AVEC LES MMOISEUES DELA CLASSE JAUNE
j'aurois une bien moiodre opinion de la seconde, quoique plus capable. Encore une fois vous ne sauriez recevoir avec trop de respect et de reconnois- SBDce tous les avis que l'on vous donnera, car c'est ordinairement un principe d'amitié et d'intérêt pour TOUS qui nous porte i les donner ; mais quand cela ne seroit pas, un esprit bien fait profite toujours de l'avis, quand même il partiroit d'un principe d'animosité. J'admire souvent M"* la duchesse de Bourgogne, qiû est la première princesse du royaume, et sur laquelle je n'ai naturellement nulle autorité : vous ne sauriez comprendre avec quelle docilité, quelle bonne manière et même quelle reconnoissance elle reçoit les avis que je prends la liberté de lui donner. Mais, bien plus, je la trouvai Vautre jour, assise sur un degré, à la porte de ma chambre, avec Jeanne, qui est une grosse villageoise de bon sens que j'ai chez moi, qui lui disoit tous ses défauts et tout ce qu'elle entendoit dire d'elle de désavantageux à Peuîs ; cette charmante princesse, au lieu de se choquer de la franchise de cette bonne femme, se jeta à son col, et l'embrassa plusieurs fois en lui disant : — Je te suis bien obligée, Jeanne, je te remercie de tout ce que tu viens de me dire, car je sens bien que c'est par amitié pour moi. Et toutes les fois qu'eUe la voit, non-seulement elle lui fait amitié, mais elle l'embrasse de tout son cœur, quoiqu'elle soit laide, vieille et dégoûtante. — Eh bien I mes enfants, qu'avez-vous à répondre à cet exemple? n'est-il pas plus que suffisant pour vous convaincre que rien n'est si louable, si convenable et si à sa place
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2i2 ENTRETIENS SDR l'ËDDCATION.
que de bien recevoir les avis que l'on donne, ou sur nos défauts, ou sur nos manières, ou sur quelques autres manquements. Travaillez, dès aujourd'hui, dès ce moment, à prendre cette bonne habitude, et conservez-latoutlereste de votre vie, caronpeutfaire des fautes à tout âge, et il n'y en a point où on ne doive être reconnoissant d'en être averti.
H Donne&moi, mes enfants, la même consolation que vos anciennes compagnes, qui recevoient de si bonne grâce ce que l'on jugeoit à propos de leur dire pour leur bien -, aussi sont-elles devenues la plupart d'excellentes religieuses. M"°dePonhriant, par exemple, qui est présentement une si fervente carmélite, avoit mille défauts, et nous ne cessions de la reprendre; quand on me dit qu'elle vouloit être rehgieuse, je m'en moquai, mais voyant que cela étoit véritable, je voulus lui parler sur sa vocation, et je lui dis : k Est-il possible, mon enfant, que vous pensiez àêtre religieuse avec le goût que vous avez pour le monde? Elle me répondit: — Ilestvrtû, madame, que je l'aime fort, je sens que je m'y perdrois, c'est pour cela que je ne veux point y aller. — Mais, lui dis-je, tu es si vaine, tu aimes tant à t' ajuster, à parler, à te réjouir I — C'est justement à cause de tout cela, dit-elle, que je veux être religieuse. — Voîlà ce qui s'appelle avoir du courage, ajouta M"' de Mainlenon, et une excellente vocation. — M. Tiberge, dit M"" de Champigny, la respecte fort ; il y a quelque temps que je lui dis qu'elle m'avoit écrit, il me dit : — Gardez précieusement sa lettre comme venant d'une sainte, » A quoi M"" de Maintenon
répondit : «Je la regarde ausM comme telle; je ne puis voua dire combien j'en fus édifiée quand je Valtai voù". Je la trouvai toute pleine de Dieu, ne respirant que lui et tout ce qui a rapport k lui. »
ENTRETIEN LUI'
Comme on pressoit Madame sur un écrit qu'on l'avoit priée de faire pour notre instruction, elle dit : « Je suis résolue de ne plus rien écrire, je ne l'ai que trop fait; tout ce qu'on peut dire est général, l'important est d'en faire une juste application, et c'est ce qu'il y a de difficile; ce qui convient aux unes ne convient point aux autres; ce qui est bon dans un temps ue l'est plus dans la suite, par la différence des circonstances qui se rencontrent. J'ai trouvé, par exemple, des maltresses qui étoient rebutées des classes, parce qu'elles ne pouvoient demeurer tout le jour sur un siège au bout d'une table, et qu'elles craignoient d'anticiper sur les droits de la première maîtresse, ou de manquer à l'attention qu'elles doivent avoir sur les demoiselles, si elles eussent changé de situation. J'ai dit à ces filles-la que rien ne les oblîgeoit à demeurer à la même place,
■ Recueil dei rëponies, p. 4!9.
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2l4 BNTBETIBNS fiOR L'ÉDUCATION.
qu'il seroit bien plus utile aux demoiseUes qu'elles se )]laçassent, tantôt auprès d'une, à qui elle montreroit à travaiUer, tantôt auprès d'uue autre pour l'empêcher de lier une conversation avec sa compagne; d'en aller redresser une troisième qui se gâte la taille à force de de se tenir de travers; de faire de temps en temps le tour de la classe, quand elles n'auroient pOint d'autre raison que d'avoir envie de marcher; cette manière de veiller les demoiselles leur étant tout aussi bonne que d'ë^e assises auprès d'une table pour les regarder. Sur cela, il est venu d'autres maltresses me dire qu'en vérité les classes étoient tuantes, qu'elles ne pouvoient demeurer debout pour veiller les demoiselles. A celles-là, je leur dis : Tenez-vous assises, il faut avoir pour soi les ménagements qu'on auroit pour les autres et ne point tomber dans les extrémités. Un jour, vous serez en disposition de parler pour les exhorter ou les reprendre à l'heure de l'instnictioa : eh bien! faites moins lire et parlez davantage; uù autre jour, il ne vous viendra rien à dire, ou vous aurez mal à la tète : faites continuer la lecture et ne dites mot. Il faut ainsi se ménager dans les choses indifférentes et se réserver pour les nécessaires.
« Vous m'avez encore souvent pressée de vous dire les qualités que je croyois nécessaires pour faire un bon sujet, et les défauts qui mériteraient l'exclusion; je vous les ai dites, mais cela vous empêche-t-il d'être embarrassées pour faire l'application des maximes générales? On dit bien qu'il ne faut pas d'esprits de travers ni dissimulés, de filles
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AVEC LES DAMES DE SAINT-LOtlS (I70G). 215
de mauvaise humeur ; mais le fût est de savoir si la personne proposée a un mauvais caractère d'esprit ou non ; si ces inégalités qu'on y remarque viennent d'un fonds de mauvûse humeur ou d'accident; à c'est une bizarrerie véritable ou une tentation; si elle est dissimulée et pense à ne se pas montrer , ou û c'est qu'elle ait peu à dire, et ainà des autres caractères : rien n'est si difficile à discerner. »
M"* de Rocquemont demanda s'il faodroit hésiter à renvoyer une postulante qu'on trouveroit bizarre, a Si elle l'est, en effet, dit Madame, ce seroit un sujet de l'exclure, mais reste à savoir si c'est une véritable bizarrerie, car toutes les personnes qui en ont fait quelque acte ne sont pas pour cela bizarres, comme, selon notre bon saint François de Sales, on ne doit pas dire qu'un homme est ivrogne pour l'avoir vu ivre. »
Nous demandâmes à Madame son sentiment sur l'usage qu'on devroit faire de la liberté qu'on nous avoit données, par les dernières lettres patentes, de prendre des SUes du dehors pour être religieuses dans notre maison. « Je crois, dit-eUe, que vous devez user rarement de cette permission, et pour des sujets excellentissimes, car pour les médiocres, vos demoiselles leur doivent Être préférées. Il ne faut pas que ceque. nous avons fait jusqu'ici vous autorise; nous sommes sorties de toutes les règles, dans le commencement de l'établissement, où nous avions besoin de plusieurs biles du monde qui eussent l'expérience que l'on ne peut trouver dans les vdtres. Nous nous sommes munies pour cela d'une permis-
sion verbale du Roi; mais je crois qu'il vous en faudra moins à l'avenir, et que vous devez réserver vos places aux demoiselles de Saint-Cyr. Je suis cependant persuadée qu'il y aura des cas oi^ vous serez obligées d'en prendre. — Quels peuvent être ces cas ? dit M"' de Glapion. — Par exemple, répondit Madame, si quelqu'un de coonoissance et de probité vous indiquoit un excellent sujet, vous pourriez en essayer; il pourroit aussi arriver des temps où il n'y auroitpresque aucunes de vos Slles qui vous convinssent ou qui eussent vocation pour la maison ; il faudroit bien pour lors ouvrir vos portes aux sujets du dehors plutôt que d'en manquer ou d'en prendre de mauvais chez vous. »
ENTRETIEN LIV
Je viens, meschéres enfants, vous parler delacom-munion que vous aurez le bonheur de faire demain. Je suis charmée de la piété que vous faites paroltre à l'approche des sacrements, et je suis persuadée qu'elle est encore plus vive dans votre cœur qu'elle ne le parolt a l'extérieur, et c'est ce qui me rassure sur les craintes que j'ai quelquefois que vous n'approchiez, ou du moins quelques-unes d'entre vous, de ce divin sacrement par routifie, pour suivre les
' Letlret ëdifiantei. t. V,p.Sn.
INSTRIiCTlON AUX DEMOISELLES DE SAINT-CYR (1706). 217
autres, pour faire ce qui est marqué dans votre régie, et parce que l'on a soin de vous avertir quelque temps auparavant de vous y préparer pour tel ou tel jour; mais que, quand vous serez chacune chez vous^ sans être avisées et suivies par personne sur cet article, vous ne tombiez dans le relâchement et dans l'indolence, négligeant de vous confesser et de communier aussi souvent qu'il convient à tout bon chrétien de le faire , et surtout à des filles qui, comme vous, ont été élevées jusqu'à vingt ans dans la plus grande piété. Je puis vous assurer que, dans le monde même, les personnes ^i ont un peu de soin de leur salut ne mettent pas ordinairement plus d'un mois de distance entre leurs communions. M. le duc de Bourgogne communie tous les mois^ c'est la règle que saint François de Salles prescrit aux personnes séculières, et il ne suppose pas qu'une personne pieuse puisse le faire moins souvent. Le Roi et la Reine d'Espagne communient aussi tous les mois, comme M. le duc de Bourgogne, et avancent et reculent seulement cette communion de quelques jours, selon que les fêtes se rencontrent. Je vous nomme ces personnes-là , qui sont par leur état dans des occasions qui sembleroient les devoir naturellement éloigner de cette sainte coutume, pour vous convaincre que c'est celle de tous les bons chrétiens et pour vous prévenir contre les railleries que les gens du monde pourroient faire de votre dévotion. Si vous en trouvez de cette sorte , au sortir d'ici, laissez-les dire et suivez toujours le plan que vous vous êtes fait d'une vie vraiment chré-
sis EStnefiËNS Sun L'ftbOtATtOS.
iienrié. Lès sàlnfe ètCques et autres pfefébnnés de vertu, aùitjuellés jfe fais quelquefois toir Totré rilkisôii, nié diSeht Souvent qu'elles ïioiil ^toririées que, menaht unb vie si pure et si iiinocente côttirtié tdlls faites ici , Vos Éonimunioiis rie soiétit pas Jilus fréquentes. A Cela je rêpohds que je âet^ois fdrt aisé iie tous voir t-onimoiiier ^illis souvent qu'une fois le mois, mais que vous ri'StfeS ^ks tobtêS destiiièefe à être religieuses; et '(\ue plusielirs d'fetltre vou^ devant rttoùmet dïins le ttifaride éi, y preridrfe dés établissebietits, ]ë crois pltiâ rônveiiable, ëri faveur de celles-^lâ , de vulif! fiirë prendre ici lirië {itàtiquè que Vous puissiez continuer dans le moiide éh quelque ëtitidUioh tjiié Vftîis soyei; et que j'aiine b^uboup mieux que votis feyëz alors & augriienter le iiotnbt^ ae vos b bmriiutlionâ^ à iriesurëHUe totré piété croîtra, ipj'à les ditninuei-. le silpposC, en vbiià parlaiit ainsi sur la fréquente commiiniôn, t\ae Vous tnehiex une. vie vrainient chrétienne ; cat^ si vous étfei assez Wal- 'heureùses pour oublier tous les bojis principes que Ton vous donne ici et pour vouS livrer aux plaisirs, Â la vanité, aux jeux ; aux spectacles, en un mot à une vie toute mondaine, ce seroit bien une nécessité de diminuer le tilîmbre de vos communions; mais vous seriez alors bieii ft plaindre: Je prie Dietl de tout nion cœiir qu'il Vous préserve de ce malheur. n faudrott du moins, en ce cas, avoir todjbtirS lin confesseur arrêté; et prendre Ses conseils et 9es ftvis et les suivre ; ce seroit Uh bon Mdyen petir vous aider à rentrer dans Votre devoir. Mais celui que vous Avez présentement entre left mains, dont Je
INSTRUCTION AUX pEV(tI^Et.C£^ DE ÏAlNTrflfiy (1706)- 2\^,
VOUS ppaj^rp, mes chèrp^ enfants, d^ faire ^a $^jqt u^e, est votre potpmupion de chaque ipoi^ pt cell^ qu^ l'on veut bien eicofp vous ^cpordpf , outre ççly les-l^ i f^itesrfp^ lfluJ9ur^ fpmme si cht^cnije fi®\*î't être l^ derpièrp de votre vis, P\ «pporte?-y toqteç \Gf sainte^ 4'=^pq§itions qu'il -yt^us e4 possib)e, etyquç ferez sûrement (in grand amas de grâces, de forces et de gpcours pour ïti tepips à venir. Mpn Dieu ! mes enfans, que lunt de coiiiiQunions ^jen faites, vops rendront, fermijs et coitrajjeuses pour le LienI qu'elT les vous seront d'une grande utilité, pour |a suite de votre vie, ppur obtenir les grâces spéciales dpnt vous aure^ besoin dans les occasions périlleuses ^ans lesquelles vous pourrez vous trquver! Il est moralement sur que vous étant accoutumées à trouver ce secours dans la sainte communion, si vous étiez dans la suite quelque temps sans vous en approcher, vous y seriez rappelées en sentant intérieurement que quelque chose vous manque. Mais j'aime bien mieux espérer que le grand nombre d'entre vous ne s'écarteront jamais de ce divin sacrement et persévéreront dans la sainte habitude qu'elles prennent ici.
«Souvenez-vous aussi toute votre vie de la manière dont vous passez les veillesde vos communions, pour faire à peu près de même quand vous serez chez vous. Il n'y a personne dans le monde qui ne se retire ces jours-là , qui ne les passe en exercices de piété ou dans les églises ou dans sa maison, et vous De serez point singulières en conservant cette bonne coulume, autant qu'il vous sera possible; car si un père, une mère, un mari, vouluient vous tenir tout
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220 ENtaETlENS SUR L'ÉDUGATIOH.
ce jour-là auprès d'eux pour les servir et autre chose, alors votre premier devoir est d'avoir cette complaisance pour eux , et il faut savoir suppléer par le recueillement intérieur, par les fréquents retours vers Keu et par les actes redoublés de désir de recevoir Notre^igneur, de foi, d'amour, etc., aux exercices extérieurs que vous ne pourt-iez fidre.
«Je ne puis m' empêcher de vous dire combien je suis souvent édifiée de la manière dont la plupart des gens de guerre s'approchent de la sainte communion, du profond respect qu'ib font paraître ; ils y vont les mains jointes, le corps prosterné, sans , armes et avec une dévotion charmante. J'eus encore ce plaisir l'autre jour. Vous auriez été aussi ravies que moi si vous aviez vu la piété et la ferveur de deux gardes du corps en communiant, et cela tout ouvertement, sans respect humain, et aussi sans hypocrisie; car Us ne savoient pas que nous les pouvions voir; j'en suis encore tout embaumée. Adieu, mes enfants ; vous voyez que je profite de tout ce que je vois qui peut vous être utile. »
ENTRETIEN LV
(Du flaiiir de H faire aimer, et ie pluiieun fgadMioai di Hsi.) I70G.
M"* de Maintenon, en entrant dans cette classe,
' Lrllra i-dIfianUs, l.V,p.::>i.
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