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Il a un attachement, pour dire : il aime une personne ; il a vécu jusqu’à cette heure sans atiarliement, pour dire : sans rien aimer.
La féte de Versailles ; donner une fête. Ce mot mot est devenu profane, comme vous voyez. Voilà jusqu'où va le caprice et la tyrannie de l'usage. Il ne se contente pas de choquer souvent les règles de la grammaire et de la raison ; il ose même violer quelquefois celles de la piété. Après tout, je ne m'étonne pas trop de ce qu’un mot consacré à la religion a été profané de la sorte. Nous faisons bien d’autres profanations que celle-là. Mais je m'étonne fort de ce que trois ou quatre mots hyperboliques ont cours dans le langage ordinaire, nonobstant l’aversion que nous avons pour l’hyperbole. Ÿe meurs d'envie, je meurs de peur, j’enrage se disent à toute heure pour je désire, je crains fort, je suis fâché. Ÿe meurs d'envie de le voir ; je mourais d'envie de savoir de vos nouvelles ; je meurs de peur qu'il n’ait pas reçu mon billet ; je mourais de peur qu'il ne fût parti. Fenrage d’avoir été pris pour dupe : j'enrage de voir des ignorants qui décident.
Infiniment et éternellement sont communs : Il a de l'esprit infiniment. Ils sont éferncllement ensemble. À quoi on peut ajouter éfrangement et admirablement : Je suis étrangement en peine. Cela vous sied admirablement.
il y a bien d’autres expressions nouvelles dont je ne puis pas me souvenir, sans parler de celles qu’on nomme précieuses, et qui ne sont pas tant de notre langue que de quelques femmes qui, pour se distinguer du commun, se sont fait un jargon particulier.
Mais, outre les richesses que notre langue a de son fonds, elle en a encore d’ailleurs. Elle emprunte tous les jours plusieurs mots des langues étrangères, comme les langues étrangères en empruntent d’elle. Car il y a eu de tout temps une espèce de trafic entre les langues, de même qu’il y en a entre les peuples ; et la nôtre ressemble en quelque façon à ces gentilshommes de certaines provinces privilégiées, lesquels, étant fort à leur aise, ne laissent pas d'augmenter leur revenu par la voie du commerce, sans que cela déroge en rien à leur noblesse ni à leur honneur.
Au reste, la langue française est riche non seulement en paroles, mais aussi en choses ; c’est-àdire qu’on trouve dans ses livres ce qu’il y a de plus excellent dans les sciences. Les traductions qu'on a faites en notre langue depuis quelques années nous rendent propres toutes les richesses des Grecs et des Latins. Les grands maîtres à qui nous devons ces traductions ont été si heureux à copier les anciens qu’on peut dire que les copies ne cèdent point aux originaux ; et pour moi, si je
LEA LERNÇG VER F R'ANN: C'A°I STE IOI
ne craignais de scandaliser les doctes, je ne ferais nulle difficulté de préférer l’ Alexandre de Vaugelas ? à celui de Quinte-Curce. L’Apologétique ? de T'ertullien a dans le français une pureté et des grâces qu'il n’a pas dans le latin. Thucydide, Lucien et T'acite ne sont guère plus beaux en leurs langues qu’en la nôtre. Vous savez ce qu’un honnête homme de nos amis a dit de celui qui les a fait parler français .
L'illustre d'Ablancourt repose en ce tombeau ;
Son génie à son siècle a servi de flambeau ;
Dans ses farnieux écrits toute la France admire
Des Grecs S° des Romains les précieux trésors.
A sa perte, on ne saurait dire
Qui perd le plus, des vivants eu des morts.
Ajoutez à toutes nos traductions tant d’ouvrages composés par nos meilleures plumes sur les matières les plus solides et les plus sublimes ; tant de livres où la philosophie n’a rien de barbare, où tout est fleuri, jusqu'aux questions les plus épineuses.
Les Caractères des passions, l'Art de connaître les hommes, les traités de la Lumière, de l’Iris, du Débordement du Nil, etc., nous découvrent des secrets qui ont été cachés à Platon et à Aristote. Le Discernement de l’ém: et du corps et le Discours Dhysique de la Parole sont fort curieux et fort bien écrits : celui qui a donné ces deux livres au
public a beaucoup de pénétration et de poli- »
tesse.
Outre les traités savants qui paraissent tous les jours en notre langue, il se fait en plusieurs endroits des conférences et des assemblées savantes, où l’on traite de toutes sortes de matières, si bien qu’un Français peut aisément acquérir toutes les belles connaissances, sans autre secours que celui
de sa langue naturelle. Ainsi, comme la France w
est si abondante en toutes choses que nous n’avons que faire des autres nations pour vivre, la langue française est si riche en toutes sortes de livres que nous n’avons pas besoin des autres langues pour être savants. Dites après cela que c’est une pauvre langue que la nôtre.
—— Vous ne sauriez au moins nier, dit Ariste, que ce ne soit une langue fort changeante, puisque nous changeons de langage presque aussi souvent que de modes. Car enfin non seulement nous ne parlions pas comme parlaient Hugues Capet et saint Louis, mais nous ne parlons pas même comme parlaient François Ier et Henri le Grand. Si nos ancêtres revenaient au monde, nous ne les entendrions pas ; 1l leur faudrait des truchements pour s'expliquer ; et la pitié est qu'ils auraient de la peine à en trouver parmi nous. Ils seraient plus étrangers en France que ne sont les Polonais et les Moscovites. Les auteurs les plus polis des