TROISIÈME MÉDITATION
'es marques de la vocation ecclésiastique j et de V importance de les bien examiner,
[ettez-vous en la présence de Dieu ; et dans la certitude que la foi vous donne de cette divine présence, humiliezvous devant cette adorable Majesté. Renoncez à vousmême, et donnez vous à Jésus-Christ pour être digne de paroître devant Dieu. Renoncez à votre esprit et donnezvous à celui de Dieu même , afin qu'il prie en vous selon qu'il connoit que Dieu désire.
premier point. Adoration. Adorez Notre- Seigneur ans les desseins qu'il a sur vous. Quels qu'ils puissent tre , ils sont toujours infiniment adorables , et soit [u'il vous appelle à l'état ecclésiastique ou qu'il ne ous y appelle pas , vous devez toujours rendre à ette divine volonté les mêmes hommages ; vous levez l'aimer , vous y soumettre et vous y aban-
donner également. Rendez-lui donc à présent toir ces devoirs du fond de votre cœur. Elle est votre sour veraine , vous êtes son esclave ; ainsi protestez-lip: de votre entière dépendance, quoique peut-être volt» ne connoissiez pas encore ce qu'elle désire de voi I sur le choix de votre état. Acquittez-vous cependar I de ce que vous savez bien qu'elle exige , et consacrez : vous toujours, par une disposition inviolable, à k garder une éternelle fidélité.
second point. Communion. Pour ne point sorti ^ des vues de Dieu sur vous , et pour suivre sa divin I volonté dans le choix que vous pensez faire de l'état ecclésiastique , il est de la dernière conséquence qu I vous fassiez une attention particulière aux véritable I marques de la vocation à ce divin état , afin de recon I noître si vous les avez. Il y en a trois particulières qu^! l'on donne communément et qui se rencontrent pou s l'ordinaire dans ceux que Dieu y appelle. Mais eomm< il elles sont la source de trois erreurs , et que nou. voyons que la plupart n'y faisant point assez d'attention y sont trompés, et se font Ecclésiastiques san.« que Dieu les y appelle , vous devez y veiller de prè; pour n'y être pas trompé vous- même. La premier* marque de vocation à un état qu'on donne ordinairement , est la pente ou inclination qu'on ressent. Dieu la fait presque toujours éprouvera ceux qu'il appelle ;fc et comme sa conduite est douce , qu'il dispose de touty avec suavité , et que d'ailleurs nous faisons mieux les choses où nous porte l'inclination , sa vocation ne se trouve guère sans un certain attrait qui touche le cœur , et qui lui donne au moins quelque petit mouvement vers la condition où il le veut. Or , sur ce principe, voici comment la plupart raisonnent et tombent dans l'égarement et dans l'erreur. Je ressens unei
inde inclination pour être Ecclésiastique, j'en ai mde envie , j'en ai grand désir ; donc, je suis pelé à l'état ecclésiastique. Pour découvrir cette •eur et vous en prémunir, considérez bien, i.° 'encore que l'inclination soit une des marques ordiires de la vocation à l'état ecclésiastique , elle n'en ; pas néanmoins, absolument parlant, une marque faillible, comme elle n'en est pas aussi une marque cessaire. Elle n'en est pas d'abord une marque né-
Iîsaire ; car on peut, par humilité ou par pusillaniité, ne ressentir en soi-même aucune inclination pour Il état, mais au contraire en avoir aversion, et néan- ÉDÎns y être véritablement appelé. Ainsi Jonas fut Ipelé de Dieu pour prêcher les Ninivites, Moïse, lur conduire le peuple de Dieu ; Jérémie , pour lui i.noncer sa parole , quoiqu'aucun d'eux ne désirât (s emplois, et que, bien loin d'y être portés par incli- |.tion , ils en eurent de l'éloignement et s'en retirejnt. L'inclination n'est donc pas une marque néceslire de vocation. Elle n'est pas aussi , en second lieu , îe marque assurée; car on peut avoir une grande clination à une chose, et n'y être pas appelé. L'Ecrire-Sainte nous en fournit un exemple remarquable ns ceux queNotre-Seigneur a voit guéris ( En saint arc, ch. 5. et en S.Luc, ch.g. ). Ils ont une grande iclination à suivre, le Fils de Dieu et à être admis Il nombre de ses disciples , et néanmoins Notreiligneur n'appelle ni l'un ni l'autre ; on peut >nc avoir inclination à un état et n'y être pas appelé, msidérez, 2..0 que l'inclination, pour pouvoir servir ! marque légitime de vocation , doit avoir quatre nditions. i.° Elle doit être désintéressée, c'est-à- Ire que ce ne soit p.>int l'intérêt qui vous y porte, Jais le désir de la gloire de Dieu , de la sanctifica-
tion des âmes et de votre salut. Car si vous choisissez cette condition pour avoir du bien, pour parvenir aux honneurs, pour vivre dans l'oisiveté, pour être en considération dans le siècle , pour vous sauver da débris de votre famille, en un mot, si vous vous faites Ecclésiastique pour avoir en ce monde plus de plaisirs . de richesses et de gloire, il est évident , dit saint lier nard , et vous le voyez bien clairement, que ce n'esljh point Dieu , mais l'ambition, l'avarice ou la voluptrti qui vous appellent , et que votre inclination est plutôlji une marque de réprobation que de vocation à cet état.p Qui gradus ecclesiasticoî et ministeria sanctuarii eo ! (juœrit aut tenet animo eoque intuitu uthujus vitœy habeat necessaria , evangelizat ut manducet , t>y perverso nimis ordine cœJestibus terrena mereatur j* quoniam certè dignius ampliùsque consentaneumy ralioni ut carnalia magls opéra et negotia exerce-y ret... melius erat fodere aut etiam mendicare.A\ ( S. Bern. declam. in haec verba : Ecce nos reliquimuili omnia ). Audi querelas Domini: Ipsi regnaverunt ,e.| non ex me ; principes exstiterunf^ et ego non vocav\\ eos... (Ibid. ). 2..0 Cette inclination doît être raison-ji nable et bien réglée , c'est-à-dire qu'elle n'empêche | pas un plus grand bien. C'est pour cela que le Fihl de Dieu ne voulut point recevoir le Gérasénien qui avoit inclination à le suivre , parce qu'il y avoit pluil de bien à faire dans sa maison. C'est ainsi qu'un pènj de famille qui voudroit quitter l'éducation nécessaire de ses erfans, et le soin qu'il est obligé d'en prendre i pour vivre plus doucement dans la retraite ; ou unl< magistrat qui feroit considérablement du bien danîl l'état, et qui voudroit abandonner son ministère,! devroit avoir son inclination pour très - suspec 3.° Elle doit ètr? constante , ferme , solide , perse
rante ; car si elle vient d'une fougue d'humeur, d'un •dépit, de quelque dégoût, et qu'elle n1ait point été affermie par le temps , on ne doit pas y faire grand fondement. Il faut attendre et la laisser mûrir avant d'en porter un jugement solide. De même si l'on chancelle , si l'on est flottant et inconstant -, si tantôt on veut , tantôt on ne veut pas, il y a bien à craindre que la nature ait plus de part que la grâce à cette inclination. 4-° Elle doit être paisible. Car si elle est accompagnée de craintes, d"irrésolutions , d'inquiétudes qui agitent le cœur et le tourmentent, il n'y a point de fondement suffisant pour se déterminer sur cette inclination ; il faut alors patienter et attendre le calme. Examinez bien ces conditions ; car comme la plupart s'y méprennent , vous seriez en danger de tomber dans l'erreur comme les autres, si vous n'y faisiez plus d'attention que les autres ; et c'est ce qui doit vous servir de premier motif ou de première réflexion , afin de vous obliger d'y prendre garde.
La seconde marque qu'on donne pour la vocation à l'état ecclésiastique , est d'avoir enfin l'aptitude que demande ce ministère pour être utilement exercé. Car qui dit un ministère , dit un homme qui a quelque office à faire, et celui qui ne peut s'en acquitter, va contre la nature de la chose qu'il usurpe. Comment donc seroit-il appelé de Dieu ? Quisquis sacerdotium non ad elationis pompam , sed adutiiitalem adipisci desiderat , primo vires suas cum eo cfuod est subiturus onere metiatur , ut et impar absiinent', et ad id cum metu etiam qui se sufficere existimat , accédât ( S. Greg. ) ; autrement il trompe l'Eglise qui croit avoir un serviteur agissant , et qui a un homme inutile. Il abuse de la puissance qu'il rtçoit en son ordination , en ne pouvant pas la mettre en
exercice , et il est cause de la perte de tous ceux qui se perdent par son peu de capacité. Il faut donc, pour être appelé , avoir en soi l'aptitude requise pour s'acquitter des obligations de l'état qu'on embrasse. Or , sur cette marque , voici comme la plupart tombent dans l'erreur. Je n'ai point d'autre dessein en me faisant Prêtre , dit-on souvent , que de dire mon bréviaire, et la sainte Messe : or, j'en sais assez pour m'acquitter très-bien de l'un et de l'autre.... Or , pour vous découvrir cette erreur , et vous en préserver , considérez , premièrement , que cette aptitude demande qu'on puisse s'acquitter dignement, non-seulement du bréviaire et de la sainte Messe , mais encore des autres obligations attachées à cet état, et que l'Eglise impose dans l'ordination. Car on s'engage à la servir ; or , pour cela beaucoup de vertus sont nécessaires, il faut un grand amour pour Dieu, un zèle ardent pour l'Eglise, une charité sans bornes pour le prochain , une grande estime et affection pour les fonctions ecclésiastiques , une profonde religion , une chasteté inviolable , et une modestie exemplaire : à moins d'avoir ces vertus , ou au moins un grand désir de les acquérir, c'est une erreur que de croire être appelé à l'état ecclésiastique. Considérez, secondement, que cette aptitude doit être accompagnée d'une disposition d'esprit qui fasse voir qu'on l'a suffisamment ouvert pour la science, assez capable ^e règle pour la conduite et discipline , en un mot, assez bien fait pour ne point tomber dans de grosses et lourdes bévues indignes de cet état. Car , de croire que ces esprits si grossiers , si rudes , si pesans, si stupides , et si peu capables de tact et de prudence, qu'il n'y a personne qui voulut en avoir de tels pour son service ; de croire que Jésus-Christ
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les appelle au ministère de ses autels et au service de son Eglise, c'est ce qui ne viendra jamais dans la pensée d'un homme de bon sens. Considérez en troisième lieu, que cette aptitude demande encore la disposition du corps, en sorte que, i.° vous n'ayez aucune ditïormité extérieure qui déshonore votre ministère et fasse honte à votre état; et 2.0 que vous ayez une certaine dextérité et bienséance qui vous fasse faire les fonctions de votre état d'une manière modeste , édifiante et pleine de religion. Examinez bien tout ceci ; car comme beaucoup s'y trompent , vous êtes en danger de faire naufrage au même écueil , à moins que vous n'y fassiez une attention toute particulière. C'est la seconde réflexion que vous devez faire.
La troisième marque est l'appel de votre supérieur ou de celui sur qui il se repose. Les autres marques peuvent tromper, et nous voyons des personnes qui ont une grande inclination pour l'état ecclésiastique , et une parfaite aptitude pour en faire dignement toutes les fonctions ,qui néanmoins n'y sont certainement pas appelées , et que Dieu attire à d'autres professions ; mais pour l'appel du supérieur , il ne manque jamais, et l'Eglise l'a toujours donné comme la marque la plus assurée de la vocation , parce que c'est en lui que Dieu réside pour nous faire connoitre sa volonté. Or, voici comme on raisonne sur cette marque : Mon Evèque m'a dit de recevoir les ordres, ou du moins il m'y recevra certainement si je m'y présente; j'y suis donc infailliblement appelé. Toutefois pour découvrir l'erreur où la plupart se méprennent ici et vous en préserver , considérez qu'afin que l'appel de votre supérieur vous soit une marque sure de vocation, il faut , i.° qu'il vous dise de son
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propre mouvement, sans respect humain et sans aucune vue de chair ou d'intérêt , que vous êtes appelé à cet état , et non pas que vous le lui fassiez dire par des amis , des parens, par sollicitations et prières importunes, ou par quelqu'autre voie. 2.0 Il faut qu'il vous connoisse; car si vous lui cachez vos dispositions , si vous ne lui ouvrez pas entièrement votre cœur , si vous ne lui déroulez pas toute votre conscience, en sorte qu'il ne sache pas ce qu'il y a de principal et dans votre conduite pour le passé , et dans vos sentimens pour le présent , et dans vos intentions pour l'avenir , il n'est point en état de discerner ce que Dieu demande de vous ; et comme vous le trompez , Dieu , en punition , permettra peut-être qu'il vous trompe et qu'il vous reçoive pour l'état ecclésiastique dans le temps même que Dieu , par un jugement de réprobation , vous en repousse. La chose est de la plus haute importance, dit saint Jean Chrysostôme ( Libr. 2. de Sacerd. ) , et elle demande un sérieux examen de la part du supérieur : Hujusmodi res magno admodùm examine indiget , eumque oportet qui exhibiturus sit , quem ad sacerdotii functionem idoneum cemet , non vulgarem tantùmfamam atque opinionemsequi , eàque esse contentum , sed eumdem item necesse est unà cum ea illius vires , facuîtatesque imprimis , exacte atque ante omnia examinare. 3.° Après vous être fait connoîtreà lui , il faut que vous lui laissiez la liberté entière de terminer cette affaire , afin qu'il ne soit point engagé à vous dire ce qu'il ne voudroit pas ; car si l'espérance de telle ou telle place que vous serez déterminé à ne point abandonner , la nécessité de vivre que vous ne voudriez point chercher ailleurs , et le peu de disposition qu'il voit en
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vous pour déférer à ses avis , ou quelqu'autre raison de cette nature, le met dans la nécessité de vous admettre aux saints ordres , quelle marque y a-t-il en cela qui puisse être suffisante pour une si sainte vocation?
La quatrième marque de vocation à cet état , est la probité des mœurs et Finnocence de la vie : mais comme cette marque a été amplement expliquée en parlant de la sainteté requise pour s'engager dans cette divine profession, nous nous contenterons de ce que nous en avons dit alors.
Examinez-vous à présent sur les trois autres marques , et voyez le peu d'attention que vous y avez fait ; étonnez-vous de votre aveuglement et de votre négligence en ce point. Confondez vous-en ; demandez pardon à Dieu pour le passé, et la grâce de ne vous point faire Ecclésiastique sans avoir bien examiné et reconnu en vous toutes ces marques.
troisième point : Coopération. i.° Résolvez-vous de douter toujours de votre vocation , et ainsi de ne vous faire jamais Ecclésiastique , à moins de reconnoître en vous toutes ces marques en la manièfeque vous venez de les méditer. 2..0 Pour ne pokit vous tromper, rapportez-vous en à votre directeur ou à celui sur qui votre supérieur se décharge de votre conduite , et nullement à des personnes séculières , quoiqu'elles soient vos amies : Dei saceràotem decet puerilibus non agi secularibusve consiliis ( S. Bern. , Epist. ^2 ad Hen rie. Senon.). 3.° Faites-leur bien connoître tout votre fond; faites fidèlement et ponctuellement tout ce qu'il vous dira ; et même afin qu'il vous connoisse mieux , et que vous soyez aussi dans un état de pureté plus grande , résolvez-vous à lui faire une bonne confession générale , et ne lui cachez rien de vos inclina-