SON PORTRAIT FAIT PAR LUI-MEME
" J'ai été le plus considéré du village de Derlback auprès de Babjlone, et je faisais avec Taide de ma femme les meilleurs fromages à la crème de l'empire." — Voltaire, xviiL
" y ai reçu votre lettre de lundi ; elle m'a donné un grand soulagement, ma très-chère, en m'apprenant les bonnes et sages résolutions que vous avez prises pour cet hiver." — Mme de Sévigné, Lettre 1039.
" Quels charmes ont pour vous des yeux infortunés,
Qu'à des pleurs éternels vous avez condamnés ? "
Racine, Andromaqub, t. 802.
Ne voyez-vous pas que ces prétérits indéfinis marquent des choses faites dans un temps passé entièrement ? — Si. — Mais vous voyez aussi que ce passé n'est pas désigné comme il Test quand on emploie le prétérit défini ? — Oui. — Comparés, ces deux temps se distinguent par là : l'horloge du temps marque précisément l'heure du prétérit défini, elle ne marque pas l'autre, ou du moins l'écrivain ne s'attache pas à la marquer. Vous vous souvenez de la belle poésie de Musset, qui nous a paru si admirable dans son emploi des imparfaits et des prétérits définis ? — Nous nous en souvenons délicieusement. — Quand le poëte arrive au terme du récit de ces apparitions qui ont sonné à son horloge, il cesse de préciser le passé, et nécessairement il renonce au prétérit défini et emploie l'autre.
Ecoutez :
'* Je m'en suis si bien souvenu^
Que je Yai toujours reconnu #
A tous les instants de ma vie.
C'est une étrange vision,
Et cependant ange ou démon
J'a« vu partout cette ombre amie."
Et dans les Aoimaax malades de la peste, le Lion qni se ooiifesse dit :
** J'at dévoré force moutons :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger Le berger."
Encore une fois, il n'est aucune heure à Fhorloge du Lioni ou du moins, le poëte ne marque pas cette heure. Et le Lion dit aubsi :
" Je crois que le ciel a permis Pour nos péchés cette infortune/*
Encore la même absence de toute précision du temps. Dans riphigénie de Racine, Achille dit à Agamenmon :
" Un bruit assez étrange est venu jusqu'à moi, Seigneur; je V ai jugé trop peu digne de foi ; On dit, et sans horreur, je ne puis le redire, Qu'aujourd'hui par votre ordre Iphigénie expire."
Iphioénie, V. 1323.
Kacine, que je viens de dter, me porte à vous recommander avec insistance, mesdames, l'exact emploi des deux temps qui nous occupent. Le grand poëte de Louis XIV semble ne pas connaître la valeur de ces temps dans ses tragédies. Il a sacrifié au vers cent et cent fois le sens précis de la pensée. Vous savez combien j'admire Racine, et je sais moi-même combien tous nos critiques louent la beauté de sa langue. Aussi hésiterais-je à l'accuser comme je le fais, si ses fautes n'étaient pas évidentes. Mais, bien sûr, elles le sont, et, sous ce rapport, sa langue est condamnée par Bossuet, Fénelon, La Rochefoucauld, Mme de Sévigné, Voltaire, J. J. Rousseau, George Sand, par tous nos maîtres, par lui-même dans ses Lettres et dans sa prose en général. Depuis que cette remarque m'a autant frappé, je sens singulièrement la supérieure beauté des vers de la Fontaine, de Voltaire et de Musset.
ENTBETIENS SUR LA GRA^IMAIRB. 27
Ce n'est pas peu de chose en vérîtë que la précision du langage, aussi bien dans les vers que dans la prose.
Ce que vous dites nous étonne, monsieur. — Lisez les tragédies de Racine, et vous trouverez sur toutes les pages presque des emplois de temps aussi malheureux que ceux que je vaic vous présenter. Ecoutez.
** Dans ce désordre à mes yeux se présente Un jeune enfant couvert d'une robe éclatante Tels qu'on voit des Hébreux les prêtres revêtu». Sa vue a ranimé mes esprits abattus, Mais lorsque revenant de mon trouble funeste, J'admirais sa douceur, son air noble et modeste. J'ai 9enti tout à coup un homicide acier, Que le traître en mon sein a plongé tout entier. Dfr tant d'objets divers le bizarre assemblage Peut-être du hasard vous paraît un ouvrage.
Moi-même quelque temps honteuse de ma peur.
Je Vai pris pour l'effet d'une sombre vapeur. Mais de ce souvenir mon âme possédée A deux fois en dormant revu la même idée :
Deux fois mes tristes yeux se sont vu retracer Ce même enfant toujours tout prêt à me percer. Lasse enfin des horreurs dont j'étais poursuivie. J'allais prier Baal de veiller sur ma vie, Et chercher du repos au pied de ses autels.
Que ne peut la frayeur sur l'esprit des mortels ? Dans le temple des Juifs un instinct m'a poussée, Et d'apaiser leur Dieu y ai conçu la pensée : J'ai cru que des présents calmeraient son courroux, Que ce Dieu, quel qu'il soit en deviendrait plus doux."
Athàlib, 607-63a
Vous êtes en état, mesdames, de juger vous-mêmes de l'emploi du temps dans ce passage. C'est comme vous savez une
portion du songe d'Athalîe. Au milieu du désordre où Ta jetée l'apparition de sa mère Jézabel, un jeune enfant se pré» sente à ses yeux. Voilà le présent, employé pour le prétérit défini: nous le connaissons. — C'est bien employé, n'est-il pas vrai, monsieur? — Ëxœllemment, mademoiselle. Peut-être le poëte a-t-il moins bien employé le verbe ranimer, mais assurément il devait dire : je sentis tout à coup un homicide acier. — Cela nous parait certain, puisque la reine exprime un moment très-précis de son songe, un événement qui se produit tout à coup. — Vous comprenez, mesdames. — Vous ne critiquez pas, monsieur, le temps dont Racine a fait usage pour les verbes plonger^ prendre^ revoir^ et voir ? — Non, mais il fallait dire :
"• Dans le temple des Juifs un instinct me poussa Et d'apaiser leur Dieu je conçus la pensée."
Au commencement de la tragédie, Abner rappelle à Joad les pompes qui célébraient autrefois l'anniversaire du Sinaî, et l'immense concours du peuple juif au temple de TétemeL Puis il ajoute:
"' L'audace d'une femme arrêtant ce concours En des jours ténébreux a changé ces beaux jours."
Cette heure-là fut marquée cruellement dans la vie des Juifs ; ne fallait-il pas dire que cette audace changea les beaux jours en jours ténébreux ? — Peut-être. — Je le crois.
Plus loin, Abner réveille le souvenir de la mort d'Ochosias et de l'assassinat de ses enfants.
'^ Ochosias restait seul avec ses enfants.
Par les traits de Jéhu je vis percer le père ; Vous avez vu les fils massacrés par la mère."
Nous admirons Hacine ici ; je vis exprime la vivacité du souvenir d' Abner ; l'autre événement n'a pas cette précision pour lui : vous avez vu, dit-il.
D'autre part, le poëte emploie très-souvent le prétérit défini là où il ne le faut pas. Ainsi, Pyrrhus, dit à Andromaque:
" He quoi ? votre courroux n'a-t-il pas eu son cours ? Peut-on haïr sans cesse et punit-on toujours ? J^ai fait des malheureux sans doute ; et la Phrygie Cent fois de votre sang a vu ma main rougie.
Mais que vos yeux sur moi se sont bien exercés I Qulls m'ont vendu bien cher les pleurs qu'ils ont versés/ De combien de remords m'on/-ils rendu la proie ! Je souffre tous les maux que y ai faits devant Troie. Vaincu, chargé de fers, de regrets consumé, Brûlé de plus de feux que je n'en aUumai, Tant de soins, tant de pleurs, tant d'ardeurs inquiètes . • •
Hélas I fus-je jamais si cruel que vous l'êtes ? "
Andromaque, y. 811-822.
Le prétérit défini allumât est mauvais après tous ces prétérits indéfinis ; il n'y avait aucune raison de changer de temps, et le poëte n'avait nullement à marquer l'heure des incendies allumés par le fils d'Achille. \
En voilà assez, mesdames ; ce serait même trop de critique, si je n'avais trouvé là un moyen d'éveiller votre attention sur la valeur des temps, et de vous faire mieux comprendre cette grande question du prétérit défini.
Pour l'emploi du prétérit défini, faut-il, monsieur, que le passé qu'il exprime soit éloigné d'un jour au moins, comme le dit la grammaire ?
Je vous ai lu ce correctif, ou plutôt cette contradiction que Girault-Duvivier présente sous sa règle: ** L'intervalle d'un jour. n'est pas nécessaire." — Que faut-il croire, la règle ou sa contradiction?" — Les maîtres vous parlent, mesdames: écoutez :
"J'ai reçu, ma chère sœur, le mémoire que vous avez donné
à mon cousin Parraentier, et je reçus encore hier une lettre de vous, par laquelle je vois ce qui vous reste d'argent entrp les mains." — Racine, vii. Lettre 83.
" Votre ancien laquais, dont j*ai oublié le nom, m'a fitù grand plaisir ce matin en m'apprenaut de vos nouvelles.*' — • Racine, vii. Lettre 103.
" Je vous écrivis avant-hier si à la hâte, que je ne sais si vous aurez bien conçu ce que je vous écrivais : c'est ce quj m'oblige à vous écrire aujourd'hui." — Boileau dans la
CORRESPONDANCE DE RaCINE, LeTTRE 107.
" J'ai reçu ce matin votre lettre à la Charité." — IVIme db SiviGNi, viii. Lettre 1037.
**Je ne vous ai point écrit cette année, mon très-cher Comte, et ne vous ai point souhaité une heureuse année; cependant Dieu sait quels sont mes désirs, et si je dormeraiir volontiers des miennes pour augmenter le nombre des vôtres. Après ce petit compliment je vous dirai que je revins samedi de Versailles." — Mme de SiviGNi, viii. Lettre 1688.
Ces exemples pris au grand siècle de notre langue montrent que le prétérit défini doit s'employer seulement pour exprimer un passé précis, déterminé, entièrement écoulé, et éloigné au moins d'un jour. C'est ainsi que Mme de Sévigné, ce maître par excellence dans l'art d'écrire, dit : '* J'ai reçu ce matin votre lettre," et non pas Je reçus. Et aussi : " Je ne vous ai point écrit cette année," parce que cette année n'est pas entièrement écoulée.
Les modernes sont moins exacts, mesdames, même les plus grands. Voici comment s'exprime P. Mérimée, un des plus illustres académiciens.
" Je suis arrivé hier soir ici, ob ^ai trouvé une lettre do vous de date ancienne." — Lettres X une inconnue, ii. 15. "J'ai reçu votre lettre hier au soir." — Id., ii.*45.
^ J'ai été retardé par toute sorte d'embarras, et je n*ai pu partir qu'hier matin, par un temps de chien." — Id., u. 104.
^ Nous avons eu mardi une assez bonne cérémonie, trèssemblable à celle du Bourgeois Gentilhomme,*' — Id., ii. 163.
Voyez-vous que cette langue 'n'est plus celle de Mme de Sévigné, ni d'aucun des grands msdtres. Assurément ce u*est pas toujours que nos écrivains modernes sont aussi peu élégants ; G. Sand écrit comme on le Élisait sous Louis XIY, et F. Mérimée s'exprime quelquefois fort bien, coumie ici : —
^ Je suis très-contrarié et à moitié empoisonné pour avoir pris trop de laudanum. En outre j'at/at^ des vers pour sa Majesté Néerlandaise, joué des charades, et made a fool of HTSELF. Cest pourquoi je suis absolument abruti. Que vous dirai-je de la vie que nous menons ici ? Nous prîmes un cerf hier, nous dînâmes sur l'herbe ; l'autre jour, nous Jumes trempés de pluie et je xsC enrhumai. Tous les jours nous mangeons trop ; je suis à moitié mort. Le destin ne m'avait pas fait pour être courtisan." — P. MiaiMiE, ii. 10.
H n'est pas possible de mieux dire.
N'avons-nous pas fini, mesdames ? — Nous ne demandons pas plus de lumière, monsieur. — Ai-je besoin de parler des autres temps du verbe : nous les employons comme vous Anglais.
Le futur absolu exprime les événements de l'avenir, n'estce pas ? — OuL
^ Nous mourrons^ tous, disait cette femme dont l'Ecriture a loué la prudence, au second livre des Rois, et nous allons sans cesse au tombeau, ainsi que des eaux qui se perdent sans retour." — BossuET, 66.
Le futur a quelquefois la signification d'un impératif. '< Tu aimeras Dieu par-dessus tout, et tu aimeras tes frères comme
tu t*aîmes toi-même." C'est un commandement, n'est- il pas vrai ? — Oui, — H est singulièrement fort : celui qui l'emploie ne doute pas que son commandement ne soit exécute. Na« polëon faisait sans cesse usage de ce futur impératif pour conununiquer ses ordres à ses généraux, aux rois eux-mêmes*
^ JjQ futur passé marque qu'une chose sera faite lorsqu'une autre qui n'est pas encore aura lieu." — Gibault-Duyiyieiu
Void ce futur passé et en même temps le futur absolu.
^ Bappelle-toî, lorsque les destinées "M! auront de toi pour jamais séparé^ Quand le chagrin, l'exil et les années Auront flétri ce cœur désespéré ; Songe à mon triste amour, songe à l'adieu suprême 1 L'absence ni le temps ne sont rien quand on aime. Tant que mon cœur battroy Toujours il te dira :
Bappelle-toL
Kappelle-toî, quand sous la froide terre,
Mon cœur brisé pour toujours dormira ;
Bappelle-toi, quand la fleur solitaire
Sur mon tombeau doucement s'ouvrira;
Je ne te verrai plus ; mais mon âme immortelle
Reviendra près de toi, coname une sœur fidèle.
Écoute dans la nuit,
Une voix qui gémit :
Bappelle-toL
Musset, Poésies nouvelles, 211.
Je demande la parole, monsieur. — Je vous la donne, madame. — Vous avez deux temps que je ne distingue guère. — Lesquels ? — Le plus-que-parfait et le prétérit antérieur.
Vous avez tant de prëtërîts dans votre langue. — Grâce à Dieu! il fait bon être riche.
Voilà le plus-que-par£ait : ** Dieu nous a révélé que lui seul il fait les conquérants, et que seul il les fait servir à ses desseins. Quel autre a fait un Cyrus, si ce n'est Dieu, qui Vavait nommé deux cents ans avant sa naissance dans les oracles d'Isaïe." — Bossdet, Oraisons, 277.
Dieu a fait Cyrus, mesdames, et il a nommé Cyrus ; ces deux choses sont passées, mais elles ne sont pas contemporaines dans le passé. Quand Dieu a fait Cyrus, il y avait déjà deux cents ans qu'il Vavait nommé.
Telle est donc la signification du plus-que-parfait: il est non-seulement passé, quant au moment présent, mais il est aussi passé, quant à un autre passé moins éloigné.
Cela est vrai aussi du prétérit antérieur : " En entrant dans le monde, on m'annonça comme un homme d'esprit, et je reçus un accueil assez favorable des gens en place : mais lorsque par le succès des Lettres Persannes j'eus peut-être prouvé que j'en avais, et que j'eus obtenu quelque estime de la part du public, celle des gens en place se refroidit; j'essuyai mille dégoûts." — Montesquieu, Pensées, 212.
Voilà des événements passés : l'estime des gens en place se refroidit pour Montesquieu, il essuya mille dégoûts, il prouva qu'il avait de l'esprit, et il obtint l'estime du public. Mais l'écrivain n'a pas exprimé par le prétérit défini tous ces événements, car ils ne sont pas contemporains: c'est quand il eut pj'ouvé qu'il avait de l'esprit, quand il eut obtenu l'estime du public, c'est après ces deux événements que l'estime des gens en place se refroidit y et qu'il essuya des dégoûts.
Le plus-que-parfait et le prétérit antérieur semblent avoir la même signification, monsieur, et l'anglais a raison de ne pas avoir votre prétérit antérieur. — Oh que non I mademoi*
selle : il n'y a rien de trop dans la plus riche des langues. Le manque où vous êtes du prétérit antérieur vous empêche de donner à votre pensée toute la précision désirable. Je sais bien que la distinction entre nos deux temps est difficile à saisir. Cependant tous les français la sentent et la marquent dans remploi des temps.
Girault-Duvivier explique comme suit la différence. " La chose exprimée par le prétérit antérieur est toujours accessoire et subordonnée à celle qui l'accompagne, et qui est la chose principale. Ex. Quand j'cM5 reconnu mon erreur, je fus honteux des mauvais procédés que j'avais eus à son égard. Ce que je veux dire principalement c'est que je fus hon* teux. C'est tout le contraire à l'égard du plus-que-parfait. Ex. J^avais déjeuné quand vous vîntes. Ce que je veux dire principalement c'est que j'avais déjeuné."
Cette explication est peut-être assez ingénieuse, mais elle n'explique point la signification des deux temps. Il me parsdt que le prétérit antérieur a une signification semblable à celle que j'ai marquée soigneusement pour le prétérit défini, et que le plus-que-parfait peut être comparé à l'imparfait. Cela doit être en effet puisque le p. étérit antérieur est formé à l'aide du prétérit du verbe avoir y eus, et le plus-que-parfait à l'aide de l'imparfait du même verbe gavais. Dans l'exemple cité par la grammaire : " J'avais déjeuné quand vous vîntes," c'est l'état dans lequel vous êtes qui est exprimé ; vous aviez déjeuné, n'importe à quel moment; ce moment n'est nullement marqué. Voyez-vous, mesdames, que le plus-que-parfait ressemble à notre imparfait sous ce rapport ?
Mais le prétérit antérieur est précis, défini, et marque un moment déterminé, comme le fait le prétérit défini. " Quand y eus reconnu mon erreur, je fus honteux." Quand est-ce que je reconnus mon erreur ? — A un certain moment. — Oui, avant ce moment, j'étais dans un état d'ignorance au dujet de mon erreur ; mais une heure vint où je la reconnus»
et quand je Veus reconntùe, je fus honteux. En vërîté, ce temps a la précision du prétérit défini. C'est ainsi que je dirai : Hier y eus Jlnî mon travail à quatre heures, et je fer«ii8 une faute si je disais : Hier j'avais fini mon travail à quatre heures. — Mais ne peut-on ainsi s'exprimer, monsieur : L'année passée, j'avais tous les jours Jini mon travail à quatre heures? — On le peut Sans doute, mademoiselle, et cela confirme mon explication, car dans cette phrase vous marquez une habitude, une action qid s'est répétée tous les jours. Tannée pasée, et c'est là précisément, vous le savez, on des caractères de l'imparfait.
Nous comprenons votre explication, monsieur. — J'ai insisté, mesdames, sur cette question, parce que les grammairiens ne l'ont point comprise, et aussi parce que cela vous fait voir quelle force de précision notre langue possède dans le prétérit antérieur. Ce n'est pas tout de dire que la langue française est claire, et pleine d'élégance ; il faut découvrir ce qui lui donne cette clarté qui manque aux autres langues, et cette élégance qui la fait aimer de tous les esprits cultivés. Il est bon de savoir pourquoi la langue de la France devient si facilement la langue de la bonne société partout oîi elle pénètre. Eh bien! je vous ai signalé avec insistance notre prétérit défini et notre prétérit antérieur : voilà deux éléments de son incomparable clarté, de cette lumière qui lui est propre ; et je vous ai dit déjà que son élégance est due en grande partie au subjonctif, et aussi à l'exact emploi du prétérit défini. Adieu, mesdames.
86 ENTBETIENS BUB LA GBAMMAIEE.