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LA. THÉORIE DU PROFIT AVANT A. SUITB

doDl le fonds n'est que de 500 livres peut-il commercer ? Je réponds qu'il se resserre, en sorte de pouvoir commercer à 10 0/0. Et d'ailleurs comme eu Hollande, il y a grande abondance d'argent, ce qui facilite les emprunts à bas intérêt, il emprunte & 3 ou 4 et par là gagne 6 ou 7 0/0 par l'emprunt. »

Il en résulte la possibilité pour l'entrepreneur de Taire un profit, sans autre explication.

S(euart{l], après avoir établi que le prix des marchandises est déterminé par liois élémeols, la somme de travail nécessaire à leur production, la valeur des moyens de subsistance des ouvriers, et la valeur des matériaux consommés, ajoute que le prix de marché peut être inférieur ou supérieur à ces frais de production, suivant les circonstances. S'il est supérieur, le profit du manufacturier prend naissance. Il tient d'ailleurs ce profit pour assuré, parce qu'avec la grande connaissance qu'ont les entrepreneurs des circonstances qui régissent la valeur des marchandises, ils peuvent rarement évaluer trop haut le prix futur et sont dès lors assurés de vendre.

Une exception analogue se fait jour chez deux caméralistes allemands contemporains, Jusli et Sonnenfels qui définissent tous deux le profit du manufacturier (Gewinnst) comme le surplus du prix de vente sur les frais de production, et qui le rattachent, le premier au

(1) An Itiquiry inlo ihe frineipUs o[ potiUcal Economy. London, 1867, I, p. 162.

risque couru, le second à l'aclivité personnelle déployée (I).

Nous arrivons ainsi aux physiocrates. La théorie de la répartition prend chez eux plus d'importance que chez les écrivains dti groupe précédent. Toutefois la notion du profit n'en reçoit guère d'éclaircissements, saufen ce qui concerne le proHt des agriculteurs, ou produit net.

Mercier de La Rivière définit ainsi le produit net: comme, en général, un produit ne s'obtient que par le moyen de dépenses préalables, il commence d'abord par être un produit brut, c'est-à-dire une masse plus ou moins forte de production, chargée de restituer la valeur de toutes les dépenses qui l'ont fait natIre.Quand, sur cette masse, les mêmes dépenses ont été reprises, le surplus qui reste est un produit net. Il est tout gain pour la société parce qu'il est par lui-même et & tous ^rds un accroissement de richesses pour la société (2).

Mais cette définition ne convient, dans la pensée des physiocrates, qu'au produit de la propriété foncière. Les industriels et les commerçants, à la différence des propriétaires fonciers, ne peuvent retirer qu'un salaire et non un produit net. Ce salaire doit être classé parmi les frais de production, et contribue à fixer le prix des

(1) JusU, SlaatswirHehaft, 2* édit., Leipzig, 17&8, 1, p. 443 et s.; Sonneafels, GruntUâUe der PoUui-Randlungs-und PinaHUobiSmscAa/'f. Vienne, J76S, 11, p. 122 et s.

(2) Vordn naturel «( esstntiti dessoeiitéspoUtiquei. Londres, 1767, p. 221.

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marchandises. Il ne représente pas un bénéfice pour la sociélé, car la classe industrieuse est stérile, mais seulement une modifîcalion dans la répartition : tout gain du vendeur correspond donc à uoe perte de l'acheteur.

C'est Turgol{l) qui, le premier, dénonça l'erreurdes physiocrates quant à la différence entre les entreprises agricoles et industrielles. » Aussi bien dans l'industrie que dans l'agricullure, des avances sont nécessaires; et ce sera l'un des possesseurs de capitaux ou de valeurs mobilières accumulées qui les emploiera partie aux avances de la construction et aux achats de ma' iièves premières, partie au salaire des ouvriers qui travaillentà leur préparation (^LXI). »

Turgot distingue d'ailleurs l'entrepreneur du capitaliste. Il sait que ceux qui possèdeut le zèle nécessaire, mais non les capitaux suflisants, doivent s'adresser aux capitalistes et leur abandonner une part du gain qu'ils espèrent.

La légitimité du proBt se trouve dans le soin et le travail fournis par l'entrepreneur. Il en résulte que l'argent employé dans l'industrie ou le commerce doit rapporter un profit plus considérable que le revenu du même capital employé en terres, ou l'intérêt du même éapiial prêté : car ces emplois exigent, outre le capital avancé, beaucoup de soins et de travail. S'ils n'étaient pas lucratifs, il vaudrait bien mieux se procurer un re-

(i) Œuvres, éd. Daire, Paris, 1844, I, p. t .

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venu égal dont on potirrail jouir sans rien faire. Il faut donc que, outre l'inlérét de son capital, l'entrepreneur retire chaque année un profit qui le récompense de ses soins, de son travail, de ses talents, de ses risques et qui, de plus, lui fournisse de quoi remplacer le dépérissement annuel des avances qu'il est obligé de faire dès le premier moment, en effet susceptibles d'altération, et qui sont exposées à toutes sortes d'accidents.

De même chez Condillac (1 ) :

« Un marchand a fait des avances : elles consistent dans le prix qu'il a donné pour les choses qu'il veut revendre, dans les frais de voiture, dans ceux de magasin et dans les dépenses journalières qu'il fait pour conserver ses marchandises.

Or il faut non seulement qu'il soit remboursé de toutes ses avances : il faut encore qu'il trouve un profit à faire son commerce.

Ce profil est proprement ce qu'on nomme salaire. On conçoit qu'il doit être faitet réparti successivement sur toutes les marchandises dont il a le débit. »

Au point où nous en sommes parvenu, la légitimité du profit n'a jamais encore été mis en doute. Elle s'appuie sur la considération du travail de l'entrepreneur. Nous retrouverons dans l'école française k partir de J.-B. Say celte opinion traditionnelle.

Quant à la nature du profil, et à ses lois, la distribu-

(l) V. éJ. Daire, p. 271.

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