DÉMONSTRATIF
Ij'adjectif démanstreaif Siccompsigae le substantif pour le désigner. Il le montre du doigt pour ainsi dire. Aussi j ajoutons-nous souvent que voici, que voilà : Cet homme que voici. Cest comme si je vous montrais l'homme, et que je TOUS avertisse de regarder ici, pour le voir. Si je veux vous £iire regarder là, je dirû: que voilà. Ce caractère trèsdémonstratif de ces adjectifs nous porte non-seulement à ajouter que voici, que voilà ; il a ùlt naître une forme particulière qui abrège que voici, que voilà ; c'est ci, là, que nous ajoutons au substantif: Cet homme-ci, cet homme-là.
La forme du pronom démonstratif celui-ci, celui'là,eBt née de la même manière. Mais qu'est-ce que le pronom démonstratif ?. — H ressemble à l'adjectif démonstratif, avec cette différence capitale qu'il remplace le substantif, tandis que l'adjectif l'accompagne. — C'est très-exact, madame.
Yoid les formes de l'adjectif démonstratif que je donne en y ajoutant un substantif, puisqu'il ne marche que pour accompagner les substantifs : Ce monsieur, cet homme, cette femme. Cet homme-ci, cet homme-là.
Les formes du pronom sont les suivantes : Ce, ced, cela. Ce n'est pas beau ; ceci est grand ; cela est petit — Celui, celui-ci, celui-là: Celui que vous aimez; c'est celui-ci que vous aimez ; elle préfère celui-là. — Celle^ ceUe-ci, ceUe-là, — CeuXy ceux-ci, ceux-là. — CeUeê, celles-ci, celleg-là.
152 ENTRETIENS SUE I^ QEAMMAIEE.
Je n'ai rien k voua dire de l'adjectif dt^moDstraCif, mesdames, BÏ ce n'eat qu'il eaC aîmé des poètes. Vous savez qu'ils aiment ce qui montre, ce qui particularise, ce qui détermine, ce qui parle aux yeux, l'article, le sîugulier, l'adjectif démonstratif. Vous admirerez l'adjectif qui nous occupe dans ces vers dg
" tPespérus bien plearer, mus je croyais souffrir, En osant te revoir, place & jamais sacrée, ù la plus chËre tombe et la plus ignorée Où dorme un souvenir 1
Que redoutiez-vous doue de cette solitude.
Et pourquoi, mes amis, me preniez-vous la main ? Alors qu'une si douce et si vieille habitude Me montrait le chemin F
Les Toilà, ces coteaux, ces bruy&res âenrieo, Et ces pas argentins sur le sable muet, Ces sentiers amoureux, remplis de causeries, Oii son bras m'enlaçait
Les Toilii, ces sapins à la sombre verdure, Cette gorge profonde aux nonchalanta dctoars. Ces sauvages amis, dont l'antique murmure A bercé mes beaux jours.
Les ToiUk, ces buissons où toute ma jesnesse, Comme un essaim d'oiseaux chante au bruit de nos pas. Lieux charmants, beau désert où passa ma m^tresse. Ne m'att«ndiez-TOUS pas 7 "
A DB MUSBBI, 192.
Le pronom démonstratif ne doit pas non plus nous arrêter longtemps.
Celui, celle et ceux, s'appliquent aux personnes et aux
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dioses. II en est de même de ces pronoms, si vous y ajoutez ci on là. Au contraire ceci, cela, ne se disent que des choses et n'ont pas de pluriel. Quand on les oppose, le preipier désigne l'objet le plus près de nous, et le second l'objet le plus éloigné. Gela indique aussi ce dont on a parlé, et ceci ce dont on va parler : A-t-il dit cela ? Écoutez ceci. Cependant quand cela est employé seul, sans opposition, il désigne fort bien un objet près de nous, et même que nous tenons en main : Voyez-vous cela ? Cest synonyme de: Voyez-vous ceci? Mais comme il n'y a pas de synonymes parfaits, je dirai : Voyez^vous cela ? en étendant plus on moins le bras pour vous montrer la chose que je veux vous faire admirer, mais je la tiendrai près de moi en vous disant : Voyez-vous ceci ? comme si je vous invitais à venir Tadmirer de près. C'est une différence de nuance, mesdames ; tenez-en compte en parlant. Les nuances donnent précision, vérité, et souvent charme à nos discours.
H &ut nous arrêter un moment au pronom ce, qui est d'une nature toute particulière. En effet celui représente un masculin, et celle un féminin. Mais ce, que représente-t-il ? — Il est masculin, monsieur. — Un pronom est exactement le remplaçant d'un nom, madame. Si ce est masculin, il représente un nom masculin. Or il ne représente nullement un nom masculin, et doit par conséquent être considéré conune un pronom neutre, — Que représente donc ce, monsieur ? — Il me paraît remplacer cela ou ceci, — Mais un pronom ne remplace pas un pronom. — Cest vrai, mademoiselle. Aussi est-il désirable que nous puissions considérer ceci et cela comme substantifs. Ce sont des noms généraux de choses, dit M. Littré; ils sont pris substantivement On peut les traiter comme des noms. Eh bien ! ce est un pronom qui représente ces substantifs neutres, et qui comme eux n'est ni masculin ni féminin. Ce caractère de et explique les bizarreries de son emploL
On en fait usage avec le masculin, le féminin, le pluriel, indifféremment : C'est lui, c'est elle, ce sont eux que je crains. Nous pouvons traduire ainsi : Lui est la chose que je crains, cela que je crains ; elle est, eux sont cela que je crains. Lisez Pascal et Montaigne, ce sont de ^ands écrivains; c'est-àdire, ils sont cela, de grands écrivains. On rie doit apprendre par cœur que ce que l'on comprend. Je veux dire : seulement cela, la chose que l'on comprend.
Parce que ce n'a pas de genre, ou n'a d'autre genre que le neutre, qui est absence de genre, je dis à une femme comme à un homme : C'est vous que je demande. Je demande cela : vous. En anglais on a ce neutre aussi, puisqu'on dit à une dame : It is you that I want.
Mais où est le sujet dans cette phrase et de semblables ? estce ce, ou bien le substantif, ou le pronom qui suit ? Il semble que le sujet soit nécessairement ce. Dans ce cas, le verbe doit être à la troisième personne du singulier: C'est nous, c'est vous, c'est moi. Mais on dit ce sont. C'est que rien ne s'oppose à ce que l'on considère, par inversion, le nom qui suit comme sujet : Ce sont eux, c'est-à-dire, eux sont cela, les hommes que je veux désigner. En effet, cette inversion se faisait librement dans notre ancienne langue qui disait C'êtes vous aussi bien que C'est vous. Aujourd'hui, l'inversion ne se fait plus que dans un cas, dans celui oîi le substantif qui suit le verbe être est à la troisième personne du pluriel.
^' Ce sont les ingrats, les menteurs, les flatteurs, qui ont loué le vice." — Fénelon.
Cependant Racine a conservé la liberté de faire comme anciennement l'accord avec ce ou avec le nom qui suit. - Il a dit:
" Ce rCest pas les Troyens, c'est Hector qu'on poursuit." Et Bossuet, " Ce rCest pas seulement les hommes à (K)m«
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battre, c^est des montagnes inaccessibles, c^est des ravins et des précipices d'un côté, c^est partout des forts élevés."
Malgré l'usage contraire, on peut encore employer le singulier comme Eacine et Bossuet l'ont fait. Il n'y a aucune décision contre cette pratique. — Si le verbe être est suivi de deux noms au singulier, dit-on ce sorUf — Non, madame, l'usage est de dire c'est:
**' C'est le nombre du peuple et l'abondance des aliments qui font la force et la vraie richesse d'un royaume." — FiNELON.
Encore une fois l'usage est d'employer c'est dans ce cas, mais on pourrait dire ce sont sans faire une faute.
Yous voyez, mesdames, que le fait capital à noter est que le yerbe être s'accorde avec ce qui précède, ou par une inversion, avec le nom qui suit La langue ancienne choisissait trèslibrement entre ce et le nom; l'usage établi nous laisse moins de liberté. Nous ne pouvons pas dire c'êtes vousy et généralement nons ne disons pas c'est les Troyens, ce sont elle et lut ; BOUS disons : C'est vous, ce sont les Troyens, c'est elle et luL Comment diriez-vous en anglais, mademoiselle ? — It is you,
IT IS THB TrOJANS, IT IS SHE AXD HE. Je VOis qu^ VOUS
êtes conséquents ; vous ne faites jamais l'inversion, et it est toujours sujet de la phrase anglaise.
Adieu, mesdames. Nous aborderons demain les pronom» relatifs.
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