquoi alors, ajoutait-il, en accepter la responsabilité ?
^lais ce n'est pas une affaire de responsabilité dont il s'agit, c'est la charité qui commande.
Oli ! ce n'est pas ainsi que Ton raisonne partout, et le Tr/^yi!6.s".S' lui-même nous le prouve.
— La matrone du Protestant' s Infants Home, dit-il, nous fit remarquer que c'était une règle absolue de la maison de n'admettre que les enfants nourris par leur mère et, sauf en cas de mort de