ANNÉES
BËNâncis
ciruisis
O.ora 0.078 0.080
O.Sïf 0.5M 0.5i7 0.576
II en résulte que les progrès industriels sembleal bien se résoudre finalement, dans une hausse des profits par rapport h la somme de capital engagé, et dans une baisse du taux de profit par unité de produits fabriquée.
Ces résultats s'expliquent facilement l'un et l'autre, si Ton se reporte à l'analyse que nous avons faite des différents types de profils normaux.
En ce qui concerne tout d'abord cette cause de profit qui se rattache à une nouvelle utilisation d'un bien productif jusque là employé ^ une production socialement moins utile, elle est de nature à n'agir que pendant une durée de plus en plus restreinte. Car le développement de l'instruction générale et technique mettra les entrepreneurs concurrents en situation d'imiter presqu'immédiatemenl le nouveau procédé de fabrication, fl s'en suivra soit une hausse du bien productif, soit une baisse du prix de vente (si certains entrepreneurs cherchent à s'assurer une position de monopole par l'appât du bon marché). Dans les deux cas. l'éfarl entre le coûl de production et le prix de vente, par unité fabriquée, sera diminué.
En ce qui louche d'autre pari cette autre cause de profit qui réside dans la différence de valeur entre les bieos présents et les biens futurs, elle paraît de nature à agir également d'une façon de moins en moins intense, par suite de l'augmenlation des capacités techniques des entrepreneurs ou de leurs employés supérieurs (car il en résulte une diminution des risques techniques),et par suite de la vulgarisation des données statistiques touchant les besoins des consommateurs (car elle se traduit par une diminution du risque économique). Ces deux considérations entraînent la possibilité pour l'entrepreneur, aussi bien que pour le vendeur des biens productifs, d'apprécier plus exactement l'utilité sociale future du produit fabriqué. Il en résulte un écart moins grand entre le prix du produit achevé et le prix actuel des moyens de production .
Mais ce raisonnement n'est vrai tout d'abord que des besoins sociaux les plus généraux, dont l'intensité ne varie guère d'une année à l'antre. Il resterait sans force à l'égard des besoins exceptionnels et changeants, des besoins de luxe, qui semblent se multiplier avec te développement de la civilisation et donnent lieu à des profits extraordinaires de plus en plus fréquents et de plus en plus élevés. En fait, aucune période de l'histoire n'a offert le spectacle de fortunes industrielles comparables à celtes qui se sont réalisées au cours du XIX* siècle, particulièrement aux Etats-Unis.
Et même en ce qui concerne la production des marchandises usuelles la baisse de la part prise par l'eolrepreneurdans la valeur de chaque unité fabriquée ne permet pas de conclure à une baisse du taux de profit (au sens où l'on prend généralement ce mot, en comparant le profit au capital engagé). Car c'est le propre de la civilisation de Taire sentir aux couches inférieures de la société, en vertu d'une loi d'imitation, des besoins jusque-là propres aux classes supérieures. L'entrepreneur pourra donc vendre un bien plus grand nombre de marchandises Tabriquées et, tout en gagnant moins sur chaque exemplaire, faire de plus gros bénéfices sur l'ensemble.
Il faut reconnaître cependant que l'accroissement du capital dans les sociétés modernes agira souvent dans le sens d'une baisse du taux des profils, comme l'avait prévu A. Smith.sansen donner la raison exacte. Voici comment: la multiplication des capitaux et le désir de les employer utilement favoriseront une production matérielle intense. L'utilité finale sociale des objets fabriqués tombera ainsi à un degré plus bas, ce qui diminuera la valeur à partager entre l'entrepreneur et les agents de la production matérielle, et dès lors la valeur de part de chacun.
lin somme, il y a là un enchaînement de causes très complexes au milieu desquelles on ne peut guère distinguer que deux tendances :
i" Teodance à la baisse de la pari restant h l'entrepreneur dans la valeur de chaque unité fabriquée ;
2* Tendance h la baisse du taux des profits (par rapport au capital engagé], mais seulement dans les industries Tabriquant des objets de consommation courante.
Digiliz=db,G00gle
Les conclusions que nous pouvons formuler se réfèrent soit à des questions d'ordre lliéorique soit à des questions d'ordre pratique.
Au point de vue tkéoriçue, nous considérons le profil de l'enlrepreneiir comme un revenu unitaire, comprenant tout ce que l'entrepreneur retire de la production, et dû tout entieràraccomplissement de la fonction économique de l'entrepreneur qui est de pourvoir aux besoins sociaux, dans l'ordre de leur intensité.
La source du profit ne saurait donc être trouvée dans une exploitation des agents de la production, et particulièrement des travailleurs salariés: il faudrait, pour essayer de le soutenir, s'attacher uniquement Ma répartition de ia matière produite. Or le problème de la répartition, dans une société fondée sur le régime des échanges, se pose uniquement sur le terrain de la répartition de la valeur produite. La formule de répartition, dans une telle société, est double : la part de l'entrepreneur est déterminée par la valeur réelle des objets fabriqués: la part des agenis de la production matérielle (propriétaires fonciers, capitalistes et travailleurs salariés) est déterminée par 1h valeur présumée des objets fabriqués.
Bien loin, dès lors, que le profit soil un prélèvement fait par le patron sur le produit du travail de l'ouvrier, ce sont les salaires qui sont payés sur le profit de l'entrepreneur. Bien loin d'être l'ouvrier qui abandonne au capitaliste une part de la production parce qu'il est privé des instruments de travail et dès lors à la merci du capitaliste, c'est l'entrepreneur qui abandonne aux agents de la production matérielle une part du produitvaleur, parce que la production matérielle est la condition nécessaire (mais non suffisante) de la productionvaleur, et qu'il ne possède pas les forces nécessaires à la production matérielle. Mais lui seul est responsable de la production-valeur, c'est-à-dire de l'adaptation de la production aux besoins sociaux : lui seul aussi en gardera le résultat lorsqu'il en aura déduit la rémunération, librement convenue(t), des ageatsde la production matérielle. Ceux-ci ont droit à une rémunération non pas k raison de ce qu'ils ont produit, mais à raison de ce qu'ils ont permis à l'entrepreneur de produire. Un auteur dramatique contemporain, M. de Corel, a trouvé une comparaison saisissante, sinon exacte dans tous ses détails, pour exprimercette idée (2).
« On raconte qu'au fond du désert, des nuées de chacals suivent le lion pour dévorer les restes de son carnage. Trop faibles pour attaquer le buffle, trop lents
(1) Nous laissons ici de c6lé les cas de profits eiceplionnels que nous avons signalés.
(2) Le Repas du lion, act« IV, se. III.
CONCLUSIOK 819
pour prendre les gazelles, loul leur espoir est dans la grifTe du roi. Daas sagrifTe, entendez-vous? Au crépuscule, il quitte son repaire et parcourt les savanes, rugissant de faim, cherchant sa proie. La voici ! Alors les bonds prodigieux, la lutte furieuse, les mortelles étreintes, le sol rempli de sang, d'un sang qui n'est pas toujours celui de la victime. Puis le festin royal, sous le regard attentif et respectueux des chacals. Lorsque le lion a le ventre plein, les chacals dtnent. Croyez^ vous que ceux-ci seraient mieux nourris, si le lion partageait sa proie en autant de morceaux que de convives, et s'en réservait un maigre quartier? Pas du tout. Le lion doucereux ne serait plus le lion, à peine un caniche d'aveugle. Je le vols s'arrètantau premier crt d'angoisse et léchant les pieds de sa victime. Parlez-moi d'un animal féroce, ardent à la curée, ne rêvant que meurtre et boucherie. Celui-là, quand il rugit, les chacals se passent la langue sur les lèvres. Le superflu du lion cruel est plus abondant que le nécessaire du lion généreux.
(- Comprenez-vous maintenant ? Il y a une différence entre la pâtée qu'on apporte et le buffle qu'on attaque, entre un porc à l'engrais et un lion à la chasse, entre l'oisif qui digère et l'homme entreprenant qui fait jaillir les sources nourricières dont le Iravailleurreçoit les éclaboussures ! »
L'intérêt des travailleurs est bien, en réalité, que les entrepreneurs soient les plus intelligents et les plus
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aciirs possible ; mieux ils sauront deviner le besoin social, plus haute sera la valeur produite, et plus haute dès lors la rémunération possible du travailleur : plus avisés seront les patrons, plus sûre l'adaptation de la produrtion à la consommation, et plus rares les crises elles chômages naissant de la surproduction. Il n'est pas exagéré de dire, avec le directeur d'une fUatiire anglaise (1), qu'on doit garantir à l'employeur, autant que possible, une certaine marge de profit, qui ne peut, sans perte pour l'ouvrier, être rédiiile en faveur des salaires. Une classe ouvrière éclairée doit songer h attirer à l'industrie et à lui conserver, si c'est possible, une somme d'intelligences supérieures à celles que possèdent les industries rivales k l'étranger. L'ouvrier doit payer pour trouver les employeurs les plus capables.
Aussi bien les ouvriers eux-mêmes savent parfois le comprendre. Les États-Unis, ce pays par excellence de la démocratie industrielle, ont donné un jour ce spectacle d'un meeting dans lequel un millionnaire comme Vanderbilt était défendu par un membre de la célèbre association ouvrière des Knightsof labor(2). Nous parlons des capitalistes, s'écriait-il, comme si leur fortune ne profitait qu'à eux. Mais que faisait Vanderbilt des sommes énormes que marchandises et voyageurs ac-
{i; Cil^ par SohùlUe-Gaïejnilî, la grande industrie, p. 243. (2) V, A plain mann's talk on Ihe labour question. Harper, New- York. Cr. de Vfirignj, Les fortunes mobiliireu aux Etats-Unis, p. 47'
cumulaicDl dans ses caisses? (1 salariait des milliers d'ouvriers et d'employés, construisait une voie ferrée de New-York à Chicago, réduisail le prix des transports. Sans doute, il édifiait nn palais et l'ornail d'œuvres d'art. Mais cela représentait une bien minime fraction des sommes employées par lui pour créer de nouveaux moyens de communication, construire des bateaux plus solides et plus vastes. S'il ne l'eût pas entrepris, un autre l'eût fait, soit, mais comme lui, cet autre eftt retiré les mêmes avantages. Souhaitons plutôt, continuait l'orateur, que le pays continue à produire de pareils hommes. Il en faut pour perfectionner notre outillage commercial et l'amener à un point tel que nous puissions nous procurer au taux le plus minime possible les nécessités etle confort de la vie.
Au point de vue pratique, les conclusions de notre étude ne sont pas moins rassurantes. Elle nous a montré, en effet, avec quelle exagération on est tenté, dans les milieux populaires, d'évaluer le montant des bénéfices industriels. II faut bien reconnaître, d'ailleurs, que les organes dirigeants du parti socialiste ne mettent pas toujours dans les exemples qu'ils apportent ft leurs lecteurs toute la sereine conscience qui convient aux recherches scientifiques. N'a-t-on pas vu l'organe officiel de la démocratie allemande, le Vorivàrts, dans son numéro du 12 janvier 1892, donner une statistique des gains d'un certain nombre d'établissements industriels
dans les 3 années 1888-90, en négligeant d'inTormer ses lecteurs que ce qu'il donnaitscus te nom dedividende , c'était le total des dividendes reçus par les actionnaires pendant les 3 années en question, ce qui lui perniettait d'arriver à des chiffres de 60 h 83 0/0 (d'ailleurs exceptionnels}?
Nous avons vu quels résultats d'ensemble on pouvait tirer des documents qu'il nous a élé possible d'utiliser, et combien miaime était, en général, le montant des bénéfices industriels.
Mais on peut pousser plus loin la curiosité el se demander quel avantage les ouvriers retireraient de la suppression des entrepreneurs el du partage égal entre eux des bénéfices aulrerois perçus par les capitalistes.
La question a déjà reçu sa solution à diverses reprises, et avant d'exposer les données nouvelles que nous permettent d'utiliser les bureaux américains du travail, rappelons que déjà le calcul avait été fait en 1884 pour les charbonnages de la Belgique et du Nord de la France. Le ministre belge du commerce et de l'industrie indiquaità cette date que les produits se répartissaient de la façon suivante :
Ouvriers 56. fil
Capital 1.26
Frais 42.13
Il déduisait de ces proportions que si l'on avait distribué aux ouvriers la part du capital, ils auraient eu à
peu près 7 centimes comme supplémenl de salaire journalier {!).
M. Fernolet (2), faisant les comptes de l'exploilalion des liouitlères du Nord, finit par dire que si l'on considère une longue suite d'années, les dividendes touchés par les actionnaires nereprésenteotguère que la valeur d'un bock de bière par journée d'ouvrier.
L'enquête du Massachusets, dont nous nous sommes déjà servi à plusieurs reprises, nous apporte des résultais plus précis, mais pas très 'sensiblement dilTérents (3).
Si dans les 10.013 établissements ayant répondu h l'enquête, on avait ajouté aux salaires les profils nets, on serait arrivé au résultat suivant :
EMfits armi.
Bn»oibl«
Rémnnération annuelle des