CENT ONZIÈME ENTRETIEN
Pour ralumine et les oxides ce sera l'acide muriateux hydrogéné , indiqué par les quantités immenses de cet acide, qui se trouvent dans le sel de la mer et dans les roches de sel, combiné avec la soude. Ces trois acides, formant la majeure partie de l'atmosphère, se trouvoient joints et mêlés par l'affinité physique.
Le Comte C, Ainsi vous placez l'eau et les alkalis comme dissolvants dans Tocéan et les acides comme précipitant dans l'atmosphère. Ce partage me paroit naturel et devoir fournir des explications simples. Mais je désirerois savoir d'où viennent l'oxigène et Tazotede notre atmosphère d'aujourd'hui, puisque vous ne les avez nommés ni parmi le^ dissolvans ni parmi les réagens?
3/r. de P. Je ne sais guères que répondre a cette question. Probablement ces deux substances ne sont que le reste de ce qui en existoit avant le tems dont nous parlons, en bien plus grande quantité, et dont la majeure partie s'est combinée a d'autres substances, l'oxigène à Thydrogène et à d'autres bases pour former l'eau, les acides et les substances animales et végétales « Tazote à des substances inconnues pour former peut-être les métaux des alkalis, le potassium et le sodium etc. et les substances animales. On pourroit demander encore comment se sont formés les alkalis et les acides. Ce qui nous forceroit de remonter à un tems antérieur, auquel cela a eu lieu: toutes opérations sur les quelles la Chimie d'aujourd'hui ne répand pas encore assez de jour. Mais permettez moi de vous observer que le Géologiste doit prendre l'histoire de la formation de l'écorce du globe terrestre au téms où
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Ton peut supposer les agens chimiques faits et les masses qui composent la croûte du globe dissoutes daos les dissolvans; il doit commencer son ouvrage là où coninience sa Chimie, et pas auparavant, s'il ne veut pas nous donner des rêves pour des hypothèses. Quand nous saurons décomposer les acide$ muriateux et flu* orique et composer les métaux, alor^ la Géologie pourra faire quelques pas de plus.
Al(le. de L. Pour moi, je suis bien contente de ne commencer la création qu^u tems où vous voudrez.
Mr. de P. Votre indulgence, madame, ne se dément jamais; et je vais en profiter pour vous offrir quelques nombres quant aux masses que nous avons à n^.anier. J'ai promis, à mon aimable auditoire de me prescrire une certaine profondeur de la croûte du globe que je veux construire, afin d'avoir une échelle au moins approximative pour la grandeur des masses et des forces. Permis au reste à d'autres GéoTogistes d'agrandir ou de rapetisser cette profondeur à leur gré. Nous avons appris dans la Physique de la' lierre que la profondeur , à la quelle se trouvent les foyers volcaniques, doit être évaluée à au moins 6000 T. Or comme les volcans nous ammènent de là bas les mêmes espèces de substances qui composent la surface de la croûte du globe, seulement modificées par l'action de la chaleur et de l'e^u, nous devons supposer que cette croûte s'étend au moins jusques là, et nous avons à former, construire et bâtir une enveloppe compacte du globe de 6000 Toises d'épaisseur. Mais comme l'atmosphère a livré les réagens et augmenté cette masse, il est clair que cette masse doit avoir (été beaucoup plus
74^ ceut orziImb kmthki'ibn*
petite ayant le grand procès de la précipitation. Nons ponyoof admettre que la silice, ralumine, les ozides, les alkalis et la chaux faisoient ensemble une couche de 4oooT. de hauteur, d'après les proportions que nous avons admises pour les quantités de ces matières contenues dans les roches. Mais la hauteur de l'océan lui-même doit aroir été plus considérable à cause de l'eau nécessaire à ces solutions. Si nous connoissions la masse actuelle de l'océan rifible et invisible, nous trouverions de combien cette hauteur de 4qoo T. doit être augmentée pour avoir celle de l'océan d'alors. Ce qui est bien sûr, c'est que nous ne dépasserons pas les bornes de la vraisemblance en admettant que ce surcroit, équivalut au moins à 6000 T., et que l'océan, autems dont nons parlons, a voit 10000, T. de profondeur, i
Mais il nous faut encore une donnée, la hauteur et le poids de l'atmosphère d'alors. Les acides qui se combinèrent à la suite avec les alkalis doivent être, d'après les données précédentes, censés égaux à une envê* loppe du globe de aooo T. de hauteur de la pesanteur spécifique des roches, qui doit être évaluée en terme moyen à 2r^ de celle de Teau. Ainsi l'enveloppe élastique du globe d'alors équivaloit à une masse d'environs 5doo T. d'une densité moyenne égale à celle de l'eau, dont la pression égaloit ggofois la pression de notre atmosphère d'aujourd'hui, et le calcul donne pour surcroit de hauteur à celle de l'atmosphère d'aujourd'hui environ a85oo T.
Si nous additionnons les 4000 T. de matière solide qui se trou voit dans la mer , les 6000 T. d'eau qui les tenoient en solution et le poids de l'atmosphère équi-
valent k 5^00 T. d'eau, la somme égale à aiSdo T d'eau, exprimera la pression totale qui avoit lieu alors sur le fond de cet océan ou sur le noyau du globe, pression qui ëquiraut à environ 4000 pressions atmosphériques; ce qui fait 56000 ÏÏt. sur chaque pouce carré de la surface du noyau de la Terre.
Mr. de R. Quelle énorme pression!
Mr. de P. Vous ne prendrez sûrement pas ces nombres ronds pour des résultats exactement justes; mais vous sentirez au moins qu'ils ne peuvent pas s'éloigner de beaucoup de la vérité, dans la supposition que noua avons à construire l'écorce solide de notre globe jus^ qu'à 6000 T. de profondeur.
Mr. de M. Aprésent que vous avez rassemblé tous les matériaux et que vous les avez rangés selon l'es* pèce, les quantités et les lieux, bâtissez.
Mr. de P. Modérez, mon cher, votre impatience jusqu'à demain. Il me semble que c'est bien assez d'avoir taille la besogne et charié tous les matériaux dans une seule soirëe.
CbNT OOUZiàMB ENTRETIBN,
JVIr. de R. Vous nous avez promis hier de construire aujourd'hui le grand édifice des roches de notre Terre. Je meurs d'impatience de Toir ces masses comme naître dans cet atelier immeqse que tous nous arez fait connoitre.
Mr^ dç P. Et vous voudriez vous hazarder d'entreprendre cette construction sans avoir .pris des leçons d'Architecture?
Mde de L^ Des leçons d'Architecture !
Mr. de P. Oui, madame, ne vous en déplaise* Mais ce sera, de l'Architecture chimique | et la leçon ne sera pas longue.
Air. dfi Lf Je parie que nous allons voir votre magicienne, la marche des substances chimiquea, diririger tout l'ouvrage et commander du haut de son chai aux élémens de se ranger d'après ses lois*
Mr. de P. Tout juste; c'est cette magicienne qui manquoit aux autres Géologistos et dont Tabsceace a condamné leurs systèmea à une obscurité impénétrable.
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J'obsenre d'abord que lorsqu'une portion de subs- .
tances, dissoutes dans un liquide, a été combinée par la
réaction d'un des âgens atmosphériques, il se forme
dans l'océan une couche neutre^ qui peut contenir en
solution ou ne pas contenir, le produit de la combinai-^
son. Cette couche est un nouveau diamp que les agens
chimiques ont à parcourir pour se rencontrer et produire
de nomvelles combinaisons ; et vous concevez que cette
couche, ^accroissant de moment en moment ,x peutob*
tenir une épaisseur énorme. En outre ^ si elle contient
un sel en solution , ce sel sera une nouvelle substance
chimique qui exécutera des marches de haut en bas et
de bas en haut.
Mde, de L. Vous nous avet compté, si je né mè trompe, cinq à six substances dans l'océan et trois acides dans l'atmosphère f qui toutes exécuteront leurs mar« ches ; si les sels qui en résultetont voyagent aussi ^ qui pourra rien comprendre à cette tactique?
Mr. de L. Te.m'attendois à <^ette j^érémiadé de la part d'une voyageuse <^mme vous. Pourmoi> je m'amuserai fort de ces mardies et contlre-tnarcfaes. Elles donneront de la vie à cet océan flegmatique, à qui monsieur de P. n'accordoit d'abord aucun mouvements
Mr. de P. Embrouillons la chose encore davantage* Nous aurons sûrement plusieurs procès chimiques simultanés et parconséquent plusieurs Combinaisons et précipitations à la fois-, et il arrivera que les précipités causés par un procès seront de nouv&u dissouts par les réagens d'un autre ou par des sels qui viennent d'être Composés, de sorte qïa'il résultera des combi-«
75d CHNT D0U2UEMB ENTRETIEir»
que la dilatation, en sorte que, ce procès ayant lieu également sur toute la surface derocéao, ces couches plAs légères ne pourroient s'élever; mais vous savez que pour conserver cet équilibre de couches légères sons des couches plus peiantes^ il faut un repos absolu, qui n'a pas lieu ici, le vent d'est ayant dû régner dans Tatmosphère d'alors comme dans celle d'aujourd'hui, puisqu^l a sa cause dans l'action inégale des rayons solaires sur la surface du globe. Ainsi il se forme un déplacement des touches inférieures et supérieures ; mais ce changement ne peut pas s'étendre à des hauteurs très considérables^ les parties chauffées se refroidissant en montante
Le jeune de L. Je ne vois pas quel |effet ce changement peut avoir sur le procès chimique.
Mr* de P. N'oublies pas que les couches atmosphériques sont composés d'agens , différents en quan» tité et en énergie»
Le jeune de L. Âh! je conçois. Si ce «changement n'avoit pas lieu , les couches inférieures changeroient plus vite dé nature. Un acide moins actif succédant plus tôt è un acide plus actifs il existeroit un changement plus fréquent dans la nature des coudies de roche. Ce mouvement vers le haut des coucher atmosphériques inférieures soustrait au procès chimique ces couches, qui ont déjà perdu de leur acide le plus actif, et les remplace par des couches qui n'ont encore rien perdu de cet acide prédominant, et produit parconséquent des roches de même espèce plus épaisses.
CBBRT DOUEIEMB KM'l'lUUl'ikAs ^53
Mr. dé P. Dans l'ôcëan même, là où les subssance chimiques de roc^an se rencontrent avee les r(^agens de l'attliosphèré dans la couche liquidé indififérente et s'y Combinent, il se fait un second dégage-^ ment de chaleur^ qui fait monter les couches liquides chaufifëes^ que les couches supérieures rempladenté Or celles-bi sont bien plus imprégnées de réagent que cel«les-là et le procès gagne en énergie; mais peu après les Couches^ qui s'étoient élevées après aroir perdu leur réagent, retombent dès qu'elles se sont refroidies^
Le (Jomie C. Il me semble qu'elles devroient rester à leur plate supérieure, puis que, imprégnées de moins de réagent^ elles doivent être naturellement plus légères que les inférieures qui en oUt dâvÂiàtage.
Mr. de P. Cela paroit aiâsi } mais il ne faut pas oublier le sel que ces couches neutres contiennent et qui leur donne même plus de pesanteur spécifique que n'eaont les Couches imprégnées du réagetit seulementi
Mr. de la Ainsi Vous supposez une espèce de bontre-danse des couches de l'océan de haut en bas.
Mr. de P. Je tie la suppose pas, mais )e l'ai Vue et produite. J'ai chargé mon instrument d'affinité (ce lui dont }e me suiÈ servi en Optique) d'eau pure superposée d^àlkohol j pour obtenir la décomposition de la lumière.
Le jeune dé ïa Je n'ai t)a8 oublié cette belle expérience.
Mr. de P. Lorsque j'einployôîs de l'eàu pure et dé l'eau saturée d'un sel^ j'obtenois nne seule image
CENT DOUZIÈME EKTHBTIEN.
ï Stable, Maïs I'
prismatique stable. Mais l'esprit de vin et l'e oFert un nouveau phëQomène. J'observai à mon grand étonnement d'abord une image blanche presque sani couleur, puis colorée irréglierèment et animée en quelque sorte d'un mouvement interne de haut en bas. Bientôt après fe distinguai dans ce vrai tableau moutant plusieurs images prismatiques complettes qui montoient et dcscendoient les unes dans les autres et produisoient, taniût ici lanlôt ]a, un peudebUncfl presque partout des couleurs mélaDgées. fl
JlJde. de L. Cela doit être bien joli à voir. W
Mr. de P. Comme nous savons que l'image prismatique dans les expériences de ce ^enre est produite par l'inégale densité des couches qui agissent chimiquement les unes sur les autres, il est clair que le niouvement des images prismatiques n'est que la peintura d'un mouvement des couches d'eau et d'alkohol le vase, mouvement exécuté par la température duite par l'afiiaitë de l'alkohol et de l'eau; et ' la contre -danse des couches de l'océan, à ce (juff! crois, fondée. Mais observons notre petit phëaomi à divers périodes de sa durée. Au commencement, où l'aiEnité avoit le plus d'énergie, la chaleur à dû être à ion maximum et la danse des couclies être très rapide. Ce mélange rapide des couches et des images prismatiques a donc diî d'abord, tout comme dans la rotation du disque couvert des couleurs prismaiiqiies, ne pro^ duire que du blanc. L'affinité s'affoiblissant et la danse devenant moins rapide, on a d'abord distingué des couleurs et du mouvement, puis ces images prismatique* détachëesqui se mouvoient l'une sur l'autre. Ce mou-
itura
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vement des images devînt toujours plu* lent, etlos images pius Taiblei et plus longues; eniia, la JifFtirei)Ct> dn densité des couche» devenant très petite et raffiniti! s'afFiiiblissaot, il n'a plus paru qu'une image diff(:se, blanchâtre et tans mouvement sensible.
Mr. lie L. Oui, TafGnitë est une vraie sorcière.
Le Comte de C. Et l'Optique un Professeur qui dévoile ses secretsi
Mr. de P. Appliquons ces phénomènes à l'ocf'an. D'abord il est certain que ce que monsieur de L. nomme très spirituellement la contredanse, se fera ici avec beaucoup plus d'énergie, non pas en raison des plus grandes masses, mais parce qu'ici nous avons des combinaisons d'arides avea des alkalis, qui produisent beaucoup plus de chaleur que celle de l'eau avec l'alkohol. Ce mouvement doit ammener des interruptions dans le procès chimique, des pauses, indiquées par la multiplicité des images prismatiques dans notre expérience en miniature. Tant que ces mOuvemens s^nt très rapides (ce qui a lieu longtems à cause de la grande énergie du procès) ces pauses sont imperceptibles, les produits s'a&siniilent ; c'est le lems oii l'image de notre expérience est blanche, et qui est d'autant plus long que les masses de réagens sont plus considérables et se renouvellent par le mouvement analogue des couches de l'atmosphère. Mais lorsque ces mouvemens ont perdu de leur rapidité, alors les pauses deviennent sensibles et les produits des combinaisons se séparent. Voilà l'origine de la structure schisteuse, qui disparoit entîn lorsque l'ainoité est aiToiblie au point deoe'plus