SECONDE MÉDITATION
Des moyens pour discerner la vocation ecclésiastique ; et qu'on ne doit rien négliger pour reconnoître si Von est véritablement appelé de Dieu à cet état.
i.° Mettez- vous en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration. 2.0 Renoncez à vos péchés et à vousmême , et donnez-vous à Notre-Seigneur pour être en lui di-ne de paroitre devant Dieu. 3.° Renoncez à votre esprit et à vos propres lumières , et invoquez le Saint- Esprit afin qu'il vous conduise dans l'oraison.
premier point. Adoration. Adorez la bonté de Ken sur ceux qu'il appelle à l'état ecclésiastique, et a justice sur ceux qu'il n'y appelle pas, et qui pernet pourtant qu'ils s'y engagent. Quelle grâce pour es uns ! quelle sévérité pour les autres ! Vidé er°b
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bonitatem et severitatem Dti ; m eos quidem qui ceciderunt serveritatem , in te autem bonitatem Dei si permanseris , alioquin et tu excideris ( Rom. 4, 22.)» Il n'y a point de faveurs, il n'y a point de bénédictions , il n'y a point de secours que ne puissent espérer de Dieu ceux qui sont légitimement appelés à ce divin état. Mais il n'y a point de rigueurs , de malédictions et de chàtimens que ne doivent redouter ceux qu'il n'y appelle point. Comme il choisit les uns pour ses amis intimes , il les introduit dans le plus secret de son sanctuaire, il leur confie tous ses trésors et ne peut avoir pour eux de réserve. Mais comme il rebute les autres et les considère comme ses plus cruels ennemis , il les abandonne à sa fureur et les rejette par un jugement d'une effroyable réprobation. Admirez les richesses incompréhensibles de cette bonté à l'égard de ceux qui entrent dans ce divin état par une bonne vocation , et les jugemens terribles et impénétrables de sa justice à l'égard de ceux qui y entrent sans y être appelés; et bénissant la conduite de Dieu sur les uns et les autres , dites , surpris d'étonnement , avec les Saints : O altitudo dwitiarum sapienticc et seientiœ Dei ! quant incomprehensibilia sunt /udicia ejus et in- \>esti%abiles vice ejus (S. Ephr. de Saeerd. ) !
deuxième poikt. Communion. Vous ne sauriez douter qu'il y ait tous les motifs de craindre pour ceux qui s'engagent dans l'état ecclésiastique sans une légitime vocation. Vous l'avez vu bien amplement dans la méditation précédente, et le premier point de celle-ci a du vous en rafraîchir la mémoire. Or , voici la conséquence que vous devez en tirer à présent : Puisqu'il est si important de ne point s'engager dans l'état ecclésiastique sans que Dieu y
appelle; puisque c'est une affaire où il y va de la perte ou du salut de l'aine , il ne faut donc point que je m'engage sans avoir apporté auparavant toute sorte de soins , et sans avoir pris toute sorte de moyens pour bien examiner et reconnoître effectivement si Dieu m'y appelle : Vidett vocationem vestram, ait vocatus Apostolus ; consideremus et nos an vocati venerimus , et vocati à Deo cujus nimiràm hœc vocatio est , quia quos prœdestinavit , hos et vocavit. Sed quis vocav?rit nos in honorent cleri , convenire velimus conscientias singuhrum , etc. (S. Bern. in declam. ). Car, i.° il n'y a point d'affaire qui soit plus importante, et ainsi il n'y en a point qui mérite un plus sérieux examen. Voyons ce qu'on fait quelquefois pour un intérêt temporel. On consulte, on cherche, on examine, et dans la crainte de se tromper dans la résolution qu'on doit prendre, on prend toute sorte de moyens pour connoître la voie par laquelle on pourra en obtenir un bon succès. JN'en négligeons donc aucun pour discerner notre vocation qui est la voie de notre salut, autrement nous nous mettrions en danger de nous perdre, en embrassant l'état ecclésiastique où Dieu ne nous voudroit pas. Dieu, pour l'ordinaire, ne découvre sa volonté qu'à ceux qui la recherchent , et qui se servent des voies ordinaires que sa providence fournit pour cet effet à ceux qui sont fidèles à faire ce qui est en eux pour pouvoir la connoitre. Si donc vous négligez de prendre ces moyens , ne sera-ce pas avec une souveraine équité qu'il vous cachera ce qu'il désire, et n'est-ce pas avec justice qu'il permettra qu'au lieu d'embrasser la condition qu'il voudroit pour votre salut , vous embrassiez celle qu'il ne veut pas , dans laquelle il prévoit même que votre perte sera inévitable. Pensez
bien à cela ; car c'est ce qui a fait trembler Us phi grands Saints, et c'est aussi le premier motif qui doit vous obliger d'apporter tous vos soins pour reconnoitre si Dieu vous appelle à l'état ecclésiastique , et qui doit yons porter puissamment à n'épargner pour cela m jeûnes, ni aumônes, ni mortifications, ni prières ni communions, ni sacrifices. Le deuxième motif qui doit vous obliger à prendre toutes les voies imaginables pour connoîlre si Dieu vous appelle à cet état c'est la très-grande difficulté de reconnoitre cette vocation ; difficulté qui vient de trois sources, i.o parce que c'est Dieu qui y appelle, et qui y appelle ceux qu il lui plaît , selon les desseins particuliers qu'il en a formés de toute éternité dans le secret de son conseil • Vocavit ad se guos valait. Or, comme il n'y a point ce créature qui ait été appelée à ce conseil , il n'y en a point aussi qui puisse rendre un témoignage assuré des résolutions que Dieu y prend. Personne, dit l'Anotre, ne connolt ce qui est de l'homme, que l'esprit de ! homme qui est en lui: et personne ne connoh les desseins de Dieu, que l'Esprit même de Dieu , ou ce- ■ui, disent les Saints, à qui , par une grâce particulière, Cet Esprit s-est révélé: Deus/orsitan vocat, guis au- «eat Assuadere; forte non vocat , nuis appropinquare consulat*. Ulrùm verb vocatio Dei sit an non, <iu,s sare possit, excepto Spiritu Dei gui scrutaturet,a,n alta Dei, vel si cui forte revient ipse v Sanc. fcm. , hpist. s. ad ^ q^ ^
cognovn • sensum Dornini , aut consiUarius ejus Jmt .... (Juu emm hominum scitquœ sunt hominis, "<•« *»**, hominis gui in ipso est. l,à et guœ Dei sun „emo k „/xi Spir.tus De. (ïUd Cor.n!h>
«, 4- ). *.» 1 os, didirilo de reconnoïlre ceux que Dieu appelle a ce divin état , parce qu'il y en appelle de toute
sorte. Autrefois il étoit plus facile d'en faire le discernement , la famille ou la naissance en foumissoit ordinairement assez de marques. Car dans la loi de nature le sacerdoce étoit attaché à la primogéniture. Ainsi alors c'étoit assez d'être aîné pour être appelé à la prêtrise. Dans la loi écrite il surïisoit d'être de la tribu de Lévi pour être appelé au service du Temple. Mais à présent , ni la naissance ni la famille ne font plus rien pour cette vocation ; elle ne dépend ni de l'une ni de l'autre. Dieu y appelle de toutes nations, familles , états, conditions, emplois; et même de grands pécheurs, après une digne pénitence, y ont été appelés , et de très-grands Saints parfaitement innocens ne l'ont jamais été : Non quod caro et sanguis créait eligit , sed , cessante privilégia patmm et familiarum ordine prœtermisso, eos rectores Ecries iœ accipit , quos Spiritus Sanctus prœparavit ut in populo adoptionis Dei1 cujus universitas sacerdotalis atque regalis est , n<)n prœrogativa lerrenœ originis obtineat unetionem , sed Jignatio cœlestis gratiœ gignat antistitem ( S. Léo , Serm. 2. in annivers. suae assumptionis. ). Soîà Leviiica Tribus ad Sacerdotium tune erat eUcta. Nunc aulem ex omni populo christiano passim Jit sacrrdotalis electio , et in promotione clericorum non distinctio generis , sed prœrogatwa duntaxat exquiritur sanvtitatis ( Petr. Dainian. , opuscul. 8. contra cieric. in temp. ). Gomment donc discerner au milieu d'un si grand nombre d'hommes , et dans une si grande variété de conditions, le petit nombre de ceux que Dieu veut honorer de cette dignité? c'est là le difficile, et c'est aussi ce qui demande qu'on s'y applique avec attention. 3.° Ce qui demande encore de sérieuses
réflexions , c'est que non-seulement Dieu , mais le diable en appelle aussi plusieurs à cet état , qu'il fait entrer dans le temple , qu'il introduit jusque dans le sanctuaire , qu'il élève et qu'il porte lui-même jusque sur le pinacle du temple , afin de leur faire faire une chute plus profonde. Universos siquidem in ordinibus ecclesiasticis honorent quœrentes proprium , aut divitias , seu corporis voluptalem , poMremb quœ sua sunt , non quœ Jesu Christi , manifesté prorsùs et indubitanter non ea quœ ex Deo est charitas , sed aliéna à Deo , et quœ omnium radix malorum cupiditas introducit ( S. Bern. declam. ). Ainsi ce n'est pas assez , dit saint Bernard , de savoir que vous êtes appelé , mais i* faut savoir de plus qui vous appelle. N'est-ce point le monde ? n'est-ce point la chair ? n'est-ce point l'ambition , l'avarice , la volupté ? ne sont-ce point vos amis , vos parens , ou l'intérêt de votre famille ? En un mot, pouvez-vous bien répondre que c'est Dieu qui vous appelle ? c'est ce que vous devez à présent examiner, et ce qui demande une exacte recherche , vous souvenant toutefois qu'il est écrit : Sapientia facile videtur ab his qui diligunt eam , et invenitur ab his qui quœrunt illam (Sapicnt. 6 , i3. ).
Le troisième motif qui doit vous obliger à faire tout ce qui est en vous pour reconnoïtre si vous êtes appelé à l'état ecclésiastique , est que , quelque dilliculté qu'il y ait à reconnoïtre cette divine vocation, Notre-Seigneur ne manquera point de vous en donner assez de connoissance si vous faites tout ce qui dépend de vous pour la découvrir. Car comme il dit lui - même dans P Evangile , celui qui cherche trouve : Quœrite , et invenielis ; omnis enim qui quœrit invertit
(S.Matth. 7, 7 ) ; si donc vous cherchez sa volonté et que vous employiez pour cela tout ce que vous croyez pouvoir vous aider à la trouver , assurez - vous qu'il ne manquera pas de vous la faire connoître. Il est de sa bonté infinie de ne point refuser ses grâces à ceux qui font ce qui est en eux pour les avoir j et après tout, comment pourra-t-il vous condamner comme coupable pour n'avoir pas fait sa volonté, s'il vous étoit impossible de la connoître; il faut done que vous le puissiez par les moyens qu'il vous donne. C'est à vous maintenant à examiner si vous vous en êtes servi. Qu'avezvous fait pour connoître la volonté de Dieu sur votre vocation à cet état ? quelles prières y avez-vous employées ? quelles mortifications , quelles aumônes , quels jeûnes , quelles bonnes œuvres ? Quel conseil avez-vous pris? quelle retraite avez-vous faite? En vérité , n'avez-vous pas tout sujet de vous confondre en voyant combien vous avez pris peu de soin d'embrasser les moyens qui pouvoient vous la faire connoître? Humiliez- vous-en devant Dieu; demandez - lui pardon de votre faute , et priez - le de vous faire la grâce que vous ne vous engagiez point dans cet état, sans avoir pris auparavant toute sorte de voies pour reconnoître si véritablement il vous y appelle.
troisième poiwt. Coopération. Le premier moyen que vous devez vous résoudre de prendre pour reconnoître si Dieu vous appelle à être Ecclésiastique, et la première chose que vous devez faire avant de vous y engager, est de prendre1 un temps considérable pour examiner à fond, dans la retraite , si vous y avez vocation , et si c'est Dieu qui vous y appelle. C'est dans la solitude , dans la séparation du monde et la retraite, qu'il parle au cœur ; c'est là particulièrement qu'il se fait entendre , et c'est là que vous devez aller pour
&8ft entretiens
l'écouter. Retirez - vous donc des compagnies , des visites, des divertissemens , des conversations du monde , du soin de vos affaires; mais ne croyez pas que huit ou dix jours de retraite suffisent pour vous mettre en assurance. Il faut y donner assez de temps pour purger votre cœur, rompre vos attaches , calmer vos passions , et vous mettre en état , par une pureté très - grande et une paix profonde , de pouvoir discerner la voix de Dieu : Deduc me , Domine , in viam justificationum tuarum , et exquiram eam semper ( Psalm. 118. ). Le second moyen que vous devez prendre est de prier beaucoup dans cette retraite, et de demander , pendant on temps considérable , qu'il vous fasse la grâce de vous faire connoître sa volonté et la voie par laquelle il veut que vous alliez à lui : Notam fac mihi viam in qui ambuîem. Faites dire des messes , faites faire aussi des prières pour cet effet , communiez souvent à cette intention ; et , parce que l'oraison est rendue plus puissante quand elle est accompagnée du jeune et de l'aumône , employez Tun et l'autre selon vos forces et votre pouvoir. Mais pendant ce temps demeurez dans une grande indifférence pour embrasser quelque état que ce puisse être, aussitôt que vous reconnoitrez que Dieu vous y appellera. Résolvez-vous enfin à consulter un bon directeur fort désintéressé, et que vous connoissiez être bien éclairé et expérimenté dans les matières ecclésiastiques ; et surtout résolvez-vous de n'entrer jamais dans cet état qu'après lui avoir rendu un compte exact de toute votre conscience, de vos desseins, de vos sentimens et des dispositions de votre cœur , et qu'après qu'il vous aura dit nettement que Dieu vous y appelle ,et que vous devez vous y engager ; autrement il n'y a aucune sûreté pour vous. Sùatuimus
ECCLÉSIASTIQUES. s83
•bd nullus ad examen per sacrorum ordinwn sceptionem aliqualenàs admittatur , nisi recenter
nfessusfuerit omnia sua delicta idoneo sacerdoti; quia pauci sunt qui sua delicta cum sequelis rum intelligant , per districtum informatorem 'bel instrui ordinandus an expédiât sibi ordinari, est ainsi que s'exprime le concile de Salzbourg, sous artin V , et celui de Mayence en i54y ( ch. 81. )• i.° Remerciez Dieu des grâces qu'il vous a faites ndant l'oraison. 2..0 Demandez-lui pardon des fautes îe vous avez faites. 3.° Mettez le tout entre les ains de la Sainte Vierge.
bouquet spirituel. Videtc vocaiioncm vestram , t vocatus Apostolus ; conùderemus et nos an vocati mcrimus , et vocati à Deo ( S. Bern. ).