‹ Entretiens sur la physique (volume 3)Chapitre 9 sur 12 · TXNGTNEfUYiéMfi ESUfLSnClBX · texte numérisé non relu

TXNGTNEfUYiéMfi ESUfLSnClBX

en vertu de Tineitie, et se répète en suite eu ieas coti« traire par les mêmes principes. Vous pouvez, Mada« me vous représenter la corde tendue comme un com« posé de deux cylindres minces et d'égale épaisseur, fixés chacun par un bout à son étau et joints ensemble en ligne droite par Tautre bout.^

Le calcpl appli^é à ces considérations nous a ap« pris que la vitesse ^es vibrations est en raison directe des racines carrées des élasticités ou des forces qui teiv^ dent la corde et en raison inverse des longueurs et des épaisseurs des cordes* ^

Mde. de L. Voilà bien des raisons.

Mr. de P. Mais elles sont bien simples* La première veut dire que pour faire faire à une corde d'une longueur et épaisseur données deux fois ou trois fois ^ plus de vibrations dans une minute, il faut la tendre avec 4 fois ou 9 fois plus de force; et que, à tensions et à grosseurs égales^ une corde de moitié moins lbn«. gue fera deux fois plus de vibrations dans une minute que l'autre; enfin qu'à tensions et longueurs égales une corde une fois plus mince qu'une autre fera aussi . le double des vibrations de l'autre.

C'est le rapport des nombres de vibrations qui produit les sons gravée ou aigus ^ et qui constitue la différence des tons. La force du son n'j fait rien, car le plus petit violon d'enfant rend les mêmes tons que la plus grande basse. La variété des tons consiste dansr la fi:*équence plus ou moins grande des vibrations, et l'on peut même assurer que toutes les vibrations, une à une, ne produisent que le même ton, si tant est qu'on puisse parler de ton ou de son en ne supposant qu'une

VINGTNBUVIEMB BNTRBTIEiré fsS?

tibratiom La variété des tdné e^t telle (jéé i^ôn éôiiipte du ton le plus grave ftu tôû lé plus àigit depuis trèate jusqu'à plue de sejit millél tibtàûcoié dans liM éte^ coùde^

Mté de "t. Je né conçois {>â8 éncôî'é êii qviùi éôti^ ^isté la diSétentè ëntte lé soii et lé iohi

Mti de Pé Lé son est l'idée génètalç^ et âppârtient k tout ce dui affecte ùotré oreille. Lé ton est un ton particulier déterminé par Une frâ^uôiké précise et ÊOùstatite dé vibrations, t^our rendit, tin^ttinv l'itatt'u^i ment iie doit faire ^u'uH éertàin tiom&rttf dé nbltltians dans tin tems dotinë< Si {^étidilnt ^u^il l^nd le son céLnoin«: bté chailgé^ ou biéniil'ésteoiâpOsédé{fittiés hététogè»^^^ iiés dont (t^hagué éspécie à uùé ËtéqvLeticë dé tibriitions> k élléf alors on tk'à plus ûti ton i tuais titt btiiit ^ Uh éùà qiii tié pi ait pluâ à l^oteille^ C'est éé qui âfrité lilts«

^u'on frappe une poutre d^'un éptip de marteau « le bois

étant cotdposë principaleillént d^une Substadce fibl-éusé et dure et d'une substdnéé plus tnollé doini chacune^ mise en Vibtatioii ^ â sa période k part et dont lé |né^ langé détruit U pureté de ton que l'uué ou l'autre seule âuroittf Lés tons les plus pUrè sout céui^ que produisent les substances les plus homogéuéÉi

JTé toui ai parlée Madame, âiiiéàf lôUguemélItt dés tôii^ produits pai' lés éorps solidéi^ Vous t^e lé par* donnerez lorsque fautai l'hdmD^éuf de voua dire que j'autois pu ou du êtte enCote pluj^ lûiig et mVtendlra éur les principe^ dé lu Musique^

Mdeé de Lé Celft àéroit sâcemeiit int^fésisânt^

^58 ymcTsasavràuE ENTRisrnsSi

Mn de P* Je pourrois, Madame, m'excmer sur les difficulté que %ous éprouveriez à me suivre; maisje préfère vous dire sincèrement que la raison princi-^ pale pour laquelle je n'entre pas dans cette matière,, raison qui surenient vous satisfera, c'est que moi* même je n'y entends rien. Je ne sais ce que c'est^que la gamme ou une tierce ou une quinte* Les ut y re, mif fà, sol sont pour moi de l'hébreu.

Mr. de L. Voilà qui est plaisant ! Vous ne voules pas nous enseigner, ce que vous ne savez pas ! N*a* vez/^ vous, donc, jamais lu de livre dont Tauteur n'en-' tendoit pas un mot de sa matière? Et ne connoissezvous pas. l'art noble et utile de. copier, que les sotsi^ nomment tout .bonnement plagiat, mais qui cependant ^met les neuf dixièmes des^ presses en mouve* ment? ' *"

Mr. de P. Comme je suis auteur, peut-être l'apprendrai* je un jour* Pour cette fois - ci permettez moi de ne vous parler que du peu que je. sais et pour cet effet d'en venir aux sons produits par lés vibrations des iluides.

L'air atmosphérique est souvent employé à produire des sons, ce qui a lieu dans tous les instrumensà-vent, et là Nature en produit de bien violents sans instrument, dans l'espace illimité de l'atmosphère, les coups de tonnerre*

Mr. de G'. La Nature nous écrase toujours quand nous, comparons nos ouvrages aux siens.

Mr. de P. Nous nous rapprochons d'elle en ce

YlNGTNBUVlâMB BimUSTIEN. it^Q

cas par le bruit de nos batteries de canon et si pous voulons pousser la comparaison plus loin^ nous remar«> querons cfu'un canon ou une batterie n'est pas une aus« 'si grande machine qu'un nuage. Du reste nous pro* duisons le son au moyen de l'air en le circonscrivant dans d'ëtroits espaces où ses vibrations primitives ne se perdent pas dans Tespace illimité de l'atmosphère et deviennent par cette raison assez fortes pour afiecter, même très violemment 9 notre organe*

Dans tous les instrumens- à - vent c'est Tair qui pto^^ duit lassons et non Tinstrument. Nous nous eq assurqûs par Texpérience fournalière qu'un instrument -auvent peut être touché à chacun de s^ points sans que le ton change; ce qui sûrement n'abroit pas lieu si par ex. c'étoit le bois de la fliîte qui produisit Je ton, comme la corde de violon que chaque attoucheiùent force de produire un autre ton.

Mn de ^. . J'ai peine à croire que la matière de l'instrument n'influe p£^ sur le son. '

Mn de P. Elle influe assurément sur le son, mais pas sur le ton. Il est connu que le son d^une flûte de ^ bois est différent de celui d'une. flûte d'argent ou de verre, mais ces trois instrumens faits sur les mêmes dimensions rendront parfaitement les mêmes tons. Ces difl'érences physiques des sons. dans les instrumens à vent de même espèce, qu'on appelle le timbre sont certainement dépendantes .de la matière de Tinstrument* On croit communément que cette matière a de foibl es vibrations à elle, produite^ par celles de Tair; mais j'avoue que j'en doute si l'on suppose que tout

260 VINGTNBUVIEME ENTRETIEN.

l'instrument fasse ces vibrations , par ce qu'elles se modifieroient sûrement par les attoiichemens.

1/e Comte C. Mais quelle peut être la raison de

cette différence ^e timbre?

Mr. de P. Pour vous rendre l'idée que f en ai, je dois vous expliquer la manière avec laquelle se forme le son dans nos instrumens-à- vent.

Soufflez dans un tuyau long ou court, large pu étroit, fortement ou foiblement; vous n'en tirerez pas de son. Mais donnez à son embouchure la forme de celle du sifflet, alors l'air, chassé avec force au travers du canal étroit et heurtant contre le biseau de l'ouverture latérale, s'y condense et se dilate alternativement ex. communique ces vibrations en partie à l'air extérieur en partie à l'air intérieur. Les vibrations de l'air extérieur n'ont point d'e£Fet, mais seulement les intérieures qui sont le son proprement dit de l'instrument. La construction du tuyau d'orgue se rapporte à celle du sifflet; celle de la flftie traversièrç dé même. Cellb du haut -bois et autres instruniens à anche est différente ; l'air chassé le long de l'emboudiure entre dans un canal étroit demi circulaire a b (fig. 69) en forme de cuvette très alongée, recouvert d'une lame élastique cd extrêmement mince (languette) ^ui, soulevée par le courant d'air, ne le laisse passer qu'avec violence et dans un état de forte condensation. Cet air se dilate sur le champ au sortir de sa prison et, rencontre l'air du tuyau qui se trouve par là mis en vibration, La petite lame élasti^ que est de même en état de vibration , soit qu'elle reçoive ce mouvement des vibrations ^e l'àir à. sa sortie,

soit qu'elle vibre en verta de sa propre élasticité* II est même vraisemblable que cei deux causes agissent simultanément et voilà un second instrument dans le grand qui donne ses propres sons, sons faibles à la vérité , mais qui doivent influer sur les sons de celui-ci, et Ton sait jqu'il n'est pas indifférent de quelle matière on compose la petite lame mince qui produit ces sons particuliers. Les instrumens qui ont une embouchure de ce genre ont une languette tantôt de métal, tantôt de bois, appropriée au genre de sons que l'instrument doit exécuter.

N'est -il donc pas probable que le biseau du siflet, de même que le bord tranchant du troi^ de la flûte traversière, ont aussi leurs vibrations qui modifient le soa principal de l'instrument et de diverses manières selon que la matière est de bois, dô métal ou de verre, vibrations qui ne s'étendent qu'à une très petite distance, la masse totale de Tinstrument étant trop grande pour y participer ? Voici une ejqpérieace frappante qui vient à l'apui de ce que je viens de dire; je la-irouve dads un instrument enfantin. Prenez un bout de jonc sec A B, (fig* 70.) long d'environ 6 pouces et soufflez dans ce tuyau en prenant l'un ou l'autre bout dans la bouche comme un siflet. Vous n'en tirerez aucui\ son, A présent enlevez vers le milieu de la longueur une portion CD de la substance dure du jonc, ayant soin de ne laisser que la fine peau qui tapisse l'intérieur du jonc, sans la déchirer ou la percer. Si à présent vous soudiez dans ce tuyau comme auparavant, il rendra un son du genre de celui de la trompette, et vo^s verrez la pelli«« cule CD vibrer fortement.

2bl2 ' YOlGTNEUyiéMB ENTRETIEN.

Le Comte C Ce que vous nous avez dit sur la ttDStruction de l'embouchure du sifflet et du haut- bois explique aussi pourquoi les sons des instrumens de cette dernière espèce sont plus forts que ceux des flûtes et sifflets* Les instrumens à anche ne perdent rien des vibrations exécutées , tandis que les autres en perdent )a majeure partie. »

Mr, de P. Afoùtez à cela que dAis le hautbois on peut souffler de toute sa force, tandis que Ton ne peut souffler, que médiocrement sur le trou de la fliite traversière. Éntin la grandeur de l'instrument a encore beaucoup d'influence sur là forcé du son.

Les vibrations de l'air dans les tuyaux, droits ou courbés, longs ou courts, des instrumens- à- vent peuvent se comparer aux vibrations longitudinales des cordes. Elles consistent en une alternative de condensations et de dilatations qui souffrent des modifications très variées selon la longueur, la largeur et la figure des. tuyaux. Il est bien difficile de suivre toutes ces modi* fications et de débrouiller les relations entre la cause et relFet. Ce qu'il y a de sur, c'est que ces vibrations sont, de même que dans les cordes, interrompues par des noeuds qui partagent la longueur de l'instrument, . c. à. d. de la colonne d'air vibrante, en plusieurs par* tics égales» Un exemple simple rendra la chose sen* /^ible.

L'expérience a appris que la hauteur des tons est en raison inverse de la longueur des tuyaux , c. à. d, qu'un tuyau de moitié de longueur fournit une fréquen- )^e double de vibrations. Mais il n'est pas indifférent; que le bout du tuyau soit ouvert ou fermé. Deux

" VlNGTNfilJVIBM» ENTRETTEK. 265

*tuy^x de mêmes dimensions, mais dont l'un a son bout fermé et Tautre ouvert ^ donnent des tons diiriérents y le dernier un ton exactement égal au ton d'un tujau de demie longueur lîiais ferme à son bout. D'où il suit que }a tranche d'air, qui se troure à la moitié de la longueur, partage la colonne entière d*air en deux parties égales et sert parconséquent de noeud. Ce qui

•se prouve encore d'une autre manière ( car si on fait un trou latéral précisément au milieu du tuyau » le ton n'est point changé du tout, tandis qu^il se change considérablement si l'on fait un trou partoirt ailleurs. Les trous percés aux flûtes, aux siflets, aux haut^bois^ font réellement l'eflFet de noeuds ; ils arrêtent les vi« brations delà lame d'air qui leur répond, sans empê* cher les tranches de la colonne suivante dé. faire les leurs. '

Mr. de R. Vous aViez bien raison de nous dire que les sons nous oifreât une nouvelle espèce de mou* vement. C'est en quelque sorte un monde liouveau* une sphère magique, qui recèle des millions de mouvemens inconnus, dont la Mécanique ordinaire ne nous fournissoit pas même l'idée. Quelle prodigieuse variétés dans les vibrations qui forment les tons graves et aigus , chacun avec un timbre particulier selon la nature de l'instrument!

Mr. de P. Cette variété des tons et du timbre 4e répète pour éhaque espèce de gaz au moyen duquel on forme des sons. Chladni a fait des expériences avec d^ sifflets d'or£^ue cl<)iis fés quels il faisoit vibrer diffé« rents gaz , et a trouvé que le gaz hydrogène ou inâam-

yiNGTNEUVIEBlB CNTaETIEN.

mable fournit des tons beaucoup plus ttigas que le gai atmosphérique, Tazote et Taidde carbonique plus graves, Toxygène et le nitreux encore plus graves. En composant le gaz atmospnërique dans les proportions naturelles de gaz oxygène et azotique il a obtenu parfaitement les mêmes tons qu'urec l'air atmosphérique patureK Ces différences dans la hauteiur des tons ne se l'apporté pas, corn me on poturoit le croire, à la pesanteur spécifique de pes gaz| et nous ignorons absolument à quoi elle tient.

Tre^vtikme entretien.

IVIr. c^ p. ]Sous avons épié ta Nature dans les pbé« nomènes qui produisent les sons. Nous avons vu qu'eU le emploie à cet effet tous les corps solides élastiques et tous les gaz et qu'elle a assigné à chacun d'eux des sons particuliers qui, malgré leurs difiérences caractéritiques y se rangent cependant tous sous des lois géhé-^ raies pour produire des' sons analogues et assujettis à des proportions déterminées. Mais ces sons n'existeroient pas pour nous, ils ne s'étendroient pas au de là de la sphère qui les a vus naître , si la Nature n'avoit logé partout un gaz capable de vous les transmettre, de les propager en tous sens, de les rendre sensibles à des distances souvent très considérables. C'est à Tair at* mospbérique à qui nous devons cette propagation des sons; c'est cet océan éminemment élastique qui porte la voix depuis les lèvres de Torateur jusqu'aux oreilli^ de mille auditeurs , qui excite en eux ces sensations in* nombrables qui, en s'adressent à Tintelligepce oi| en excitant les passions, donnent la vie et le mpuveiiiént à la société humaine. Entrons dans un conservatoire de Musique au moment où l'on exécute la Création de ^ Haydn. A Tinstant oi!i le directeur donne son signa!

'2Q6 TABMTléACE EN11U5XULN.

cinq cents i^istrumens se font entendre à la fois et variant leurs sons cadancës dans un désordre merveilleusement ordonné , peignent à l'oreille le cahos qui précéda Tacte de la création et ce mouvement immense de l'Univers où tout commença à s^arranger pour établir Tordre de choses que nous admirons depuis tant de siè* clés. — Faites vous, s^il est possible, une idée de tou* tes ces vibrations de T^air dont la salle cétentit , de la prodigieuse variété dans ces vibrations dont chacune est analogue à celle de chacun des cinq cents instru^ mens qui se font entendre, et cherchons à résoudre la question: Comment l'air peut*il propager tous ces sons ?

Mr. de G. Le problème ne sera pas facile à iré* soudre.

Mr. de P. Il n'a jamais été résolu en entier. Décomposons le pour voir le peu que nous savons sur

cet objet.

• Commençons d'abord par bien nous assurer que c'est à l'air atmosphérique que nous devons ces effets. Plaçons un carillon sous la cloche de la pompe pneumatique, appuie sur des supports très peu élastiques et faisons le vide. A mesure que nous raréfions l'air* le son diminue de force, et quand le vide est aussi parfait que la pompe le permet, on n'entend presque plus le son. Si au contraire on condense l'air au Heu de le dilater, le son gagne en intensité. On retrouve un effet analogue sur les hautes montagnes; Saussure a tiré sur le sommet du Montblanc un coup de pistolet, et Peffet affoibli a répondu au degré de raréfaction de rair..

TUimAMB BHn^Em. «67

Le feunê de L. Ainai les som^ sont «n quelque * sorte en raison de la densité de l'air.

Mr. de P\ Cela paroit ainsi , mais cela n'est pas. Ce i>'est pas proprement Ja densité de Tair gui fixe la force des sons, mais son degré d'élasticité. Nous nous en assurons en plaçant le carillon sous une cloche de verre bien fermée par ses bords après y avoir introduit un fer rouge dont la chaleur augmente l'élasticité de l'air enfermé et qui ne peut pas se dilater parce qu'il t ne peut pas s'échapper. ,Le son est sensiblement plus fort que dans l'air dont l'élasticité n'a pas été augmentée par la chaleur*

Mr. âe R. La preuve est sans réplique. Mais comment l'air transmet «il les sons?

Mr! de P. De la m^me manière qu'ils se for<> ment , par des vibrations , et nous pouvons nous for* mer une idée assez juste de ce mécanisme. Représen<« tez vous une corde de violon qui fait ^eg vibrations. La couche d'air qui la touche immédiatement en reçoit des chocs d'autant plus violents que les vibrations se font avec plus de vitesse. Cette masse d*air, quelque petite qu'elle soit, résiste de toute son inertie au mouvement progressif que la corde tend à lui imprimer, d'autant plus qu'elle s'appuie sur les couches prochain» nés. Cette résistance produit une condensation à la« quelle succède une dilatation dès que la corde se porte de l'autre côté. Cett« dilatation s'exerce dans les deux sens opposés et produit. une percussion de la couche d'air voisine qui résiste à son tour en vertu de son inertie, se condense et se dilate conune la première.

^68 TRBNTubiB SNTRETIBN*

Cet effet ae répète sur la troisième couche, puis sur la quatrième et les suirantes.

Mr. de G. Je conçois cela, et que parconséquent " le son n*est pas un mouvemeiit progressif de Tair.

Mr. de P. Fort juste. Aussi n'aperçoit- on pas le moiudre vent dans une ^allè de Musique. Ce mouvement de vibration se commimique donc dans Tatœosphère de couche en couche à une distance indéterminée; et comme Tair est parfaitement élastique, ces vibrations se propageroient sans déchet de force à toutes les distances si , à partir du corps qui produit les vibrations, la masse d'air qui doit vibrer n'augmentoit pas très considérablement.*

Le Comte C. A-t^on découvert une loi deja diminution du son par les distances?

^ Mr. de P. On en suppose une, la loi' de l'inverse du carré des distances; c. à* d. qu'à une distance double ou triple de son origine le son n'a que le quart ou . le neuvième de sa force primitive. Mais je doute de la vérité de cette loi, qui n'a pas été prouvée par des expériences directes et qui me semble pécher en théorie.

Au reste une chose bien remarquable, c'est que les sons, quelque aifoiblissement qu'ils éprouvent par les distances , restent toujours les mêmes quant à l'es* pècef A dûp pieds ou à cent pieds de distance du corps sopore le ton est parfaitement le même, seulement plus fort ou pli9S foible. Cette observation prouve que la Mture des tons ne coplûste pas dans la vitesse abso-^ lue ayec laquelle chaque fibration a lieu , mais Xjaoa la ^équçpcç des vibrations.

TRENTIEME ENTRETIEN. 269

Mr. de T. < Tayoue que je ne comprends pas le pourquoi. i ^

Mr. de P. Supposons , pour simplifier la chose, que le son proyienpe d'une cloche et vque les couches d'air mises en vibration soient toutes d'égale épaisseur; il est clair qtle les couches 4' air à, mettre en vibration seront des enveloppes sphëriques dont les masses sont en raison de leurs surfaces, et parconséquent en raison des carrés des rayons ou de leur distance au centre de la cloche. Ces rayons des enveloppés spiténques d'air, en tant qu'ils indiquent les direction^ sur lesquelles te son se propage, s'appellent rayons sonores. Les yibrations de chacune de ces enveloppes sphëriques doir yent donc se communiquer 4 une plus grande masse. Or comme une quantité quelconque de mouvement ne peut pas être plus grande dans l'effet que dans la cause, il s'en suit que, les massés augmentant, les vitesses* doiyent diminuer. Ainsi, si la hautetir du ton dépendoit de la vitesse absolue de la vibration , le ton changeroit ayec la distance. Or côhime cela n'arriye pas, nou»d&» yons admettre que les tons aigus ou graves dépendent; non dé la vitesse absolue de chaque Vibrtfti0n mais du nombre de vibrations exécutées dans Un lems donné« Ainsi une seule vibration ne forme pas- lé ton, mais il faut une suite de yibrations dont les côiips répétés sur notre organe produisent la sensation qiïe nous nom« mons un ton. Et cela suppose que ces yibrations se répètent si subitement que nons ne pouyons pas distinguer l'impression de chacune d'elles ; œ qui explique pourquoi nous n'ayons pats de tons graves qui aient moins d'un certain nombre de yibrations.

27 2 TRENTIEME £NTll£TIKN« ^

Tout ce qu'on « imaginé pour résoudre ces deux problèmes répugne à la saine Pbjrstque et nous faisons mieux de prendre le sage parti d'avouer bonnement no-« tre ignorance. ^

Mde. de L. Ramenez nous, monsieur de P., bien vite à ce que nous savons.

Mr. de^P. Volontiers, Madame; mais ce ne se-« ra pas pour longtems. La vitesse^ avec laquelle le son se propage, est un de ces objets que notis connoissonif mieux. Des expénences faitei avec beaucoup de soin surtout par La Caille, nous ont appris que le son parcourt I038 pieds de france en une seconde^

Mr. de M. Cette vitesse me paroltroit prôdigieu-i se si vous ne n^us aviez pas déjà étonné bien davànugd par la vttesse des 4siûlécules chiitiiiqtfas«' Mais com«« Inent a- t^on mesuré cette vltesne?

MrédeP. Deux ob»ery«tairt]k «rtUtiis de bonnéi montres à secondes, se sont places à une grande distant ce l'un de l'autre, piar ex« -de queutes mille toises^ On à tiré un coup de canon à une dès^ deux «xtremitéé tandis que l'autre observateur observoit la lumière du canon et le tems qui s^écoaloit jusqu'à rarrivée du son j Fesptf ce divisé pirr lé itèmfare des^ secondes a donné \t vttesse éûoncéeii On à repété cette expérience sur àeê distance différentes et sons diteries condttiïjcmstf

Mr. de T. Gé calcul Mïpposé qu^on compte pouf rien le tems que la hoàièté^û coup- de canon employé pour parcourir la distance donnée^

Mr. de P, Et Avec raison ^ ce tetné étant à court pour ces distances qu'ail eét impossible dcr l'observer et bien inutile d'en tenir compte«

TRENTIJSMB BNTRBXIEN. 3^5

Mr. de T. Cette vitesse de io39 pieds est «elle constamment la même?

Mr» de Pi Ou]\ pour les sons forts et faibléi^ par le beau comme par le mauvais tem^« Le ^ent seul peut la changer ; il l'augmente de toute sA vitesse quand it souffle dans la direction du son entre les deux observa* teurs^ et la diminue de toute sa vitesse quand il souffle dans une direction opposée^ Lorsqu'il souffle à angles droits il ne change pas la vitesse du son«

Newton a essayé longtems ayanf les etp^riencies i de fixer par la théorie seule la vitesse du son^ et so!n calcul lui a fourni une vitesse de go6 pieds ^ qui diffère d'un huitième de la vitesse observée^ Le célèbre La Place a imaginé un moyen de coc^cilier les résultats de la théorie et de l'expérience; mojen que {e vous ferai connoitre lorsque nous traiterons des phénomènes de la chaleur*

, Nous avons examiné la propagation des éons dans l'air atmosphérique* Voyons si cette propagation a lieu dans d'autres milieux et commençons par les autres gaz* Un Physicien françois^ nommé Pérolle^ nous a donné ^ les expériences suivantes 3

Après avoir placé sa montre sous une cloche rem« plie successivement de différents gaz^ il s'éloignait d* la cloche jusqu'à ce qu'il cessât d'entendre le tic* tac de la montre* Les résultats ont indiqué des distances très différentes les unes des autres ^ nommément 56^ pieds pour l'air atmosphérique ^ 48i pour Iç gas acide carbonique^ 63 pour le gas oxygène | 11 pour le gaa hydrogène* Et ces distances ne aont point en ttigOA

de la densité ou de Télasticitë spécifique de ces gaz; ce qui prouve que la faculté de propager le soa plus on^ moins fortement est une propriété spécifique de chaque gaz.

L'eau, ce fluide liquide, qui a n peu de compres* sibilité, ou' peut -être point du tout par lui-même, propage le son avec beaucoup plus de facilité que Tair; il en est de même de l'esprit de vin et de Thuile d^olives. Le tic -tac delà montre de Pérolle me s'entent doit plus au travers de l'eau à une distance plus que triple, au travers de l'esprit de vin à une distance plusque deux, fois et demie aussi grande, et au travers de l'huile d'olives à une distance double de celle à laquel* le il cessoit d'être entendu au travers de l'air.

Il suit de ces expériences que l'air est un des plus foibles conducteurs du son, et les expériences faites avec des corps solides prouvent que T:es corps surpassent également Tair atmosphérique à. cet égard.

Nous avons même des expériences sur la vitesse du son propagé par des corps solides. Les meilleures sont celles de Biot, que ce célèbre Savant a faites sur uiie suite de tuyaux de. fer fondu, longue de près de 3000 pieds.," La matière de ces tuyaux propageoit le son dix fois et demie plus vite que Tair. Et comme chacun de ces tuyaux ^toit séparé de son voisin par des rondelles de plomb et de cuir gras pour rendre le tout imperméable à l'eau, et que ces rondelles n^avoient que peu d'élasticité, il est clair qu'elles oçcasionnoient une perte de vitesse et que parconséquent le fer fondu seul eut propagé le son avec plus de célérité.

Mr. de G, Mais quelle peut être la raison que la

Nature a eue de donner à l'air moins de fofce èotiduc» trice pour le son qu'à presque tous lés autres corps, l'air étant le Aiilieu proprettient destiné à la propâgà^ tion dû 86n ?

Mr. de P. Imaginez que Pair àtmosph^nquêf pro« pageât le soti aussi fortement que l'eau ou le fer fohdu^ 'ô'est^à'-dire lo k2ù fois plus foftemèbt qu^il tie le Fàit^ nos oreilles suppôrteroient - elles ees tiolëntes iâipres'» sions? Et à coup Sur tious seiioiis moiris M état de dis« ' tinguer la finesse des sotis^ Au contraire je ttotive l'ouvrage du Créateur admirable à cet égard. Les SodS nous parviennent à des distances asse£ considérables et en. même tems nôtre sens de l'ouîe est assez délicat pour distinguer des milliers ^ peut-être des milliom^ de nuances dans les sons^ nuances que te dalèul est bien loin de pouvoir atteindre* Passer en retué uti régiment de soldats y faites parler chaeutt de teà deux mille hommes et vous trouverez que chacun d'eut â une modulatioft de toix particulière <](ue ycni» distiO" guerez parfaitement^ Votre ami absent depuis des ûn^ nées arrive -t"^ il sans être attendu? Atant que tous l'ayez vu vous reconnoJsseas sa voit^ cette voix chérie qui vous le fait distinguer parmi tant d'êtres indiâTérents qui vous entourent chaque four. Cela vaut bieu^ {e pense, le plaisir futile d'entendre faser'qnelqu'on à Soo toises de distance ou au travers des ddisotis de plusieurs chambres^

Plaçons Uû carillofl ou Un timbre d'horlogerie sur nue table et observons ett bien la force du son^ Puis couvrons le d'une cloche de v^re« La force du sod est diminuée de plus de moitiés Une se^nde cloche

Mj6 TOûBamkuM MurtoansK.

pardeisui la première prodoit une nouvelle diminn* tioo ; une. troisième, quatrième, de même , et à la cin» quième le carillon n'éat presque plus entendu. D'où vient cette diminution , le verre étant un corps solide^ le plus élastique de tous , et parconséquent capable de propager le son beaucoup mieux que Tair? On a cru qiie, le verre étant à peu (^rès aooo fois plus dense que IW , les vibrations de Tair intérieur ne peuvent exciter dans le vei^e. ^e des vibr&tions 2000 fois plus foibles qu'elles-mêmes et que c'étoit là la cause de cet affoi* blissement du son. . Mais cette explication n'est pas )uste, par ce principe que quiconque prouve trop ne prouve rien. Car si l'explication étoit vraie la preinière cloche ne transmettroit que j^^ du son du ca* rillon, c. à. d. environ mille fois moins qu'elle n'en transmet. • En outre cette vibration du verre, deux mille fois plus foible que celle de l'aiir intérieur , doit se communiquer à Tair extérieur qui est également aooo fois moins dense que le verre. Donc la vibration du verre suflira pour produire dans Pair extérieur une vi-^ bration aussi forte que celle de l'air intérieur de la douche. Ainsi l'on devroit entendre le son au travers de la cloche aussi bien que sans la cloche. Nous avons un fait analogue dans le , choc des corps élastiques. Supposez trois balles parfaitement élastiques suspendues Tune près de l'autre, les trois en ligne droite, et celle du milieu ayant, si vous le voulez, 20Ù0 fois plus de masse que chacune des deux autres. Si Ton fait choquer une des petites balles sur la grande, celle-ci restera en place et la troisième partira avec la même vitesse qu^ si elle avoit été choquée immédiatement par

la première ou bien cemme si celle du milien n'aroit cm que la même masse que la première et la troisième. *

Mr. de T. Cela est clair. Mais je ne conçois plus le phénomène de la diminution >du son par la cloche de verre.

Mr. de P. A dire vrai je ne le conçois pas trop non plus. Mais je tire de ce phénomène et de plusi« eurs autres analogues une loi particulière qui est, que lorsque le son doit se transmettre au travers die plusieurs milieux hétérogènes, sa force s'affbiblit considé» rablement ; ou , pour m'ezprimer très brièvement : Ij hétérogénéité des milieux affaiblit la -propagation du êon.

Mr. de 71 Quelle peut être la raison de cet affoi« blissement sitoui les milieu sont par 'eux -mêmes aii moins d'aussi bons conducteurs du son que l'air?

Mr. de P. Si nous connoissions bien la nature des vibrations de tous les corps sonores, nous pourrions peut •• être expliquer la chose. Car il est certain, d'après tout ce que nous savons de ces vibratioiits , qu'elles ont pçur chaque corps sonore quelque diose de particulier; et comme nous ne pouvons imaginer aucune di£Férence dans deux mouvemens que relative* ment à la Force qui le produit et à la direction qu'il a, et que dans le cas en question la force n'y entre pour rien, nous devons présumer que ces petits mouvemens ont une direction particulière pour duque espèce de corps , diflPérente de celle de tous les autres et que par« conséquent les directions de ces petits mouvement d'un corps sonore m un autre seront obliques Tune à l'égard de l'autre. Or .

ajS THBKnÂMB KNTRETIBir.

Mr. de L. Arrêtez un tootpent, moxisieur de P.^ pour prévenir votre auditoire de l'arrivée du grand sorpier de laMécaqique!

Mr. de P^ (riant) Assurément, le théorème du parallélogramme des forces ^est en marche* Je dis donc .que dans tous les cas obxleux masses agissent Tune sur l'autre, en directions obli^uest }e théorème du parallélogramme des forces pous prouve qu'un déchet de fori:e oti de inppyeipent doit ahsplufpent avoir lieu.

Mr. de JJ. \o\\k I4 théorie construite, la difficulté levée, le par4doxe e^i^liqiiéj Votre haguette magique ne vous laisse jamais daps r^pibarris*

Mr. de P. Je désirerois fort que vous eussiez raison. IVlalheureusement cette explication n'est qu'une hypothèse, par ce que jaous ne savpqs rien des direct tions de ces mouyeipens des piurticules des corps isono* res, rexpf$ri(^<^.vet le c^lci^l no^f laissant^ dans une obscurité complettie ^ cet i^gard. «

Mais pp qi4 m'^ipbaras^ le; plus, c'est que fai ob- -serve que }e tpii du carillon baisse de plus en plus à mesor^ qu'pp augmente le nombre des* cloches dont Pp se #ert diu^s non expériences. Deux musiciens, que je CO|:isu}t^ lilon ffJ^ je \^ ^9 m'ont assuré qu'à la quatrièine cloche \e ^on est d'un (on entier plus grave,

Pimons ^ présent à la propagation du son par ré^ J^exipn^ Lorsqu'un mur ou un^ piM^oi quelconque arrê« te la snitp A^ vibrations de )'air, ces vibrations doivent se renouveller en scps contraire comme nous avons vu qu'nne ):)alle lilasjtique, tombant ^ur un plan dur, rebondit jfBtnou^-pffre le phénomène du mpuvement réfléchi. Ce retour des vibrations de Tair produit un

TKENTIEMB BIfTRBTIElC. ^79

nouveau son que Ton nomme Véclio^ et si ce nouveau son se trouve arrêté par une ou plusieurs autrfss parois disposées de manière à recevoir le son Tune de Tautre, il se répétera autant de fois, mais toujours plus foible-> ment , jusqu'à cç qu'enfin le son n'étant plus sensible, il nous rappelle celui d'une voix mourante.

Mr. de R. Malheureuse £cho! Victime de la jalousie de Junoni

Mr. de Zu Avouez que le supplice horrible de cette Nymphe ne peut avoir été imaginé que par une femme implacable, et qu'Ovide, qui en attribue Tinvention k la Reine de TOIympe, connoissoit bien les femmes.

Mr. de B. Méchant! Pourquoi vous ai -je donné occasion de faire ce sarcasme?

Mr. de L. Je plains çpmme vous cette pauvre Nymphe Vocalis (Jaseuse) qui, pour ayoir endormi par son babillage la vigilance de Junon tandis que son auguste époux couroit après les nymphes de l'Hélicon, se trouve condamnée (Ciel! quel tourment!) à ne jamais parler la première et à ne pouvoir que répéter les derniers mots qfie d'autres prononcent. Je la plains vous dis -je; mais j'admire la ^blime cruauté de Junon qui sut si bien choisir sa .vengeance et , pour surcroit de méchanceté, lui faire trouver le beau et insensible Narcisse qui la fuit, effrayé. de n'entendre répéter que ses propres paroles. Mais ce n'est pas tout: La Nymphe, dévorée d'amour , se consume, se dessèche'; ses ossemens se changent en rochers et en arbres po^r être chargés à l'avenir de la trjste fonction que l'implacable Déesse a imposée à UNympbe. Convenez que cesuppli*.

s8o TMMKnàME vrnuniBir.

ee, perpétué daiu tous les ëobot dts boU et des rochen, «st la phis belle idée de toute la Mythologie grecque! Mr. de JZ* Assurément» et fe me rëjoub cetf e in*- Tendon, puisque vous participes à la punition de la Nymphe en tous £sisant TQus<rméme Tëcho du perfide Poète.

Mn de P. Paix, monsieur de R., et laissons à la Physique le soin de réfuter le Poète et le Génëral par la théorie de la réflexion des sons. Cette réflexion s'exécute régulièrement dans des salles ou des voûtes déforme elliptique, où la personne qui parle se place à Tun des foyers et celle c^ui écoute à l'autre. Celleci entend à une grande distance les moindres sons de Tautre, par ce que toutes les vibrations , qui partent de Tun des foyers et arrivent à la circonférence , se réflê«> chissent vers l'autre foyer*

Mr. de T. Je conçois que la Géométrie explique let échés artificiels* Mais je ne comprends pas le mécanisa me de Técho d'une Jmontagne ; car si fe me trouve dans une vallée et que fe parle du e&té de la mon-> tagne» il me semble que la réflexion du son devroit se perdre dans les régions élevées de l'air et iipa redesoen* ibe vers mon oreille.

3fr. d0 J^ Votre obfeetioB seroit parfaitement juste et fondée sur la loi du mouvement réfléchi qui, lorsque le plan frappé est incliné , ne ramène jamais la balle au point d'où elle^ partie. Mais nous ne pou«« VOjps pas adjmettre que la surface d'une montagne soit un plan géométriquej elle est un composé d'une in«i ^té de petiu plans inclinés presque en tous sens, dont

chiçno rwroi^ le yibritioi» (|u'il reçoit suivant la loi

de réflexion. Doii il »'•& suit que le «en doit être ré* fléchi en tous liens par la surface inégale d'une mon» tagne. Ce qui explique pourquoi tet écho s'entend presque partout I mais très foiblement en comparaison du son direct, et d'une manière toujours moins dvr» stincte*

Le jeune de L. D'ofr rient que, si chaque paroi doit produire un écho, nous n'en avons pas dans.noi chambres?

Mr. cfe P. Ifous en avons dan^ de très grande» salles I et des salles de moyenne grandeur occasion* nent un bourdonnement qui est un commencement d'écho. Il suit de là que pour produire Téchç il faut un certain espace entrç la paroi qui renvoie le son et la personne qui écoute ou qui parle.

Le jeun0 de L» Mais pourquoi £iut<»il un certain espace et pourquoi neqt^d « on pas l'écho à d^ pieda d'une muraille ?

Mtp de P, Dites moii mon chert combien de sont successift vous pouvez diatinguer dans le (ema d'une seconde* .

Le jeune de L^ Je n'y ai jamais songea

Mr. de P. Neuf, si vons aves l'oreille très fine, et .sept, si votre oreille n'est pas formée par la musique. Prenons le nomi>re hnk comme , nombre moyen.

Quand pourrez- vous doM diatin|;iter }'écbo de la voix directe?

Le jeune de L. Lorsque le items nécessaire an son pour aller de ma boudie à la paroi et revenir de l^ paroi k mon oreille, ne aert que f de secoode,

^2 TmSirnÈME ENTRSTISlf.

Mr. de P. Fort bien. Dites moi à préteiA: qnel ^pace le son parcourt dans un huitième de seconde.

Ijc jeune (le L. io38 pieds dans une seconde, ain^ M près de 130 pieds dans un huitième. • • . . Ah! fe eemprends. Gea 130 pieds font ensemble l'aller et le venir du son ; Ainsi la distance de Jaquelle on peut eiK tendre Tédio de ^sa propre yoix doit être au moins la inoitié, c« à. d. 65 pieds.

Mr. de P. Vous y voilà, et vous concevez à-»

présent que dans une chambre ordinaire l'écho doit se confondre parfaitement avec le son directe et que d^ns une salle de 5o à 60 pieds de longueur on ne peut entendre que très peu de l'écho; ce n'est proprement que le soa doublement réfléchi et parconséquent très affoibli et nullement distinct. Vous jugerez en outre qu'il efiit fort heureux pour Vious tous que la vitesse du son ne soit pas dix ou vingt fois plus grande qu'elle tt^est. Car alors on entendroit distinctement l'écho de chaque parole à six ou à trois pieds de distance et nous aérions obligés de nous renfermer dans des chambres d'un aussi petit diamètre pomr pouvoir parler distinojtementy

On a des échos très curieux. Tel est celui' près de Verdun produit par deux grandes tours carrées distantes entre elles de 156 pieds. Un mot prononcé entre ces deux tours se répète douce à treize fois. Celui du château de Simoftetta , produit par quatre murs élevés, répète jusqu'à 4û fois une syllabe prononcée à une «ertwt fepétrê* Ces4*épétitions vont proprement à l'infini, mais comtne elles devieiinent par les raisons allé**. |;uées de plus en plus foibles, 09 finit par ne plua les.

entendre» L'écbo près du tdfnbeau de M^tella à Rome répète le premier vers de TEnéide ou tout autre hexa* mètre jusqu'à 8 fois. La maison de campagne de Gêné* tay près de Rouen, combinée avec le mur demi-circu« laire de la cou^, produit un écho très réknarquable; lorsqu'june personne mardis en chantant de la porte de la maison vers la porte de la cour, . elle n'entend que $a voix naturelle, tandis que d'autres personnes, placées à d'autres endroits de la cour, entendent Técho de ia chanson, mais avec des variations*

Retournons pour un moment à notre salle de Musique, à l'ouverture de la création dé Haydn, et considérons le nombre inconcevable de rayons sonores qui se^ croisent dans l'atmosphère de cette salle, et non seulement les rayons directs, comme nous Tavons déjà fait, mais aussi les rayons réfléchis plusieurs fois par les murs, qui, quoique non sensibles à l'oreille, n'en existent pas moins, et concevons, s'il est possible, la régularité avec laquelle cette ^lasse'de sons se propage!

Mr» de 71 Cela surpasse toute imagination et rair atmosphérique qui transmet à notre oreille tant de mouvemens divers et en exécute tant d'autres que nous n'apercevons pas , me paroit être la plus sublime des machines. '

Mn de P. Terminons notre entretien par ia con« sidération d'une QOuvfUe espèce de propagation du^ son. Lorsque les yibrations de Tair , correspondantes à un certain ton, rencontrent un corps solide^ par ex. une corde tendue, une cloché de verre, accordé a y unisson du ton donné, œ corps se met Iui«mêiiie en

TRcpriSME sirndsTaEK«

ribration et fait entendre son propre son qui se mâle à celui du premier. Ce phénomène est connu sous le nom de résonnanee. C'est ainsi qu'on fait césonner un gobelet de verre en produisant )e ton de ce gobelet sur :un autre instrument, et Ton a des exemples de person^ ses qui ont produit ayec Ifur voix des commotions si fortes que le gobelet s'est cassé. On a des violons mu* nis d'un double assemblage de cordes, dont les supérieures sont des cordes de violon ordinaire et les inférieures des cordes de mét^l, dont chacune es^ à Tunis* son de sa corde supérieure. Ce son double a quelque chose de doux et d'agréable.

L'effet des tables de résonnance de tous les instru-» mens à cordes doit être jugé d'après ce principe. Ces. tables composées de fibres parallèles (raison pour laquelle on choisit le bois de sapin le plus égal possible^ ont des figures irrégulières ou au moins telles que la longueur des fibres soit très inégale ; et quand on leur donne par d'autres raisons une figure de parallélogramme , on y applique im chevalet courbe, ou bien droit, mais placé de biais , pour obtenir cette inégalité , la partie extérieure se trouvant par là exclue de l'action de lu table de résonnance.

Cette table se trouve composée par. là d*un grand liombre de corps sonores capables de résonnance et de différentes longueurs, parmi les quels il s'en trouve toujours un ou plusieurs à l'unilson de chaque ten que l'instrument doit fournir. Et lorsque la .Bgure de ton-* le la table ne suffit pas à cette variété, alors on la perise encore d'un ou de plusieurs trous de figures régulières ou irrégulières. Cette idée de l'effet des tables de rë«

TBSKTIBMB ENTRBVIEN*

•onnance n'est pas une pure hypothèse; je m'en suis bien assure par des expériences que f ai fait faire en ma présence par un habile Musicien sur un forte -piano. £n touchant la table de résonnance avec le doigt à un certain point, le son d'une certaine note se trouvoit affoibli d'une manière très seifeible, mais pas celui d'au* très notes, que Ton afToiblissoit k leur tour en touchant , cette table à d'autres points*

La résonnance sert non seulement à donner plus de force, en quelque sorte plus de corps, aux tons y mais aussi elle forme des passages de chaque ton à son suivant, qui lient tous les tons et leur donnent plus , d'harmonie. Ces considérations sur les tables de résonnance justifient la figure baroque des violons et autres instrumfsns de cette espèce;

•wiAnMl^M^Bo»»*

Trente et unième entretien.

JVir. de p. Nous avons ternûoé ootre dernier entretien par la considération des tables de résonnance et nous avons expliqué leur e£fet, celui de renforcer le son, en les regardant comme des assemblages de fibres élastiques de différentes longueurs dont chacune est censée être à l'unisson d^un certain top* IVlais elles renforcent le son encore d'une autre manière, en ce qu'elles renferment un espace plein d'air limité^de tous cotés par les autres parois de Tinstrument. Cet air renfermé reçoit lés vibrations de la table de résonnant ce, se met lui-même en vibration et propage le son à l'extérieur par une ou deux ouvertures qu'on a ména« gées à cet effet*

Cette considération nous conduit à examiner comment une portion d'air circonscrite dans certaines limites peut renforcer le.son , effet dont nous avons tant d'exemples dans les instrumens-à-vent«

Commençons par un simple tujau ABED (fig« 60) de quelques pouces de diamètre et d'une longueur indéterminée. Supposons qu'au milieu C de son ouverture A B il se forme un son et consid^ons deux rayons sonores Ca, Ci faisant le^même angle avec Taxe dtf tuyau«

TKEKTB ET imCÈMB EIfTIUEltEK; 287

Ces deux rayons seront réfléchis à angles ^gaux ea a et i par les parois du tuyau qu'ils atteindront de nouveau en e et h pour être réfléchis une seconde fois , puis une troisième ^ une quatrième fois , jusqu'à ce qu'enfin ils ; 8e croisent en g hors du tuyau et se propagent de là daqs l'air à des distances illimitées. Il est clair qne l'angle g étant le inéme que l'angle aci, si notre oreille se trouve placée en 1 à une distance quelconque dutuyau, elletecevra les vibrations sonores comme si elles venoient du point g et non du point C. Ainsi nous avons gagné par là toute la distance de la Ipngueur dû tuyau quant à la force avec laquelle le son frappera no-^ tre oreille.

Le jeune de L. On doit donc entendre un son au, bout d'un tuyau de toute longueur aussi fortement que si on étoit tout près du point où Von exécute le ' son! I ' ' '

Mr. de P. Assurément; cette simple théorie le prescrit et l'expérience, faite sur des tuyaux de plusieurs mille pieds , le confirme. Mais ce n'est pas tout. Ces deux rayons sonores que nous avons tus se réflê«chir dans le tuyau ne sont pas les seuls. Ce n'est qu'une paire d'une très grande quantité de rayons semblables dont je vous en dessine quelques-uns, comme Cn, Cm, qui partant tous du point C se réfléchissent, se croisent également dans le tuyau et en ressortent comme la première paire.

Ainsi le tuyati concentre en quelque sorte tous ces rayons sonores qui arrivent à tts parois, qui sans le tpyau se perdroient inutilement dans l'air pour l'oreille placée en 1, et les conduit au moyen de plusieurs ré-

288 xmsirfB bt unuuib BinuBTifix.

flenons k l'autre extrémité D E du tuyau d*où ils sor-» tent tous tous le même angle qu^ils formoieot originai* rement entre eux en partant du point C.

Vout TOUS ferez une idée de cet effet du tuyau en imaginant une plaque fort près de l'ouverture D £• Les rayons sonores directs qu'elle recevra du point C, ^ue le tuyau soit là ou non 9 seront tous contenus dans un cône dont l'angle du sommet est l'angle DC£. Les rayons réfléchis que là même plaque du diamètre DE recevra seront ceux qui sont contenus dans un cône de inême base, mais dont Tangle est n Cm, si Cn et Gui •ont les premiers rayons qui atteignent les parois du tuyau; Ainsi si l'angle D CE est de 10 degrés et Tan* glen Cm de 160 degrés • • • • •

Le jeune de L. La plaqae placée en DE recevra ]6 fois plus dé rayons sonores au moyen du tuyau, qu'elle n'en recevroit sans le tuyau.

Mr. de Pi Non pas 16 fois, mais seize fois 16 fois DU 256 fois, "^ parce que, comme il s'agit ici de surfaces, il faut prendre le carré de la proportioi^ de i a a6»

Mde. de fj. J( ne comprends pas cela. Vous êtes grand amateur du carré des nombres*

Mr. de P. Le moins possible. Madame* Mais ici {e ne puis me passer d'eux ; permettez moi de voua édairdr la chose. Si vous voulez supprimer le tuyau et cependant recevoir sûr une plaque placée en DE tous les rayons sonores contenus dans le cône qui a à son sommet l'angle n Cm, il est dair que votre plaque devi^ avoir un diamètre 16 fois ausn grand que DE, et qu'elle,aura parconséquent une surface ^6 fois aussi grande que la plaque du diamètre D £• Donc chaque

TRENTE ET UNIEME ENTRETiEKé SLSQ

point seosible de la petite plaque, qui reçoit les rayoniî réfléchis par le tuyau , recevra 256 fois plus de rayons sonores que chaque point sensible de la grandeé

Mde. de L. Je fais mes excuses aux nombres câr^ rës ou aux carrés des nombres* Mais veuilles lious dire si réellement on entend au moyen d'un pareil tuyau un son 256 fois plus fortement que sans le tuyau k la même distance.

Mr. de P. Non> Madame^ et le résultat de VeiL-^ périence est bien au dessous de celui du caîcuL Le son est à la vérité considérablement renforcé « mais pas dans une telle proportion ^ d'un côté parce que le son n'est pas réfléchi avec une régularité parfaite ^ et que parconséquent il se propage dâfns toutes sortes d^ directions et même à rebours; d'un autte côté parce qu'à chaque réflexion le son s'affbiblit 9 e^ifin parce que notre oreille ne peut pas être placée à la fois dans tous les points où elle récevroit chaque cpuple de rayons sonores qui sort du tuyau«

Le Comte C. Voilà donc les principes Mt les quels on a proposé de faire des télégraphes (on devtpit les nommer télélogues) au moyen de tuyaux enfouis dans la terre au bout desquels on parleroit pour être entendu à mille lieues«

Mr. de P. L'idée est possible en théorie; mais^ sans calculer les frais que ce portevoix exigeroit ^ je ne me chargerois pas de l'emploi d'auditeur; car les sons articulés se brouilleroient si bien qu'A seroit imposai* ble de rien comprendre*

Le Comte C. Comment cela f

^9^ TRENTB ET UNIÉME ENTRBTIEN»

Mr. dé P. Un tuyau de 20 à â5 pieds de longueur met déjà un peu de confusion dans les sons articulas. Vous concevrez la chose dès que vous considërerez que chaque couple de rayons sonores, comme Gn et Cm, se trouve réfléchi sur toute la longueur du tuyau plus ou moins de fois que son couple voisin, et que parconséquent il fait plus ou moins de chemin que lui dans le tuys^u. Or comme la vitesse absolue du son est toujours la même, il est clair que les rayons le plus fréquemment réfléchis arrivent le plus tard au bout du tuyau, et que parconséquent Toreille dé l'auditeur entendra à une grande distance plusieurs syllabes à la fois, ce qui doit enfin produire une vraie cacophonie. Supposez par ex. que le rayon Cn fasse seulement 4 fois plus de chemin que le rayon CD pour arriver au bout g du tuyau, et que le tems nécessaire à celui-ci soit d'une seconde, il est évident que le rayon sonore Cn n'arrivera qu'au bont de 4 secondes. En supposant que la longueur du tuyau (à cette condition que lesôn CD arrive au bout d'une seconde) soit de 1000 pieds,, il est clair qu'il fau- ' dra un intervalle de 4 secondes au moins entre deux syllabes prononcées pour que chacune puisse être entendue séparément; car le son de chacune durera 4 secondes. Ainsi un tuyau de 1000 pieds perinmtroit à peine de prononcer i5 syllabes par 'minute , et pour une longueur de 15000 pieds ou d'un peu plus d'une lieue de france on ne pourroit prononcer qu'une syllabe dans ime minute, et une petite dépêche de 60 syllabes exigeroit pour être prononcée distinctepient au moins une heure, tems qui suffiroit pour porter à pied là dépêche. Mr. de G. Ce simple calcul prouve combien il

est nécessaire d'aroir égard à toutes les cirGo|istances * lorsque, sur la foi de quelques expériences «à petit et un léger aperçu de théorie | on v^ut proposer des nouyeantés.

Mrs de P. On a bien senti rincbûrénient qui résulteroit de la cacophonie qui auroit lieu par cette manière de porter la voix à de grandes distances ^ et pour l'éviter on a proposé de frapper des coups de fnartew sur une petite cloche. Mais ce remède est pire que 1^^ mal. Car alors il faudroit exprimer chaïque Syllabe par des lettres à part , dont chacune sèroit rendue par un certain nombre de coups de marteau sur le timbre^ et le nombre moyen de ces coups sera de m pour chacu«« ne des 24 lettres de l'alphabet; qr comme ou peut ad-< mettre que chaque syllabe a en nombre moyeà tràU lettres au moins ^ il est clair que chaque syllabe exig^^-' ra un nombre moyen de 36 coups de marteau f et par-» conséquent i44 secondes ou 2 minutes et a4 secondes pour être transmise, ce qui feroit â heures et 04 ntii^lu-' tes pour une petite dépêche de 60 syllabes > portée à la distance d'une lieue/

Mr. de R. Voilà les télégraphes acoiistiques mal dans leurs affaires ! On n'en fera pas de sitot«

Mr. de V^ C^ouriant) J'en suis au désespoir!

Ces télélogues souterrains cadreroient ai bien avec la Politique! Et rien de mieux imaginé qucr i^idée de pla« cer le ministre de Pékin ott ^e Pétersburg k un bout d'un tuyau et celui de Idsboime à l'autre bout pofir traiter les affaires* On pourroit au nioina être sur du secret. ^

Mr. de P. Aussi longtem^ qui0 le cabinet de Vien*

StQ2, TAENTB ET inflâlCS BinUCTtÉir*

ne ou tout autre, sur ou sous le territoire duquel rotre télëlogue passeroit, ne s'aviseroit pas de faire un troa au tuyau pour se faire le confident de ces entretiens secrets*

Le Comte C, Vous avez nommé une fois ce tëMlogue porte* voix. Veuillez nous instruire des qualités d'un instrument qui n'a rien de secret , du rrai portevoix; ne fut-ce que pour déjouer la politique de mpiisieur de y. *

Mr. de L. Rivalité de métier!

Mr. de V. Que vous éprouvez vous-même, Général , parce que le Comte empiète pour la première fois un peu sur votre droit d'être méchant.

, Mr. de G. Le Général a raison: principiis obeta.

Mr. de P. Si je ne vous interromps pas, messieurs, il parolt que nous allons tous usurper le domaine du Général^ Ainsi parlons du porte ^voixy quoique , à la vérité, je ne sache guères que -vous dire de cet instrument.

Ce qu'il 7 a de sur c'est que le porte «voix est un tuyau dont l'embouchure est étroite et l'ouverture op* posée très large. Quant aux dimensions des autres diamètres de ce cône , rien de plus incertain que ce que nous avons à faire pour donner à cet instrument un haut degré de perfection. Le premier porte voix, in-venté par Tanglois Morland en 1671 , avoit la forme d'une trompette , comme la figure que je vous dessine (fig. 61), figure qui s'approche de l'hyperbole, proposée déjà en 1672 par Cassegrain et travaillée depuis par Bernouilli et Euler, et qu'on regarde aujourd'hu comme très susceptible non seulement de renforcer le son mais

TRENTE ET UmÈliE £NTREflSN« 29^

aussi de propager l^s sons articulés ayec une certaine précision suitout si on parle dans le ton propre à Tinstrument. Un allemand , nommé Jean Mathias Hase a donné au por^-yoix une figure toute contraire B ADE ^ (fig. 6a) c» â. d. parabolique, afin que les directions des rayons.sonores deyiennent toutes parallèles à Taxe du tuyau et se disséminent moins à l'extérieur. Mais pour cet effet il faut que la voix parte du foyer F de la parabole. Pour obtenir cel)ut Hase a ajouté au tuyau parabolique un tuyau elliptique G dont un des foyers est au même point F que celui du cône parabolique, et l'autre à rembouchure.C On a décrié cet instrument; mais j'en ai vu un de 8 pieds de longueur qui faisoit un très bon effet» soit pour la force, soit pour la clarté des sons articulés; Enfin Lambert a congédié toutes les courbes et construit tout simplement son porte* voix en forme de cône rectiligne, dont Tangle du sommet est égal k i3 degrés pour une longueur d'environ 5 pieds; ce qpi fournit une embouchure d'environ i| pouce et une ouverture BE de 13 p. de diamètre. Cet« te espèce de portevoix fait également un bon effet, et je ne suis pas en état de vous dire auquel de ces trois instrumens je donnerois la préférence. J'ajouterai seu« lement que, comme le métal des porte -voix vibre luimême par les impulsions de l'air et lui communique de nouvelles vibrations qui diminuent la clarté des sons, on conseille avec raison de le recouvrir d'une enveloppe de laine qui anéantit lés vibrations du métal,

Mr. de T. Ces diverses constructions du portevoix, qui sont toutes bonnes et dont aucune n'a une prééminence décidée, prouvent, ce me semble, qu'on

294 * MfiNTB ST UKoàniB ENTRETOEH;

ignore encore bien des choses sur la nature da êon réfléchi.

Mr. de P. Assurément et nous sommes dans le même cas à Tégard d'un autre instrument dont se ser* yent les personnes qui ont Toreilledure et qu'on nomme cornet» On lui donne différentes formes qui se rappoftei^t foutes à une figure de cône, recourbé ou même replié en di^Férents %ens pour la commodité. Le petit bout d» cdïie se place § l'entrée de , l'oreille , et le bout large reçoit les sons et les trapsmet renforcés jusqu'au canal auditif, he cornet esf proprement un porte -?rolx irenrersé.

Au reste il y ^un chois à faire parmi les cornets suivant le degré de surdité. Une peirsonne qui n'a l'oreille que peu dure ne doit pas se servir d'un cornet d'un grand effet , c. à. d. qui renforce considérablement }es sons.

Mn de T. Quelle peut en être la raison? On ne pourroit avoir à craindre que d'entendre trop fort, inconvénient qu'on pourroit toujours prévenir en s' éloignant davantage de la personne qui parle ou en détour-^ Hanl l'ouyerture du coirnet de sa direction.

Mr* die Pf Sl'oubliez pas que le cornet renforce tous lès soûs et pprçonséquent aussi mille petits bruits quî opt lieu autotir de nous, que nous ^l'apercevons pas p|:dl4ai|refn0nt , mais qui, reiiforcés par le cornet, deiriepnent fort^ et incommodes et diminuent la clarté ip$ sons qi^'pn veut entend|*e , qui l'est déjà par la nature d0 Finstrumeiat, |f otre but ne peut pas être d'entendre fo|rt(Pfn|Bnt, inais distinctement. Ce sont ces petite bruits I d'ftllpuri îipperçj&ptibles , qui ont lieu

TRENTE ET UNIEl^ ENTRETIEN. " S^QS

tout lô four tant qu'il y a dans la maison quelque mouvement j qui produisent le bourdonnement que nous entendons lorsque nous plaçons à Toreille l'ouverture d'une de ces grandes et belles coquilles de forme d'escargot qu'on trouve dans les cabinets de Conchyologie* Ces petit bruits mettent l'air contenu de la coquille en vibrations qui se propagent en tout sens et finissent par en ressortir par la grande ouverture, la seule qu'ait cet instrument acoustique , qui sûrement serviroit de cornet si Ton adaptoit à son somnvet un petit tuyau qui conduisit le<^ son dans Toreille.

Mr. de G. Ainsi la Nature, toujours infiniment riche dans ses productions, nous a donné dans ces co«quilles, déjà si intéressantes à tant d'autres égards, im modèle d'un instrument acoustique*

Mr. de P. La corne de vache, si connue en Suisse comme instrument de Musique, est également un modèle de porte -voix; exécutée sur de plus gran« des dimensions c'est le porte- voix de Lambert; car la courbure de la corne entière ne fait rien à la chose. La Lyre d'Apollon était originairement un crâne de boeuf armé de ses cornes entre lesiquelles on a tendu des cordes de boyeau; et les cornes faisoient, de même que le crâne, l'effet de la table de résonnance. On a ensuite construit la lyre en bois; puis on a réuni les deux cornes en forme de manche; ce qui a produit la guitare, à laquelle enfin on a donné un double ventre pour augmenter la résonnance; et voilà le violon, petit-fils de la lyre et arrière -petit -fils d'une tête de boeuf.

Les arbres, les fçrêts, sont des hypes imàienses

f^6 TRBNTB BT UNIÈME BNTBBTIEir.

>^ que l'agitation de Pair met en vibration. Le vent touche ces cordés innombrables y lejs fait résonner et pro« duit cette musique singulière et imposante qui inspira à Ossian ses chants immortels, dont les accqrds répon- . dent si bienii ce désordre sublime des sons de la forêt tantôt doux et suaves, tantôt impétueux et sublimée. L'homme a imité eQ petit cet instrument gigantesque de la Nature par l'invention de la harpe d'Eoley dont les cordes, agitées par un courant d'air formé dans l'ouverture étroite d'une fenêtre, portent à l'oreille étonnée ces sons incompréhensibles, cette harmonie sublime dont l'art n'a jamais pu imiter la cadence mys« térièuse, musique raviss^sinte qui semble descendre immédiatement du ciel et qui dit à l'ame exaltée que rhomme est destiné à une existence plus pure et plus heureuse que son existence terrestre^

Mde. de L. Que j'aimerois à entendre cette mu« sique ravissante !

Mr. de P. Rien de plus facile,, Madame, et fe me charge de vous procurer ce plaisir aux premiers fours,

Mais puisque nous en sommes aux instrumens na-turels de Musique, permettez moi, de vous décrire deux autres instrumens acoustiques où la Nature a dé« veloppé la magie de l'art le plus profond, t organe de Ut voi» et V organe de Vome , que nous sommes encore bien loin de comprendre à tous égards et dont parcon-* séquent je ne pourrai vous donner qu'une esquissé bien Imparfaite,

L'hommt' employé sa voix à deux usages , à la pa«» rôle çt m çtMMlt| san§ fsoinptei: lei» accents de la ]oye^

TRENTE ET tJNIEBIE ENTRETIEN* 297

de la douleur, de rétonnement &c. — La parole consiste en sons que nous nommons articules , par opposi* tion aux sons du chant qui coulent en quelque sorte les uns dans les autres. Pour chaque individu les sons de la parole ont d^ordinaire un seul et même ton, varié par une infinité' de timbres qui correspondent aux lettres de Talphabet et à leurs combinaisons dans chaque syllabe. Les sons du chant au contraire variant très peu par le timbre mais beaucoup par le ton et coniprennent jusqu'à trois octaves. Ainsi la roix humain^ réunit les propriétés de chaque instrument dé musique et les timbres particuliers d'une trentaine d'instrumens. Tel est le problème que la Nature s'est proposée de résoudre par l'organe de la voix humaine. Tâchons, sinon d'expliquer, au moins de deviner par quels moyens elle est parvenue à sa solution.

L'organe primitif de la voix est un instrument -àvent. L'air nécessaire à son jeu lui est fourni par le poumon, et nous ne pouvons qu'admirer cette double fonction du poumon, celle de faire sortir de notre corps un air gâté par le procès vital, air qui, s'il n'étoit éloigné de l'intérieur de notre corps, nous infecteroit bientôt de maladies mortelles , l'autre d'employer cet air inutile et dangereux à notre organisation à produire la voix (la parole et le chant) qui forme les liens moraux de la société humaine, nous procure les plus nor bles agrémens de la vie et lélève rintelligence de Thôni* me infiniment au dessus de toutes les autres*

Mr. de JR. Qui de nous ne connoissoit pas ees deux fonctions du poumon? Mais qui de nous a songé k les rapprocher'ainsi et à £xer l'attention sur la $e^çe^

^gB rcftBMTs ET uNabiE ENraETiEir»

se infinie qui smt atteindre tant de buts différents avec les mêmes moyens? La science seule nous fait faire ces belles comparaisons qui finissent toujours par nous ramener à l'Auteur de toutes ces merveilles.

Mr. de P. 'L'air presse hors du poumon pendant respiration passe dans la trachée - artère ^ tuyau flexible composé d'anneaux cartilagineux placés Vun sur l'autre et joints par une membrane étroite et élastique qui va de Tun à l'autre. • Cette construction donne à la trachée -artère la possibilité de se courber, de s'allonger et de se raccourcir. Ce tuyau se terminé à l'entrée du gosier par un appareil particulier qui se nomme la glotte et qui est composé de deux lames membraneuses rectangulaires , placées parallèlement ^u^e â l'autre à une très petite distance et susceptibles de se rapprocher plus ou moins. L'intervalle de ces deux laipes o^e ainsi une fente étroite, dans laquelle l'air qui vi^Pt du poumoh est forcé de passer pour arri«» yer ^ 1^ bouche,

Au dessus de la glotte se trouve une membrane élastique, ép^iss^ et en forme de langue, tépiglotte^ fûiée par sa biM^e seuleinent en sorte que son bout, tourné yers le bas, peut s'abaisser sur la glotte et (i*élever apu9 4i0éirepte$ inçliiiaisons un peu au des« fus d'ellef

L'air , après avoir passé avec rapidité par la glotte, ae trouve daps la cayité de la bouche, espace qui n'a ^}ue deux ouvertures, la boucbç proprement dite et un panai qui aboutit du fond du palais* aui^ fosses nasales* L'ori^ce de C9 canal est tautgt ouvert , tantôt fermé par uiie «pqpape m^wbraiieusQ eo forme de voile, com-

ÇTRENTB £T UNIÉMB ENTHETODI. 2^9

me celles du coeur, et qu'on nomme la voile dupa-» lais.

L'intérieur de la bouche comprend la langue^ mus* cle élastique, très mobile, capable de beaucoup de souplesse et en même tems d'une rigidité assez considé* rable et les dentSy double râtelier d'os de la plus gran* de dureté. Cette cavité s'ouvre ou se ferme parfaitement par les lèvres , muscles de la plus grande souplesse et susceptibles de produire des. ouvertures de figures et grandeurs très variées.

Voilà les parties de cet admirable instrument* Essayons d'en examiner le jeu.

La trachée- artère, d'une médiocre longueur et dont le raccourcissement ou l'alloagement est très 11- ' mité , ne peut guères être considéré comtne destiné à produire par sa longueur si peu variable les sons gravei^ et aigus. Car cette augmentatioQ ou diminution de lon^eur ne répond pas à l'étendue de l'échelle des tons dçnt la voix humaine est susceptible, et nous devons supposer que sa flexibilité est motivée par d'autres vues de la Nature. C'est donc la glotte qui pro-^ duit ces tons variés qui nous ravissent dans le chant, et nous devons la regarder comme une anohe libre, c. à. d. dont les deux lames sont minces, élastiques et très mobiles, telles qu'elles le sont dtpis le haut-bois. ^Or BOUS savons que les tons produits par les anches son| d'autant plus aigus que les lame^ des ancl|e$ sauX plil9 courtes et d'autant plus graves que )es laipes sont plus longues. Nous devons donc supposer que poiir pro« duire des sons graves et aigus les lames de U glottç doivent s'allonger et se raccpmrcir, ^% }ç moyen {9

300 TRENTB J^ XJKlÊlAE ENTRBTIBf.

plus simple que nous puissions imaginer pour cela est que la fente seule qui est formée par les deux lames s'alonge ou se raccourcisse, c. à. d. que le bas des bords extérieurs des lames se touche plus ou moins» Ainsi pour les sons les plus bas la fente aura toute la longueur possible et pour les sons plus aigus les bords des lames se rapprocheront à commencer par le bas jusqu'à une certaine hauteur, en isorte qu^il n^ &ît que la partie supérieure des lames qui soit libre et parconséquent en état de s'écarter pour laisser passer Tair. Ce mécanisme peut donc rendre à peu près compte des modulations de la voix dans le chant.

Quant à la parole, distinguons les syllabes qui n'ont qu'une voyelle de celles qui sont en. même tems affectées de consonneSé . La prononciation des voyelles est la première difficulté à lever* Les voyelles ne sont proprement que des timbres fixes d'un seul et même ton et applicables à tous les tons ; car chaque ton peut être exprimé dans chaque voyelle et chaque voyelle peut être en quelque sorte enveloppée dans chaque ton. Si donc la glotte fournit les tons, graves ou aigus , il est probable que l'épiglotte en s'inclinant plus ou moins vers la glotte et en coupant de la sorte l'air qui en sort , et mise elle même dans l'état de vibration par le courant d'air, produit ces timbres bien déter* jninés que nous nommons voyelles. Ainsi voilà le fon« dément de la parole posé.

La Nature nous fait prononcer les consonnes en ajoutant au jeu de la glotte et de l'épiglotte celui de la langue, des dents et des lèvres, qui, en modifiant lea #oiis dfips la caylté de la bouche et à leiir sortie, don*

TRÊNTB ET UNliBfB ENTRETIEN. 30I

nent à la voix de nouveaux timbres moins marqua que ceu^ des voyelles et qui ne peuvent presque pas se prononcer sans voyelles , par ce que le son, passé une fois et répandu dans la cavité entiète de la boudie, ne peut plus être modifié aussi complettement qu'au sortir de la glotte où il se trouve dans Tétat de la plus grande concentration.

Enfin le canal, qui va du palais aux fosses nasales, semble destiné à donner à tous les sons une plus gran* de pureté en formant une communication de Tair de la bouche à l'air extérieur ; car lorsque cette communication cesse, soit que Forifice supérieur dans le nez se trouve obstruée par un rhume de cerveau, soit que la voile du palais en ferme l'ouverture inférieure , alors la Voix prend un timbre particulier, ce qu'on nomme: parler du nez. La voile du palais paroit donc avoir la prononciation des voyelles nasales pour but.

Mr. de R. Quelle beauté , quelle perfection dans ce mécanisme de la voix! Et comment pouviez* vous dire, monsieur £2e P. , que nous sommes peu instruits à cet égard? Il me semble ^ue vous nous avez tout ex* pliqué. Vous n'avez oublié aucun détail.

Mn de P. Vous êtes bi^bon, mon cher, de vous contenter de si peu. Le tableau rapide que je viens de vous offrir n'est qu'une ébauche, bien grossière et bien vide. Vous ai -je dévoilé le mécanisme qui, en rapprochant les parties inférieures des bords de la glotte, racourdt la fente de cet instrument? Connois« sons -nous les muscles qui produisent ces mouvemens infiniment délicats? Connoissons - nous leur jeu qui doit pour chaque ton donner à ces lames , et dans cha*

Son 4KBM1*B Vt tnXltujR BSTRCTUDT*

que point ée lear longuetir, un degrë différent â'éh^ ticitéP Sommes -nous seulement bien sûrs que T^cfaelle des sons s'exécute par oe raccourcissement et cet alon^ gement dé la fente de ia glotte ? Cette idée n'est qu^une hjrpothèse. fondée sur oe que les anches les plus cOuitea produisent les sons les plus aigus. Qui en outre nous a dit avec certitude que c'est^répiglotte qui produit les Toyelles et sommes -nous en état seulement de nous faire une idée de ce que c'est qu'une voyelle considé» rée dans les principes de la théorie des sons? Connoi»- «pons-nous les mouvemens de la langue lorsque nous parlons, et le mécanisme de ces mouvemens si varié»? et sommes -nous en état de nous rendre compte de. l'influence de ces mouvemens sur les vibrations de Pair dans la cavité de la bouche? Les deux rangées de dents forment une ouverture longue et étroite du genre de celle dessif&ets d'orgue, mais savons -nous quelle influence la largeur plus ou moins grande de cette ouverture doit avoir sur ces timbres de noire voix que nous nommons consonnes? Enfin sommes -nous en état de décrire et surtout d-apr^cier avec quelque exactitude l'effet de l'ouvarture des livres qui varie presque à l'infini de figures et dé grandeurs soit pour le titiibre, soit pour la forée des son»?

Mr. de R* Vous me découragez entièrement par

ce tableau de notre ignorance.

ilfr. de P. Je vous décourage? Eh bien! vous serez atterré par une nouvelle considération. Je viens de vous donner une idée, encore bien imparfaite, de ces nombreuses opérations, de ces mouvemens infinimens Taries que la glotte, Tépiglotte, la langue, les

^TRENTE ET tJNlàMB ENTRBTIBK* 3^3

dents et les lèvres doivent exécnter pour produire las modulations du chant et la magie de la parole» Ces mouvemens, ces opérations , tout ce système admira^ ble de fonctions de Torgane de la voix humaine, ce n'est pas comme celui de ces fdnction^ naturdles qui ont lieu uniquement enr vertu des lois immuables de la 'Nature que la Mécanique , la Physique et la Chimie nous ont fait connoitre, fonctions aux quelles notre volonté ne participe point et qu'à cet égard on 1bl nomtuées le système végétal de l'organisation animale. Non, toutes ces opérations sujettes, à la vérité, à eet lois naturelles comme les fonctions végétales, dépendeiit de notre volonté. C'est nous, c'est notre âme qui met tous ces ressors en mouvement, tous ces organes en activité avec la vitesse prodigieuse que nous observants dans la parole, notre âme qui ignore tous ces mouvemens et toutes ces opérations, qui de règle n'en a pas même Tidée, et qui, même les connut -elle, n'y penseroit assurément ^a^ au moment où elle les exécute^ Quel système imaginerez -vous pour résoudre ce problème? — N'en cherchons pas, mon ami, mais prosternons nous et adorons la Sagesse infinie, le Créateur de tant de merveilles , l'Architecte sublime gui a construit ces organes admirables , et nous fait exécuter à tout instant des mouvemens que nous ne connoissons pas, des opérations dont nous n'avons point d'idée» Chaque syllabe que nous prononçons est pour nous un miracle! Mr. de R. Non, mon cher, vous ne m'avez pas atterré» Au contraire vous m'avez relevé. Vous nous ennoblissez en nous plaçant dans cette relation intime avec l'Etre suprême, en nous peignait vivement cette

304 TRBNTB ET UNIÈmB ENTRETIBK.

présence continuelle du Tout-puissant qui se manifeste si dairemçnt, si hautement, «dans la plus noble partie de notre existence. L'homme n'est rien que par ses points de contact avec la Divinité, mais il est noble et grand par ces sublimes relations avec Elle.

Mde» de JL. Combien ces considérations m'ont émue et combien je me félicite de vous avoir engagé à ces entretiens ! Jamais je n'aurois cru que la Physique fut liée si étroitement à la Religion et au coeur.

Mvn de P. C'est moi, Madame, qui dois me fé« lidter de pouvoir ainsi payer la patience que vous avez eue de me suivre dans bien des discussions qui ont du vous paroltre arides. — Demain je vous ferai là des** cription de l'organe de Touxe, dont la construction pa« roit encore plus compliquée et plus difficile à compreor dre que celle de Torgane de la voix*

Trentbdeuxiâmb bntretibn.

Wlr. de R. Vous nous ayez promis^ tnonsieur de P.> . la description de l'organe de Touïe^ de cet organe si ini|[)ortant par lui •>» même et qui le devient encore da-^ yantage si Ton considère que sAns lui l'organe de U voix nous seroit inutile^ Car sans la sensation deif sons l'homme n'eut jamais inventé la parole^

Mr* de Lé L'homme î^ Jfe Voils èrois^ mais ]if femme? Elle eut sûrement invente la parole, de façod ou d'autres! La nécessite €^t la mère des inventioni^ ,

Mr. de R. L'idée est ti plaisante que Je lie puis m'en fâcher.

Mr. de P. Je vais méttfe d'autant plutf Aé té^ rieut dans la description de cet organe« Entrons en matière.

La partie éxtérieui^e de l^oreille est ûfie espèce de pavillon évasé au dehors^ composé de cartilages et terétu d'une membrane^ On le compare oi'dinairement au eaz'<' net acoustique^ Il se termine en un eanal ôvàle un peu ' recourbé^ représenté par la figure 6$ où kftt;i est le lijsnà de ce pavillon^ fbge le otnal ed question nommé C0n*

do

3o6 TRENTEDEUXtÈMK BNTRETIBN*

duit auditif. Représentez vous rextrëmité du canal auditif tranchée de biais sous un angle d'eny:iron 45 degrés et fermé soigneusement par ime membrane qui a la figure un peu ovale aedf. Cette membrane est tendue en forme de cône très plat dont la pointe c est tournée vers l'intérieur de la tête. On l'appelle la membrane du tympan.

Cette membrane sépare le conduit auditif d'un espace qu'on nomme la caisse du tym^pan^ dans le quel se trouve un mécanisme bien singulier, composé priiS^ cipalement de trois petits corps osseux, nommés les osselets. Le dessin de ces osselets, que j'ai l'honneur de vous présenter, (fig. 64» '^) ^ova offre ce mécanisme dans sa grandeur naturelle. La ligne écf représente la coupe de la membrane du tjmpan dans la direction f ce de la £g. 63. Le premier osselet afb, qu'on nomme le marteau est attaché par son manche af à la membra* ne du tympan précisément dans cette position. Sa té«* te est fixée en b dans une petite cavité pratiquée à la surface intérieure de la caisse, en sorte cependant qu'il puisse se mouvoir un peu dans ce petit creux. Sa position naturelle es|: telle que le manche opère une tension continuelle dans la membrane du tympau et lui donne la forme conique. ~

Le second osselet iond et qui s'appelle l'enclume est£xé par»son côté nd à la paroi de la caisse et par. son côté on à la tête du marteau, en sorte qu'à quelque^ égards il fait corps avec le marteau et est tant soit peu cnobile comme le marteauJui-méme.

Le troisième osselet g a précisément la forme d'un étrier et en porte le nom. Comme dans cette figure il

TRENTfiDBUXIEMS ENTRETIEN. ' 307

est VU de côté , je l'ai flessiné de face dans la figure 65, Sa partie supérieure est une plaque ovale. Cet osselet est attaché par son bout inférieur au bout de la corne i de Tenclume. Un petit os i de figure de lentille, à peine visible à la rue simple ^ se trouve placé entre deux, envploppé de membranes très fmes qui forment au point i ime espace de charnière.

Mré de L. Où cela nous mènerait -il?

Mr. de P. Je ne le sais pas trop 'moi - même. Mais au moins je vous dirai où Ton croit que cela nous mène. Quant à la caisse du timpan j'observe encore qu'elle a communication avec le fond de la bouche par un canal qui s'élargit du côté du palais et qu'on nomme la trompette d^Euatache.

Au dessus de la caisse dn tympan ée trouve un or-> gane tout particulier, crjeux dans toutes ses parties^ (fig^ 65) qu'on nomme le labyrinthe et qui est composé de deux parties principales ^ du vestibule A, et du limaçon B. Ces deux espaces communiquent ensemble^ de sor-' te que proprement le limaçon est une continuation du vestibule^

Le vestibule se termine 4e l^autre côt^ par trois tuyaux osseux demicirculaires ^ dont deux^ b et o se joignent en e pour entrer conjointement par une seule ouverture dans l'espace principal du vestibule^ ée sot» te que cet espace ne communique avec ces trois tuyam que par 5 ouvertures au lieu de six qu'il devroit avoir si chaque tuyau avoit ses. deux orifices à part< Le te-' stibule a un trou a nommé la fenêtre ovale ^ sur te quel s'applique la plaque de Tétrier g (Ég^ 64) et la (ëi^ me complettement au moyen d^une loumbrane iîifê mitÈCê

3o8 ÏRBMIBDSUXIEMB ENTRETIEN.

qui en fait le tour et qui est Bxée par un de ses bords à la fenêtre et par Pautre à la plaque de Tétrier. Ainsi il faut se représenter le labyrinthe en entier placé an dessus de la caisse du tambour, dans une situation reii« versée , en sorte que la fenêtre et la plaque de Tétrier aboutissent Tune à Tautre.

Le limaçon a précisément la figure d'une petite coquille d'escargot. Le canal hélice qu'elle forme se rétrécit de plus en plus en avançant vers le sommet et fait deux tours et demi. A l'intérieur de ce canal iet sur toute sa longueur se trouve une lame, nommée lame spirale j fixée à angles droits sur le côté intérieur, en sorte que le canal hélice se trouve partagé sur toute sa longueur en deux espaces qu'on appelle rampes. La lame spirale n'occupe pas toute la largeur du canal, mais seulement un peu plus que la moitié, en sorte que les'deux rampes communiquent partout entre elles* La figure 66 représente une coupe quelconque du li» maçoiv pour faire voir la position de la lame spirale; et la figure 67 représente une coupe horizontale où l'oii voit à p^^t une portion abedca de cette même lame; b e est la paroi intérieure du limaçon, fg sa paroi extë* rieure»

La lame spirale est osseuse à sa base et se termine en une bande membraneuse ou plutôt nerveuse» La construction du limaçon prouve que la lame spirale diminue toujours de largeur à mesure qu'elle s'avance vers le sommet, et que, si on l'ëtendoit en ligne droite, elle auroit la figure d'un triangle très étroit

(fig. 68).

Le Labyrinte a au côté opposé une' seconde ouvër-

, raiuTEDJÈrauÈME bntobtœh. 309 "

ture nommée la fenêtre ronde et d'autres, très petites qui servent de passage à des branches du nerf audiiif qui doit transmettre au cerveau l'effet des vibrations de Torgane de Touïe. Mais la fenêtre ronde est fermée entièrement par une membrane, et les nerfs remplis* sent totalement les petits trous qui leur servent de , passage, en sorte que le labyrinthe entier nous bffre une cavité singulièrement construite et fermée de tous côtés.

Enfin f observe, que la plupart des Anatomistes d'aujourd'hui assurent que le labyrinthe est rempli d*un liquide aqueux. J'en ai connu un qui m'a assuré n'a« Toir famais trouvé qu'une très petite goutte de liquide dans cet organe et trouve dans ses observations la con* firination de l'ancienne opinion , que le labyrinthe est plein d'air.

Mr. de R. , Voilà un mécanisme extrêmement compliqué! Pourrons -nous en comprendre les fonc* tions?

Mr. de P. Voyons. Au moins nous aurons bien des doutes* Commençons par les parâes extérieures de cet admirable organe.

On considère la partie concave de l'oreille extéri<* eure, la conque, qui aboutit au conduit auditif, comme un instrument à réflexion qui reçoit beaucoup de rayons sonores et les concentre dans le conduit auditif. On appuie cette opinion sur la considération de l'oreil» le extérieure des quadrupèdes qui a précisément la figure d'un cornet. Mais j'avoue que je doute de la jus» tesse de cette preuve , d'abord par ce que la courbure de la conque ne me paroit pas^de nature à faire cet ef«

5lO TRENTEDEUXliMB ENlÂEnBC.

fet, puis par ce que plusieurs personnes qui ont Toreil* le fine et qui sont même musiciennes, ont une conformation d'oreille contraire ; leur conque est tournée en dehors. II me semble que, cette partie de Toreille ëtajfit cartilagineuse, elle sert uniquement d'apui aux sons pour entretenir autour de ï'entrëe du conduit au* ditif une élasticité rehaussée dans l'air qui l'environne immédiatement, aussi longtems qu'il est en vibrationX En général la Nature iious indique par la grande varié» té des formes de cette partie de l'organe de l'ouïe humaine que ces formes ne sont pas déterminées uniquement par désprincipes acoustiques. Elle observe au contraire la plus grande régularité dans la conformation des organes internes.

Le conduit auditif semble , en sa qualité de tuyau, devoir renforcer les sons. Mais comme il est très court let en outre courbé et tapissé à son intérieur d'ùiié membrane qui, dans'^ jeunesse du sujet, suinte une humeur visqueuse et dans la vieillesse se tapisse de j;>6ils, il est clair que la Nature à eu, au moins ici, plus d^égard à la clarté des sons qu'a leur intensité. Pourquoi en général vouloir chercher dans notre organe des moyens d'augmenter le son? La force qu'il doit avoir ne peut être que proportionnée à la délicatesse de l'organe lui-même?

Le système des deux premiers osselets dé la caisse du tympan, le système du marteau et de l'enclume, pous oflVe un levier coudé au quel la force est appli* quée en c , au centre de la membrane du tympan, dont le point tl'apui est en b, et dont les deux bras af, bi, sont é(- peu -près égaux. L'étrier g n'est autre chose

IHENTSDBUXIEME ENTRETIEN. 3^1

gu*un manche qui porte la plaque ovale qui ferme la fenêtre ovale du labyrinthe; et comme cette plaque est susceptible d'un peu de mouvement, nous nous représentons la fonction des ^osselets de la manière $ui« vante: La membrane ^cf du tympan, tendue par le manche du marteau, reçoit les vibrations que Tair lui communique dans le conduit auditif; ces vibrations se communiquent au bout i de la corne de l'enclume et delà, parla charnière en i et par Tétrier, à la plaque ovale, qui parconsëquent doit faire des vibrations et en quelque sorte jouer Tinstrument que nous nommons labyrinthe* Mais l'observation des dimensions de notre levier coudé nous prouvant que les vibrations de la plaque de Tétrièr doivent avoir précisément la même vitesse et la même fréquence que celles de la membrane du tympan, on demande avec raison: A quoi sert ce tnécanisme compliqué et une simple, barre osseuse, fixée d'un bout au milieu c de la membrane du ty mpanet de l'autre à la plaque de l'-étrier, ne produirait- elle pas le même effet? Cela nous paroît ainsi. Mais la Nature a peut-être voulu, au moyen de la double charnière en no et en i, exécuter ces vibrations avec plus de liberté et rendre possibles des variations qui sans cela n'auroient pas lieu. Ce qu'il y a de sur, c'est que des personnes dans l'oreille des des quelles tout ce mécanisme est détruit o.u au moins dérangé, n'en deviennent pas sourdes pour cela. L'air de la caisse du tympan, qui communique à Textérieur, soit par la trompe d'Ëustache, soit par le conduit auditif, lorsque la membrane du tympan est détruite on percée, suffit pour mettre la plaque ovale en vibration, pourvu qu^el-

'266 TRENTIÈME £NTR£XI£N.

cinq cents ip&trumeos se font entendre à la fois et variant leurs sons cadancës dans un désordre merveilleux sèment ordonné, peignent àToreillele cahos qui précéda l'acte de la création et ce mouvement immense de rUnivers où tout commença à s^arranger pour établir Tordre de choses que nous admirons depuis tant de siè* des. — Faites vous, s'il est possible, une idée de toutes ces vibrations de Tair dont la salle cétentit , de la prodigieuse variété dans ces vibrations dont chacune est analogue à celle de chacun des cinq cents instrumens qui se font entendre, et cherchons à résoudre la question: Gomment Tair peut*il propager tous ces sons ?

Mr. de G. Le problème ne sera pas facile à i^é» soudre.

Mr. de P. Il n'a jamais été résolu en entier. Décomposons le pour voir le peu que nous savons sur cet objet,

• Commençons d'abord par bien nous assurer que c'est à l'air atmosphérique que nous devons ces effets. Plaçons un carillon sous la cloche de la pompe pneumatique, appuie sur des supports très peu élastiques et faisons le vide. A mesure que nous raréfions l'air* le son diminue de force, et quand le vide est aussi parfait que la pompe le permet, on n'entend presque plus le son. Si au contraire on condense Tair au lieu de le dilater, le son gagne en intensité. On retrouve ua effet analogue sur les hautes montagnes; Saussure a tiré sur le sommet du Montblanc un coup de pistolet, et Teffet afibibli a répondu au degré de raréfaction de l'air. .

Page 1