SIXIÈME MÉDITATION
De l 'importance des interstices 0).
.° Mettez vous en la présence de Dieu par un acte de foi et d'adoration. 2.0 Renoncez à vos péchés et à vous-même dans la vue de votre indignité à paroître devant Dieu , et donnez-vous ensuite à Notre-Seigneur , afin qu'il vous présente à Dieu son Père. 3.° Renoncez à votre propre esprit , et donnez-vous à celni de Notre-Seigneur , afin qu'il prie en vous et vous fasse bien faire oraison.
premier point. Adoration. Considérez le Saint- Esprit qui dispose de tout avec une souveraine sagesse?
lant les interstices dans l'Eglise , et s'appliquant m particulier à marquer l'intervalle du temps qu'on 3oit demeurer en chaque ordre , avant de parvenir au sacerdoce. Adorez-le dans cette application: il ne fait rien qui ne mérite nos respects; rendez -lui les les vôtres dans cette vue.
second point. Communion. Ce n'est pas assez, pour ne point vous précipiter dans le sacerdoce , de vous préparer long-temps avant de vous engager dans l'état ecclésiastique et dans les saints ordres, mais il faut de plus observer les interstices, c'est-à-dire l'intervalle de temps établi par l'Eglise entre chaque ordre. Vous méditerez à cet effet les trois motifs suivans. Le premier motif qui peut vous faire con-
(1) Quoique l'Eglise dispense aujourd'hui très- aisément des interstices pour cause , cette méditation n'est pas moins propre à faire sentir combien il est important de ne pas se précipiter dans la réception d^s saints ordres, et combien est déplorable la nécessité de l'Eglise qui la force de *e relâcher sur ce point.
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noître l'importance de garder les interstices , est soin et l'exactitude que l'Eglise a apportés en cett matière; or, cette exactitude et ce soin paroissen en trois choses. Premièrement, par les ordonnance qu'elle en a faites. Car ce fut une de ses première occupations au sortir de ses persécutions , et de qu'elle se vit en liberté par la paix qui lui fut rendu sous le premier empereur chrétien, et qu'elle fut er état de donner quelque forme plus particulière à s< discipline ; elle régla aussitôt le temps qu'on devoi demeurer en chaque ordre avant de monter au degr^ supérieur. C'est ce qu'elle fit sous le pape Sylvestre , en déterminant qu'on seroit trente ans lecteur avant: d'être exorciste , qu'ensuite, après avoir été un jour exorciste, on pourrait être fait acolyte, dans lequel ordre on demeurerait dix ans pour monter à celui de sous-diacre ; qu'après avoir été cinq ans sous-diacre on pourrait être élevé au diaconat, d'où, après une épreuve de sept ans , on seroit admis au sacerdoce. Elle ne s'est pas contentée d'une seule ordonnance sur ce sujet , mais elle en a fait un très-grand nombre , en sorle qu'il y a fort peu de siècles où elle n'en ait renouvelé les décrets; et quoique, selon les diverses conjonctures des temps , les différens besoins où elle s'est trouvée , elle ait aussi réglé différemment le temps de ses interstices , qu'elle en ait mis quelquefois plus , quelquefois moins , elle a toujours eu grand soin d'en laisser assez pour éprouver les mœurs et la fidélité de ceux qu'elle vouloit élever à ce saint sacerdoce. Nous voyons encore fraîchement que dans son dernier Concile œcuménique elle a mis ce point entre ceux qu'elle a jugés de la dernière conséquence' et qu'entre ce qu'elle a cru de plus important pour le bon ordre du clergé, elle a réglé particulièrement
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Ai temps des interstices pour ôter tonte occasion à
es ordinations précipitées que le relâchement ou
intérêt avaient introduites dans l'Eglise. Minores
rdines , dit ce Concile ( Sess. s3 , c. 4- ) per tempo-
um intcrstitia,nisi aliud episcopo expedire mugis
ideretur ,conferantur. Promoti ad sacrum subdia-
,onatûs ordinern , si per annum saltem in eo sint
ersati, ad ahiorem gradum , nisi aliud episcopo
ideatur , ascendere non permittatur (Ibid. I. i3. ).
id Presbyteratûs ordinern assumantur qui in
iaconatu ad minus annum inlegrum ministra-
erint, etc. ( Ibid. c. i40« Secondement, l'exactitude
t le soin de l'Eglise touchant les interstices paroît
i ans le désir qu'elle a eu qu'on observât fidèlement
\)S règles qu'elle en a faites. Car nous voyons que
ers la fin du cinquième siècle , quelques églises se
rouvant fort désolées et dépourvues de Prêtres, le
ape Gélase ne trouvant pas le moyen de les secourir
ans leur nécessité , ni de leur donner bientôt des
rètres comme ils en avoient grand besoin , à moin$
l'abréger le temps des interstices, il se résolut d'ac-
kjrder en ce point quelque relâche, mais il le fait
:vec une telle précaution , qu'il fait bien connoître
jute l'étendue de cette dispense. Car il dit , i.° qu'il
e l'accorde que pour les églises qui , ayant été dé-
[ ouillées de leurs ministres par la désolation des
iuerres , n'avoient plus de secours sutBsans ; 2..0 qu'il
f.e la leur accorde que pendant qu'elles seront dans
Il besoin; 3.° qu'aussitôt qu'elles auront des mi-
ùstres en nombre suffisant , elles observeront exac-
lement les règles des saints canons touchant les
iQterstices, sans qu'elles puissent se servir de cette
dispense ; 4° que même pendant leur besoin , les
laïques qui seront appelés au sacerdoce observeront
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néanmoins dix-huit mois d'interstices , et les Reli gienx une année ; 5.° qu'elles prennnent garde qui I ce qu'on leur retranche du temps ordinaire soi suppléé par leur dévotion , en sorte qu'on voie ei eux toute la perfection qu'ils auroient acquise s'il, avoient observé toute la rigueur des canons tou chant les interstices. En vérité , si l'Eglise en de s grands besoins ne veut pas néanmoins qu'on ieçoiv< k des laïques au sacerdoce avant dix-huit mois d'in terstices ; si elle demande une perfection extraordi naire dans ceux même qui sont ordonnés dans se; plus grandes nécessités , si elle veut qu'on ne s< relâche des saints canons qu'à la dernière extrémité que diroit-elle à présent de ceux qui , sans aucur lit? besoin , sans qu'on remarque en eux aucun talen particulier , sans qu'on voie aucun fondement d< dispense , veulent se faire ordonner en une année, er un mois , en une semaine , et qui se plaignent quanc on les oblige de ditférer , comme si on leur faisoi! ï une grande injustice? En vérité, n'est-ce pas un épouvantable aveuglement ? Troisièmement , l'exactitude et le soin de l'Eglise touchant les interstices paroissent en ce que la plus grande condescendance qu'elle a eue sur ce point dans le dernier Concile , a été de déterminer au moins trois ou quatre ans d'interstices , sans laisser indifféremment à la liberté de l'Evèque d'en disposer , mais en l'obligeant de le faire selon qu'il jugera que l'utilité ou la néces si té de l'Eglise l'exigera. Or, sur ce fondement, voyes quelle présomption c'est de s'empresser pour obtenii dispense des interstices. Puisque l'Eglise désire qu'on ne dispense que sur des raisons d'utilité ou de nécessité , c"est manifestement se croire nécessaire on utile à l'Eglise que de solliciter cette dispense. Quand
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il n'y auroit point d'autre indisposition pour recevoir •les ordres que cette vanité , ne seroit-ce pas assez pour mériter justement d'en être exclu bien légitimement ?
Le second motif est tiré des raisons que l'Eglise a eues d'établir ces interstices, qui nous font connoître le profit et l'avantage qu'en peuvent retirer ceux qui s'y soumettent. Il y en a trois principales. i.° C'est afin d'apprendre ce qui est nécessaire pour s'acquitter dignement du ministère où l'on s'engage , pour s'instruire des sacremens , des offices divins , des mystères de notre religion , des règles pour la bonne conduite des âmes, en un mot, pour acquérir toute la science et l'expérience que demande le sacerdoce. Or , ceci n'est pas l'ouvrage d'un jour, d'une semaine, d'un mois et d'une année : à peine, dit saint Grégoire de Nazianze , le temps qu'il y a jusqu'à la vieillesse est- il suffisant , quand même depuis l'enfance il auroit été tout employé à ce dessein. JN'est -ce donc pas à tort qu'on se plaint de trois ou quatre années que l'Eglise, à présent, y demande ; qu'on cherche des dispenses pour en abréger le temps et n'être point sujet à cette règle de l'Esprit -Saint ? Y a-t-il métier si chélif où l'on ne mette un temps considérable pour en faire l'apprentissage qui est nécessaire? Y a-t-il monastère qui n'ait son noviciat ? Pourquoi le sacerdoce , qui est l'état le plus noble et dont les fonctions sont les plus saintes , les plus difficiles et les plus périlleuses , n'auroit-il pas son temps d'épreuve pour s'exercer , dans les différentes fonctions des saints ordres , à acquérir ce qu'on ne peut savoir que par la pratique et l'expérience ? Ne extrema quidem senectus huic rei prœstituta longum terrifjus censeri débet ( S. Greg. Naz., orat. i. ). 2.0 C'est pour se remplir
de l'esprit ecclésiastique, pour s'accoutumer à menei ■ une vie cléricale, pour se remplir des grâces et de^it vertus extraordinaires que demande la sainteté de cet s état Or, tout cela ne se fait qu'avec le temps. Il faut p une longue fidélité , il faut se faire grande violence , et il faut être dans une attention extraordinaire sur ses i sentimens , ses actions et sa propre conduite. Car il ! faut quitter pour cela tout ce qu'on a de séculier , il ( faut changer sa manière de vie; il faut dans ses pa-; I rôles , dans ses conversations , dans ses entretiens , : dans ses récréations et divertissemens , dans ses vê- : temens , dans sa manière d'agir , retrancher tout ce : qu'il y a de conforme au siècle, et qui ne s'accorde pas avec la retenue , la bienséance, la modestie et la gravité sacerdotale ; en un mot , il faut se transformer entièrement , et devenir un tout autre homme. Or, pour cela une bonne volonté ne suffit pas , la i pratique est absolument nécessaire, et l'on n'en viendra jamais à bout que par un long exercice. 3.° C'est afin que l'Eglise puisse mieux connoître ceux qui sont en état d'approcher de ses autels, qui sont légitimement appelés au divin sacerdoce , et à qui elle puisse avec sûreté confier la conduite de sesenfans. NVt-elle pas bien raison d'en user de la sorte ? et si cela est, quelle raison avez-vous de demander dispense ? Estce que vous ne voulez pas qu'elle vous connoisse, et voulez-vous la tromper en vous trompant vous-même ? Mais quand même vous auriez quelque raison , êtes— vous si pressé que vous vouliez par votre précipitation | contribuer à diminuer l'estime qu'on doit avoir de nos saints mystères ? Multi antè probandi sunt, ne fiant causa ruinœ populi Sacerdotes mali ( S. Greg. t Epist. ad Syagr. no, aliàs 108, liv. 7.). Les séculiers, les Ecclésiastiques , et même les infidèles ,
ennemis
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ennemis de la foi , estiment davantage nos mystères , notre religion et notre sacerdoce quand ils voient le soin, la peine et le grand travail qu'il faut prendre pour s'en rendre digne. Quand ils voient qu'en trois jours on fait un Prêtre , et qu'on le tire de la poussière du peuple pour le faire asseoir avec les Prêtres sur le trône du sacerdoce , pensez-vous que cela ne retranche pas beaucoup de leur estime , et ne diminue pas leur respect ? Puisque vous êtes Ecclésiastique , vous devez avoir le zèle de la maison de Dieu ; or , vous ne sauriez faire paroître à présent plus utilement ce grand zèle , que si vous conservez sa beauté en conservant ses ordres , lesquels étant bien observés feroient que tous les Ecclésiastiques mèneroient une vie toute angélkjue.
Le troisième motif qui nous oblige de garder les interstices sont les sujets qu'il y a de craindre pour ceux qui les violent. Crainte, i.° que leurs raisons qui paraissent suffisantes devant les hommes , ne suffisent pas pour les j ustifier entièrement devant Dieu. Combien de raisons fausses sur ce sujet! Une ferveur extraordinaire qu'on allègue pour des personnes qui à peine en ont une ordinaire , qui , peut-être , ne pourraient pas répondre d'être dans le commencement du pur amour. La considération des parens qu'on dit être avancés en âge, et qui voudraient, dit- on, avoir cette consolation avant leur mort , lesquels , souvent , ne s'en mettent guère en peine , si ce n'est; pour la décharge de la famille. Une place qui se trouve vacante engage à être Prêtre sous peu de temps , quoique souvent on n'ait pas consulté si l'on y étoit appelé, si c'étoit le bien de 1 Eglise, et quoique souvent même on n'ait pas le dessein de la servir ! En vérité , penserons - nous que de telles excuses
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soient admises? Oh! je ne m'étonne pas, dit un docteur de nos jours , si le Pape accordant ces dispenses se sert de ces termes , Jîat ut petitur , pour vous apprendre que selon que vous demandez il vous accorde ; si vous demandez bien , il vous accorde bien, mais si vous demandez mal , vous n'êles pas pour cela en assurance. Quand même vous auriez une bonne raison , il y a sujet de craindre, en second lieu , que ne gardant pas les interstices , vous n'ayez point la capacité requise pour vous acquitter dignement de votre ministère ; car, enfin , il y a beaucoup de choses que vous ne sauriez acquérir que par l'exercice ; et si vous ne prenez pas le temps nécessaire , vous devez tout craindre. Craindre pour votre vocation , qui n'aura pas été autant examinée que le désiroit l'Eglise par l'épreuve qu'elle vouloit faire de votre piété et de votre fidélité pendant les interstices. Craindre pour votre grâce, qu'elle ne soit pas assez forte pour soutenir les obligations de cet état. Craindre pour votre vertu , que n'ayant point été assez éprouvée, elle ne succombe sous le poids d'une charge si accablante. Craindre pour vos fonctions > que vous omettrez en partie dans l'appréhension de les mal faire, ou que vous ferez d'une manière si indécente, si dégoûtante, pour ne les avoir pas assez pratiquées , qu'au lieu d'édifier, elles ne seront propres qu'à donner du scandale. C'est ce que l'on voit dans la plupart de ceux qui se précipitent dans les saints ordres , et c'est ce dont nous ont avertis tous les Pères. Quid putamus , dit saint Grégoire ( ad Syagr. Epist. 1G0. ) , qubd iati suhjeclis prœstituri sint qui Jiunt repente ex laicis Sacei'dofts, qui antequùm discipuiatûs limen attingartt,tenei elocummagistcrii non fo'rnidant! .. Quitte ularem habilum de/erens ad ecclesiai-tica ojficia vtnire /es-
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tinat,mutare vult seculum , non relinquere. Ignorât > dit saint Jérôme ( Epist. ad Océan. ) , ignorât momentaneus Sacerdos humilitatem et mansuetudinem rusticorum , ignorât blanditias christianas , nescit seipsumcontemnere,etc... Xonjejunavit , nonf!es>it, non mores suos sœpè reprehendit et assiduâ meditatione correxit , non substantiam pauperibus erogavit. Judicium autem et ruina diaboli nuJli dubium est (juin arrogantiœ sit : incidunt in eam qui in puncto horas , necdàm discipuli , jam magistri fiunt. Enfin , il y a bien à craindre pour votre intention ; car de tous ceux qui se pressent de la sorte , rarement en trouvera - t-on qui ne soient sollicités à cela par avarice , par ambition. Enfin , c'est une marque qui ne manque guère et qui dénote qu'on ne cherche pas Dieu purement. Car qui cherche Dieu purement, ne veut que sa volonté. Or, comment la volonté de Dieu peut-elle se manifester à vous plus assurément pour votre entrée dans les saints ordres], que par la règle de l'Eglise ? Pesez cette règle avec les raisons de dispense que vous alléguez, et vous verrez si vous n'avez pas sujet de craindre. Examinez-vous là-dessus , confondez-vous de vos sentimens passés ; demandez-en pardon à Dieu , priez-le de vous faire entrer en un plus grand respect et une plus grande obéissance pour les ordres de l'Eglise , sa chère épouse et votre bonne mère.
troisième point. Coopération. i.° Résolvez-vous de ne point user de dispense à ce sujet , sans une très - grande nécessité que votre directeur juge suffisante ; et surtout ne demandez point d'extra tempora pour forcer en quelque façon l'Eglise de vous recevoir malgré elle. 2.0 Pour observer les interstices non-seulement selon la lettre, mais dans l'esprit de
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l'Eglise, employez-vous dans chaque ordre aux fonctions nui vous sont propres , et tâchez d'"y acquérir la science, la piété et la capacité que désire l'Eglise, sans rien négliger pour cela. 3.° Ne montez point à un ordre supérieur , que vous n'ayez acquis la vertu de celui où vous êtes ; car autrement c'est avec injustice que vous demandez un ordre supérieur , n'étant pas seulement digne de celui qui lui est inférieur.
Remerciez... Priez... Offrez...
bouquet spirituel. Videant quos ab officio œtas vel imperfectio prohibet , et tamen prœcipitatio movet , ne cùm intempestive arripiunt quod non valent, perdant illud quod tempestivè ahquoties implere possent ; nam et pulli avium si ante pennarum perfectionem volare appetant , un de in alta ire cupiunt , indè inima cadunt ; sic et conceptam sobolem , si priusquàm formetur , femina profert 9 non tam domum quàm tumulum replet ( S. Grcg. Past. ).