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LA THÉORIE DD PROFIT AVANT A. SMITH

Quelle que soit l'imporlance de la fonction de l'entrepreaeur, il est évident qu'on ne trouvera des hommes pour la remplir que si l'exercice de cette fonction leur assure un certain revenu, que si l'entreprise leur laisse des bénéfices. Quelle est la nature de ce revenu? En quoi se distingue-t-il de ceux du propriétaire foncier, du capitaliste ou du salarié? Constitue- 1- il, pour le tout ou pour partie, un revenu d'une nature spéciale, et quelle est alors sa légitimité ? Telles sont les questions qui se posent maintenant à nous.

Avant de chercher h les résoudre pour notre propre compte, nous exposerons, dans cette seconde partie de

(1) Cf. Pierstorff, tont l'onTrage ; Grosi, p. 15 et s.; Hateja, p. S et s. ; Graiiani, p. 53 et i.

a DEUXIÈMR PARTIE. — CHAPITRE PREMIER

notre étude, les diverses réponses qui y ont été apportées jusqu'ici par les économistes. En dehors de l'inlétérêt d'ordre philosophique que peut présenter un tel exposé, dans lequel nous verrons se succéder les opinions les plus diverses sur le problème qui nous préoccupe, il aura pour nous l'avantage de déblayer le terrain et de nous indiquer les fondrières dans lesquelles nous devrons nous garder de tomber en cheminant.

Les doctrines antiques ne nous fournissent pas de réponse k nos questions. Tant que dure le régime de l'industrie domestique, le revenu de celui qui dirige la production, se présente avec un caractère d'unité et de généralité. Etant tout à la fois propriétaire du terrain, du capital et des esclaves, le père de famille n'a à subir aucun partage. D'autre part, le revenu est consommé en nature, sans faire l'objet d'aucune opération d'échange.

Ce n'est pas h dire que toute espèce de négoce soit inconnue des sociétés antiques. L'histoire et la littérature nous ont conservé le souvenir des potiers de Mégnre, des fabricants d'étolTes de Ces, ou des changeurs ' d'Athènes. Mais le négoce ou le change rentrent dans la catégorie des acles pecuniativie. Les sages, avec Aristote, ne les admettent que pour autant qu'ils servent le vrai bien économique, qu'ils sont les intermédiaires pour l'entretien et le développement de la richesse naturelle. Toute entreprise qui ne peut s'expliquer que par l'esprit de spéculation, la passion du lucre, sans

LA THÉORIE DU PROFIT ATAKT A. SMITH i$

retour vers le bien réel de la famille ou du public, est blâmée {I). Est-ce là autre chose queVexacte compréhension du rôle social de l'entrepreneur?

La légitimité du gain de l'entreprise, chez les Pères de l'Eglise, se base sur le travail fourni. L'idée de la rémunération du travail est affirmée partout. Elle est générale et concerne tout travailleur, et non pas seulement celui qui loue son travail. Mais le profil résulte du prix de vente de l'objet fabriqué. Or ce prix de vente est variable, et il en peut résulter des profits plus ou moins élevés? Ici apparaîtra la notion de juste prix et, tandis que St Thomas se base uniquement, pour l'apprécier, sur le travail fourni, St Antonin de Florence s'en rapportera à une appréciation équitable d'après le travail, l'intelligence, la coutume, le risque, etc. (2).

Non seulement la légitimité du produit est reconnue mais encore, on garantit par des règlements la rémunération de l'entrepreneur. Robert de Courçon indique même une proportion de ce chef pour les marchands.

En somme le profit est ici corrélatif du travail fourni. Cependant on entend cette relation d'une manière assez large, et Duns Scott ayant soutenu que les marchands ne peuvent faire sur leurs opérations d'autres bénéfices que l'indemnité de leur travail et leurs frais, sans égard aux autres oscillations de la valeur, est

(1) Souchon, Les doctrines écotumiques de la Grèce antique, p. 119. — Rrandls, Les théories économiques aitx XIII* et XIV siècles, p. 82.

(2) Brants, p. 107.

46 DEUXIËUE partie. — CHAPITRE PtlEMlER

combattu par les canonistes les plus autorisés, au notn. de l'opinioD courante (t).

Noua passons rapidement sur les mercanlilisles. Préoccupés uniquement des moyens qui peuvent faire affluer dans une région les métaux précieux, ils né cherchent pas à approfondir la question de la répartition des richesses, et c'est tout au plus si pour répondreaux attaques des Pères de l'Eglise du moyen âge, ils se donnent la peine de légitimer l'intérêt (2).

Au contraire chez les semi-mercantilisles nous trouvons un essai de doctrine sur la répartition. Law reconnaît la nécessité pour l'entrepreneur de retirer un proBt supérieur aux salaires et à l'intérêt qui forment ses déboursés, sans quoi il serait constitué en perle.

i< Comment donc, dit-il (3), un marchand hollandais

' (1) Brandts, p. 112. Cf. Garnier, De Vidée de jusU prix ehet ta canonittes. TbèK Paris, 1900.

{i) Nous (rouTons cependant chez Richard Cantillon qui appartient d'ailleurs plus & la physiocratle qn'au mercantilisme (Suai mr le epramerce, p. 62) une vue très nette de la personne de l'entrepreneur. Les habitants d'un pajs, dit-il, peuvent se diviser en deux classes, les entrepreneurs et les fteos à Kages. Le général qui a une paie, le courtisan qui a une pension, le domestique qui a des gof^es, tombent sous cette dernière espèce. Tous les autres sont des entrepreneurs, soit qu'ils s'établissent arec un fonds pour conduire leur entreprise, soit qu'ils soient entrepreneurs de leur propre travail sans aucan fonds, et ils peuvent être considérés comme vivant à l'incertain. Les gaenz et les voleurs sont des entreprenears de cette classe.

A la page 268 il se bonie à constater la nécessité du profit, sans l'expliquer.

(3) ContidératiOTis sur le commerce et farinent. La Saje, 1120, p. St.

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