‹ Entretiens et méditations ecclésiastiquesChapitre 40 sur 40 · VINGT-UNIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

VINGT-UNIÈME MÉDITATION

Que les Ecclésiastiques doivent s'appliquer à confesser.

premier point. Adoration. Adorez Notre-Seigneur Jésus-Christ ressuscité, apparoissant à ses Apôtres dans son état de gloire, et leur disant ces paroles : Les péchés que vous pardonnerez, seront pardonnes, et ceux que vous retiendrez seront retenus. Considérez dans ces paroles , jusqu'où va la bonté de Notre-Seigneur pour les Prêtres , et voyez comme il les rend participans de ses mêmes pouvoirs , et surtout de celui de remettre les péchés , qui est le plus surprenant que puisse avoir une créature : Quispotest dimittere peccata , nisi solus Deus ? Etonnez-vous de voir que quoiqu'il n'y ait que Dieu seul qui ait le droit et le pouvoir de les pardonner , il n'y en a point néanmoins qu'un simple homme ne puisse remettre, ausitôt qu'r est honoré du sacerdoce : Quœcumque soheritis super terrant erunt soluta et in cœlis. Remerciez Notre-Seigneur d'avoir fait cette grâce à son Eglise , et cet honneur aux Prêtres, que de les faire ainsi asseoir sur son trône pour juger souverainement, et décider du salut éternel des âmes , et pour être les arbitres entre Dieu et les pécheurs touchant les offenses commises contre sa majesté : Quid est homo quia magnificas eum ? Rendez tous vos devoirs à ce divin Sauveur qui vous remet ainsi ses intérêts entre les mains, et qui vous élève à ce haut point de gloire.

second point. Communion. Il est important que vous ne laissiez point inutile en vous ce pouvoir de remettre les péchés que Notre-Seigneur vous donne. Vous craignez le confessionnal, vous ne sauriez vous

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résoudre à entendre les confessions , vous fuyez cet emploi comme un rude supplice; vous vous appliqueriez volontiers aux autres fonctions de votre ministère , mais pour celle-ci elle vous paroît insuportable , et vous n'avez point de cœur à l'entreprendre; c'est là votre foible. Voici de quoi vous guérir sur ce point; voici de quoi guérir vos foiblesses et surmonter votre répugnance ; voici trois considérations puissantes pour vous porter à cet emploi.

La première est la dignité de cet emploi et l'excellence de cet office; car , après l'action de la sainte Messe qui n'a point sa pareille , vous ne sauriez rien faire de plus sublime, ni de plus considérable en celte vie. C'est par-là que vous entrez en participation , et en l'exercice de l'autorité de juge du Fils de Dieu , en retenant et pardonnant les péchés , et prononçant des jugemenssi absolus et si souverains sur les pécheurs , que la sainte Trinité ratifie dans le ciel ce que vous ordonnez dans ce tribunal. C'est par-là encore que vous exercez et continuez la qualité de Sauveur, en rachetant les âmes de la captivité du péché, du diable et de l'enfer, et leur appliquant par ce sacrement ce précieux sang , ce fruit de la sainte passion. C'est parlà enfin , qu'un , Prêtre , revêtu de sa majesté et de sa toute-puissance, parle en Dieu , ordonne en Dieu , agit en Dieu , et fait ce qui n'appartient qu'à ceite majesié souveraine , effaçant les péchés , conférant la grâce , communiquant le Saint-Esprit. Se peut-il voir rien de plus noble, de plus sublime! Et n'est-ce pas se rendre indigne de cet honneur, que de renoncer à ce privilège, que de ne vouloir point se servir de cette puissance, et que d'en considérer l'exercice comme one charge pesante et un joug intolérable ? Ajoutez , pour connoitre encore plus en particulier l'excellence de cet

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emploi, qu'après le très-adorable sacrifice où Jésus- Chrisl mê:no s'immole à la gloire de Dieu son Père , il ne peut rien se faire de plus grand sur la terre pour la gloire et la joie du ciel , pour le bien de l'Eglise , pour la confusion de l'enfer; trois choses considérables auxquelles vous ferez présentement attention.

i.° Pour la joie du ciel, pour la grande gloire de Dieu : le grand bonheur de tout le paradis est de voir de véritables pénitens; or, c'est ce qui se fait dans la confession, c'est le principal effet de ce ministère, 2.0 il ne se fait rien de plus utile à l'Eglise que l'administration de ce sacrement. Que deviendroient les fidèles 1 les sacremens et les mystères ? Les fidèles pour la plupart seroient désespérés , les sacremens profanés, et les mystères abandonnés. Les fidèles désespérés ; c'est le seul remède qui leur est donné pour les péchés où ils tombent après le baptême; et comme il n'y en a presque point qui ne tombent, il n'y en a presque point dont le salut ne fût désespéré. Car de s'attendre à la contrition parfaite, c'est ce qui est rare, et il y en a bien peu qui soient justifiés sans l'administration actuelle du sacrement de Pénitence; sans cela donc la plupart des enfans de l'Eglise seroient désespérés. Les sacremens seroient aussi profanés ; car les pécheurs ne trouvant plus dans la confession le remède à leurs péchés , recevroient les sacremens en mauvais état , et on ne verroit plus que sacrilèges. Enfin, les mystères seroient abandonnés ; car les sacrilèges finissent par porter une ame à l'insensibilité et la mettent dans un état tel qu'elle n'a plus de sentiment de piété, et qu'elle entre dans l'indifférence et même dans le mépris pour toutes les choses de la religion. Or, c'est à quoi remédie l'administration du sacrement de Pénitence. On peut donc dire qu'il n'y a

rien de plus utile à l'Eglise. Rien, en troisième lieu, de plus honteux à l'enfer , et qui donne plus de confusion, de dépit et de rage au démon ; car i.° son orgueil ne peut souffrir sans une peine étrange qu'un simple homme soit élevé au-dessus de lui, qu'on lui accorde un honneur qui ne lui a jamais été donné; et quand il le voit assis sur le trône même du Fils de Dieu , où il parle en Dieu , où il juge souverainement comme s'il étoit Dieu , Ego te absolvo , c'est ce qui est insupportable à son orgueil. 2.0 Il se fâche de se voir chassé par un homme , et de voir qu'on le soumette par cette action à déférer malgré lui à la vertu au sacrement de Pénitence, sans en pouvoir jamais recevoir le moindre secours. 3.° Il enrage lorsqu'il voit qu'après lui avoir refusé la pénitence, on l'accorde néanmoins si libéralement aux hommes. Telle est la suite du ministère du Prêtre qui confesse , c'est ce qu'opère son office , c'est ce qui en découvre la grandeur , et c'est le premier motif qui doit vous obliger à vous y appliquer, la dignité et l'honneur de cet emploi .

Le second motif peut se tirer des grâces que Nofre- Seigneur communique ordinairement à ceux qui s'appliquent à cet emploi ; elles sont assurément plus grandes qu'on ne pense. Voici trois fondemens qui pourront vous servir à les connoître plus nettement , et sur lesquels vous pourrez méditer à présent. Le premier est que Notre-Seigneur nous donne toujours des grâces proportionnées aux emplois qu'il nous confie : plus les emplois sont importans, et plus la grâce qui 1 donne à celui qu'il y appelle est considérable. Or , vous savez qu'après le sacrifice de Jésus-Christ, il n'y a point d'emploi plus saint , plus relevé , plus auguste , plus avantageux que celui de la confession. Il faut

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donc dire que les grâces qu'on y reçoit sont des plus considérables qui soient dans l'Eglise.

Le second est qu'il n'y a rien à quoi Dieu s'engage si étroitement , et à quoi il s'oblige de donner tant de récompenses et tant de grâces , qu'aux œuvres de miséricorde : or , si cela est vrai , comme l'Evangile nous en assure, et comme le Fils de Dieu Ta témoigné lui-même de sa propre bouche , quelle bénédiction, quels secours , quelles grâces ne doit point attendre un confesseur ! car il n'y a personne qui exerce si parfaitement les œuvres de miséricorde. Il instruit les ignorans , il donne conseil à ceux qui en ont besoin , il console les affligés , il corrige les pécheurs , il donne secours aux malades , il prie Dieu pour eux , il supporte beaucoup de peine pour les retirer de leurs misères ; et tout cela à petit bruit , dans le secret , sans danger de vanité et sans craindre que l'orgueil ravisse une partie de sa grâce, comme il arrive lorsqu'on travaille aux autres emplois qui ont quelque éclat devant le monde , et qui sont estimés parmi les hommes. N'est-ce pas là un moyen pour faire un grand amas et un grand trésor de grâces et de mérites ?

Le troisième est que , comme il n'y a point de charité plus grande, selon le témoignage même du Fils de Dieu , que de donner son ame pour le salut de ses frères , il n'y a personne aussi sur qui il fasse découler ses grâces avec tant d'abondance , et en qui il les verse avec tant de force et de plénitude, que sur ceux qui exposent par charité leur propre salut pour celui des âmes , et qui s'abandonnent de la sorte pour son amour. C est ce qui a paru particulièrement en la personne de Moïse et de saint Paul, qui souhaitoicn'c être anathème pour leurs frères , et qui

rccevoient de Dieu tant de grâces et tant de bénédictions ; c'est ce que saint Bernard assure être plus agréable à Dieu que toutes les mortifications et ics pénitences de ces saints solitaires qui ont été si éminens en sainteté dans l'Eglise; et c'est ce qui lui plaît si particulièrement dans tous ceux qui , par la charité qu'ils ont pour les pécheurs , s'appliquent aux confessions , qu'en récompense de ce qu'ils s'exposent au péril qui se rencontre dans cet emploi pour son amour, il leur donne une grâce si forte, un secours si puissant , une protection si spéciale , une bénédiction si singulière qui les conserve très-purs et très-saints au milieu de tous les dangers et de toutes les difficultés qui s'y rencontrent. Après cela, pourquoi refuserez-vous de vous p.ppljqnej à un si saint emploi, et qui vous est si avantageux ? Vouscraignez de vous perdre? Les Péiils et ^difficultés qui s'y rencontrent vous en empêchent ? Vous auriez raison , si vous n'examiniez que vos propres forces , vos sentimens et vos dispositions naturelles ; mais puisqu'il y a de si grandes grâces qui y sont attachées , et des secours extraordinaires que Notre-Seigneur y donne , n'est-ce pas assez pour dissiper vos craintes , pour vaincre vos répugnances, pour vous résoudre à prendre cet emploi comme un grand moyen de vous sanctifier vous-même , en sanctifiant une infinité d'autres âmes par votre ministère ?

^ Enfin, si l'excellence de cet emploi, lesavantages qui s y rencontrent, ne sont point encore assez puissans sur vous pour vous faire résoudre à l'entreprendre , le compte que vous devez rendre à Dieu et les chàtimens que vous en devez craindre doivent tout-à-fait vous y déterminer; car vous avez reçu la puissance pour exer-

cer cet oirice < elle vous a été conférée dans votre ordination ; et, en recevant le caractère du sacerdoce , on vous a donné le pouvoir de confesser et de remettre les péchés. C'est un grand privilège , une grâce incomparable, un talent extraordinaire que Notre-Seigneur vous a donné; mais il vous en demandera aussi un compte terrible , de sorte que si vous n'avez point fait valoir ce talent, qui ne vous avoit été donné que pour pn faire un fructueux usage , ut fructum qfferatis , n'aurez-vous pas tout sujet de craindre ce redoutable châtiment et cette même condamnation que souffrit ce serviteur qui avoit enfoui le talent de son maître? $eh>um inutilem ejicite in tenebras exieriores. Vous aurez beau dire alors que vous n'avez point commis d'injustices , que vous n'avez point fait de mal , que vous n'avez fait tort à personne , qu'on ne peut vous reprocher de méchantes actions : ce sera assez pour avoir tout sujet de craindre, que de n'avoir pas fait l'usage que Notre-Seigneur vouloit, du pouvoir de confesser qu'il vous avoit donné pour talent.

2.° Vous aurez d'autant plus sujet de craindre que Dieu ne vous châtie un jour sévèrement , si ayant les talens nécessaires, vous ne vous appliquez point à cet emploi , qu'on voit une infinité d'aines qui se perdent pour ne point trouver d'assez bons confiseurs , et que vous pourriez sauver en leur rendant ce service. Ce ne sont point les prédicateurs qui convertissent ; et tout ce qu'ils peuvent faire de plus avantageux pour le salut des pécheurs qui les écoutent, c'est de leur faire connoître leur mauvais état, de les effrayer par la crainte du jugement et de l'enfer, de les troubler dans leur fausse paix par la vue des périls où ils se trouvent , afin de les obliger à chercher le remède et a se jeter aux pieds d'un confesseur; c'est ce

que peut faire ordinairement un prédicateur ; mais ensuitecest le confesseurqui applique le remède; c'est le confesseur qui guérit ; c'est le confesseur qui ramène dans la voie du salut. Or , vous savez que vous pourriez bien par cette voie ramener quantité d'ames qui sont égarées; si donc elles se perdent, ce sont autant de témoins , d'accusateurs et de juges qui s'élèveront contre vous au jugement de Dieu. Et ne dites pas pour excuse que, si elles se perdent , c'est par leur faute, et qu'il y a assez de confesseurs sans vous ; car il est vrai qu'il n'y en a que trop, mais il est vrai aussi qu'il y en a trop peu de bons.

3.° Vous avez encore plus sujet de craindre que Dieu ne vous condamne bien sévèrement pour ne vous pas appliquer à cet emploi; parce que quand vous n'y seriez pas obligé d'ailleurs pour faire valoir le talent que Dieu vous a donné , et pour subvenir à la grande nécessitéoù sont réduits les pécheurs , vous le devez par votre propre engagement. Cai en entrant dans l'Eglise vous avez fait profession d'être un de ses ministres, et vous vous êtes engagé à la servir dans ses besoins : or , quel plus grand besoin que d'avoir de bons confesseurs? De plus,dans le sacerdoce on vous a donné le pouvoir de confesser, et ce pouvoirque vous avez reçu et sans lequel on ne vous auroit point admis au sacerdoce , montre assez quel a été le dessein de l'Eglise sur vous , et quel a été aussi votre engagement lorsque vous vous y êtes volontairement soumis ; de sorte que si vous ne vous en servez pas, vous aurez tout sujet de craindre que Notre-Seigneur ne venge en vous, i .° les intérêts de son épouse, qui est l'Eglise, à qui vous aurez refusé les services que vous deviez lui rendre ; 2.0 les intérêts des aines que vous avez abandonnées , en ne leur donnant pas les secours qui dépendaient de vous;

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3.° ses propres intérêts, en ne faisant pas valoir ce talent qu'il vous avoit donné pour ce sujet. Voilà ce que vous devez craindre , et c'est le troisième motif qui doit vous obliger de ne pas négliger cet emploi , de peur d'attirer sur vous toute la colère de Dieu et tout ie poids de sa fureur.

Hamiliez-vous donc d'avoir eu si peu de soin à vous y appliquer par le passé ; demandez-lui-en pardon , et. priez-le de vous donner grâce, force, lumière pour vous en bien acquitter à l'avenir.

troisième point. Coopération. i.° Tâchez de ne plus considérer cet emploi comme un joug fâcheux etl une charge pesante , mais comme le plus honorable etj le plus avantageux que vous puissiez avoir en cette: vie. 2.0 Travaillez à vous rendre capable de vous en bien acquitter; et pour cela appliquez -vous à l'étude} des choses qu'on vous conseille ; pour cet effet con-j sultezdes personnes d'expérience, et profitez des avis: qu'elles vous donneront, afin de pouvoir dignement remplir ce divin ministère. 3.° Soyez ravi de vous appliquer à cette fonction autant que vous y serez} appelé , et dans le temps et dans l'occasion que No-I tre-Seigneur exigera de vous ce service ; ne fuyez} point le travail et la peine qui s'y rencontrent , maiss embrassez-les de tout votre cœur.

Remerciez... Priez... Offrez...

bouquet spirituel. Dites avec l'apôtre saint Paul dans un esprit vraiment apostolique : Ezo impendam libenfer , et superimpendar ipse pro animabus vesnis.

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