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drcs dJtails, grâce à Tindiscrétion des valets^ il arriva^ dis-je, que la baronne résolut de porter un grand coup. Elle savait le pauvre marquis au désespoir, sans doute découragé... elle crut le moment favorable et lui écrivit un billet ^ lui demandant avec mille coquetteries un moment d'entretien.
Rosebellc y fut, ne se doutant guère, le trop confiant Joseph, qu'il ^■ laisserait son manteau.
La baronne était extrêmement parée, coiffée avec art; sa taille, péniblement contenue par de puissants engins, semblait plutôt indiquée que soumise, et il était visible que toutes ces richesses charmantes étaient venues s'étaler au grand jour non pas seulement par le fait d'une préméditation galante, mais bien plutôt forcées par l'encombrement.
La baronne débuta par des repi"oches de ce que Rosebelle l'avait négligée si longtemps.
— L'infortune rend sauvage^ lui répondit-il.
— L'infortune! ah! marquis, devriez-vous la connaître! mais écoutez-moi : tant que je vous ai cru heureux, je me suis fait une jouissance de votre bonheur, que l'objet en fût digne ou non.,. Je fus reconnaissante à la comtesse qui comblait vos vœux, mais lorsque, mieux instruite, j'ai appris les déJains qui vous accablent... alors j'ai senti à ma haine pour clic quel était mon sentiment pour
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vous... Veuillez éloigner ces fleurs dont le parfum me trouble... Oui, Je dissimulais mal ce que ressentait miOn cœur : je l'exprimerai mieux... .T'espère que vous m'entendez^ marquis ?
Imaginez madame Plessy débitant cette tirade avec sa grâce provoquante, ses réticences^ ses petits silences éloquents, ses soupirs savants, et vous pourrez comprendre ce qu'il aurait fallu d'énergie à tout autre homme moins épris que Rosebelle pour ne point répondre :
— Baronne, baronne, Je vous aime.
Il resta froid, cependant, épouvanté par les trésors de haine renfermés dans cet aveu de madame de Volmenil.
— Hélas! baronne, dit-il d'une voix émuCj vous me forcez à vous déplaire; je m'avilirais en vous trompant; votre choix m'iionore sans doute^ vos bontés ont droit à mon attachement, — la baronne devint fort rouge, — et cependant mon malheur est tel que je ne puis vous offrir d'autre hommage que mes regrets...
A peine Rosebelle fut-il sorti de l'hôlel de madame de Volmenil que, fort inquiet sur les conséquences de son... impolitesse^ il courut confier au d'jc les détails de son aventure.
— Morbleu ! mon cousin, dit celui-ci, c'est pousser la vertu furieusement loin, et vous êtes un homme i> ne point faire de concessions! Vous voiià^
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dans tous les cas, une lourde ennemie sur les bras et fort capable de vous jouer de vilains tours.
Tout en disant cela, le duc commanda son carrosse^ etj ayant serré la main de l'infortuné Rosebelle, il se rendit chez la baronne.
Elle était encore dans tous ses atours, affaissée sur son ottomane et laissant apparaître tous les signes extérieurs du plus vif mécontentement. Le duc fut aimable comme il savait l'être lorsqu'il l'avait résolu. Il raconta le plus naturellement du monde les petits cancans du jour^ qu'il savait dire mieux que qui que ce fût, et conduisit la conversation de telle sorte que le nom de Rosebelle fut prononcé.
La baronne se redressa comme une biche atteinte par le plomb meurtrier, et par ce mouvement brusque il se fit dans son corsage des craquements d'une violence extrême.
— Le marquis n'est point du tout le premier venu, risqua le duc, et il est malaisé de ne point lui reconnaître des séductions particulières.
— Assurément; aussi faut -il absolument ou l'aimer avec passion ou le... haïr tout à fait.
Il se fit un silence. La baronne toussa, prit un bonbon dans la bonbonnière que lui offrait le duc.
— Il est possible, ajouta celui-ci, et j'ai lieu de le craindre — que Rosebelle ait de rrands torts
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à se reprocher envers certaines personnes^ mais, d'honneurj il est en tout cela moins digne de courroux que de pitié.
— Oui-da! répondit-elle avec un sourire amer; son insensibilité...
— Inexplicable!
— Inexplicable... en certaines occasions, ne me paraît pas naturelle , et je crois son état fort triste,
— Eh! baronne, ce n'est point triste qu'il faudrait dire, mais bien horriblement, effroyablement navrant. Son état, à ne vous rien cacher, est un de ces états devant lesquels... et comment^ je vous le demande, sans cet... état où il se trouve, aurait-il pu garder son indifférence près de vous?
— Vous savez donc que je l'avais remarqué?
— Eh ! baronne, votre cœur n'a-t-il pas conservé une sorte d'écho dans le mien ?
— Mais enfin cet... état dont vous parlez n'empêche pas Rosebelle d'adorer la comtesse... le nierez-vous?
— Dieu m'en garde! Ce serait nier l'évidence. Mais laissez-les s'aimer, ces deux êtres faits l'un pour l'autre... Ne me comprenez-vous pas, baronne? ce marquis-là n'est point du tout ce qu'il vous fautj mais point du tout^ là^ sincèrement!... '// aspire une prise de tabac.) Il épousera la comtesse...
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— Jour de Dieu! qu'il n'y compte pas !
— Bellement, chère amie, contenez les bourrasques de votre cœur, il épousera la comtesse, et vous en serez ravie.
— La raison, s'il vous plaît?
— La raison... la raison^ parbleu!... c'est son état.
Il se fit alors un silence, et tandis que le duc chiffonnait son jabot, la baronne^ minaudant^ curieusCj jouant avec ses bagues, échangea avec lui une suite de petits regards, qui amenèrent bientôt sur leurs lèvres un léger et fin sourire.
— Ce serait alors, poursuivit la baronne, un état... désespéré que le sien?
— Doublement désespéré, baronne. Ah! c'est une chose affreuse.
— Oh! affreuse! Pauvre marquis! un si beau timbre de voix! Ah! ah! ah!... je ris! c'est nerveux, vous savez ce que c'est!... mais continuez, cher duc, le marquis, vous le savez, m'intéresse extrêmement.
— Puisqu'il faut tout vous dire, voici cette histoire lamentable: Rosebelle était à Venise lorsque, un beau soir qu'il abordait à la Piazetta, un nègre richement vêtu et masqué sauta dans sa gondole et lui dit à l'oreille : r Seigneur, une femme t'aime et t'attend ; dis à tes valets de s'éloigner, et laissemoi te conduire. »
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— Oh! mais voilà qui est du uernier galant! Sans doute on lui banda les yeux?
— ... Lorsqu'ils furent bandés, le nègre, s'emparant de la rame, poussa au large, et le frêle esquif vola sur la lagune. Deux heures après^ environ, le pauvre marquis se trouva transporté dans une île qu'on eût pu dire enchantée. Après avoir traversé les immenses salles d'un palais tout de marbre et d'or, Rosebelle fut introduit dans une pièce étincelante de lumières et remplie des plus enivrants parfums. Sur des coussins de satin blanc, au milieu de gazes transparentes et parmi les fleurs qui jonchaient le tapis était couchée la princesse, demi-nue, impatiente, irrésistible. La voir^ s'élancer vers elle et en devenir éperdument épris ne fut pour Rosebelle que l'affaire d'un instant... je passe.
Pourquoi passez-vous, duc? Ne pourriez-vous glisser sans passer?
— Vous saurez tout^ baronne, quoi qu'il m'en coûte de vous tout raconter.
Quelques instants après, une porte s'ouvre avec fracaSj et apparaît, l'œil en feu et le sabre à la niain, l'époux, le propre époux de la princesse... Permettez-moi de vous taire son nom; c'était un généralissime servant sous l'étendard du Turc et réputé pour sa férocité. En voyant les preuves de son déshonneur, il rugit, s'élance sur les amants
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et poignarde sa malheureuse épouse, tandis que Ro^ebelle, terrassé, désarmé, est chargé de chaînes et livré par la soldatesque infidèle à la fureur du généralissime outragé. Hélas! la mort eût été préférable au revers inouï qui attendait mon cousin, puisque^ sans lui arracher le cœur, on lui enlevait le moyen d'en exprimer les élans. Ah! baronne, vous le voyez, le marquis n'est point, hélas! l'homme qu'il vous faut.
— Oh! mais, voilà qui est prodigieux, inexplicable !...
— Malheureusement, les... faits sont là.
— Comme il doit avoir besoin de consolation, ce pauvre marquis! Oh! je sens devant cette infortune naître en moi une indulgence, une compassion!... La comtesse l'aime, au moins? Ce serait en quelque sorte un crime que de ne point chérir un tel homme...
— Vous me promettez le silence sur tout ceci, n'est-ce pas, baronne? fit le duc en affectant un grand sérieux.
— Le silence ! Eh ! duc, suis-je femme à ne point respecter un pareil malheur? Le silence!... me demander le silence... c'est m'offenser vraiment que d'insister sur ce point.
Deux heures après cet entretien, la baronne de Volmenil, assise dans son carrosse, parcourait la ville au grand trot. Elle avait déjà fait six visites
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et raconté six fois la malheureuse histoire de l'infortuné marquis. Elle s'y prit si bien et combina si adroitement les conséquences de ses indiscrétions qu'au coucher du soleil la petite comtesse n'avait plus rien à ignorer sur l'état physique de son amant.
Mais, chose singulière^ ce récit produisit sur elle un effet inattendu; elle s'élança sur son priedieu , et versant d'abondantes larmes toutes chaudes de reconnaissance :
— Merci, Seigneur', merci! s'écria-t-elle; plus rien ne s'oppose à notre union. Oh! je le sens aux frémissements de mon cœur,, Rosebelle est fait pour moi.
Quoique^, à l'époque où se passait notre histoire, le télégraphe électrique fût encore complètement ignoréj les nouvelles intéressantes n'en faisaient pas moins le tour de Paris avec la promptitude de l'éclair; et bientôt le marquis de Rosebelle fut le seul qui ignorât le récit de ses malheurs. Aussi ne fut-il pas peu surpris d'apercevoir sur le visage des gens qu'il rencontrait une expression de bienveillance et de compassion qui l'intrigua extrêmement.
A la première visite qu'il fit à la comtesse, il la trouva toute différente de ce qu'il l'avait .laissée, et son excessif abandon le plongea dans l'ivresse.
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— O vous, l'àme de ma vie, disait-il à la comtesse^ daignez dire à l'amant qui vous idolâtre que vos yeux ni son cœur ne l'abusent point.
— Eh bien, oui, répondit la comtesse en rougissant, depuis que mon âme peut s'abandonner à une volupté pure, rassurée par la certitude que la vôtre n'appartient qu'au seul désir... d'aimer...
— Suis-je donc changf^ comtesse? Il soupira, et la comtesse fut pénétrée.
— Non, cher, vous n'êtes point changé, mais je vous connaissais mal, et depuis que je sais vos malheurs, qui vous rendent plus intéressant et plus cher, je me sens enhardie à vous avouer votre empire. Et comme elle résistait mal aux transports qui agitaient son cœur : Oui, cet empire est tel, qu'il mérite de vous faire oublier vos maux, de vous consoler, de vous tenir lieu de tout; oui, je vous aime, marquis; mon cœur est assez riche pour suffire à tout, et croyez qu'aimé comme je vous aime, Abailard même aurait pu encore être heureux.
Rosebelle resta quelques instants rêveur. Fort heureusement on annonça quelques personnes au nombre desquelles était le duc. Le tête-à-tête fut interrompu. Jamais Rosebelle ne s'était vu l'objet de tant de prévenances. Chacun s'intéressait à sa santé et lui parlait en termes bicr.veiUants de son séjour à Venise'.
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— On assure que c'est une ville unique, disait quelqu'un.
— Et ce n'est rien dire de trop.
— Dangereuse, toutefois, si l'on en croit le récit des voyageurs! Mais peut-être exagère-t-on beaucoup; n'est-il pas vrai, marquis?
— Je n'y ai rencontré, ajoutait le marquis, qu'un accueil parfait et une extrême douceur dans les mœurs de ses habitants.
— En vérité... cependant... puisque vous l'assurez...
Au bout de quelques jours, cependant, il fut impossible au marquis de Rosebelle de ne point s'apercevoir qu'il était l'objet de tous les regards et le sujet mystérieux de toutes les conversations. 11 s'en ouvrit au duc, qui, s'attendant à cette explication, était cependant fort embarrassé d'expliquer les rumeurs qui circulaient au sujet de son cousin. La tâche du duc, il faut l'avouer, n'était point aisée, et au premier mot qu'il risqua, l'impétueux Rosebelle ne put contenir son indignation.
— Ce n'est point impunément, s'écriail-il avec désespoir, que l'on voudrait me ravir l'honneur!
— Eh! morbleu! mon cousin, où placez-vous votre honneur? Que vojs font tous ces sots bavardages, si la main >.lc la comtesse doit être le
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prix de votre patience à les supporter?. . Ah ! tenez, mon cousin, vous n'y entendez rien^ et vous rentrez^ à mes yeux, dans la classe des hommes ordinaires.
— C'est, pardieu! ce que je désire, et je voudrais que tout le monde, à cette heure, me jugeât comme digne d'être dans cette classe-là.
— Patience ! supportez ce mécompte, il vous sera d'autant plus doux ensuite de confondre vos ennemis. Votre bonheur dépend de vous. Les femmes ont des caprices qu'on ne peut vaincre qu'en s'y prêtant. Puisque votre... silence la rassure, laissez croire que vous êtes muet, mon cousin; parlez par signes, vous bavarderez ensuite.
— Vous croyez donc ?
— Je crois qu'il faut me laisser faire, ne souffler mot, et vous considérer comme le plus fortuné des amants.
Le duc avait raison et les faits le prouvèrent. La petite comtesse, délivrée désormais de ses frayeurs, n'opposa plus d'obstacle au sentiment qui l'entraînait vers le marquis, et lorsque ce dernier, glacé de crainte et tremblant d'amour, vint enfin lui demander sa main :
— La voici, lui dit-elle simplement. Dieu le veut et moi aussi.
Les noces se lircnt en famille, dans l'une des
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terres de la comtesse, et le vidame, son père^ un homme d'importance, vint de l'autre bout de la France pour bénir leur union. Jamais la petite veuve n'avait été plus belle; et lorsque le soir fut venu, on remarqua qu'une expression d'enthousiasme et de recueillement illuminait son visage. Le duc seul paraissait légèrement inquiet...
Le lendemain matin^ la nouvelle marquise avait le teint fort animé, et lorsque le duc vint lui baiser la main, elle se sentit rougir encore et parut un peu embarrassée.
— ... Vous m'avez caché bien des choses, murmura-t-elle avec un regard angélique.
~ Une seule, ma cousine : la guérison.
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