SUR L ENTRETIEN AVEC DE SACI
Pascal vint en 1654 demeurer à Port-Royal-des-
1 Cet Entretien a été rédigé par Fontaine, le secrétaire de M. de Saci. Il fut publié en 1728 par le P. Desmolets {Continuation des Mémoires de littérature et d'histoire, t. V, partie ii). Condorcet, et plus tard Bossut, supprimant dans ce morceau les réflexions de Fontaine, les réponses de M. de Saci, et tout ce qui donnait de la vie et un caractère personnel aux répliques de Pascal, le publièrent sous la forme d'un article des Pensées. Sainte-Beuve {Port-Royal, t. II, p. 372) et V. Cousin {des Pensées de Pascal, p. %9) relevèrent cette faute ; Sainte- Beuve restitua même en partie les endroits supprimés ou altérés (p. 375 et suiv.). Enfin, MM. Faugère et Havet donnèrent une édition complète de V Entretien : le premier, d'après le texte publié dans les Mémoires de Fontaine ; lé second, d'après le texte plus incorrect, mais plus hardi et sans doute plus fidèle publié par le P. Desmolets et copié sur la première rédaction de Fontaine. — C'est le texte du P. Desmolets que nous donnons ici, sauf les premières et les dernières lignes empruntées aux Mémoires de Fontaine, et quelques changements de mots signalés dans les notes.
On s'est souvent demandé comment, dans cet Entretien rédigé par un tiers, après un temps plus ou moins long, la pensée, le caractère et le style même de Pascal avaient pu subsister avec si peu d'altération. A ce siget, on à émis diverses hypothèses. Sainte-Beuve semblerait porté à croire (p. 372) que c'est Le Maître, et non Fontaine lui-même, qui a rédigé VEntretien. Mais, à vrai dire, ni Le Maître, ni Fontaine, ni aucun des messieurs de Port-Royal n'était capable de reproduire dans toute sa force la pensée de Pascal ; nul d'entre eux ne comprenait même les plus grandes beautés de son style, comme le montre trop souvent l'édition des Pensées faite par Port-Royal. Il faut donc, ce semble, renoncer à toute hypothèse de ce genre. Ce que Pascal seul a pu dire, lui seul a pu l'écrire. — Ce qui paraît décisif à cet égard, c'est Tobservation faite par M. Havet {Pensées de Pascal, t. I, p. cxxii) et confirmée par le témoignage de Nicole (Préambule des discours sur la condition des grands), que Pascal avait l'habitude d'écrire ce qu'il devait dire dans les conférences philosophiques de Port-Royal, et qu*en général, selon les termes mêmes de Nicole, 11 écrivait « toutes les peu-
G. EiNTRBTISN AVEC DB SACf. 1