LES MORTS
Nos corps, pour le cas que l’on en fait de notre vivant, ce n’est pas trop la peine de les conserver après notre mort, et il serait à désirer que l’on inventät, au contraire, un moyen de les préserver longtemps quand ïls sont animés, mais certains médecins ne sont pas de cet avis.
Il vient de se dérouler en effet, à Montréal, un procès qui, en Europe, aurait eu le plus grand retentissement, tant certains détails en sont stupéfiants.
Un médecin poursuivait en dommages un de ses confrères pour avoir dit que par son incapacité il avait fait mourir une femme qu’il avait opérée.
Dans l’audition de la cause, un destémoins, médecin lui-même, a déclaré qu’en effet le demandeur avait agi comme un charlatan et que l'opération avait été une véritable boucherie, et cela en sa présence et devant un troisième médecin.
Bien plus, il à ajouté en réponse à une question à lui faite par son avocat, qu'il ne s'était pas opposé à cette prétendue boucherie, et bien que recon.naissant l'incapacité de son confrère, il n'avait pas fait l'opération lui-même par éliquette professionnelle!!!
Ainsi, c'est une chose admise que nous sommes exposés tous les jours à nous faire assassiner, sans pouvoir nous défendre, en présence de gens qui ont conscience de ce qui se passe, qui peuvent nous porter secours, mais qui se gardent bien de le faire
parce que l'opérateur est plus âgé qu'eux et que l'étiquette professionnelle les oblige à rester simples spectateurs du crime.
Mais cela dépasse les limites du possible ! Cela ne se voit pas chez les sauvages les moins intelligents ! C’est incroyable ! Ou ne peut pas même rêver pareille absurdité ! et l’énormité même de cette prétention me fait croire que l’opération n’a pu avoir lieu dans les conditions relatées par cet étrange témoin.
Trois explications peuvent se présenter à l’esprit du lecteur qui a pris connaissance de ce pro- CèS :
—La version donnée par le médecin témoin, est exacte ; alors, lui-même est coupable de ne pas avoir empêché la tuerie, et il doit être châtié.
—Cette version est fausse ; dans ce cas, le même témoin doit être puni pour avoir rendu un faux témoignage.
— Les rapports des journaux sont inéxacts ; dès lors, les journaux doivent être poursuivis pour avoir calomnié et le demandeur et le défendeur.
Mais de quelque manière que l’on envisage la cause, il est nécessaire, dans l’intérêt public que quelqu’un supporte les conséquences de sa fante.
Que deviendrait donc l’honneur—je ne parle pas de l’étiquette—que deviendrait donc l'honneur du corps médical, si l’on allait passer l'éponge sur ce scandale et n’en plus parler! Que deviendrions
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