‹ Entre nous [microforme]Chapitre 28 sur 33 · LES MORIS · texte numérisé non relu

LES MORIS

Sur la tête de la momie était placé un riche mi. roir en métal poli, comme si l’on eût voulu fournir à jâme de la morte le moyen de contempler le spectre de sa beauté pendant la longue nuit du sépulcre

Au long du corps on avait mis l’étroite cuvette carrée en bois de santal, où de son vivant la morte accomplissait ses ablutions parfumées.

site . La momie une fois hors du cartonnage, le savant commença à la démailloter avec l'adresse et la légèreté d’une mère voulant mettre à l’air les membres de son nourrisson ; il défit d’abord l’enveloppe de toile cousue, imprégnée de vin de palmier, et les larges bandes qui, d'espace en espace, cerclaient le corps. Puis il atteignit l'extrémité d’une bandelette mince enroulant ses spirales infinies autour des membres de la jeune Egyptienne.

Il pelottonnait sur elle-même la bandelette, comme eut pu le faire un des plus habiles embaumeurs de la ville funèbre, la suivant dans tous ses méandres et ses circonvolutions. A mesure que son travail avançait, la momie, dégagée de ses épaisseurs, comme la statue qu’un practicien dégrossit dans un bloc de marbre apparaissait plus svelte et plus pure. Cette bandelette deroulée, vne autre se présente plus étroite et destinée à serrer les formes de plus près, Elle était d’une toile si fine, d’une trame si égale, qu’elle eut pu soutenir la comparaison avec la batiste et la mousseline de nos jours.

Enfin, la belle Egyptienne, morte depuis trente siècles, apparut belle encore et comme endormie aux regards du savant et de son ami émerveillé

On croit rêver en lisant ces lignes, et cependant rien n’est plus vrai. Au reste, ne sait-on pas qu’il y a quelques années on a retrouvé le corps du

grand pharaon, de Rhamses II-—ce Napol éon des Egyptiens, comme l’a nommé un écrivain moderne—et qu’il était encore assez bien conservé pour donner une idée exacte des traits et de la physionomie du grand roi.

Mais toutes les précautions prises par les monarques égyptiens pour assurer leur tranquillité après leur mort, leurs sépulcres cachés dans les flancs des montagnes creusées, l’entassement des pierres énormes, rien n’a pu soustraire leur dé pouille à la curiosité des savants, des antiquaires et surtout des voleurs.

Quand aux Américains, où veulent-ils en venir avec leur méthode de conserver les corps, même indéfiniment ?

Les morts vont vite, et de tout temps, loubli a suivi de près leur disparition de la scène de la vie ; on les x brûlés, enterrés, momifiés, abandonnés aux oiseaux de proie ou aux fauves, mais on ne se souvient que de quelques uns, et la découverte du cadavre de Sesostris n’a provoqué qu’un sentiment de curiosité et non d’affection.

Les anciens comprenaient si bien cela, qu'à Rome, des bouffons assistaient même aux funéailles des grands personnages ; ils y figurait pour amuser, par leurs grimaces et leurs plaisanteries, la foule qui marchait derrière le corps, «afin qu'elle s’ennuyât moins à suivre le convoi,» dit un auteur.

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