‹ Entre nous [microforme]Chapitre 27 sur 33 · LES MORTS · texte numérisé non relu

LES MORTS

Les morts durent bien peu ; laissons les sous la pierre. Hélas ! dans leur cercueil ils tombent en poussière Moins vite qu’en nos cœurs.

A dit Victor Hugo après que tant d’autres l'ont pensé, mais les Américains qui font si peu de cas de la vie....des autres, veulent que leur dépouille mortelle soit léguée à leurs descendants avec toutes les apparences de la vie.

Une nouvelle compagnie appelée « New Mauso leum» vient de se former à New-York, et offre ses services au public.

Ces industriels, qui veulent vivre des morts, ont lancé une circulaire dans laquelle ils invitent leurs contemporains à renoncer à la coutume d’enterrer leurs parents décédés, et de recourir à leur procédé qui est la dissication. Les corps soumis à une série d'opérations conserveront leurs formes pendant un certain nombre d'années (garanti par la compagnie), et déposés dans des caveaux parti. culiers où on pourra les voir à volonté.

La circulaire est très bien illustrée.

Mais cette idée de préserver les corps d’une destruction qui semble être la loi naturelle, n’est

pas nouvelle, car les Egyptiens surtout l'ont mise en pratique d’une façon merveilleuse et, pour faire bien comprendre le système employé par eux, je vais vous faire assister au dépouillement d’unedes momies soignées de l’ancienne Egypte, d’après le récit d’un savant :

En allant du dehors au dedans, on trouvait d’abord autour de la momie une sorte de cartonnage épais, à masque doré, moulant autant que possible les formes du corps enseveli.

Le cartonnage une fois ouvert, une vague et délicieuse odeur d’aromates, de liqueur de cèdre, de poudre de santal, de myrrhe et de cinnamone, se répandit par la cabine de la cange, car le corps n'avait pas été englué et durci dans ce bitume noir qui pétrifie les cadavres vulgaires, et tout l’art des embaumeurs semblait s être épuisé à conserver cette dépouille précieuse.

Un lacis d’étroites bandelettes en fine toile de lin, sous lequel s’ébauchaient vaguement les traits de la figure, enveloppait la tête ; les baumes dont ils étaient imprégnés avaient coloré ces tissus d’une belle teinte fauve. A partir de la poitrine, un filet de minces tuyaux de verre bleu, semblables à ces cannetilles de jais qui servent à broder les basquines espagnoles, croisait ses mailles, réunies à leurs points d’intersection par de petits grains dorés, et, s’allongeant jusqu'aux jambes, formait à la morte un suaire de perles digne d’une reine

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