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COURONNEMENT DU ROY LOYS

chose ne peut estre amée ne si droiturièrement, ne si pourfitablement.

« Gardés vous de muser et de dire vaines paroles.

« Si vous avés aucunes prospérités ou de santé, de cuer ou d’aultres choses, mérciés en nostre sei gneur Johan le Baptiste, nostre sainct patron, humblement.

«a Sur ce, largiesse au populaire et chevauchons chez nostre sire de Beauvais.»

Lors, bonnes gens clâmèrent: « Vive le roy Loys ! » et gens de guerre lancèrent feux grégeois, et sur la route, firent grande clairté et grand bruit.

Et se rendant au dict castel du Seigneur de Beauvais, comte de Chaboilliez, moult gens firent halte en les hostelleries et beurent vins de France, jus de brandevin et cervoise, et ce, sans vuider escarcelle.

De ce que tant beurent en les dictes hostelleries et après grand repas et nopce en le dict castel de Beauvais, que nombre de gentils hommes, chivaliers, escrivains, escholiers et boustiquiers s’en allaient, le jour venu, dodelinant de la tête et baritonnant des reins, s’esbaudissant, s'esclaffant et chantant : « Vive nostre roy Loys! »

Ceci est comme fust couronné le roy Loys, neufvième de nom, en sa bonne ville de Montréal, le treizième jour de may de l'an de nostre Seigneur, mil et huict cent octante quatre.

25 juin 1885.

Or, ça, en l’année mil deux cent quarantième de Nostre Seigneur, le jour de feste de Jehan le Baptiste, le roy Loys, neufvième de nom, estant coustumier de soy aller en le jardin, à l’issüe de table, se leva et sortit suivie moult seigneurs qui se faisaient usage de venir manger en le castel, parce que alors il ne leur en coustait rien.

Le roy estait vestu d’une cotte de camelot et d'un surcot de tiretaine et il fit estandre des tapis pour les seigneurs s'asseoir autour de lui.

Là se trouvaient aussi la royne mère, madame Blanche et madame la royne Marguerite et nombreux hommes vestus selon leurs estats. (Ci on voyait Robert, comte d'Artois, frère du roy, Amaury de Montfort, les contes de Champaigne, de Bretagne et de Macon, Guillaume d'Auvergne, évesque de Paris, Pierre de Croisy, évesque de Meaux, Guillaume Longue-Espée, le sire de Joinville, le sire de Chastenay, Geffroy de Sargines, Guillaume de Chartres et moult autres nobles, puissants et redoutés chivaliers.

Quand tous se furent assis, Pierre de Croisy,

évesque de Meaux, voulust lire en le pseaultier, mais le roy :

« Non, vous ne lirez point, car il n’est si bon « livre, après mangier, que propos à volonté, quand «ung chascun dict ce qu’il veult, Et pour ce « prouver, escoutez :

Mais, sachiez de prime chose, chiers Seigneurs chivaliers, que oncques menterie ne sortit de ma bouche et que madame la Royne, ma mère, avait coustume de dire, que si j’étais malada jusques à la mort et que je ne pusse guérir, qu’en faisant telle chose que je peschasse mortellement, elle me laisserait mourir plus tôt que de me voir courroucer damnablement mon Créateur.

—Diex soit besnit, chier et biau fils, dit la royne, ais je ainsy fait.

—Et pour ce je vous ai grand amour, madame.

Là, je veux conter ce qu’en songe j'aye veu en la dernière nuict et poinct ne doutez que ne sois en possession de mon esprit.

Un ange me venait quérir et me mettant la dextre sur l’épaule dict : « N'ayez crainte et me suivez». Lors il m’enleva et si légier me sentais, que poinct ne pesais et toujours plus haut voulais m’élever.

Après ung long voyage, mon compaignon me fit asseoir en ung grand mont et me dict : espérez,

Autour de moi ne voyais que noirceur, laquelle .

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ENTRH-NOUS

choses dura jus ce que je vis grande clairté et au milieu de la dicte clairte Monseigneur Jehan qui baptisa Notre Seigneur Jesus Christ, qui ainsy me parla :

—Pour ce que tu soulais,en ton vivant, (car j'étais depuis cenis et cents années défunct) venir en grande aide à la chrétienté en extirpant les infidèles qui étaient grand ruisement à la terre Sainte, je te veulx monstrer ce qu'est devenu le peuple franc en l’année mil et huit cent octante et cinquième.

Lors je vis ung loingtaing pays, par de là mers plus grandes que celles qu'ont déjà traversées nos aieulx, foule de gens devisant les uns, en langue françoise, etaultres, er langue de Richard au cœur de Lion, et me dit Monseigneur Jehan le Baptiste, que ce pays estait devenu anglois, après avoir etê franc, et qu'on le nommaïit Canada.

Et ces angloïs ne croyaient pas en la saïateté de Notre Sainte-Vierge Marie, et estoient sortes d’hé- ‘rétiques. pendant que les anciens francs qui vivaient avecque eux croyaient en notre religion. Et tous vivaient en accord et point ne se disputaient....

— Ah ! seigneur Roy ! s'écria le sire de Joinville, que n’allaient les Francs, éeu au col, heaulme en tête et lance au poing sus à ces infidèles !

—Q:\est-ce ceci, mon sire ? en ce temps de mon songéon ne voyait plus heaulme, écu ou lance, mais

6 et au an qui nsy me

J'étais nir en fidèles ce, je te » franc ème.

à mers ses nos langue u cœur ptiste, oir etê

teté de s d'hés qui ligion.

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nville, me en

e mOn >, mais

bien sortes de tubes lançant feu et flammes, et mettant à * ‘le mort, à distance de cent fois jets d’arbaleste, hommes et bestes.

Monseigneur Jehan me montra en ung grand bourg que l’on nommaït Saint-Jean, car il estait sous le vocable du Grand Saint, moultitude d'hommes estrangement vestus qui festaient la vingt quatrième jouruée de juin, la feste de leur patron, mon dict seigneu" Saint Jeban.

Et je vis tant d’estranges choses que point ne pourrais le dire : ;

Au milieu de grande foule de gens qui tous semblaïieut égaux en leurs estats, par les vestements, je vis s’avancer en chevauchant ung homme vestu comme moi et qu’on disoit ètre le roy Loys, et derrière se trouvaient gens de guerre, illustres et puissants chevaliers, et ouïs le sire de Beullac dire que c’estaient Robert, comte d'Artois, les sires de Joinville et de Chastenay, les comtes de Champaigne, de Montfort, de Sargines et vous tous, mes nobles et amés vasseaux.

Et comme ne pouvais recognaistre vos visages, monseigneur Jehan me dict que point n’estaient vos propres corps, mais seulement personnes habillées comme uous, pour ce que elles voulaient honorer notre nom et mémoire, et me dict aussi que gens de Canada aïimaient nostre pays de France et nostre Saincte Eglise.

Qui pourrait raconter et ecrire sur un parchemin les joyeux applaudissements, les hymnes de triomphe, les doux chants des cleres, les sons des instruments de guerre, les ornements des églises en dedans et en dehors ; les rues, les ruelles, places publiques, les maisons, tendus de courtines et de tapisseries, couverts de fleurs, d’herbeset de brarches vertes, les habitants de tout sexe et de tout âge accourant de toutes parts en une si grande aflluence de populaire, s’esclaflant, s’exclâmant et criant: « Vive La Canadienne. »

Les Canadiennes estant les dames des seigneurs de ce temps et, pour le vrai dire, semblaient toutes estre belles et accortes comme madame la Royne.

Monseigneur Jehan me monstra aussy nobies hommes de grandes cités nommées : Montréal, Québec, Trois-Rivières, Sorel, Saint Hyacinthe, et aultres villes, et je vis les seigneurs de Lorangier, Gaulthier, Resther, Lareau, Benoist, Leblanc, Emard et tant de haut lignage que point ne pourais les nommer. Et tous, gens du peuple et no: bles hommes lisaient en un grand papier, qu’ils nommaient « journal » où grands eleres et gens de savoir, appelés journalistes, écrivaient belles, bonnes, où mauvaises choses que tous cuidaient avoir en donnant un sol de euivre, de leurs ercarcelles, et disaient que ce estait rien donner pour tant avoir.

Et Monseigneur Jehan diet encore, pour le finir, que en tous pays se trouvaient Canadiens, fils de

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églises , places ‘set de le braide tout grande mant et

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vaillants et preux chivaliers de France, qui partout semaient bonnes idées, comme nos serfs sèment bon grain, et que ivraie ni sené ne se voyaient en leur peuple, que tous Canadiens estaient gens de bien craignant le Seigneur, cuidant vuider bouteilles et avoir moult enfants qui ung jour couvriraient la terre et tous les infidèles convertiraient.

—-0 Roy, me dict-il, vois cette petite branche de ton peuple et, lors que de tous costés, en pays de France, il n’est plus de nobles gens, comme au temps où tu roygnais, qu'il n’est plus de prébendes, d'abbayes, de bénéfices et que le villain est égal au seigneur, ici, en pays de Canada, d’aucuns songent de voir un jour renaistre toutes ces choses en terre estrangère, ce que jamais nul ne verra, pour ce que Diex est contre telle aventure.

Mais, je te prie, poinct ne fais mesprison ; ces gens que tu vois s’exclamant et criant: « Vive le Roy !» et se vestir comme en l’espoque des croisades, seraient premiers à courir sus aux seigneurs, s’ils revenaient, et considère seulement que c'est par souvenir et amour de leur mère patrie qu'ils font 2insy et non autre chose.

—Monseigneur Jehan, dis-je, poinct ne vois la bannière de maison de France ni l'oriflamme de monsieur Saint Denis, et n'apercois que bannières à trois couleurs, bleu, blanc et rouge.

— Cent années dans quatre ans seront escoulées

de D og ot A Te AS

depuis que bannières et oriflammes de France ne sont plus desployées et ce que vois maintenant est bannière des Français, qui plus vit de pays en cent ans que pendant mille auparavant.

Et poinct ne gémis sur ces choses pour ce que Diex l’a voulu et ne regarde que l'avenir de ces enfants de Canada pour France et l’église.

Lors j’ouïs ung grand bruit et revins en pays de vray en m’eveillant.

Ce, mes seigneurs, est le songe que je fis.

Poinct ne dirent mot d’abord les nobles chivaliers et leurs bouches semblaient consues, quand la Royne Blanche à genoulx, dict :

—Biau sire Diex, aye mercy de ce peuple !

Et tous: le Roy, la Royne et les Seigneurs à genoulx se mirent, et dirent en se signant :

—Diex proteige la France.

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