‹ Entretiens et méditations ecclésiastiquesChapitre 23 sur 40 · CINQUIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME MÉDITATION

Qu'il est important de bien se disposer pour entrer dans l'état ecclésiastique et dans les ordres , et combien l'on doit craindre de s'y engager indignement.

î.° Mettez-vous en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration. z° Demandez pardon à Dieu de vos péchés qui vous rendent indignes de vous présenter devant lui et après avoir renoncé à tout ce que vous êtes, donnezvous à Jésus-Christ, afin que vous soyez digne d'e paroîrre devant la roajVsté de Dieu son Père. 3.° Invoquez le Saint- Esprit , et renoncez au vôtre.

premier point. Adoration. Admirez l'entrée de Notre-Seigneur dans le sacerdoce. 11 y est entré au moment que s'est faite en lui cette admirable union de la nature divine et de la nature humaine en unité de personne, c'est-à-dire au moment que son humanité s'est trouvée absorbée dans la Divinité, et qu'elle a été remplie des trésors immenses de toutes sortes de grâces, de dons et de vertus. Oh! la belle et digne entrée dans le sacerdoce ! Oh ! qu'il est digne de cet honneur! Rien ne lui manque de tout ce qu'on peut désirer de talens, de lumières, de sainïelé, de per-

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fcction pour cet état. Que ce modèle est admirable ! Considérez-le attentivement ; adorez et remerciez Jésus- Chiist qui vous le donne.

deuxième POiaT. Con-munion. Il est très-important que vous apportiez tous vos soins pour bien vous préparer aux saints ordres, afin de ne point y entrer indignement. Voici quatre considérations qui pourront vous servir utilement sur ce sujet, et qui sont, à mon avis, très-propres à vous convaincre qu'il n'y a rien que vous deviez plus craindre en cette vie , que cette entrée indigne dans cet état. La première considération est que, si vous faites attention à vos dispositions, vous êtes peut- être plus en danger que vous ne pensez d'y entrer de la sorte ; car ce ne sont pas seulement ceux qui s'y engagent sans vocation , qui y entrent indignement ; mais aussi ceux, i.° qui y entrent avec quelque péché mortel sur la conscience, et qui ont manqué de douleur suffisante pour ceux qu'ils ont commis, ou manqué de bon propos pour l'avenir et de résolution pour en éviter les occasions, ou manqué d'en avoir fait la pénitence et la satisfaction nécessaires ; tous ceux-là n'ont pas encore acquis la pureté de cœur essentiellement requise pour un si saint engagement. 2..° Ceux qui se sont réellement purifiés des péchés passés, mais qui se souillent de nouveau par l'impureté des intentions qui les portent à se faire Ecclésiastiques, et qui n'y entrent que pour s'exempter de la juridiction laïque et charges séculières, que pour avoir quelque bénéfice et y vivre plus grassement, que pour y trouver le moyen de passer mieux le temps et d'y faire plus de dépenses, en un mot, que pour des fins intéressées, et nullement pour la gloire de Dieu et le service de son Eglise. Quo qffcctu ac proposito accédant ordinandi yidendum , açcuralèyue

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investigandum , nùm vidclicetDei causa tanlinn , an potiùs suœ commoditatis gratin , ad ordint s cornpascendos aspirent, quœrentes quœ sua sunt , non quœ Jesu Christi ; quid est enim sua quœrere, nisi cùm taies non gratis Deum diligunt , non Deum propter Deum quœrunt , temporalia commoda se" quenles , lucris initiantes et honores ab Jiominibus expetentes (Concil. Colon., p. i, c. 91.)* 3.° Ceux qui y entrent à bonne intention, mais qui n'ont pas les talens et la capacité que demande absolument cette profession pour s'en bien acquitter. 4«° Ceux qui avec l'intention bonne ont encore les talens requis, mais à qui manque la volonté de se rendre fidèles à leurs obligations. Ils ne veulent point faire ce à que il'Eglise les oblige; ils ne sont point dans le dessein déporter la soutane, ni la tonsure, et ne sont point, en un mot, dans la résolution de satisfaire aux-autres engagemens de cet état. 5.° Ceux enfin qui , pour ne pouvoir pas garder la continence, pour ne pouvoir pas quitter les jeux et les divertissemens séculiers et profanes , détendus aux Ecclésiastiques sous de graves peines , pour ne pouvoir pas renoncer à ces sortes d'amusemens que saint Uernard dit n'être que des bagatelles dans un séculier , mais être des sacrilèges dans un Ecclésiastique, pour if avoir pas assez de piété, ou pour quelque autre raison , jugeront bien que l'état ecclésiastique serait infailliblement l'occasion de leur perte : voilà les personnes qui entrent indignement dans l'état ecclésiastique et dans les saints Ordres. Faites bien attention sur vous-même pour voir si vous n'êtes point en danger d'y entrer de la sorte; car assurément vos dispositions doivent vous faire craindre que vous ne soyez de ce nombre.

La deuxième considération est que, si vous entrez

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de la sorte dans les saints Ordres, c'est-à-dire si vous y entrez indignement, vous perdez la grâce de Dieu, et d'ami vous devenez son ennemi , qui est le plus grand malheur que vous ayez à craindre , surtout dans ce temps où , vous engageant dans cet état divin, et faisant profession de prendre Dieu pour votre unique portion et de lui appartenir comme son héritage , vous entrez aussi dans des obligations qui demandent une liaison plus intime et plus étroite avec lui pour vous acquitter de vos devoirs, et néanmoins vous la détruisez absolument en y entrant de la sorte ; car i.° vous ne sauriez douter que vous ne l'offensiez, et. que ce dérèglement ne soit coupable ; 2.0 vous ne sauriez non plus douter que ce péché ne soit notable, puisque c'est dans une matière de conséquence, et de conséquence pour la gloire de Dieu , pour le bien de l'Eglise et pour votre salut ; 3.° vous savez bien même que ce péché de recevoir les Ordres indignement va jusqu'à ce point d'énormité de profaner un sacrement, et qu'ainsi il ne peut être excusé de sacrilège. Voyez donc le sujet que vous avez de craindre.

Troisième considération. Vous devez d'autant plus craindre , que vous empêchant de recevoir la grâce sacramentelle , et le droit que vous auriez aux grâces actuelles que Dieu vous donneroit en vertu de votre ordination pour vous acquitter dignement de vos obligations, vous auriez grande peine ensuite de vous y sauver. Or, pour bien entendre ceci, vous remarquerez, i.° que chaque sacrement opère deux sortes de grâces, Tune qui est commune à tous les sacremens, et que l'on appelle grâce habituelle ou sanctifiante; l'autre qui est appelée sacramentelle et qui est particulière à chaque sacrement , qui sont certains secours et certaines grâces actuelles , ou plutôt un certain

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droit qu'on a sur ces grâces que Dieu donne dans ces occasions pour arriver à la fin du sacrement, pours'acquilter dignement des obligations qu'on y contractent pour y être fidèle au milieu des obstacles, des tentations et des difficultés qu'on y rencontre. 2.0 Vous remarquerez que cette grâce sacramentelle et ces secours actuels que Dieu confère en vertu du sacrement que l'on reçoit , sont tellement propres à l'effet pour lequel il les donne , qu'encore qu'ils puissent être en quelque manière suppléés par d'autres grâces, et que Dieu en donnât d'ailleurs de suffisantes pour le même effet, néanmoins ces dernières ne sont jamais si proportionnées à ce que nous devons faire, et on ne s'en sert pas si aisément que des premières : on y a plus de peine, et avec cela difficilement vient-on à bout de ce qu'on a prétendu. Il en est , dit saint Jérôme , comme d'un ouvrier qui a des outils tellement propres à certains ouvrages, que si ces outils lui manquent, quoiqu'il en ait d'autres qui puissent avoir le même effet et dont il se sert au défaut des premiers pour cet ouvrage, néanmoins il n'en vient à bout qu'avec plus de peine; il faut qu'il y mette beaucoup plus de temps, et après tout, il sera très-rare qu'il réussisse. 3.° Vous remarquerez que celui qui reçoit indignement un sacrement, n'étant pas disposé à la grâce de ce sacrement, est privé du droit qu'il pourroit avoir à ces secours actuels et aux grâces fortes qui lui seroient données dans les occasions, en vertu du sacrement, pour s'acquitter des obligations qu'il a contractées ; c'est la doctrine de tous les docteurs. 4.0 Vous observerez qu'il y a cette différence entre les sacremens qui impriment caractère et qui ne se réitèrent jamais et ceux qui ne l'impriment pas et se réitèrent, que la grâce des premiers étant perdue, on peut la recouvrer;

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mais pour les autres qui se donnent après le Baptême» si on les reçoit sans en recevoir la grâce, l'on se met en danger de ne la recouvrer jamais ; et quoiqu'en' suite l'on se repente , quoiqu'on ôte les obstacles qu'on avoit mis , comme cette grâce est attachée aux sacremens et qu'elle ne se donne point par d'autres voies dans le sentiment de beaucoup de docteurs, la perte en est tout-à-fait irréparable. Sur ces quatre observations vous pourrez aisément appuyer votre troisième considération , et conclure que si vous recevez les ordres indignement , qui est un sacrement qui imprime caractère et qui ne se réitère plus , et si vous avez dans votre ame quelque empêchement à la grâce qui doit vous y être donnée, vous vous mettez en grand danger de votre salut.

La quatrième considération qui doit encore vous faire craindre ce désordre , est que non-seulement vous vous exposez à perdre une ame, mais en outre vous en exposez beaucoup d'autres qui seront enveloppées en votre perte ; car ce péché est tellement contagieux que, i.° il infecte l'ame de celui qui le commet et qui entre indignement dans les ordres ; vous le savez et vous ne sauriez en douter étant catholique. 2..0 11 infecte même celui qui l'ordonne : les mains qui lui sont imposées deviennent empoisonnées par la contagion du même crime; et le cœur qui consent à son ordination , et qui malheureusemenl l'admet dans le sanctuaire , se trouve enveloppé dans la même contagion; c'est la doctrine de tous les Saints et de l'Eglise. 3.° 11 infecte même ceux qui ont quelque part à son ordination , soit par les avis intéressés qu'ils en ont donnés, soit par les prières que le respect humain leur fait faire pour cet effet, soit par les sollicitations irrégulières que le manque de respect et d'es-

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time pour cet état leur a fait employer ; car tous ayant concouru au péché, ils ont tous part au mêmecrime. 4-° Tant d'ames qui dans les desseins de Dieu dévoient être sanctifiées par ce Prêtre , qui se sont perdues pour ne pas trouver en ce misérable la grâce qui devoit leur être offerte par son ministère, et qu'il ne pourra pas leur donner, pour ne l'avoir pas luimême et pour s'en être rendu indigne en son ordination. Voyez quelle perte! jugez quel scandale et quel désordre dans l'Eglise ! Craignez que vous n'en soyez vous-même coupable si vous vous engagez dans les saints ordres à la légère. Demandez à Dieu la grâce de vous y bien préparer et de ne point vous y engager sans avoir pris un temps considérable pour y penser, et après avoir connu que vous aurez en vous les dispositions pour y entrer saintement.

troisième point. Coopération. i.° Résolvez-vous de bien purifier votre cœjr par une bonne confession générale, et de ne point entrer dans les saints ordres que vous ne l'ayez bien faite. 2.0 Résolvez-vous de purifier votre ame, dans une bonne retraite, de toutes les intentions impures ou déréglées qui pourroient vous porter à cet état. 3.° Prenez un temps considérable pour déraciner les vices et mauvaises habitudes, et acquérir les vertus qui y sont nécessaires, avant de vous engager.

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bouquet spirituel Nullum est sacrament'jm quod magis accuratè et dignï dandum iel accipiendum ; cœtera enim sacramenta unicu\<jue propter se dantur , istud soïnm non propter se solum , sed propter alios datur (Sanct. Léo.)-

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