‹ Entretiens d'Ariste et d'Eugène, par le père Bouhours;Chapitre 2 sur 33 · NOT R OND VU 'C?T LO N · texte numérisé non relu

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de l’ingratitude des Parisiens. I n'importe. Il ne les a pas nommés, et cette omission le juge. Nous touchons là les limites de son

goût.

Ce goût d’ailleurs se révèle ici encore puriste à l'excès. Bouhours, — il le dit lui-même —

admire presque plus la langue dans les bagatelles que dans les choses sérieuses, parce que celles-ci se soutiennent d’elles-mêmes. Il se félicite qu’elle n'aime ni la mièvrerie des diminutifs ni l’emphase des superlatifs. Il n'est pas jusqu’à cette régularité monotone de la construction française, déplorée par Fénelon, qui ne l’enchante. Il a horreur des images trop neuves, des figures trop fortes, comme de couleurs criardes el qui sont peuple.

Qu'il y ait là quelque chose de timide et de féminin, on ne saurait le nier, mais il faut aussi, pour une part, y voir l'effet d’une raison exigeante. Plusieurs des défauts qui nous heurtent à la lecture de ces dialogues sont voulus. Il faut y voir non une infirmité de nature, mais un système. Bouhours, qu'il s’en doute ou non, est, dans le domaine de la langue, un disciple de Descartes. Sa doctrine est faite de ratio-. nalisme.. C’est ce rationalisme qui lui fait haïr les outrances, condamner toute recherche de

l'effet, aimer par dessus tout, comme il dit, « l'exactitude ». Le « langage des dieux » ne lui fait pas envie : ce qu'il lui faut, c’est « le langage des hommes raisonnables ». Peu lui importe que le français ait peu de mots, si les sens des mots sont nettement définis ; que le style manque de couleur et de relief, s’il a les vertus négatives qui plaisent à la raison abstraite, mesure, clarté, pureté, convenance. Un des plus beaux titres de gloire de la langue française à son avis, c’est qu’elle est « sérieuse ». Bref, pour lui, le beau style, le style, c’est « une eau pure et nette, qui n’a point de

goût ».

Les Entreliens parurent en 167r, avec privilège en date du 2 décembre 1670. L’achevé d'imprimer est du 15 janvier 1651. L'édition originale, dédiée au marquis de Seignelay, est un bel in-4° de 342 pages, imprimé chez « Sébastien Mabre-Cramoisy, imprimeur du Roi, rue Saint-Jacques, aux Cigognes ». Elle fut rapidement épuisée. Une 2° édition annonçant « quelques corrections au chapitre des devises » parut la même année en 2 volumes in-12, avec l’avertissement suivant : « L'auteur a corrigé divers endroits qu’il n’a pas trouvés tout à fait à son

gré en les relisant ; ilen a même changé quelques-uns qui ne lui semblaient pas mal et où des personnes fort raisonnables ne voulaient pas qu'il touchät, et il l’a fait parce qu'on l’a assuré que ces endroits ne plaisaient pas à tout le monde... » — En 1675, le libraire donne en un volume une « quatrième édition où les mots des devises sont expliqués », et dans laquelle ne se trouve pas l'avertissement cité plus haut. De 1685 à 1691 sept autres éditions se succèdent à Paris, Amsterdam et ailleurs. Sept autres s'échelonnent entre 1703 et 1768.

De l'examen comparatif de ces textes il ressort que le choix de l'éditeur ne peut hésiter qu’entre l'édition originale in-/° et la deuxième édition in-12 en 2 volumes. Cette dernière en effet présente des retouches de toute sorte reproduites avec plus ou moins de fautes dans les réimpressions postérieures. Ainsi la deuxième édition, à deux reprises, atténue ou supprime les jugements sévères portés sur l'italien et l'espagnol ; elle s'enrichit d’une remarque intéressante sur le bel air, d'une remarque inédite sur le mot sauver ; elle ajoute aux traductions publiées par d’Ablancourt celles des œuvres de Xénophon et de Plutarque, allusion évidente à l’abbé Tallemant ; elle consacre quelques lignes au Journal des Savants.…

Bref, s’il s'agissait de publier l’édilion la plus complète des Entreliens, il faudrait opter pour la seconde ; mais celle-ci ne renferme pas seulement des additions. On y remarque des suppressions et aussi d’autres retouches que Bouhours n’a pas faites spontanément.

Il a corrigé certains endroits qui, comme il le dit lui-même, « ne plaisaient pas à tout le monde ». |

La formule est un peu vague. Précisons-la.

La personne à qui ces endroits ne plaisaient pas, et qui l’avait dit, et qui l’avait imprimé, était un avocat ami des Jansénistes, Barbier d'Aucour. Ses observations, fruit d’une critique méticuleuse et impitoyable, avaient pris la forme d’un petit volume qui eut Jui aussi son succès : Sentliments de Cléante sur les Entreliens d’'Arisle et d'Eugène, Paris, P. Le Monnier, 1071, 290 pages in-12.

. a fait parfois de ce factum un éloge excessif. La Harpe dit que « c’est à très peu de chose près ce que la critique littéraire a produit de meilleur au xvu° siècle. » [1 va jusqu'à le rapprocher des Provinciales. C’est trop. Voltaire se borne à direde Bouhours: « Il a fait de bons ouvrages dont on a fait de bonnes critiques. » On est d’ailleurs fondé à croire que Colbert trouva de son goût les Sentiments de Cléante,

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