TROISIÈME LETTRE
Monsieur,
Vous verrez dans cette lettre de quelle manière notre auteur juge des autres auteurs, et je crois
{*) Ce n'est pas Bouhours qui le dit, c'est Balzac. Bouhours se contente de le rapporter.
que vous avouerez aussi bien que moi qu'il y a dans les jugements qu'il prononce une brièveté d'oracle, avec une netteté sans pareille.
Balzac, dit-il en un mot, il faut le lire et ne pas trop r imiter.
Voiture, so7i style n'est pas toujours fort exact ni fort châtié.
Costar, sa défense de Voiture est son chef ^d' œuvre, ses autres livres ne so?it pas si fins ni si corrects que celui-là.
D'Ablancourt et La Chambre, tout ce qu'ils ont mis en lumière mérite fort d'être lu.
Voilà, Monsieur, qui est court et clair autant qu'il peut l'être. Mais je connais de fort honnêtes gens qui disent que cela devait être un peu moins clair et un peu plus long, parce qu'il n'est pas toujours nécessaire de dire si promptement ni si ouvertement ce que l'on pense, comme quand il dit un peu après, en parlant du secrétaire de l'Académie : Il y a dans tout ce quil fait un air d'honnête homme qui me plaît infiniment. On n'en doute point, et le secrétaire de l'Académie plaît à bien d'autres. On ne reprochera pas à l'auteur d'avoir trop d'estime pour un homme qui mérite celle de toutes les personnes qui le connaissent, mais c'est qu'enfin les façons de parler dont cet auteur se sert : cela me plaît, cela ne me plaît pas, ne sauraient jamais plaire au public, et il est assez Enir. An. ^^
difficile de s'imaginer qu'un honnête homme qui aurait ainsi parlé à un ami particulier prît plaisir ensuite de le redire à toute la terre dans une impression publique. Car enfin entre amis, où les paroles doivent être aussi libres que les pensées, ce n'est qu'une liberté honnête et permise ; mais en public et quand tout le monde en est témoin, c'est une conduite qu'il serait assez difficile d'accorder avec la modestie.
C'est ainsi qu'ils raisonnaient, et je leur fis cette objection. Je pense. Messieurs, que vous ne prenez pas garde que c'est ici un entretien familier, où les choses doivent être dites familièrement et que sans cela il ne serait point ce qu'il est. Le grand mal, me répondirent-ils en riant, que cet entretien ne fût pas si familier et qu'il fût un peu plus raisonnable ! Il faut avouer, poursuivirentils, que vous avez là une admirable pensée, comme s'il était permis d'être moins discret en dialogue qu'en toute autre manière d'écrire, sous prétexte que l'on fait dire ses propres pensées à deux personnes imaginaires qui n'ont jamais été ! On sait bien que ces fictions sont permises, qu'elles sont même ingénieuses et que les plus grands hommes de l'antiquité s'en sont servis, mais leur usage ne doit être que pour dire les choses avec plus de facilité, plus de netteté, plus d'agrément, mais non pas pour les dire avec moins de discrétion et de retenue.
C'était, Monsieur, le sentiment de ces personnes-là, mais vous savez que chacun a le sien, et ce n'est pas là celui de notre auteur, qui continue toujours comme il a commencé. U Histoire de r Académie française, dit-il, est un des livres que faime le plus. Le discours sur les œuvres de Sarrasin est une très belle chose. Et pourquoi cela ? Parce que répond-il, y^ Vai lu plusieurs fois et Vai toujours lu avec plaisir. Pour moi, j'aimerais autant dire : Car tel est notre plaisir. Aussi bien, ajoutait un de ces Messieurs, son plaisir lui tient lieu de raison. Il ne cite que cela et il ne parle pas même de l'approbation publique qu'ont eue les livres qui lui plaisent. Quelle façon de juger, continuaient-ils, toute absolue et indépendante de toute raison ! J'avais beau leur représenter que, dans les matières qui ne touchent point l'Etat ni la religion, on est assez libre de dire ce que l'on veut. Il est vrai, me répliquaient-ils, que cela n'est pas défendu par les lois du royaume, sous peine d'être traité comme hérétique ou séditieux, mais certainement l'honnêteté et la bienséance, qui sont des lois naturelles, le défendent sous peine de passer pour peu discret et peu retenu. Et enfin, quoi que l'on prétende et que l'on objecte, on sait bien que les esprits sages et judicieux mettent toujours une très grande différence entre penser les choses et les dire.
Les pensées sont secrètes, me disaient ces mêmes personnes, elles sont intérieures, cachées au fond de l'esprit qui les forme, inconnues à tous les autres. Enfin on pense dans soi, on pense pour soi, et alors on peut agir avec toute liberté, sans considérer autre chose que le vrai et le faux. Car le seul devoir que l'homme est obligé de se rendre à soi-même quand il pense, c'est de tâcher à ne point tomber dans l'erreur d'un faux jugement ; mais, lorsqu'après avoir pensé il s'agit de parler et de se faire entendre aux autres, ce n'est point assez que les choses que l'on veut dire soient conformes à la vérité, il faut encore qu'elles soient proportionnées aux temps, aux lieux, aux personnes et à toutes les circonstances qui forment la bienséance, cette vertu si nécessaire à ceux qui parlent ou qui écrivent.
Ils m'en dirent encore bien davantage, mais il faut que je me hâte de vous nommer les auteurs que le nôtre approuve à peu près de la même sorte que les précédents.
L'auteur de la préface qui a été depuis peu mise au commencetnent des œuvres de Bahac.
L'auteur de la préface de la îiouvelle traduction de V Enéide.
L'auteur des Réflexions ou Maximes fuorûles.
L'auteur du discours qui a été mis -ù la tête de ces Réflexions.
L'auteur des Conversations qui parurent Van passé.
L'auteur des œuvres que nous avons attendues longtemps et dont les Plaidoyers sont la principale partie.
L'auteur de la Préface d'un de ses amis sur de fort beaux Panégyriques.
L'auteur de V Histoire sainte sur le Nouveau Testament.
L'auteur des Observations sur les poèmes d'Homère et de Virgile.
A l'entendre ainsi proclamer tant de noms différents, il semble, dit-on, que l'on est à la tragédie de quelque collège et que l'on voit sur le théâtre cet auteur régent qui donne les prix au son de la trompette.
Voici encore quelques livres qu'il nomme et qu'il approuve de même : La morale du sage. U apologétique de Tertidlien. Le discernement de rame et du corps. Le discours physique de la parole. Les actions publiques d'un célèbre prédicateur. La guide des pécheurs de Grenade^ par Girard. Les paraphrases sur les Epîtres de saint Paul.
Hé ! comment, me dit un de mes amis, a-t-il pu mettre ce dernier livre avec les autres ?
Pourquoi non ? lui disje. N'est-ce pas un excellent livre, et qui a une grande réputation ? Ce p'est point pour cela, me répliqua-t-il, mais
parce qu'il a eu le malheur de ne plaire pas à une personne que l'auteur cite et qu'il appelle un des plus judicieux critiques de notre temps. Cependant ce critique si judicieux soutient positivement que le livre des Paraphrases sur saint Paul ne mérite pas d'être nommé l'ouvrage d'un homme, mais d'une petite femme, muliercidae^ et, par conséquent il faut de nécessité ou que ce livre ne soit pas bon ou que le critique ne soit pas judicieux. L'un et l'autre est également contre notre auteur et c'est à lui de s'en défendre comme il pourra.
Cependant on trouve que cette petite contradiction ne lui vient point mal à propos dans le même temps que, s'érigeant en juge souverain de tous les auteurs, il s'imagine mettre les uns dans le temple de la gloire et effacer les autres de la mémoire des hommes, selon qu'il les écrit ou qu'il ne les écrit pas dans son livre.
Voilà justement comme doit agir un homme qui veut se faire dire ses vérités. Car, après qu'il a ainsi prononcé son jugement et qu'il a réglé et arrêté à son gré le nombre de ses bons auteurs, alors le public, qui vient là-dessus et qui ne voit pas tous ceux pour qui il a de l'estime, ne manque point de s'en prendre au juge prétendu et d'en dire librement sa pensée. On demande pourquoi il n'a pas nommé tels et tels livres. Où est, dit-on,
celui-ci ? où est celui-là ? Il n'a pas seulement parlé de ce catéchisme si estimé où le grand cardinal de Richelieu a écrit les plus profonds mystères de la relig'on avec tant de netteté et d'éloquence.
Il ne dit rien des œuvres de M. le Garde des Sceaux Du Vair, à qui la langue française est redevable de tant d'ornements.
Il a supprimé l'Histoire de Henri le Grand par M. de Péréiixe, archevêque de Paris, où la vérité parle avec une éloquence digne de la vérité.,
Il n'a pas marqué les plaidoier:e3 de M. Le Maître, ni ces fameux panégyriques qui ont été admirés de toute la France et qui dureront autant que le nDm du grand Chancelier pour qui ils ont été faits. Il n'a rien dit non plus ni des belles traductions de M. Giry, ni des savants discours de M. Sillon, ni de tant de beaux ouvrages de ces Messieurs de l'Académie, ni même des sentiments de cette illustre compagnie sur le Cid^ et, comme s'il était jaloux et ennemi de la gloire de la France, il ne nomme que dix ou douze auteurs dans un siècle où elle a produit un si grand nombre d'excellents hommes en toutes sortes de sciences. Après cela vous pouvez juger si l'on parle librement d'un faiseur de catalogue et si l'on fait difficulté de l'appeler de tous les noms qu'il mérite.
Pour moi, à vous dire vrai, j'ai toujours regarde
cette entreprise de juger ainsi publiquement et absolument comme un moyen de ne plaire à personne ni même à ceux qu'on loue. Et en effet, ce n'est pas, ce me semble, un grand plaisir pour un homme d'esprit d'entendre un nouvel auteur qui lui dit avec je ne sais quel air : Ce que vous faites me plaît infiniment. Je serais d'avis qu'on lût la préface que vous avez écrite. Cet ouvrage est votre chef-d'œuvre, les autres ne sont pas si fins ni si corrects. Car voilà comme loue notre auteur, et en vérité on se passe bien aisément de telles louanges.
Que pensez-vous, dit-il, de ces solitaires qui ont tant écrit depuis vingt ans ? Tout le monde sait de qui il entend parler et il ne sert de rien ici d'en savoir davantage ni d'examiner s'il y a quelque cause particulière qui l'oblige de les critiquer plutôt que d'autres. Je ne m'en mets nullement en peine ; je n'examine que son livre, et ce que je ne trouve point là, je ne le cherche point ailleurs.
Voici donc comme il se répond à lui-même : Je leur fais justice, dit-il, car il la faut faire à tout le monde. Ce car il la faut faire à tout le monde donne une méchante idée. On dirait que l'auteur ne leur fait justice que malgré lui et que, s'il était permis de ne la pas faire à tout le monde, il serait fort aise de s'en dispenser à leur égard. Je n'examine point cela par les maximes de la morale, mais vous n^'avouerez que, selon les règles de la critique,
l'auteur a fait une faute de n'avoir pas caché sa passion, parce que jamais une passion ne doit paraître dans un jugement.
Il s'attache ensuite à critiquer la traduction de Vlmitation de Jésus-Christ et je ne veux pas dire absolument qu'il n'a pas dû le faire ; mais, puisqu'il y a tant d'autres livres qui s'offraient à lui sur toutes sortes de matières, on ne peut pas douter qu'il n'eût mieux fait de ne toucher point à celuici et de le laisser tout entier à la piété publique.
Que si l'on veut absolument en venir à la critique, on doit au moins y garder une grande modération et ne traiter qu'avec respect des mots qui sont en quelque façon consacrés par la sainteté des choses qu'ils signifient. On ne saurait alors trop considérer que les différents sujets demandent des expressions différentes et que, s'il y a selon l'auteur des façons de parler qui sont propres à la conversation, il peut à plus forte raison y avoir aussi des manières de s'exprimer particulièrement destinées à la dévotion.
Je vous puis assurer, Monsieur, que je ne vous écris rien en tout cela que je n'aie appris des plus honnêtes gens. Et c'est pourquoi je ne conçois point ce que l'auteur trouve à redire à ces expressions : conserver son âme dans la privation des douceurs^ rendre son âme vide de V affection de toutes lç$ créatures^ et quelques autres semblables cjui
sont les plus simples dont on se puisse servir dans la dévotion et dans la théologie mystique.
Je demande aussi à des personnes d'esprit et même de l'Académie quel mal il y a dans ces autres mots que l'auteur condamne : resserrement j déchirement, brisement, obscurcissement, attiédissement, enivrement, et ils me répondent que ce sont de fort bons mots, qu'ils sont fort propres, môme dans les matières physiques et encore plus dar.s les choses morales, parce qu'ils expriment tout à fait bien les différents états du cœur humain, qui est le principal sujet de la morale.
Que s'il y a quelques autres mots à qui il manque un peu d'usage, ce n'est pas, ce me semble, un si grand sujet de raillerie et d'exclamation. Des personnes habiles trouvent des mots nouveaux fort raisonnables et bien pleins de sens, ils les exposent au public et les hasardent pour tâcher d'enrichir la langue. Y a-t-il là quelque chose qui mérite que l'auteur s'écrie publiquement : Bon Dieu ! quelle façon de parler ! quel langage ! cela m'est insupportable, et tout ce qu'une précieuse pourrait dire ?
On sait bien que dans les langues il faut que la raison cède à l'usage, mais cela n'empêche pas qu'on ne puisse aussi essayer peu à peu d'y accommoder l'usage à la raison, puisque sans cela les langues ne peuvent jamais être parfaites»
Page 35. — P) Guillaume Postel (1510-1581) après avoir appris seul le grec, l'hébreu et l'arabe, fit un lonçr voyage en Orient. A son retour il fut nommé professeur au Collège royal de France. Il mena ensuite à travers l'Europe une vie errante et misérable. Il finit ses jours au monastère de Saint- Martin-des-Champs, entouré d'égards en raison de sa science, mais isolé du monde extérieur à cause des folies et des hérésies dont il s'était fait le propagateur.
Page 47. — (^) Lorenzo Gracian.
(2) Pedro Padilla.
Page 48. — (^) Bouhours laisse le participe invariable parce qu'il est suivi d'un attribut.
Page 54. — (^) Voici des exemples de phrases critiquées ailleurs par Bouhours : « des désordres qui dévorent la face de l'Eglise ; assiégé d'un déluge d'hérésie ; discours arrosé de ferventes prières ; tomber dans la sévérité de la justice ».
Page 55. — (^) Bouhours nomme, dans la deuxième édition, l'ouvrage auquel il emprunte cette remarque, les Ai^antages de la langue française sur la langue latine, par le Laboureur. — Il est superflu de relever la faiblesse de cette remarque.
Page 59. — (^) Ciccron qualifie ainsi l'éloquenGC qui se complaît dans une excessive abondance.
(2) Ici Bouhours rompt avec tout le xvi^ siècle et même avec Yaugelas, lequel admettait qu'on dît : « bornes et limites ; vaincre et surmonter ». Pour Bouhours deux mots ne valent pas mieux qu'un, et il n'y a point de synonymes.
Page 60. — (^) Est-il nécessaire de souligner le caractère fantaisiste de toutes les explications qui vont suivre ?
Page 61. — (^) Virgilio, marquis de Malvezzi (1599- 1654), polygraphe et surtout historien, écrivit sous le titre de 11 Romulo une sorte de roman politique qui eut grand succès et dont il parut en 1645 une traduction f ançaise : Le Romulus, avec des considérations morales et politiques sur sa vie.
Page 62. — (}) Le cardinal Jacques Davi Dupcrron (1556-1618) commença à se distinguer comme diplomate en négociant en cour de Rome l'absolution de Henri IV. Ses œuvres, où figure l'oraison funèbre de Ronsard (1585), furent fort appréciées pendant tout le xvii^ siècle. Elles parurent en 1622 en un voj. in-folio,
Page 65. — (^) Elien, si l'on en croit Henri Estiennc {Thésaurus grœcœ linguœ).
Page 67. — (^) En dépit du témoignage concordant des éditions je serais tenté de mettre ici un tiret. Il faut qu'Eugène parle entre les deux reprises d'Ariste, page 66 et p. 68.
Page 70. — (^) Il y a là coup sur coup deux allusions au Ciceronianus, dialogue paru en 1528, dans lequel Erasme se prononçait contre l'emploi exclusif, préconisé par Bembo, de mots et d'ex" pressions empruntés à Cicéron.
Page 71. — 0) Henri Estienne. Le P. Bouhours emprunte l'essentiel du développement qui va suivre à l'ouvrage du grand érudit De la précellence du langage français, 1579.
Page 72. — 0) Gace de la Bigne (1310 P-1380) fut successivement chapelain de Philippe VI, de Jean le Bon et de Charles Y. Il doit sa célébrité à un long poème, les Déduits de la chasse, souvent imprimé, au commencement du xvi^ siècle, à la suite d'un ouvrage en prose composé sur le même sujet par Gaston Phébus, comte de Foix, dont la cour, si brillante, fit l'admiration de Froissart.
(2) Réclamer, « en terme de vénerie signifie rappeler un oiseau de proie pour le faire revenir sur le poing ». (Furetière.)
(3) « Un faucon hagard est un faucon de haies (hag, haie) qui ne peut s'apprivoiser. » (Clédat.)
(4) Etymologie fantaisiste, déjà écartée par
Ménage. On hésite encore aujourd'hui sur l'explication de aire.
Page 73. — (^) Mot d'origine germanique qui signifie au propre petit faucon.
Page 97. — (^) En réalité il n'y en a qu'une, nul s" étant affaibli au point de devenir l'équivalent de aucun.
Page 101. — (^) Cette traduction fut publiée après la mort de son auteur, en 1653, par Conrart et Chapelain ; en 1659, par Patru.
(^) Apologétique de TertuUien, ou déjense des Chrétiens contre les accusations des Gentils, traduite en français par Louis Gii*y. Paris, Jean Camusat, 1636, in-8. Giry (1595-1665), avocat, faisait partie des réunions qui se tenaient chez Conrart et fut de l'Académie française.
[^) Il s'agit de Nicolas Perrot d'Ablancourt (1606-1664) dont l'épitaphe suit. Il est l'auteur d'innombrables traductions plus élégantes que fidèles, mais dont Patru, Boileau entre autres faisaient le plus grand cas. Chapelain l'avait l^roposé pour la charge d'historiographe à titre d' (c excellent écrivain ».
(*j Tous ces ouvrages ont pour auteur Marin Cureau de la Chambre (1594 ?-l6'75), médecin ordinaire du roi, « philosophe en chef », disait Balzac, et qui eut le mérite de traiter en français, en bon français, des matières scientifiques. Il était entré à l'Académie en 1635.
ri£^ai.irf^uai^^é«^MMMS^éiM
(^) Géraud de Cordemoy, avocat, historien, de l'Académie française. Bossuct le plaça comme lecteur auprès du dauphin. On prétend que c'est de son Discours physique de la parole, Paris, 1668, in-12, que Molière se serait inspiré pour la belle leçon que fait le Philosophe à M. Jourdain sur la théorie des voyelles. [Bourgeois gentilhomme, II, 6.)
Page 105. — (^) Voilà une affirmation qui est d'un bien médiocre latiniste.
C^) Voir à l'appendice (p. 217) la critique de Barbier d'Aucour.
Page 106. — (^) Tout le monde sait qu'ils viennent du latin populaire.
Page 107. — (^) Jules-César Scaliger, fameux érudit, mort à Agen en 1558.
Page 108. — (^) Exactement quatre caractèies représentant 0 long, th sifïlant, as et w.
Page 109. — (^) Ici la science de Bouhours est une fois de plus en défaut. Li est le cas sujet singulier, et le cas sujet pluriel, mais au masculin.
{^) Le texte de la seconde édition est plus clair. On y lit : des terminaisons, qui sont différentes du latin.
Page 110. — (^) Il serait trop long et superflu de faire la critique de ce passage. Bouhours ignore que l'ancien français avait une déclinaison.
(^) Cette remarque serait dépourvue de sens si
■CHMriMMB^HÉ
l'on ne savait que cet e muet se faisait encore un peu sentir dans la prononciation au xvii^ siècle.
Page 111. — (^) « On appelle homme de fortune un homme qui d'un fort petit commencement est parvenu à de grands biens n!^ (Dictionnaire de V Académie française, 1694.)
(^) Idée tout à fait chimérique. Bouhours emprunte sans doute le mot et la chose à Henri Estienne : Traité de la conformité du langage français avec le grec (avant 1566.)
Page 112. — (1) Claude Fauchet (1530-1601), historiographe de France sous Henri lY, a le mérite d'avoir remis en lumière le Moven-Age méconnu, dans son Recueil de V origine de la langue et poésie française, ryme et romans, plus les noms et sommaires des œuvres de cent vingt-sept poètes vivant avant Van M.CCC. Paris, 1581.
(2) Antoine Duverdier (1544-1600) possédait une riche bibliothèque et exerça une influence considérable chez les lettrés. 11 est Tauteur d'un ouvrage qui renferme des notices et des analyses de grand prix : La bibliothèque d' Antoine Duverdier, contenant le catalogue de tous ceux qui ont écrit ou traduit en français, avec un discours sur les bonnes lettres... Lyon, 1585, in-fol.
(^) Ce mot désigne indiiTéremment tout ce qui est objet d'étude.
Page 113. — (^) Il ignore naturellement la Chanson
de Roland : elle fut imprimée pour la première fois en 1836.
(2) Voir, à l'appendice (p. 218), les Sentiments de Cléante.
Page 115. — (1) Dans les éditions suivantes Bouliours ajoute Joachim du Bellay.
(2) Nicolas Coëiïeteau (1574-1623), dominicain, publia son Histoire romaine en 1621.
Page 116. — (1) Sans doute Malherbe. Lui-même repoussa cette accusation et promit de faire un sonnet commençant par car. Il n'empêthe qu'il avait à plusieurs reprises condamné le mot dans Desportes, donnant ainsi, sans le vouloir peut-être, le signal du mouvement. Au xvii^ siècle, le romancier Gomberville se flattait d'avoir écrit sans se servir de « car » les huit volumes de son Polexandre. (2) Deux représentants du genre précieux sous le règne de Henri IV.
Page 118. — (1) Il s'agit des Episires dorées, parues sous ce titre en France en 1556. Du même Antonio Guevara (1490 P-1545) furent traduits en français avec un immense succès le Lii^re doré de Marc Aurèle (1531), VHorloge des Princes (1540), etc..
(2) V Histoire d^ Espagne du jésuite Jean Mariana (1537-1624) avait paru à Tolède en 4 vol. in-folio, de 1592 à 1595.
(3) Les œuvres en prose et en vers de Sainte- Thérèse (1515-1582) furent réunies en deux vol. in-folio parus à Salamanque en 1588.
Entr. Ar. 15
(*) Le jésuite Pierre Ribadeneira (1527-1611), entre autres nombreux ouvrages écrivit : Flos sanctorum ou le Livre des vies des Saints qui fut traduit en français par André du Val, Paris, 1644- 1649, en 2 vol. in-fol.
(5) Louis de Grenade (1504-1588), appelé le Chrysostome de l'Espagne. Plusieurs de ses ouvrages (l'un d'eux est intitulé la Guide des pêcheurs) furent traduits en français sous ce titre : Œuvres spirituelles et dévotes du R. P. Louis de Grenade au début du xvii^ siècle.
(®) Ce pluriel peut être pris au pied de la lettre. Giovanni (mort en 1348) entreprit une histoire de Florence que continuèrent son frère Matteo, puis son neveu Filippo.
Page 122. — (^) « On appelle petite oie les rubans, les bas, le chapeau, les gants et tout ce qu'il faut pour assortir un habit. » {Dict. de VAcad., 1694.)
(^) Ainsi appelés parce qu'ils (> étaient soutenus par des cartes [du carton], de Tempcis et du fil de fer. » (Furetière.)
Page 126, — (i) Pierre Costar (1603-1660) était un ami de Balzac et de Voiture, un familier de l'Hôtel de Rambouillet. L^n certain Girac ayant attaqué Martin de Pinchesne, auteur de la publication des œuvres de Voiture, Costar écrivit en faveur de ce dernier sa Défense des ouvrages de A/, de Voiture. Paris, 1653, in-4*^. Il fit paraître aussi une Suite à la défense..., etc. 1655, in-4°, Entretiens
de M. de Voiture et de M. de Costar. Paris, 1G55, in-40, etc.
(2j Vaientin Conrart (1624-1693), dans la maison duquel prit naissance l'Académie française^ était . un homme aimable et judicieux. Il ne publia presque rien, mais ses papiers manuscrits, qui sont conservés à la Bibliothèque de l'Arsenal, «onslituent un inépuisable recueil de renseignements. Les lettres auxquelles Bouhours fait allusion sont sans doute celles qui parurent en 1681 sous le titre de Lettres familières à M. Fêlibien.
(^) Il s'agit de l'avocat Patru, qui ne donna d'ailleurs jamais la Rhétorique à laquelle il est fait allusion plus bas.
(*) Elle parut en 1653. C^est l'œuvre de Pellisson (1624^1693) qui, après avoir appartenu à Fouquet, qu'il défendit jusqu'à la Bastille inclusivement, fut nommé historiographe du roi. Il était au premier rang des amis de M^^^ de Scudéry. Le discours que mentionne plus loin Bouhours était en tête des œuvres de Sarrasin de 1656.
Page 157. — (^) Allusion à l'édition de Balzae de 1665, Paris, Billaine, 2 vol. in-fol. Elle avait été préparée par Conrart. La préface est de l'abbé Cassaigne (1686-1679), garde de la bibliothèque du roi, de l'Académie en 1662, dont Boileau mit en doute les talents de prédicateur. (Sat., III, v. 60.) (^) On peut supposer qu il s'agit de V Enéide de Virgile, traduite en i>ers. Paris, 1668, 2 vol, in- 4'', de Segrais,
(3) A défaut d'indications précises il n'est pas facile de décider de quels Panégyriques il s'agit : il en parut trois recueils en 1668 et 1669. Citons à tout hasard : Panégyriques des Saints prêches par Jacques Biroat, de l'ordre de Chuiy, 2^ éd., donnée par N. Blampignon. Paris, Couterot, 1668-1669, 3 vol. in-8o. Peut-être est-il question des Panégyriques des Saints, 1655-1658, 3 vol. in-4° du P. Senault.
Page 128. — (^) Discours sur les réflexions ou sentences et maximes morales placé en tête de la première éd. des Maximes de La Rochefoucauld de 1665. On l'attribuait d'habitude, et c'est presque certainement le cas pour Bouhours, à Segrais. Mais Gilbert, auteur de l'édition des Grands écrivains de la France (Hachette), propose, au cours d'une discussion à laquelle je renvoie, de l'attribuer à Henri de Bessé.
P) Le Chevalier de Méré. Les Corn^er salions a<^ec le maréchal de Clérambault, Paris, Edme Martin, in-8*', parurent en 1668, preuve que les Entretiens de Bouhours ont été écrits en 1669 •
(^) Ces Ohserwationsy Paris, 1669, 190 pages in-12'^, sont du Jésuite René Rapin, collègue et ami de Bouhours.
(^) Paraphrase sur les E pitres de saint Paul et sur les épîtres canoniques, par Antoine Godeau, évêque de Grasse, 1641, 2 vol. in-12°.
(*) Actions publiques de M. François Ogier,
prêtre et prédicateur. Paris, Louis de Villac, 1652, 2 vol. in-4f>.
(^) Voir p. 242 la note sur Louis de Grenade.
(') La morale du Sage ou les Proverbes, VEccU' siaste et la Sagesse, en latin, avec une paraphrase en français (par Madame Marie-Eléonore de Rohan, abbesse de Malnoue). Paris, Barbin, 1665.
(^) Les éditions suivantes portent cette.
(®) Inévitable allusion aux Solitaires de Port- Royal.
Page 129. — (^) Cette parenthèse disparaît dans les éditions suivantes. Voir la critique de Barbier, p. 232.
(2) U Imitation de Jésus-Christ, traduite par Le Maistre de Sacy sous le nom de du Beuil, prieur de Saint-Val, 1662, in-S^. C'est cette traduction qui aurait eu, dit-on, 150 éditions. Le même Isaac Le Maistre de Sacy est l'auteur de la }'is de Barthélémy. Paris, 1663, in -4°, mentionnée plus bas. Ce Barthélémy, ou Barthélémy des Maityrs, (1514-1590;, dominicain, archevêque de Braga, en Espagne, avait énergiquement plaidé au Concile de Trente en faveur d'une sévère réforme catholique.
(^) Les Confessions, 1649, par Arnauld d'An» dilly.
Page 130. — (^) Le jésuite Le Yavasseur, collègue de BouhourSj dans un ouvrage latin : De lihello supposito.
Page 131. — (^j Toutes ces expressions sont tirées de la réfutation de la Lettre à un seigneur de la cour^
Esa
lettre écrite par Bouhours au sujet du youi^eau Testament de Mons.
Page 152. — (^) Pierre Fortin de la Hoguette, né en 1582, avait fait lui-même, à 69 ans, l'éducation de deux de ses enfants en bas-âge. Il écrivit pour eux, sous le titre de Testament ou Conseils d'un père à ses enfants, 1655, in-12°, une sorte de traité de morale qui eut un très grand succès.
Page 153. — (^) Le dernier maréchal de Schomhcrg, à l'époque où Bouhours écrit, était Charles, qui avait épousé la célèbre M^^^ de Hautefort. La victoire qu'il avait remportée à Leucate en Roussillon sur les Espagnols lui avait valu le bâton de maréchal. Il mourut en 1656.
Page 156. — (^) Le cavalier Marini ou Maiino publia en France (1623) son poème d'Adonis qui contribua à mettre à la mode la préciosité et le maniérisme.
Page 158. — (^) Bouhours note lui-même en marge qu il s'agit du jugement porté par le jésuite Vives sur Budé.
(^) Voici ce que dit Barbier d'Aucour de ce passage : « Il fait conscience de prendre à un auteur italien une petite pensée qui n'est guère plus à cet Italien qu'à tout le monde, à qui elle vient presque sans y penser et cependant il ne fait nulle difficulté de voler à des Français qui sont de son siècle et même de son âge non pas de simples pensées sans suite, mais des raisonnements,
des pages, des chapitres, des ouvrages entiers... C'est ce qu'on appelle voler les auteurs sur les grands chemins. » (p. 152).
Page 160. — (^) Gracian (1584-1658) est un maître en fait d'aiïectation. Ses principaux ouvrages sont : El heroe (1637) sur l'éducation du héros, et Agudeza y arte de ingenio (1649), qui donne les règles du hien dire.
Page* 161. — (^) Mancini (Jean-Baptiste), de Bologne, triomphait vers 1630 et 1640. Plusieurs de ses ouvrages furent traduits en français par Scudéry.
(2) Sur Maivezzi, voir p. 236. Giovanni Francescô Loredano (1606-1661) publia des recueils de concetti et de nouvelles galantes qui eurent dans toute l'Europe un vif succès.
Page 162. — (^) Barbier d'Aucour triomphe de ce contentement de soi. En apparence c'est Ariste qui est loué, « mais ici l'auteur ne représente personne que lui-même et il est tout ensemble Ariste et Eugène... C'est lui qui flatte dans Eugène, c'est lui qui est flatté dans Ariste. » (P. 135-6.)
Page 166. — (^) Les « esprits animaux sont comme un vent très subtil ou plutôt comme une flamme très pure et très vive qui, montant contmuellcment du cœur dans le cerveau, se va rendre de là par les nerfs dans les muscles et donne le mouvement à tous les membres. » (Descartes, Disc, de la Méthode, V.)
Page 167. — (^) Barbier d'Aucour relève aigrement (( chère Héloïse « et « docteur amoureux » en faisant remarquer qu' « il n'y aurait point eu de mal de séparer ce que Dieu n'avait point uni ».
Page 173. - — (^) Claude de Mesmes, comte d'Avaux (1595-1650), plénipotentiaire pour le traité de Westphalie, un des plus grands diplomates que la France ait eus.
Page 18-^. — (^) Nommer, louer Ronsard, quel courage ! Mais ce courage ne dura pas : dans les éditions suivantes, Ronsard cède la place à Malherbe.
Page 188. — (^) Le deuxième fds du duc de Longueville. Voir p. 12-13.
Page 190. — (^) Comme est celle des femmes d'api es l'ancienne classification des îiurneurs ou tempéraments.
Page 191. — (^) L'art de connailre les hommes... par le 5^^ de la Chambre, conseiller du roi en ses Conseils et son médecin ordinaire. Paris, 1659, 1664, 1666, 3 vol. in-4^. L'auteur s'y montre un adversaire déterminé du sexe féminin.
(*) Sapho, qui inventa le vers et la strophe saphiques.
Page 192. — (^) Athcnaïs, plus connue sous son nom chrétien d'Eudoxie. Fille du sophiste athénien Léontius, très savante, elle épousa, en 421, l'empereur d'Orient Théodose IL
(2) Vittoria Colonna (1490-1547) joua un r«jle en vue dans le mouvement littéraire de son temps. Elle assista à son lit de mort Michel-Ange, dont elle avait été l'amie fidèle. — Isotta Nogarola (1420 P-1466) est l'auteur d'un dialogue en latin.
— Serafma Contarini, noble Vénitienne, renommée pour sa science et sa piété, a écrit des lettres en latin et en italien. — Margareta Sarrochi, de Naples, avait groupé autour d'elle au commencement du xvii^ siècle vme véritable académie. Elle composa un poème épique sur Scanderbeg. — Marguerite Morus (1505-1544), fdle aînée de Thomas Morus. ^ — Elisabeth Tanfield savait l'hébreu, le grec, le latin et le français. Elle mourut en 1639.
— Elisabeth Joie ou de Roseres (xvi® s.) se révéla orateur sacré en prêchant à la cathédrale de Barcelone et obtint à Rome la conversion de nombreux juifs. — Catherine de Portugal, femme de Jean II de Portugal, défendit son royaume contre Philippe II en 1580. Elle avait autant de science que d'énergie. — La reine Marguerite, première femm3 de Henri IV, dont tout le monde connaît les intéressants Mémoires. — La princesse de Conti, née Louise Marguerite de Lorraine (1574-1631), belle et spirituelle, a raconté dans les Ai^entures de la cour de Perse (1629) la chronique de son temps.
Page 193. — (^) Pulchérie, canonisée par l'Eglise, régna sous le nom de son jeune frère, Théodose II, qui l'associa à l'empire en 414. — Isabelle, plus
connue sous le nom d'Isabelle la Catholique (1451-1504). — L'idée ne vient ni à Eugène ni à Ariste de nommer Jeanne d'Arc.
Page 196. — (^) Corneille, Rodogune, I, 5.
Page 210. — (^) Bouhours a fait l'accord du participe.
Page 213. — (^) C'était Gombauld, à un moment où les Académiciens, n'ayant pas encore trouve leur voie, occupaient leurs séances à se communiquer des niorceaux en prose ou en vers de leur composition.
INDEX
des mois et clc3 expressions de la lanirue du xyii"^ s'n'ele qui sont l'objet do romarques du P. I5ouhours au cours des Entretiens.
[Los cliilîros renvoient aux pages].
abois, 72.
abrègement, 133.
acquérir, 133.
admirablement, 99.
affaires, 96, air, 87.
ains, 78.
aisé, 97.
amitié, 85.
amorces, 130.
apogée, 49.
apparences, 95.
assez, 88.
assiduités, 91.
assiégé, 13fi.
assujetti, 135.
atlaeiie, 141.
attachement, 91.
at tiédissement, 133^ attirer, 92.
avances, 95.
bienséances, 84, briller, 91.
brisement, 133.
brusqueiie, 80.
chagrins, 96.
change, 72.