‹ Entretiens et méditations ecclésiastiquesChapitre 39 sur 40 · VINGTIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

VINGTIÈME MÉDITATION

Du soin des affaires séculières défendu aux Ecclésiastiques»

i.° Adorez Dieu présent. 2.0 Anéantissez-vous devant lui, et renoncez à tout vous-même pour vous donner à Jésus- Christ. 3.° Invoquez son Esprit , et renoncez au votre.

premier point. Adoration. Pesez bien ce que saint Paul dit à un Evêque , et, en sa personne , à tous les Eccle'siastiques : Nemo militans Deo implicat se negotiis secularibus , ut ei placeat cui se probavit. Adorez Notre-Seigneur vous donnant cette belle leçon par la bouche de son Apôtre. Il vous apprend parlà qu'étant dédié et consacré à Dieu pour lui rendre un service agréable , vous ne pourrez jamais lui plaire, à moins que vous n'ayez absolument renoncé au soin des affaires séculières , et , comme un soldat enrôlé, vous devez quitter d'abord le soin de toutes les affaires domestiques , pour ne songer qu'à combattre et à vaincre. Remerciez Notre-Seigneur de ce que vous ayant appelé dans sa milice , il vous fait encore la grâce de vous faire connoître ce que vous devez y faire et ce que vous devez éviter pour lui plaire. Aimez- le de tout votre cœur, et demandez-lui la grâce de bien vous convaincre ici de vos obligations.

second point. Communion. Pour vous convaincre de l'étroite obligation que vous avez de quitter les affaires séculières , et de ne vous y attacher jamais, considérez avec attention les trois motifs suivans : le premier, combien cette occupation et cet amusement est contraire à l'esprit de Notre-Seigneur ; le se-

cond , combien il est opposé à l'esprit de l'Eglise ; le troisième , combien il choque l'esprit même de votre profession.

Pour l'opposition à l'esprit de Notre-Seigneur , considérez ce qu'il vous dit lui-même principalement en trois occasions dans l'Evangile. La première, au sujet de ces deux frères qui avoient entre eux quelque différend pour le partage de leurs biens. Ils choisissent le Fils de Dieu pour en être l'arbitre. Il peut aisément terminer leur différend , et les mettre d'accord ; c'éioit même, ce semble, une œuvre de grande charité et digne du Dieu delà concorde et de la paix; néanmoins il ne veut point s'y entremettre ; et au lieu d'accepter l'offre et la prière qu'on lui en fait , il renvoie assez rudement celui qui en fait la proposition ,en lui disant: Homo , quis me constituit Judicem aut divisorem inter vos ? Oh ! les belles paroles pour étouffer l'ardeur de l'esprit humain qui emporte les plus sages aux affaires du monde, sous prétexte de charité ! Notre-Seigneur , dit saint Ambroise, ne veut point se mêler du différend de ces deux frères, parce qu'étant venu en ce monde pour traiter des affaires spirituelles , il n'étoit pas expédient qu'il s'occupât des temporelles ; et c'est avec raison qu'il renvoya celui qui vouloit l'engager dans un partage de biens du siècle, lui qui étoit destiné pour être le dispensateur de ceux du ciel. Voyez par cet exemple quel est l'esprit du Fils de Dieu, et combien il vous y apprend à vous dégager des affaires séculières , vous , dis-je, qui étant Ecclésiastique , n'avez été appelé à cet état que pour le même sujet pour lequel il est venu au monde , c'est-àdire pour être employé aux affaires spirituelles du salut des âmes , et pour vaquer aux affaires de la religion.

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Le second exemple, c'est lorsqu'il chassa les vendeurs et les acheteurs du temple. C'est une chose surprenante de voir comme il se comporte en cette occasion ; car, sans garder les mesures ordinaires de sa douceur et de sa mansuétude qui avoient part en toutes ses actions, il prend une conduite toute rigoureuse et sévère , et , transporté du zèle de la maison de son Père , il chasse à coups de fouet ceux qui entretenoient ce commerce; il renverse leurs tables; il jette leur argent , et témoigne qu'il ne peut souffrir que du temple qui est sa maison , qui est un lieu consacré à la prière et qui doit servir aux emplois de la religion , on en fasse une caverne de voleurs, et on y vaque à des occupations profanes. Or, pourquoi pensezvous que le Fils de Dieu use de cette sévérité , lui qui étoit venu en ce monde particulièrement pour nous donner un exemple incomparable de douceur ? Discite à me quia mitis sum. Pourquoi pensez-vous que, nous en ayant donné des marques si extraordinaires tout le reste de sa vie, il ne s'en dispense que dans cetle occasion ? Ce n*est pas seulement pour purger ie temple, mais c'est encore pour obliger les Prêtres à se dégager de tout commerce; car, comme remarquent les saints Pères , c'étoient les Piètres même qui avoient donné lieu à ce trafic; c'étoient eux-mêmes qui Pentretenoient; eux-mêmes y avoient part: et le Fils de Dieu , pour taire connoitre combien ce dérèglement lui étoit odieux, et combien le trafic, le négoce et tout commerce des affaires du monde lui étoit insupportable dans l'Eglise et dans le clergé qui est sa maison , et combien en même temps tous les Prêtres le doivent craindre , il chasse à force de coups ceux qui s'en mêlent ; et , quoiqu'on ne voie point qu'il se soit mis en colère dans tout le reste de sa vie , il sem-

ECCLÉSIASTIQUES. ^S l

3le néanmoins s'y mettre extraordinairement en cette occasion , comme s'il n'y avoit que ce crime , tant il Ht énorme , qui fût capable d'exciter les mouvemens le sa colère. Voilà l'esprit du Fils de Dieu , dans la Seconde occasion où il nous fait paroitre combien l'engagement des Ecclésiastiques dans le négoce ou le commerce des affaires du monde est contraire et tout- |i-fait opposé à son esprit.

La troisième chose où il nous fait paroitre ce même isprit , c'est dans la conduite qu'il tient à l'égard de es disciples; car, i.° il les oblige de renoncera out : Qui non renuntiat omnibus quœ possidet , von potest esse meus discipulus ; c'est la première lémarche qu'il leur fait faire. 2.0 Il déclare en termes >récis et formels , qu'il n'en recevra jamais pour être le ce nombre, qu'ils n'aient fait cette même démar- :he , et qu'ils n'entrent dans ce parfait dégagement. l.° Quand il les envoie, il ne veut point qu'ils se hargent de quoi que ce soit , ni qu'ils se mettent en )eine des choses même qui leur seroient nécessaires >our la vie : Nihil lultritis in via. 4-° Comme un our il en vit un qui vouloit mettre ordre à ses affaires , ;t disposer de l'emploi de son bien , il ne voulut pas le ui permettre ; mais , au contraire , il lui déclara nettenent que c'étoit retourner en arrière , et que par-là il ë rendroit indigne d'être au nombre de ses disciples, /oilà l'esprit du Fils de Dieu ; faites-y bien attention, •t vous verrez combien cela oblige les Ecclésiastiques, jui sont ses véritables disciples , de se dégager de ternes les affaires séculières , de tous les soins de la terre sf de toutes les sollicitudes de cette vie : et c'est le >rernier motif que vous devez méditer.

Le second est que l'engagement des Ecclésiastiques ians les affaires séculières est extraordinairement op-

posé à l'esprit de l'Eglise; car l'esprit de l'Eglise étant le même que celui du Fils de Dieu , elle se trouve remplie de ses mêmes sentimens , et ainsi elle ne peut souffrir , non plus que son époux, que ses ministres s'appliquent à ces occupations basses et à ces emplois terrestres qu'elle laisse aux soins des personnes du monde, et qu'elle interdit aux Ecclésiastiques. Or , pour bien connoître sur ce point l'esprit de l'Eglise , et pour discerner jusqu'où va à cet égard son opposition , vous ferez attention aux deux choses suivantes qui serviront à vous le découvrir.

La première sont les défenses très-expresses que l'Eglise a faites à tous les Ecclésiastiques de se mêler d'affaires séculières ; car il n'y a point de matière sur laquelle nous trouvions des ordonnances plus anciennes , plus souvent réitérées et portées sous de plus rudes peines. Car , i .° elles sont presque aussi anciennes que l'Eglise même, et elle étoit encore dans son berceau , qu'elle interdit cette occupation à ses ministres. Il y a un canon parmi ceux des Apôtres , qui est formel là -dessus : Episcopus aut presbyttr, aut diaconus nequaquàm seculares curas assumât ; sin aliter dijiciatur. 2..0 De temps en temps elle en a renouvelé les défenses , et à peine trouvera-t-on un siècle où elle n'en ait donné de remarquables sur ce sujet. 3.° Elle l'a fait de manière à ce qu'elle a particularisé jusqu'aux moindres occupations, et aux plus petits emplois ou ils pourroient avoir occasion de s'engager; elle défend les uns sous peine de suspension , les autres sous peine de déposition. En un mot , elle n'a point de peine qu'elle n'ait employée pour détourner ses ministres de ces actions irrégulières ; et si elle en a permis quelques-unes en certaines occasions, ce n'a été que les moins indécentes , et encore ne les a-

t-elle permises que dans la nécessité , pour le secours - des pauvres, l'assistance des veuves et des orphelins abandonnés, et pour le besoin de l'Eglise. 4.0 Elle témoigne enfin avoir cela tellement à cœur, que la dernière fois qu'elle nous a parlé par la bouche des Pères du concile de Trente, elle ne s'est pas contentée d'en faire une ordonnance particulière, mais elle a renouvelé toutes celles qui avoient été faites sur ce sujet , abrogeant toutes les coutumes contraires ; et voilà la première chose qui nous fait connoitre l'esprit de l'Eglise sur ce point , les ordonnances qu'elle a faites en toute occasion.

La seconde chose est qu'elle n'a jamais pu souffrir qu'aucun Ecclésiastique se mélàt de ces affaires ; car, i.° elle n'a point voulu qu'on en reçut dans le clergé qui y fussent embarrassés. 2.0 Elle en a chassé ceux qui, y ayant été reçus , ne vouloient pas s'en dégager, jusqu'à les traiter d'apostats, de prévaricateurs de leur ordre et de leur ministère , et de violateurs de toutes les lois divines et humaines. 3.° Elle n'a pas même pu souffrir ceux qui engagoient les Ecclésiastiques dans ces affaires séculières. C'est pourquoi nous voyons que du temps de saint Cyprien on défendit de prier Dieu pour une personne qui avoit choisi un Prêtre pour exécuteur de son testament; et ce Saint crut, conformément à l'esprit de l'Eglise , comme il dit lui-même , que celui-là n'étoit pas digne d'être nommé à l'autel, qui avoit voulu en détourner un Prêtre en lui donnant d'autres emplois , et qu'il ne falloit point offrir pour lui le sacrifice ni prier Dieu pour son repos éternel. Jugez parlà combien ce crime est en exécration à l'Eglise qui, souhaitant uniquement et avec des tendresses inconcevables le salut de ses enfans , se porte néanmoins à cet excès d'indignation, que de ne pas vouloir offrir le

sacrifice pour le salut de ceux qui donnent aux Ecclésiastiques des emplois séculiers, et qu'elle les prive même de ses suffrages après leur mort. Quels peuvent être ses sentimens pour les Ecclésiastiques même qui s'y appliquent ! Et voilà le second motif qui vous obligea quitter toutes les affaires séculières , l'opposition à l'esprit de l'Eglise.

Enfin, le troisième motif qui doit vous obliger à renoncer à toutes ces affaires du siècle , c'est que vous ne sauriez vous y appliquer sans choquer tout-à-fait l'esprit de votre profession ; car, i.° c'est ce que Dieu exige des Ecclésiastiques dans cet état, comme il Ta fait connoître en figure dans les Lévites. z,° C'est ce qu'eux-mêmes ont promis en entrant dans cet état. 3.° Ils doivent être morts au monde et à tout le siècle, afin de ne vivre qu'à Dieu pour le service de son Eglise ; ce sont les trois parties de la vie ecclésiastique, et ce que renferme essentiellement l'esprit de cette profession. Or, pour juger combien cela demande qu'on se dégage des affaires séculières , vous ferez attention aux désordres suivans que ces affaires causent dans les Ecclésiastiques qui s'en mêlent.

i.° Elles les obligent de partager leur temps , leurs soins, leurs travaux pour en donner à ces occupations profanes : or , tout autant qu'ils en emploient pour ces affaires , c'est autant de services qu'ils dérobent à l'Eglise et à la Religion , à qui ils doivent uniquement tout ce qu'ils font. 2.° Elles font qu'ils ne s'appliquent point avec la même assiduité et le même zèle à l'administration des sacremens , à l'instruction des ignorans , à la conversion des peuples, au service de l'Eglise et des autels. 3.° Elles les détournent de l'application à Dieu et de l'attention à ses divines vérités , et les jettent dans de terribles dissipations. 4-° E^es les

engagent dans un certain commerce avec les laïques , et dans mille pratiques qui avilissent et rendent méprisables leur caractère et leur personne : Hœc res , dit saint Grégoire, Sacerdotem vilem reddit , et reverentiam sacerdotalem annihilât. 5.° Elles les exposent à mille conjonctures fâcheuses qui obscurcissent l'honneur de leur sacerdoce, affoiblissent l'autorité de leur emploi , et qui causent dans les peuples un mépris qui rejaillit sur les mystères ; parce que , voyant ces mystères traités par des profanes avec qui ils traitent tous les jours pour des affaires grossières, et en qui ils aperçoivent les mêmes infirmités auxquelles eux-mêmes sont sujets , ils n'en conservent plus la même estime, et perdent la plus grande partie de leur respect. 6.° De là aussi pour l'ordinaire l'avarice des Ecclésiastiques prend son origine , et ensuite leur dureté envers les pauvres , leur lâcheté et leur molle complaisance envers les riches qui peuvent leur nuire ou les favoriser dans leurs affaires. De là les exactions sordides et les trafics honteux. De là leurs embarras en mille affaires, à solliciter des procès , à procurer des mariages , à acheter des charges et à s'inquiéter en mille manières pour faire des établissemens. De là un demi abandon de leur Eglise , où ils ne s'appliquent qu'avec peine , et où ils ne donnent plus qu'une bien petite partie de leur temps. De là une négligence totale de leurs études, de leurs exercices, et une inutilité entière dans le clergé. Enfin, cet engagement dans ces affaires les rend tout charnels , tout séculiers , et presque tout laïques, les engageant à tous les soins terrestres d'une vie mondaine dont la grâce ecclésiastique et la sainteté de leur profession les avoient exemptés , et après tout les précipite dans une effroyable damnation. Faites bien attention à tous ces désordres , ou au

moins à quelques-uns des principaux , et vous y reconnoitiez nettement trois choses : La première , qu'il est impossible qu'un Ecclésiastique appliqué aux affaires séculières ne tombe dans ces malheurs: jamais vous n'en trouverez qui s'en soient préservés. La seconde, qu'il n'y a rien de plus opposé à la vie ecclésiastique que ces désordres , et qu'il n'y a rien par conséquent qui soit plus opposé à l'esprit de notre état, que ces occupations profanes qui les produisent. La troisième , qu'il est donc extraordinairement important à un Ecclésiastique de se dégager de ces occupations. Examinez-vous après cela pour voir si vous en êtes bien dégagé. Les affaires séculières, disent les Conciles et et les Saints, sont, i.° le trafic , le négoce et tout autre commerce qui se pratique entre les personnes du siècle, pour y amasser de l'argent et y gagner leur vie; 2..0 se charger de la poursuite des procès , des affaires, en entreprendre la défense ou en être le solliciteur ; 3.° prendre la recette ou la ferme de quelque seigneur , ou avoir le soin de ses rentes et amasser ses revenus , être son économe , ou se rendre administrateur de son bien , être son facteur , receveur de pension , ou pourvoyeur ; 4«° prendre à louage des biens , des maisons , des héritages pour y gagner par soi ou par personnes interposées ; 5.° prendre la tutelle ou curatelle même de ses parens , à moins que la piété n'y engage , et se charger de l'exécution des testainens ; 6.° prendre le soin des affaires domestiques, des personnes même chez lesquelles on demeure; 7.0 se donner aux grands du siècle pour être leurs valets et domestiques , et pour servir à des choses temporelles ; 8.° toutes les occupations profanes et sollicitudes de la vie dont on peut se dispenser , quand même elles ne se trouveraient pas

expressément

expressément défendues. Voilà en général ce que l'Eglise appelle affaires séculières qui sont interdites aux Ecclésiastiques. Voyez si vous en êtes bien dégagé ; confondez-vous de votre misère , demandezen pardon à Dieu , et la grâce de vous en détacher parfaitement, pour ne vous appliquer désormais qu'aux affaires de votre ministère.

troisième point. Coopération. i.° Résolvez-vous de vous détacher de l'affection des biens du monde , et du désir d'amasser des richesses , comme d'une source qui ne manque jamais de porter les Ecclésiastiques à mille occupations profanes, et qui les engage à des affaires séculières. 2.0 Tâchez de vous détacher de vos parens et des intérêts de famille , autrement vous ne vous dégagerez jamais des occupations et des emplois profanes et séculiers où ils vous précipiteront. 3.° Affectionnez-vous beaucoup à tout ce qui regarde votre ministère ; vous trouverez dans ces emplois de votre profession , de quoi remplir tout votre temps, sans vous amuser à d'autres occupations.

Remerciez... Priez... Offrez...

bouquet spirituel. Quod ad alia officia confertur , hoc religionis cultui et huic nostro officio decerpitur ( S. Ambr. ). — Sui nominis memore* clerici quo continub admonentur se à curis mund sequestratos et in sortent Domini vocatos ( Concil. Camer. i586. ). — Singuli divino sacerdotio honorati et in clericali ministerio constitua , nonnisi altari et sacrificiis deservire et precibus atqur orationibus vacare debent; scriptum est enim : Nemo militans Deo implicat se negotiis secularibus ( S Cvp Lib. 1.). yr

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