‹ Entretiens sur la physiqueChapitre 3 sur 26 · CONTINUATION DE LA PHYSIQUE DE LA TEERE · texte numérisé non relu

CONTINUATION DE LA PHYSIQUE DE LA TEERE

page.

QUATHEVINGT DIXHUITIÈMS BNTRKTISIf.

Description iVun pays de montagnes 535

Inimité (les neiges éternelles. Bancs ils neige, avalanches, glaciers 501

Iiiflnence dos grandes hauteurs sur rorgaiiisation animale • « 40a

Végétation sur les hautes montagnes , ^og

Tableau des plantes alpines ëquinoxiales ..•»•.. 411

Tableau des plantes du Caucase 414

Effet des grandes hauteurs sur les plames. Troisième espèce de

climat • ^ 41^

QUATRBVINOT DIXMEVVIEMB ENTRETIBIf.

Description des volcans et matières volcaniques • • . • , 4aa

Eruptions volcaniques '. 430

Théorie des volcans*

Mécanisme des éjections. Profondeur du foyer . • « • • 455

Cause physico- chimiqne des éruptions •.«.•••. 453 Explication des éruptions volcaniques et de leurs principaux d^

tails dans le sein du volcan et dans Tatmosphère • . 44c

Description et explication des tremblemens de terre • • • • 451

CliMTIbMB BNTBBTIBIf.

Circulation générale de Teau sur la surface de la Terre • • 450

Observations sur les quelles cette théorie se fonde • • • , 462

De% sources •••• 470

Des fleuves 4^4

Des lacs 477

Des marais et de la tourbe . . . .' , , 4^

CfcNT UN1BMB BNTBBTIBir.

De rocéqn*

Fond, profondeur, couleur et lueur de la mer •••••. 435

PropriétaMcbimiques de Teau de mer 404

Température de Toc^an k •• %utf'^^ -^ '''■M ton intérieur • 496

Origine des glaces poU!—* 501

Sur U chaleur oieytoBf ^ . « ^

page.

CbMT OBUXlim UfTBITIB^.

Phénomène et théorie de« marëet 503

Phénom^pe et thi^oriq de« couraos ••••«•..••515

Cent troisième 'butretibit.

Introduction k la connoissançe dfs ratmofpbère terrestre • • 52a

Hauteur de l^atmosphère ••••• ^^^

Température de Patmosphère •••••••••,^. 526

Couleur de Tatmosphère 520

Constitution chimique et électrique de Tatmosphère • , • • 530

Des vents réguliers et irréguliers •••• 537

CfiNT QUATRIÈMB BNTRBTIBN.

Des météores aqueux ,. 543

Des orages •••. ••• 555

Cent ciifQuiKife bntbstiev.

Des étoiles volantes •, 564

Des globes de feu •••••••••••••••• 567

Des Aérol^-tes ,••••••• 568

Hypothèses sur ces trois météores ignés •••••• ^ • 57a

Des aurores boréales ^, ••••••• , 57^

Cent sixième BNTRBTIEIf.

De l*arc-en ciel 535

Des couronnes colorées, des parhélies et des verges • • . • 590

De la rc^fraction astronomique ••••• ,. 5^5

Du miia;;e .•••••••• •• 600

De la lumière sodiacale ,. ••.^•. 606

GÉOGNOSIE BT GÉOLOGIE.

Cb2(T septième entretien.

Introductiqn ,.•....•' • • • • 611

G£OGNO$IE.

Eldmens des substances rninérales •••••••••• 615

Des pierres et de leur texture ••••••••••• 616

Des matières innamm.ibles minérales ••••••••• 627

Des rochef et de leur structure 631

Cbnt huitième entretien.

Du gii^ement des rophes ....•.•.•••••• 643

Des &<iites des rophes ••*•••••..••••• 64$

Des li:i et des 61ons « •••• 653

Des animaux fosiiles ••••••••.. Ç53

Df.^ vc'^étawx fossiles ^4. ,•••••••••,« 667

GEOLOGIBi

dm muTtàio utTBiTuii.

PremUiet bypolbitu g^olagiijUM ..;.... 4 . . 67s

Sflltme de BuCfon ggt

Idin de Frinldia, Hullon, D* U Métlibrie, La FUcej Humboldc (>k4

lien pUticuliii« iur le* Gloni i iigj

CMUT OUliVI BUTUTtEM.

SjiltDM de Biologique de Luc ...... ^ i .. . Ë99

Critique de ce (yilème 706

Syitime géologiiiuB de Werner i 1 . , , yij

RëfuMiioD de ce ijiLinia !••.•. ...... t jig

CaKT ONIiImc UTTHSTIKt.

Géologie dt l'autour,

InnodncHon , , i . . . 7»

Enonce du probUme géologique daiil «ei periie* priocipaie* i y*i PrrilimÎBiin* tur le* mouTemeiu de l'octfan piimiiif, la lurfac*

du no;^**' <)" glob' et '■ criiialliialioa 731

De« lubiMnce* diiioutei dau* l'océtd primiUret de ISunrtfageiu 759

EtaloD géologique 745

CiKT Dousi&kB ■nrasTHa'.

Précipitatiottt.

PrincipM chimique* du proc^ de la pr^cipitalion ffoirtla . , 74g Couiiructian de ce graad proct* et formation de rocfaei priml-

Cbht Tftiuiim niTUTUVi

Sévotatiom,

ttecherehes )ur le* force* mécanique* '(]ui ont caii«tf lee r'volodoae 764

Urpoibcie fondameuiale lur U cauie de* i^voluiioo* . « . 771

CommencemeDE et accroitteitieut de* foret:* Tolcaniquea . , •jf^

Tableau de l'actÎTit j de ce* force* . . ^ . . . . i . » jjg

Formalien dei irnintagnei cl dci coocbet biiirogtao» ai» *uiiea 7S4

Formation de* débri* de rocbe* et leur emploi , . . , i 701

Explication de* dlBerente* etplce* de gitement . . . • 1 7f7

Cairr qulTOBiiiiiB utrestuif.

Formatiom qui ont acdompagné ot «uiVi Ut révolaH'oM,

Prj[imiu*iret *ur lei relation* de diferae* farro*iioD« entre elle* 804

Tableau de* couche* de l'ocjan pendant ce* fortnaiion* ■ , gio

Fonniiion de* porphyre» gij

Formalion de* ampbiboliiel , de la treumate et de* pi» , . gig fomâlioii dM CAlcaire*, de* wblaïf de* gjftt . • . . . gig

Formation da sel de roclie •é..4..«««.« 8^6 Empreintes de plantei; fige relatif de U vegcràiion , • • . 829 Formation des bouilles ;- origine du carbone dans quelques masset calcaires é. ..•.•••• 83^

Age relatif des coquilles;, coquilles péhigiquea et fluviatiles • 859

Animaux fossiles des contineno; leur origine • ,- « 4 • , 843

Cent QuiNriEMs entretisit.

Filons et matières qu'ils contient*

Origine Aeê Elons *••••••*•. ••••a 85o

Construction des cavernes dans les roches calcaires et sablo<>>

neuses •«é..«««.. g5a

Formation des lits <••••.••*••.••• 854

De la gangue, de son injection et de ses effets. Des pyrites • « 857

Origine des géodes •••••a»4 8^

Des autres roches dont les filons sont remplis • • • « , 8^^

Formation des agates «••••éA4«.««*i 8^6

CSNT SBIZIkMB ENTftBTISK»

Bnume'ration et origine des différentes espèces de lits ou roches volcaniques.

Considérations générales et caractères des roches volcaniques • 875

Les ftlandelsteins •...'•.. é • ' 88'

Les Jaspes ••••..• 884

Les roches coméennes et la craie •••••.••,. gg5

Les Basaltes 33g

Les pierres précieuses et le diamant « • g^3

I lÉi I

QtlATKÈVlNGT DIX HtriTlÉMË ÈNTtL£.tŒSi

jVIr. de P. Vous^ tï*avet madame, jamais voyage dans un pays de moDtagues, Permettez moi donc de vous tracer l'esquisse du tableau' d*uD de ces pays. J'espère qu'il ne vous paroitre pas sans attraitSé

Rarement on voit une montagne considérable ou une chaîne de monts s'élever brusquement au milieu d'une grande plaine ouverte de toutes parts; dérègle elle est entourée d'autres montagnes de moindres hau* teurs, qui, vues de loin^ se profilent sur la giandd montagne qui occupe le centre* C'est ainsi que le Chimboraço ne s'< lève que de 185^ toises, et en grande partie en terrasses, au dessus de la plaine de Quii<) haute de i5o6 toises au dessus de la m'.*r. C'est ainsi que le Mont-blanc s'élève presque à la même hauteur au dessus de la vallée de Chamouni ceinte de plusieurs hautes montagnes. C'est ainsi que le Kasbeck ne porté sa cime qu'à i574 toises d'étage en étage au dessus de la vallée qui donne naissance au Téreck, qui a encore dé là 826 toises de chutp jusqu'à la mén Si cela n'étoit ainsi , si ces colosses ëtoiént plantés seuls siir de vastes

38^ QUATEEVINOT DIX HUTIEMB EKTRETIBNè

plaines au niveau de la tnet^ quel eft^et ne feroien't-itt pas par leur hauteur et leur masse eflPk*àyatite! Quel yide n'offriroient-ils pas! Quelle pénurie de formes n'en r^sulteroit-il pas! Sans variété dans les cioutours^ sans aménité dans les sites, ils sembleroient Èi'étre là que pour exercer la Géométrie ou la Physique à leur mesure* La Nature a soigneusement évité ce contraste aride 9 a entouré ces colosses d'autres montagnes dé plus en plus basses, à mesure qu^on s'éloigne du mont central et a su par là varier à l'infini les formes ^ les contours, les sites et la physionomie du pajsageé

Approchons houl en idée de ce gtout)pe immense^ en niéme tems imposant et gradieux, et nous Arrivoné d*abord aut rhontag-nes antérieures et les moins élevées. Leur profil est arrondi et ne présente rien dé rude ou d*âpre. Les lignes ciourbées seitiblent couler l'ude dans l'àutte et lés parties saillàhtés^ modelées sur les parties moins avancées, offrent sous cent nuances variées le passage adouci de la lumière à l'ombre, relevé par quelques contrastés légers. tJné * végétation riche et féconde produit cette quantité im^ medse de plantes, qui tantôt nous ravissent par l'émail ^^rié d'une prairie fleurie ou pàk* l'aspett des dons de Gérés que le Vent fait onduler sut* la plaine, tantôt s'élèvent en bois dé haute futaye qui couronnent tes coU lines et recèleât dans leurs ombres tant dé trésors chers à la Botanique. Des animauk de toute espèce, dans l'état libre de tiature ou réunis dans l'état social par là main de l'homme, des oiseaux sans âombre, des insectes si variés par les formes , les éouleurs et lé geiire de vie, éhiment) viviiiem le sol et l'ttirde ces contrées»

QUATRBViNÔT Dût HUIToImB VSTBBrtÊtfi 387

aux quelles l*homme prête un intérêt moral par l0% de« tneures fixes qu'il s*y établit.

En avançant dans rintérieur^ eu montant dàqs les régions plus élerés des montag-nes intermédiaires^ on retrouve déjà un autre caractère^ L'aménité et Yé\é* gance tèdent à la grandeur des masses et à l'auttérité des formes. Ici tout imposé et les profils sont déjà plus fortement prononcés par la roideur des lignés et l'aspé^^ rite des angles; de grandes massés dé rochers s'élancent comme du sein de la végétation et nous frappent d'é» tonnement^ L'homme se sent déjà plus petit vis à vis dé ces grands édifices de la Naturé« Le sol en outré n'est plus si fécond et n'ibviré plus si agréablement à son habitation; les animaux sauvages par contre j éten* dent à loisir leur domaine*

Mais cela n'aréte pas lé Voyâgéuh Nous perjloîlS plus avant, toujours en montant; nous atteignons les htoniag-nes tentraleà où tout porte l'émpreintre d'un# grandeur qui nous écrasé* Deè montâgneè presque py«* tamidalesf à qui l'on a donné le nom de pics, daiguiU les, de cornes ^ s'élèvent brusquement à dés hàuteuit que i'oeil atteint a peine ^ d'énormes massés dé ro* chers à pic ou suspendues au dessus de l'abyiiie quelle» ombragent, des vallées profondes et étroites dont lé fond n'est jamais éclairé des «ayons du soleil 4 impri* ment à ces contrées un caractère vraiment austère* Les eaux qui découlent des régions plus élevées ne cou* lent pas ici tranquillement comme dans les plaines où elles serpentent a loisir, mais accélèrent leuf cours sur ces pentes roid<"<4 renversant les obstacles ^ sé formant leur lit au travers des rochers^ franchissant d'un tant

des pRdpiccs d'âne ksatcor ^Borme cf tombant mreû fine». scK&Tenr plus en gouttes qa'en nias«e, dans les ^tées où elSes forment on broniliard qui coorre la cascade comme d'un Toile magique et sor le quel le soleil se plait souvent à peindre Tarc-en-eiel qne le Toyaf9wr étonne roît â ses pieds pour la première fois de sa ¥i^. La Têgêtaiioo , déprimée par le froid de ces ré- £:ïob5, a perdu presque tonte sa rîciiesse; peu d'es* pvoîs de plantes atteignent ces hauteurs et n'offrent plus cet accrobsement Ti^ourenx dont elles {ouïssent sur les collices. Le bois de haute futaie disparoit ou ba»se« rapetissé, son front d'ailleurs ahier derant ces rochers gigantesques^ qui semblent ne souffrir près d'eux qne de maigres herbes on d'humbles buissons. Le cfaamois« lagazelle« l'antilope* familles de grimpeurs, sont les seuls quadrepèdes qui se plaisent ici et la troupe joyeuse d<s otseaux fait de ces contrées où Taigle et le UiMiiior ODI étabh leur empire. Quelques cabanes ëparses de pitres « habitées seulement pendant quelques mois de Tété, paroissent n*étre là que pour prouver que ces n^gî^ws âpres et élerées ne sont pas faites pour ^re le domicile constant de Thomme.

Enfin Ton airÎYe à ces hauteurs couvertes de neiges éternelles que le soleil d'été ne peut plus fondre et sous les quelles la nature vivante semble être ensevelie. Ici tottt est neiges ou glaces, au travers des quelles per-» cenl quelque» bancs de rochers où Ton ne trouve d'autre Vx^ation que celle de quelques lichen, plantes sMiiH <H plaite$, dont les organes sexuels se cachent d^n$ riutérieur du végétal pour se soustraire à l'àpreté du ciittiat% Ici aucun anioial ne vivifie la contrée par sa

QUATREVIKGT DIX HUmiME EXTHBTIEir. 58Q

Toiz oa ses mouremens, et l'on oublieroit qu'il existe une nature animée , si quelque fois l'orage ne portoit à ces hauteurs quelque papillon moorant, ou si quelque Condor, dans son toI audacieux , ne parcourroit ces régions pour s'élerer à une luurenr qui paroir le soustraire au globe entier de la terre comme elle le soustrait en effet à la vue du voyageur qui l'observe du haut de ces cimes glacées. Le silence morne qui y régne n*est interrompu que par la chute horrible des avalanches ou par le murmure sourd et lugubre des rivières qui coulent des hauteurs par dessous ces neiges éternelles, ou par le bruit des pierres qui se détachent continuellement des rochers corrodés p^r le tems, ou enHn par le sifflement des ouragans qui se heurtent contre les rocs ou traversent des valides étroites et profondes. Ici tout est contraste: Un coup^d'oeil du haut *de ces cimes ofire les formes bisarres de bancs de neige prêts à s'écrouler , de pyramides et de pics , de rochers nuds et irrégulièrement tassés, et en même tems l'aspect de glaciers unis et luisants de telle étendue qu*on les nomme mers de glace , et la forme majestueuse de coupole qui semble réservée à la plus haute de ces cimes. La réfraction et la réflexion de la lumière produisent sur la surface glacée de tant de formes variées une infinité de nuances de blanc et de gris et detoutes les couleurs de Tarc-en-ciel, voisines immédiates du bleu leplusfoncé de la voûte céleste, qui n'offre plus ici cet azur agréable ou le bleu tendre de la germandrée dont il couvre les plaines. Même le lever et le coucher du s<»ieii n'c^paroissent plus ici avec les doux passages^ de la cha; té à l'obscurité que nous noaunons aurore. C?t astre, ici

59^ quàtuctinot dix BunrtbçB ésthetiev*

purement majestueux^ paroit et di«paroit brusque* inent.

Et cependant le voyageur, surpris et pénétré de Timpression profiDnde que font sur lui ces objets subli* mes y entrainë par Taspect unique de la nature immense qui se déployé à ses pieds , ravi par tout ce qu'il Toit et plus encore par ce qu'il devine, oublie faciler ment, s'il a une âme sepsible, et la solitude effrayante qui Tentoure et la lassitude qu'il essuie et le froid perr^ faut, qui le glace et les Fi^tigues ou dangers qu'il a es^ iuiés, jouît d'un seqtjment exalté que son coeur ne peut Coptenir, dont il ne s'étoit pas fait l'idée dans sa de» ineure ordinaire. Et s'il passe la nuit sur un de cet sommets élevés, alors le ciel étoile, à qui la lumière ici plus pure e( plus tranquille de ses mondes imprime le caractère de la plus haute majesté, calme par son aspect ce seotement vif et presque violent, en le ramenant ku sentiment également pur et serein de l'adoration de l'Auteur de la nature.

JM^t de If. 0! mon clier, combiep c^ tableau fSt nivissapt et que ne pqis-je pe jouïr! Sur une de ces cimes élevées, planant pour ainsi djre spr tout ce qpi est terrestre, fe ipe croirois plus proche 4e la denieure ^es bienheureux, plus rapprochée de la Pivipité; et je conçois à présent que des hommeà qui veulept se youer à une piété contepiplatiVe aiept choisi les pioptagpes pour lepr demeure.

Alt\ de G. Cette demeure élevée* isolée et ce^ pendant entourée de grands objets, açgrandit et fortifie |e caractère de l'homme 9 lui fait supporter Pindi^ence

QUATIVÇVmQT PIX pUinàME EMTaETIEN. 39 1

et secouer toute espèce de joug, Les montagnes sont le I)erceau de la libentf*

Mr. de P. Observons de plus près ces cimes cou* yertes de neiges éternelles et les phénomènes physiques que la Nature nous y ofire. D'abord nous trouvons que ces neiges ne dépassent pas vers le bas uoe certaine limite fixée principalepient par le climat géographique QU se trouvept ces montagnes. Cette limite des neiges permanentes, cette frontière delà nature rivante, se trouve le plus élevée sous l'ëquateur et baisse de plus en plus, à mesure qu'on s'avance vers les pôles.

Voici une table de ces limites que je vais avoir

Tbonneur de yous lire.

Aa Perpu i^ d. deUtit., sarleCbîmboraro a46oaodett.deUreer

Ad Mexique 19 ■ ■■ for If Popocat«pee s35o . ■

En .%sie 33 T— r- sur le mont Liban 1491 ■ .

AuCaucaie 43 ■ ■ ■ aorleKatbec^ 1647 ■■

AiixPyrenaéa945 . ; for le Mopt-perda is^o ■■■»

Ao^Alpef 46 ■ ■ ^ «or le Mont-blanc 1350 ; . .

EoSiléaie fo > aurlaSclniféekpppe tq66 -

EnNorwège 6a 'g • • • 933 . ■

Eolalaocie 6S — • . , 4S3 ■

Spitsbergen $0 ■■ . • . o '

C*est à ce(te limite des neiges éternelles que la température de Tair à la surface de la montagne est à ^ëro. Plus haut elle diininue, plus bas elle augmente, et la végétation suit exactement Cfi% variations. Ainsi le Chimboraço nous oHfe, sur ^ hauteur de 3858 T. et sur une distance de quelques H^es , tous les climats de la terre et toutes les gradations de la végétation.

59* ÇtTATREVINGT DIX HUITléMB ENTREirBlf.

Le Comt C. Cette comparaison des climats fies montagnes selon leur élévation au dessus d^la mer avec celle des pays ^eloo leur latitude, qui oflPre sur le grouppe du Chimboraço une miniature de tousies clir mats , est une des plus belles idées que nous devons à I9 Physique • • • •

Mr de P. Dont f* aurai occasion de vous donner une application nouvelle qui vous surprendra peutêtre,

Mr, de T. Je crois avoir observe un manque d'accord dans la suite des limites des neiges éternelles cnmr porées aux latitudes. La limite j)our le Ka^^beck, a 43 d. de latitude est à 164? toises et celle du Mont-perdu sous la même latitude n*est qu'à 12.^0 toises, ce qui fait une différence de près de 400 toises, et le Mont-blanc, ^ 46 d., a sa limite à i35o toises, près de 100 toises plus haut que celle du Mont-perdu.

AIr.de P, C'est un objet dip;ne d'être expliqué et qui fixe aujourd'hui Pattention des Physiciens. D'abord on a voit reconnu depuis longi ems que ces limites ne sont pas sujettes a une règle fixe qui ne dépende que de la latijfude, mais que des circonstances locales peuvent changer ces limites. J^ ne vous en nommerai que deu^r. L'une dépend du côté sur le quel on gravit la monr ta^ne. Si c'est le côté du midi, on trouvera une limite plusélevc'e; si c'est du opté du nord, on aura une li» mite plus basse; cela est bien naturel. C^st ainsi qu'on â déterminé cette limite au rôté-sud du M >nt-blanc à 1400 t. et au rôt<'-nord a 1502; ce qui fait une différence g3 t., et Ton prend la moyenne de ces deux obr

QUATRBYINGT VIJÇ HUITTEBfB gMTKgriigit 595

tervatîons (quand on peut les avoir) pour la rraie lifnite.

(j'autre dépend des glaciers, qui dans plusieurs chaînes de hautes montagnes s'abai.ssent et s'étendent vers les régions inférieures qu'ils refroidissent par leur présence et donnent occasion à la neige qui tombe en hy« Ter de résister, au moins en partie, aux chaleurs dt l'été.

J/r- àe Tj. Voilà une autre espèce de glacière i^afurelle que la Nature établit, même à découvert.

Mr, de P. Assurément et Ton peut poser en fait gt|e dans plusiei^rs endrqits de la Suisse cette extension des glaciers a produit un abaissement de la limite des neiges éternelles d'enyiron 5o toises. II peut se faire Hussi que la limite en question remonte; c'est le cas lorsqu'un i;ri|nd glacier, retenu sur une pente, se dé* tC|che et glisse dans la yallée à une profondeur où le soleil d'ét^ peut le fondre. Alors le lieu qu'il a quitté re-^ gagne eq température. Mfis ces deux circonstances et d'autres de moindre poids n'expliquent pas la différence de 400 toises entre le Kasbeck et le Mont-perdu ou les inonts du Piémont. Les mesures d'£ngel|iardt et de inon fils au Caucase ont dévoilé cette grande différence qu'on n^a pu expliquer que depuis que mon fils a cher-^ ché la limite des neiges éteraelles au Montc-rosa et sup toute la chaine des Pyrennées. Le résultat de son travail au Monte-rosa a fourni une hauteur de 1610 toises pour la limite moyenne des neiges éternelles, etauxPy, reonées aucune limite du côré du sud, la neige ne s'y Kouvant que partiellement dans des expositions abri-

S94 QUÀTREVINGT DIX BUITublB ENTRBTIEKi^

t^e^ , et du cote dii nord ce^te limite ne te trouve que près des plus hauts sommets, qui s^ëlèvent de 1400 çl iSoo toises au dessus de la mer. Ainsi cette ligne se trouve k peii^près de niveau avec celle du Casbeck.

3fr. de L. Expliquez nous cette énigme. Quelles mesures sont les vraies et quelles sont les fausses?

Mn de P. Les mesures de mon fils sont répétées très exactes par des voyageurs^Physiciens comme Humboldt. Je vous ai déjà communiqué les limites de Terreur dans les résultats des mesures au Caucase et au MontCrrosa; celles de ses mesures dans les Pyrennées ne sont pas moins justes; car mon fils étant parti du bord de l'Qcéan atlantique et arrivé k celui de laMédir terannée, il ne trouva dans le niveau de ces deux mers . que 4i toiles de différence après avoir mesuré 4^0 points «eptre les deux mers. D'un autre oàté les mesures antér rieures dans les Alpes et dans les Pyrennées ont été faites par des Physiciens comme Saussure, Ramond etc., m bien que les instfumen^ soient aujourd'hui un peu plus parfaits qu'alors, il est clair que la chosie i^e peu^ (enjr aux mesures.

JVIais elle tient au teins de l'observation. Toutes les opérations antérieures on( été faites au commencep[ient pu au milieu de Tété comme la saison la plus far Torable pour gravir ces hautes montagnes. Mon fils par contre, comparant les températures successives d'une année entière à celle d'qne joupnée, juge que, à Texpeptiop de quelques circonstances particulières, la plus grande chaleur de Tannée n'est pas au milieu de ('été, fori)me l'heure de I^ plus grai^de chaleur du jour p'est

f^UATRBVnrOT DIX HUITIBME ENtBSTIEir. SqS

pfts k midi; et il coodat en outre que la seconde moip tif^ de la saison chaude doit fondre la plus grande moi^ tié de la neige qui se Fond pendan^ toute l'année, et gue par consi^quent c'est dans les derniers fours d'été on plutdt imknédiatement avant Tarrivée de la nouvelle neige, dans ces hautes régions, c. a. d. sur la fin de Septembre, qu'il faut faire les observations qui fixent le limite des neiges éternelles ( et o*est ce qu'il a fait dans les tvois opérations dont f ai eu l'honneur de vous parler; ce qui explique la différence considcrable en* tre ses résultats et ceui^ des grands Physiciens ^ui l'ont précédé.

Mde. de Zf* J'in^agine que le passage de Thjver k Yété et de Tété à l'hyver doit produire dans ces régions féternelleinent glacées des phénomènes bien intéressants*

Mr, de P.* Et souvent très effrayants et désastreux. Mais jettons d'abord un coup-d'oeil sur le caractère qu!ofirent ces paysages déneiges et déglaces, pour nous y orient^r• Les sommets les plus élevés, dont la neige se renouvelle plusieurs fois chaque année, sont du plus be^u blanc, à c6té du quel l'albâtre le plus pur paroit gris ou faupe. Mais cette teinte agréable est souvent interrompue par la couleur brune de masses de rocher$ nuds qui la percent ou d'aiguilles menaçantes qui s'él&9 vent souvent fort haut au dessus de la neige. IMus bas la neige prend un autre caractère ; fondue à s^ surface par le soleil d'été, l'eau la pénètre et gèle ensuite, lui donne de la consistence et de la transparence. Les vents la tassent souvent ep masses grotesques et énor? mes sur la pente de 1^ montagne ou sur les Hancs d*iin

396 QUÀTRBTINOfr DDL HUmÂMB ENTRETISN.

rooher, en sorte qu'elle semble et est en effet suspendue au dessus d'une vallée. Ailleurs elle forme des pict isolés; plus bas dt sont des surfaces toutes glacées et luisantes que l'on nomme mers de glace, étendues sur un panchant presque horizontal. Ces grouppes, les uns opaques, les autres plus ou moins transparents, produisent des aspects de lumière infiniment variés et toutes les nuances de blanc, de gris, de verd de mer, d'azur, d'orange et de couleur dé rose, qui changent avec la marche du soleil et la position du spectateur,

Mr. de Jî. Voilà des jeux d'Optique |

jMr^ de P. Qui se réunissent à ceux qu'offrent les nuages et dont nous voulons abandonner Texplication à l'Intelligence suprême qui les produit, d'autant plus que la Mécanique réclame ici notre attention encore plus que rOptique. Souvent il se détache des sommets les plus élevées d'immenses masses de neige qui, ne pouvant plus se soutenir par leur adbé&ion au sol, des-*» cendent et quelque fois se roulent dans des régions in» iéfieures* Ici la chaleur les fond à Textérieur, les rend conipactes et forme ce qu'un nomme un banc de neige, S.i la base sur la quelle ils s'arrètept a des inégalités, coue masse se rompt et offre de profondes crevasses, qui, reci.uvertes ensuite par de nouvelles neiges, ensevelissent souvent le voyageur qui ignore leur existence. Si la région, où ces masses de neiges arrivent, approche de \h, limite dés neiges éteinelies, alors elles ' fondent pour la plus grande partie, s'étendent sur ui grande surface et forment par le froid de l'hyver qu'on nomqie leê glacière.

QUÀTREYINGT DIX HUITlâMB BMTRBTIBir. ^QJ

Ces chûtes de neige sont les avalanches, dont tout le monde a ouï parler. Elles ont lieu en été et en hj-> yer, et ont un caractère particulier selon la différence de saison. Celles d'été sont poudreuses^ par ce qu'elles sont composées de neige moIle> qui en se roulant derient à la vérité compacte en même tems qu'elle groslit par Celle qu'elle enlève sur la route; mais elles en dissipent aussi un grande partie par le vent qu'elles produisent en tombant. Cette chute rapide ne se fait pas toujours sur un terrain uni; des bancs de rochers ou de neige, ou bien des précipices^ se trouvent sur la ronte et forcent cette masse tombante de faire des sauts ou des bonds dont le bruit surpasse celui du canon on du plus violent tonnerre. Malheur aux maisons qu'elle atteint! elle les renverse et les enterre avec leurs habitans.

Les avalanches d*hy Ver sont bien plus terribles encore et bien plus désastreuses', par ce qu'elles sont compac-^ tes et beaucoup plus grandes; elles conservent toute la neige qui se trouve sous leur passage et la durcissent par leur poids. Des rochers et même des collines cè« dent à la violence de leur choc et le dégât qu'elles causent directement par leur masse et indirectement par 1^ vent qu'elles produisent, est terrible.

JUde; de Tu Mais sont ce donc des ouragans qu0 les avalanches produisent?

ilfr. de P. Permettez moi, madame, de vous en offrir un exemple. Le village Raûda, aux environs du Monte-Rosa, a essuie en Décembre 1819 la fureur du vent d'une de ces avalanches* C'étoit un glacier quisc

403 QUATRBYINGT DIX HUmâMB ENTRETIEN.

accompagné du docteur' Paccard. Ce ne fut que le i»

Aoust 1787 que Saussure, accompagné de son fils 9 àm son domestique et de 18 guides, escalada ce sommet le plus élevé de l'Europe et y fit des observations à {amais mémorables avec le baromètre, le thermomètre, le cjanomètre, &ur l'existence de l'acide carbonique dans Tair de ces régions élevées et sur lui-même ainsi qu# sur ses compagnons de Tojrâge.

Le jeune de L. Trouva«-t-i! de ce gaz, qui QUsi pesant, à ces grandes hauteurs?

Mr. de P. Assurément, mais sans en mesurer la quantité. Une portion d'eau de chaux, exposée dans une jatte à Tair libre, se couvrit bientôt d'une pellicule de carbonate de chaux.

Mde de L. Mais qu'avoit-il à observer sur luimême et ^e% compagnons ?

. Mi\ de P, Beaucoup, madame; et fe vais avoir rfaonneur de vous donner un précis de ce qu'ont ot^ serve Saussure et ses successeurs dans ces voyages. Lorsqu'on a atteint une hauteur de i5oo toises oii commence à éprouver une lassitude qui augmente avec la hauteur et qui est plus qu'en proportion du chemid qu'on a fait. Elle est telle que, pendant qu'on monte les 150 dernières toises d'une hauteur de 2400, on ne peut faire que i5 à ao pas sans se reposer une ou deut minutes. Le po>jis est accéléré, la respiration de même et l'on sue facilement malgré le froid où Ton se trouve (que mon fils observa près de la cime du Kasbeck de 6 à 7 degrés R. au dessous de zéro) et qui est incomparablement plus sensible que dans la plaine, lorsque le ther-

QUATABTiNOT DIX uvmàmM iwi'inf i ijmu 40$

Miométre indique la mêine température; Quelques Î6ia on renseut un bourdonneitient dans les oreilles et il sort du «àng du nez et des lèrres. Les organes delà vue et dé l'ouïe et de la voix sont affbiblis et comme engourdis, et Ton se trouve quelques fois surpris d'une envie de dormir k la quelle on résiste à peine. Quelques Physiciens pnt trouvé que leur respiratiqn étoit difficile ; la plupart Ont trouvé au contraire que la leur étoit plus fa* cile que dàtis la plaine, dès qu'ils reposoiênt.

Tous ces pbéùomènes physiologiques s'expliquent par la diminution de la pression et de la densité de Tain A une hauteur de 2600 à 2500 toises cette pression et cette depsité ne sont, correction faite pour la diminution de tempérilture qui augmente ces deux quantités^ Qu'environ || de celles que l'atmosphère a au niveau dé la inei'4 La diminution de pression doit accélérer la circulation du sang, par ce que les vaisseaux et lés t:hanlbres du coeut* sont moins comprimées. Cependant nous savons p^i* les observations de mon (ils, que les hommes c|ui habitent toufours de hautes contrées ti*ont pas té pouls plus rapide que ceux des plaines* Ainsi il faut admettre que l'iritatïilité de letirs nerfs et de leurs muscles est moindre; ce qui explique physiquement le caractère plus doux et phlegmatiquo de cas ' montagnards;

Mr. de T. Jusqu'à quelle hauteur tr6uvé-t-on des habitations humaines P

Àfr. de P. Cela dépend du climat géographique, <|ui influe beaucoup sur le climat des montagnes. Ces points ieê plus élevés sont

404 * QUATaBVDIGT DDL HUITléniE BHTRETTElf.

mu dessus au nivtaw ,■ . . .

dé U met h^nede^netgéê

më M mwr étertuUeë.

toitct tOÎMt

En Ami^rique la méraîrie sur l'An-

tîsana aiio ' 35^

L'Hoapice du grand St. Bernard en 1

Siiiue 1278 33s

Au Caucase le village Rëçt près du

Ktsbeck 1200 !••••••• 447

En Suisse le vil lage St. Jaques dans |

le val d'Ayas 885 1^

En Espagne le village Porte dans |

les Pyrennées 836 774

Vous voyez par cette petite table qui je viens im lire, que l'hospice du grand St. Bernard en Suisse est de toutes les habitations humaines celle qui approche le plus de la frontière des neiges éternelles; et comme il est domine par des montagnes de neige très élevées et à sa proximité, on doit encore diminuer peut-êtr« de moitié cette distance de 332 t. pour évaluer les gran» des incommodités qu'offre un pareil séfour* Le ther» momètre ne s'y élève que très rarement à 17 degrés R. au dessus de zéro et tombe jusqu'à 27 au dessous. Lea neiges entourent, on pourroit dire ensevelissent, cette habitation pendant 8 mois de l'année. Des brumes presque étemelles couvrent cette contrée et ne laissent voir le soleil qu'environ 60 fois pendant un an entier; et pour surrroit de maux, la maison presque immense de cet hospice est si mai construite que les parois des chambres sont couvertes de givre de 4 À 5 lignes d'é«

qUàTRBVINGT DIX KUITléBiB ENTRETIEN. 4^5

pai5seur pendant deux tiers de l'année et mouillées pen« dant Tautre tiers.

Mile, de L, Quel afFreuse situation!

Mr. de P. Aussi les frères de cet hospice, qui Touent leur vie à sauver celle des nombreux voyageurs qui courent tan de dangers à ce passage, quoique choi&is parmi les jeunes gens les plus robustes, meu» rent la plupart entre 25 <?t 5o ans, et y atteignent lare» ment l'âge de 35 ans, ho% fonds de cet iustit4ir ne suffisent qu*aux frais qu'exigent 3o à 35 mille rations qu'il distribue annuellement aux voyageurs et ne permet* toH?nt pas d'améliorer ce bâtiment. Mais une souscription faite dans toute l'Europe dans ces deux dernières années, a fourni ces frais, et cet hospice cessera d'être ufi lieu pestiféré pour ses habitans et les voyageurs. — Mais retournons à l'explication des pliénomènes que nous offrent les hautes montagnes.

La lassitude qu'on éprouve sur de grandes hauteurs, de même que la difScuIté de la respiration, n'ont lieu que pendant qu'on marche. C'est ce qu'attestent presque tous les voyageurs des Alpes; c'est ce qu'atteste encore Biot qui s'éleva, en 1804 « (I^QS le ballon aérostatique jusqu'à 3600 T. de hauteur. Il n'e'prouva aucune lassitude, quoique son pouls ait augmenté de frc^quencc de presque d'un tiers. Cela prouve que l'action des muscles, qui nous servent aux mouvemens volontaires, dépend entièrement de la res)>iration. Or cctre action du poumon et de la peau dépend évidemment de la densité de l'air qui, respiré à volumes égncx, n'ammène dans ces doux orgaues que \\ do la porti^^^n

408 QUATREYINGT DIX HUITIEMB hSV TR M fl iBt i .

besoin d'un tems presque double pour cuire leur yiande. Enfin vous concevrez que la respiration étant la princi-» pale source de la chaleur animale, la déperdition de cette chaleur, causée par Tair et par la transpiration ac« célerée, doit rendre très frilleux et qu'un froid de quel* ques degrés est presque insupportable.

CPauie, pendant le quelle pertonne ne parle.)

Mde, de L, Vous vous taisez, monsieur de P.

Notre entretien seroit*iI déja.terminé?

JUr. de P. Non, madame; mais fai à présent à vous parler de la végétation sur les montagnes, et je ne me bazarde pas de le faire en présence d'un Maitre en Botanique.

Le Comte C\ Vous plaisantez, monsieur de P,, d'autant plus qu'ici il s'agit peut-être moins de la Bota« nique que de la Physiologie des plantes.

JUr. de P, Raison de plus pour réitérer la prière que je vous fis hier en secret de prendre auiourd*hui ma place.

Mde. de L. Faites le, monsieur le Comte; je voua en prie.

Le Comte C. Croyez-vous, madame, qu'il suffise de savoir un peu de ces choses-là pour vous offrir le tableau de la végétation sur les hautes montagnes, sur* tout en présence d'un Physicien qui ne laisse passer aucune explication ou conjecture bazardée?

Mr, de P. Je vous remercie très fort, monsieur le Comte, de ce coup de patte, qui doit vous engager à céder, si vous voulez vous réconcilier avec moi.

QUATBSVIKOT DIX HUITTEMB BKTRETIBN. 409

Le Comte C. S*il le faut pour vous appaiser et si Madame de L. rordonne, je suis prêt à me sacrifier. Voyons.

Lorsqu'un commence à gravir les montagnes, on voit les végétaux de la plaine se perdre petit a petit pour faire place aux plantes alpines. A la forer de haute fu** taie succèdent les buissons; puis viennent dos iierbes aromatiques, ordinairement recouvertes d'un U:ger du<vet. Plus haut on voit les graminées vivre en quelque aorte en familles , et plus haut encore, près des neiges éternelles on ne retrouve guères plus que des cryptogames, c. à. d. de petits végétaux dont les organes se* xuels se dérobent à notre vue; leur siège s'étend jus« ques sous la neige qui n'est pas permanente et sur toutes les masses de rochers qui percent la croûte des neiges et des glaces qui ne disparoissent jamab. C'est ici qu*est le terme de la végétation et de la vie. Si nous parcourons la surface du globe de Téquateur vers les pôles, nous retrouvons une suite semblabl.e de végétaux, de sorte qu'un seul grouppe de hautes montagnes entre les tropiques nous offre non seulement tous les climats, mais aussi un portrait au miniature de tout notre globe. Mais comme toute miniature change en quelques points le caractère dn portrait et manque de plusieurs détails qu^oflfre le tableau en grand, nous trouvons que la ressemblance entre ces deux grandes suites de plantes n'est pas parfaite. Aussi la Botanique a-t«elle caractérisé certaines familles de végétaux sous le nom de plantes alpines, sans au reste circonscrire rigoureusement Tidée qu'elle attache à ce mot, et je prends la liberté de m'adresser à monsieur de P. pour nous faire, en »a qna*

4îO QUTAKBVIKGT DIX RUITIEMB BimiETIE!r«

lire de sévère Physicien le cadeau du vrai caractère des plantes alpines.

Mr. de P. Vous vous vangez! Eh! bien je me re^ yangerai en vous accordant ce que vous demande^. Messieurs les Botanistes ont rangé au nombre des plan* tes alpi^ies plusieurs plantes que nous retrouvons dans les plaines immenses de la Russie, où une montagne, s'il s'en trouvoit, passeroit pour un Phénix ; œ qui prouvé que, S) ces espèces se trouvent à de grandes l^auteurs, ce n*est pas pour s'enorgueillir d'habiter une région éle- \âe^ mais pour le plaisir de croitre dans iit^e région froide. Deux circonstances doivent former le carae-» tère des plantes alpines, lf| ténuité de l'air et une moindre diffjérence de température de Te'ié à l'hyver, toutei deu:( comme nécessaires à leur parfait développement. G^r dans les montagnes la saison n'est ni si chaude en été ni si froide en hyver que dans les pays plats, dont le climat se rapporte d'ailleurs à celui de la région éle« vée, c. à. d. dont la moyenne température de toute l'année est la même.

Mde. de L, Je ne comprends pa9 tout-â- fait cela*

Mr. de P. Prenons un exemple. La température moyenne de Madrid est de i5 degrés C. ; mais la ch^r leur y varie de Tété à l'hyver depuis 3o degrés jusqu'à séro. La température moyenne de Quito est aussi de |5 degrés C,; maif la chaleur ne vario ici de l'été à l'hyver que de 17 degrés à j3« 3î donc il existe des famiU les de plantes qui ne puissent 6i:pporter que 4^5 de» grés de variatiaii dans la température de leur atmosphère, ces plantes croirront à Quito et non à Madrid.

QUATKETlKtGT DIX ^fJITIEME ENTAETIEX. 4 ^ '

Z> Comte C. Je ne puis rien obfecier contre c« double caracfère des plantes alpines, qtioifin*^ je regarde le premier comme le plus essentiel. Mais alors nous aurons bien peu de plantes alpines.

Mr. de P. Je ne vpis à cela de mal que pour ces jdemi-botanisres de la Suisse qui nous vendent des coU leriions de. plantes alpines, dont les trois quarts se rc» trouvent dans presque toutes les plaines de l'Europe depuis Cadix fusqu'à l'Ural.

Le Comte C. Humboldt a eu l'idée vraiment heureuse devons fournir 9 la lettre un vrai tableau de la Tf'gétation des montagnes tropiques. C'e«( une carte qui représente une montagne imaginaire dont une moitié contient les Familial principales dessipéesavec beau-<> coup de goiit et l'autre est couverte des iioms de ces familles; les desseins et les noms sont placés aux hau-» teurt requises, en sorte qu'on voit d'qn coup d'oeil tout ce qui croit dans les régions tropiques jusqu'à la hauteuf des neigea éternelles. Humboldt descend même 8OUS terre et nous offre sous Téquateur les mêmes cryptogames souterrains qui ep Europe tapissent les rochers et la boiserie de nos mines. Car, ici comme là, il règne une même température égale toute Tannée et la même pression de l'atmosphère.

• En arrivant à la surface de la terre nous nons trouvons d'abord dans la région des palmient et des pisangt. A leur ombre croissent la Musa, THoliconia et plusieurs espèces de Lys odorifères. Les Cactus par contre, ces plantes hideuses, heri5ée$ de Unes éplues, mais émées de fleurs ou majestueuses par leur grandeur o\\

4î2 QUATREYINOT DIX HUITŒMB ENTHETIElf.

brillantes des couleurs les plus vives, peuplent les sa* blés qui bordent Tocéan tropique, et TAristolochît cordifiora, rampante près des fleuves, en orne les bords de sei fleurs gigantesques, voisines des Banians et de la Swirenia qui nous Fournit l'Acafou. Cette région est de 5oo toises de hauteur perpendiculaire. De celle-ci on s'élève a la région de ces fougères qui atteignent lu hauteur d'un at^bre médiocre.

fl

Mr. de G. Ainsi Col lin assis sur la fougère est dans ce pays là un gard perché à 3o ou 40 pieds de

hauteur.

Zre Comte C Apparemment. La moitié de cette région s'étend vers le bas dans celle des Palmiers, et monte jusqu'à i^oo toises au dessus do la mer. C'est dans cette région tempérée que croissent les diflTérentea espèces de Cinchona, arbres dont Técorce est le Quin^ quina. C'est encore ici que Ton retrouve les Passiflo* res dont quelques espèces sont des arbres de la grandeur des chênes, PUva'camerona, vigne propre à ces contrées, qui fournit le vin des naturels du pajs, les plantes sensitives et le palmier à cire, Ceroxylon an* dicola, haut de i^o à iSo pieds, qui, à Tétonnement des Botanistes, ne croit pas dans la région inférieure.

A la hauteur de i35o jusqu'à j54o toises est la r^* gion des cliénes qui perdant là leur Feuillage par 1". se» cheresse et le recouvrant dans la saison humide, offrent dans les régions équatoriales Timage de l'automne et du printems de TEurope. Là croie leCiieiranthostemoni arbre gigantesque, dont l'âge ne se compte pas par années , mais par siècles et qui rivalise en grosseur et en

QUlTRBTnrOT DIX HUITIÂMB ENTRBTiUN. 4<3

duri^e Bvec le Boabab du Sénégal et U Mimosa colossale des plaines d'Araogua.

Parvenus à la hauteur de 1500 toises, le voyageur ne trouve plus aux arbres de haute futaie leur grandeur naturelle. C'est la région des buissofis^ qui s'étend jusqu'à 1700 toises et offre un climat froid et humide et presque toujours couvert de brouillards. C'est la région oix se forment la plApart des nuages, dans les quels l'habitant se trouve plongé. Les grands arbres y sont rabougris et offrent, de même que les buissons, des branches tortues et noueuses, dont la vue augmente en« core le désagrément du climat, qui d'un autre côté est embelli par une flore riche de plantes agréable», qui De font en quelque sorte qu'une suite avec celles de la région des plantes alpines qui s'étend jusqu'à âioo toises.

De aïoo toises {usqu'à a358 ©«t la région des gra^minées dont les familles nombreuses couvrent le sol et nourrissent le LIama, espèce de mouton qui est pour le montagnard américain presque ce quels Renne est pour le Lapon. De 2S58 toises jusqu'à la ligne des neiges éternelles (2464 toises) est la région des cryptogames qui excluent tous les autres végétaux.

Mde. de L. Vous auriez eu bien tort, monsieur le Comte, de nous priver de cette esquisse intéressante, dont le tableau tracé par Humboldt doit avoir *es plus grands attraits.

Mr. de P. Ce tableau est si séduisant que, quoique chaque coup de pinceau soit et ait du être rembruni par plusieurs noms de plantes, il ne perd pas de

4l4 QUATREnNOT DQ( KUmâBIB BNTRfiTIBN.

son iotërét même pour l6 lecteur peu instruit en BoU« nique.

Le Comte C. Je' vous dois, madame^ une esquisse semblable de la vëgf^tation montagndrde da^is les climats tc'mpf^rés. Mais je serois embarassé de vous roffrir, si le Ëls de notre cher professeur ne noirt avoit fourni le tableau de la végétation du Càurase à la manière de Humboldt. Ce tableau n'est p^is, à beaucoup près, aussi riche que relui deFtumboldt; car il manque a ce sol les premières 800 toises couvertes ea Amérique de la superbe flore des plantes équinoctiales. Mais il intéresse, surtout par des observations nouvel les sur la Tégétation, celui-mêhie qui ne connoit pflt les noms des plantes qu'il contient.

Transportons nous en idée sur le sommet du Kas^ beck^ qui <^gale à peu près le Mont- blanc en hauteur et descendons petit a petit jusqucs dans la plaine du Te« reck et du Cuban qui sépare la mer noire de la mer eâspienne. Ce n'est qu'à la hauteur d'environ 1700 toises , c. à. d. à 53 1. au dessus de la frontière des nei^ ges éternelles, qu'on trouve les cryptogames en familles nombreuses couvrant U surface des rochers qui per-& cent la neige; plus haut ils sotit rares. Cette région dea drypiogamea s'étend jusqu'à 4? toises au dessous de la ligne des neiges. Elle n'exclut pas toute autre végétation; od y trouve plusieurs espèces d'autres plantes^ et^ ce qui doit étonner , ce ne sont pas des graminées dont la région àvoisine celle-là, mais des herbes, telles que des Saxifrages ^ des Poteotilla etc., qui croissent d'ailleurs en abondaiice dans les plaines.

' QUATRBTINGT DIX HUmÂME BNTli£TI£K. 4l5

Mr. de R. Ces plantes doivent donc être pro« près à tous les climats.

Mr. de Ij. Comme l'homme.

Le Comte C, La région des graniinéts se trouve entre i5oo et 1400 toises. Ces familles couvrent tout le sol excepté aux environs de grands rochers où les herbes que je viens de nommer se nichent avec d'autres, telles que des Campanules 1 des Aster, des Polygonum etc.

Plus bas les graminées diminuent et les autres herbes prëd ^minent, parmi les quelles se distingue un bleuet (Centaurea ochroleuca) dont la belle fleur faune de soufre atteint trois pouces de diamètre. Ces herbes et d'autres de nombreuses espèces tapissent l'espace voisin de 1400 à i3oo toises où commence la région des buùiaons, qui s'étend au moins jusqu'à 800 toises. Ici règne en quelque sorte le Rhododendron du Caucase qu'on cultive dans nos jardins et qui là sert c)q bois de chauffage. Ce n'est qu'à la hauteur de 974 toises qu*on trouve les premiers sapins et les premiers bouleaux, qui à la vérité n'atteignent pas leur grandeur naturelle, mais aussi ne sont pas rabougris. Au reste il se trouve à la hauteur de Jo.^S toises près du village d'Abannah un bosquet de bouleaux de jolie taille et hauts de a5 pieds. Mais ce phénomène fait si fort exception à la règlç que les barbares qui habitent cette contrée le regardent comme sacré et punissent de mort celui qui oseroit abattre un de ces arbres. La région degooà 4'^8 toises est encore inconnue, par ce que les naturels, soubfonaeux et sanguimaires, n'enper^

4t6 QIUTHBTIKGT DIX HÛITISUB BKTHBnEir.

mettent pas l'accès à TEuropéeiu On troare à cette dernière hauteur difia beaucoup de Bouleaux, de Sa« pins, d'Aunes, de Chênes etc.; mais ce n'est qu'à 3oo toises qu^on rencontre de grandes forets.

Aux pieds du Caucase est une de ces i^randes plaines, qu'on nomme Steppe^ où l'on ne trouve aucune Arbre plan« té par la Nature, excepté à quelques pas des fleuves et rarement. Par contre cette plaine est couverte d'une légion d'herbes qui j croissent plus vigoureusement que partout ailleurs* et dont quelques espèces atteignent la hauteur de petits arbres. Cette force de végétation si extraordinaire est due aux inondations du Gnban et dn Tereck qui augmentent d'année en année la croûte de terre vé* gécale dont on ne connoit pas encore l'épaisseur. Cette quantité prodigieuse de plantes remplace le bois de dMnffage.

Remontons à la hauteur des neiges permanentes et nous ne serons pas peu étonnés de trouver ii mille pieds an dessus de leur limite, sur un rocher de porpbjre nnd et décrépit, sans terre végétale et sans lichen aux environs, nne herbe encore en fleur et dont quelques exemplaires avouent dèîa des semences mares. Et cette herbe n'est pas une gramicée. mais un Cerastîum, à qui nocre vovj^eur a donné le nom de Cerastiam Rasbeck, ipi porte l'empreicre la p^iis^ prononcée des change» mens qse ce site élevé e: îicii arporte aux plantes qui T croissent. La £ecr ec !a urine on: toute leur cran- Jenr et lenr vi^eor nar^e!!es; mais la ti^e. récoicn et les SeuHes ont scbi de fraiids changemens. La tige , foîble ce rampante, tandis que dans les Ce-

^UATREYIKGT DIX HUITIEMB KBITHU T lKl f ^ 4^7

L'écorce est tnolle, ri^ëe^ jaunâtre fusques près des feuilles et des fleurs où elle prend la couleur verte ^ -et ne tient que très foiblenient à la tige. Les feuilles diffèrent de celles des autres Cérastinm de deux Riànières; d'abord elles sont beaucoup plus petites, les plus grandes ayant à peine 4 lignes carrées de surface; " et puis les unes sont de figure ovale et vertes, les autres sont très allongées^ de figure linéaire et jaunes^ de sorte qu'elles ressemblent plutôt à une membrane animale qu'à une feuille.

Z^e jeune cleL. Ce que voill nous peigilez là« niorisieur le Comte, à Pair d'une plante morte, et cependant elle est en fleur. Je n'y conçois rien.

JLe Comté C. Les Botanistes savoient déjà depuis longtems que toutes les plantés qui croissent dans dés . régions élevées ont moins de grandeur et de vigueur que les tnêmes espèces qui croissent dans la plaine; mais ils n'avoient pas encore observé cette différence totale' de végétation entre la fleur et la racine d'un GÔté^ qui ne perdent rien par la hauteur et lé froid du site, et la tige^ Técorce et les feuilles de l'autre, qui •n souffrent si 'considérablement. L'auteur de ces ob^f^ servations (il étoit encore étudiant à Dorpat lorsqu'il 1^ fit) retrouve le même caractère y mais moins marqué, dans toutes les herbes qui croissent jusqu'à 2S0 toises au dessous de la ligne des neiges éternelles ou jusqu'à 1400 toises au dessus de la mer. Les fleurs et les racines ont leur grandeur ordinaire, tandis que les tiges, qui quelques fois deviennent rampantes^ n'en ont •ooreut qu'union et les lenilleB un quart«

4l8 QUATRBVINGT DIX HUITIÉMB BNTREITEN.

Mr. de p. Permettez moi d'ajouter qu'il a retrou* vë ce caractère dans les herbes qui croissent sur les Py* rennées sous les mêmes circonstances^ telles que le Physeum haemisphaericum , le Pjrethrum àlpinum, l'Authemis montana, le Ranunculus glacialis etc. toutes plantes qu'il ne trouva pas sur le Kasbeck, et dans le Leontodon taraxicum et autres qui se trouvent à ces hauteurs dans le Caucase comme dans les Pyrennëes^

LiC Comte C, Ces nouvelles observations, que fe ne connoissois pas, son voyage aux Pyrénées n'étant pas encore imprimé , pf ouvent bien clairement que ce caractère des plantes croissantes près de la ligne des neiges permanentes est général.

31r de G. Mais donnez nous donc la clé de ce pà<^ radoxe , monsieur le Comte.

Le Conife C. Elle se trouve dans l'excellent Es^iai sur la végétation du jeune Saussure (digne hls du grand scrutateur des Alpes) où il est prouvé que la nourriture principale des parties vertes des plantes est le gaz acide carbonique, qui se décompose dans ces parties mêmes par les rayons du soleil, et que la nourriture principale des fleurs est le gaz azote qui s'y condense par Tacté de la végfkation et l'influence des rayons solaires. L'acide carbonique se forme dans le terreau par la dombi^ naison du gaz oxigèoe de l'air avec le carbone, et se ve^ trouve en outre dans l'atmosphère. Ce qui en est com^ posé dans le terreau est absorbé par les racines et por» té pour la plus grande partie aux fleurs et aux semences, de sorte qu'il n'en reste que peu pour les feuilles, dont la nourriture est presque entièrement aàeignée à l'acide

QUÀTRBVINGT BIX HUmBME ENTRETIEN. 4^9

carbonique contenu dans Tair. Or l'i^tmosphère de ces hauteurs n*a guères que deux tiers de la densité qui lui est propre dans les plaines. Aîiisi l'acte de la végétation n'offre que les deux tiers d'aliméns à la plante. La racine, près de la quelle le terreau compose Tacide carbonique^ s'empare de tout ce gaz pour elle-même et pour la fleur, qui toutes deux ne souffrent pas de cette famine. Mais les feuilles trouvent dans Tatmosphère une nourriture d^autant moins substantielle que l'acide carbonique^ qui dans les plaines ne fait que -j^éos ^^ tout de l'air, ne parvient pas à ces hautes régions même à une quantité proportionnée de Yô^ 9 par ce qu'il doit s'y élever et est continuellement rammené vers le bas par un idourant d'air froid qui glisse des régions supérieures plus froides le long du panchànt de la montagne vers les régions inférieures.

Le jeune de Jui Pauvres feuilles l Elles font là une diète forcée;

Le Comte C Les fleurs par contre reçoivent leur èarbone de la racine et leur azote de l'air qui, quoique dilaté, en contient encore beaucoup plus qu'il n'en faut^ puis qu'il fait la majeure partie de l'air; ce qui se prouVe ^ar l'observation que les (leurs exhalent de nuit iitie pattie du gaz azote qu'elles ont aspiré pendant le jour. ^

Mr. de L, Cette ejtplication me fait plaisir; mais je ne vois pas pourquoi la tige de ces plantes est souvent rampante et toujours si basse.

Le Comté' C, C'est la teftipéràtute locale qui en est cause. Notre jeune observateur a trouvé par des

4aO QUATRSVINGT DIX HUrnÂME £NTRBTIBN4

observations directes que la chaleur de la terre 4 qui se répand dans Tair, diminue en progression très rapide^ de sorte qu'entre celle qui a lieu à trois pieds au dessus de la surface de la terre est souvent de 8 degrés R. moindre que celle qui a lieu à un pouce sous terre. La différence moyenne de nombre d'observations^ faites dans plusieurs jours, se monte à 4î degrés. Cette grande différence entre les températures à une si petite hauteur cadre fort bien avec la marche chimique du ca-» loriqu?. Transportez, mon Général, cette différence de température dans les régions élevées où la tempéra* ture du sol atteint à peine 5^4 degrés^ et vous con^ cevrez que le froid d'une région de quelques pouces de hauteur au dessus du sol doit arrêter la végétation, et que, si la tige d'une plante trouve assez de nourriture pour atteindre une longueur d'un pied ou plus, elle doit cependant ramper pour ne pas sortir de la région où elle trouve la température nécessaire à son àccroissementé Et voilà un nouveau climat dont nous devons la con*^ noissance au feuneParrot, et en même teiTis la surprise que monsieur de P. hous ménageoit lorsqu'il nous par' loit des climats.

Mr. de P. 'tout juste*

Mr. de L, Ainsi il faut distinguer trois climats j le climat géographique, qui dépehd de la latitude dii lieu; le climat montagnard, qui dépend de la hauteuf* du lieu au dessus de la mer ; et le climat botanique, qui dépend de l'élévation au dessus du sol. Ce troisième climat explique, si je ne me trompe, pourquoi les hautes régiojis ne produisent plus d'arbres de haute futaie, mais seulement des buissons, et pourquoi le pe-

lit nombre cl*arbres qui viennent cependant, favorisas par des circonstances particulières, n'atteignent pas leur hauteur naturelle sans cependant être rabougris.

Jlfr. de P. Nous ne pouvons terminer mieux cette longue soirée que par le tableau intéressant que monsieur le Comte nous a donné de la végétation sur les hautes montagnes. Demain j'aurai Thonneur de vous entretenir des volcanst

QuATHEyiNGT PIX NEUVIEME ENTRETIEN.

JVlr. de P, Nous allons vouer cette soirée à t'ezameo des volcans, des matières qu'ils vomissent, des phëno? mènes principaux des éruptions et des causes de çiBf phénomènes gigantesques et terribles.

Mr. de L. Ce sujet m'intéresse. J*aime à contempler la Nature dans ces morncns de convulsions', où les élémens, en fureur les uns contre les autres, sem^ blent vouloir détruire son ouvrage.

Mr. de P. Les montagnes volcaniques s^annon?

cent à leur extérieur par une forme conique plus régu? Hère que celle des autres montagnes et par les produite des éruptions, dont leurs environs sont couverts ou parsemés. Souvent ils sont isolés sur de grandes plair nés, mais souvent aussi contigus à d'autres mour tagnes; ce dernier cas a lieu lorsqu'il s'établit un voir can dans une montagne déjà toute formée. La figure primitive devient irrégulicre quand les éruptions ont lieu par des ouvertures qui se forment dans les flancs. * Ces ouvertures, et surtout celles du sommet, sont de règle fermées par une croûte de laves, qui s'est rér

quathevingt dix neuvième entretien. 4^3

froidie à une petite profondeur au dessous do bord; tel est le Pic de Teyde, don^ le cratère n'a que 20 a 3o pieds de profondeur. Cette croûte a d'ordinaire des crevasses, d'où s^ëchappent de la vapeur et^ePacide sulfureux. Les cratères ouverts offrent un aspect eflVayant et hideux. Un abyme immense, du fond du quel s'ëlèvent des masses informes, de vraies montagnes sou« terraineset couvertes de cendres volcaniques et de soufre, est tout ce que Toeil aperçoit, si le volcan n'est plus en activité. Mais s'il est encore actif, S9ns au reste être en état d'éruption formelle, on voit quelquefois, selon le témoignage de Spalanzani , la lave en fusion, à la chaleur rouge ou blanche, bouillonnante eï s'èlevant et s'abaissant tour à tour. Souvent il se forme de gros bouillons qui crèvent avec le bruit du tonnerre et laissent échapper un torrent de fumée. Ce qui entoure les volcans est de la cepdre volcanique, des laves, des rochers calcinés que le volcan a vomis, et si ce cratère dépasse la ligne des neiges éternelles, toute Ta- |>reté du cHitiat, toute l'austérité de ces régions se joint à ces teintes sombres pour composer un tableau de destruction le plus triste et le plus rebutant de toute la pâture*

Mde. de L. Vos descdptions , monsieur de P., ne sont pas riantes aujourd'hui.

Mr. de P. Voyons si vous trouverez, madame, plus de goût à celle des matières volcaniques, et commençons par les lares y principale production des volcans. On a longtems été embarassé de donner une définition des laves, tant elles sont variées. Pour nous,

424 QUATREVmGT DIX JŒVVŒMB ESTFaETUSK.

nous Dour tirerons plus aisément d'affaire en nommant Lape toute masse minérale qui est sortie du volcan en état de fusion et se durcit en se refroidissant. Au restjs ne croyez pas que les laves, pour avoir été fondues, soient une espèce de verre noirdt're; rarement elles sont vitrifiées. Quand on les casse la fracture offre des suFr faces plus ou moins unies , quelques fois terreuses « jamais luisantes. Leur couleur est plus ou moins noirAtre tirant sur le verd ou sur le brun. Elles sont, de même que les rochers dont elles sont formées, composées désir lite, d'argile, de deutoxide de fer aux quelles se joint pn peu de chaux, de soude et de potasse.

Il est difficile de déterminer au juste la température des laves « par ce qu'elle diminue à mesure que le tor^ rent les éloigne de la source. Au reste vous croirez k peinequ*il y a eu des Naturalistes qui ont prétendu que, quoique les laves aient la chaleur rouge, cette température n'est pas grande, assignant la cause de la fluidité des laves à une substance qui s'évapore à l'air, apparemment par ce que la surface d'un torrent de laves se refroidit assez vite et charrie des glaçons sur les quels on peut faire quelques pas sans se brûler. Mais des observations exactes ont prouvé que les laves du Vésuve, qui ont déjà atteint les petites villes situées autour de ce volcan , y fondent l'argent. Or ce métal n'est fusible qu'à 1316 degrés R. Ainsi nous poiivons admettre sans courir risque de nouç tromper, que la températu|:e des laves, ^u sortir du cratère, est au moins de 1400 de?

grés R.

Mr. de R. Quel torrent que celui de ces laves

QUATREVIKGT DIX NEUVIEME ENTE£TIE2y\ 4^5

brûlantes et quelle knpëtuosité ne doit -il pas avoir, tombant de si grandes hauteurs !

Jdr. de P. Pardon, monsieur de R. La vitesse du cours de ce fleuve de feu est très petite à c^use de la grande viscosité du fluide, qui augmente par le rér froidissement à mesure que la masse s'éloigne de sa source. Les laves du Vésuve, sur le penchant de la colline, n'ont qu'environ 2 pieds de vitesse par seconde, et dans la plaine i^ pouce. Au reste cette vitesse est différente à différentes profondeurs du lit; car les couches supérieures , qui se refroidissent plus vite, ont un cours plus lent que les inférieures qui conservent leur fluidité plus longtems,

Lp jeune de L, Mais le sol réfroi(}it ^ussi les couches inférieures»

- Mr. de P. Assurément, mais peu, et bien moins que l'air et le vent (que cette chaleur même occasionne) ne refroidit les supérieures ; la plus grande vitesse est en effet dans Tintérieur, mais bien au dessous du: milieu de l'épaisseur de toute la masse coulante.

Les laves sont tantôt compactes, tantôt poreuses et chaque écoulement d'un volcan fournit les deux espèces à la fois. La partie inférieure du torrent est compacte et la porQsité du reste augmente de bas en haut, en sorte que les couches supérieures ont des trous de la grosseur d'un bout du doigt et plus. Et ce qu'il y a de bien remarquable, c'est que ces trous ronds sont allonr gés dans le sens de l'écoulement ; Le grand axe de ces sphéroïdes creux est précisément parallèle à la direction de I9 marche des Uves ; d'oii Ton peut conclure en

toute sûreté de la position de cet axe à la direction, Cet allongement des sphéroïdes est évideuinieut un effet de l'inégale vitesse des couches.

Mlle, de L. Mais d'où proviennent ces vides dans des masses qui d'ailleurs doivent être compactes?

Mr, de P. De rhumidiië du sol qui, à cette haute température, se change en une vapeur d'une très grande élasticité. Tant que la lave a assez de fluidité pour Iais« ser monter cette vapeur, elle conserve sa compjactilité; mais là où la viscosité augmente, la vapeur commence à se former en petites bulles qui gagnent en grosseur à mesure qu'elles montept. Un calcul assez simple prouve que l'humidité du sol fournit une vapeur de bien plus de dix fois plus de volume que celui des pores çle la lave, et que le surplus doit produire celte fumée qu'on voit s'échapper des laves pendant leur écoulement. Au reste il n'est pas moins vrai que In lave elle-même fournit des vapeurs de souffre, d'acide sulfureux d'acide muriateux hydrogéné et d'autres peut-être, encore inconnues ; et si le courant passe sur un sol végétal , il se joindra à ces vapeurs de l'acide carbonique et du gaz hydrogène ou pur ou carboné, produits par la com* bustion des plantes: toutes bonnes choses, bien faites pour se mêler à la vapeur d'eau et produire l'odeur puante ({ue la surface des laves coulantes exhale.

Les laves ont un caractère minéialogique tout parr ticulier. Elles contiennent une grande quantité de cristaux de deux espèces. Les uns, nommés  agites^ sont de petites colonnes à six pans, terminées à chaque bout par de petites pyramides quadrangulaires ; leur cpuleur

(sst le yerd ionci^ Les autres, nommés Leucite^y sont composés de deux pyramides quadrangulaires^ unies par leur base. lis sont presque transparents et blanchâtres , et contiennent tous un petit augite. Toutes les laves contiennent ces deux espèces de cristaux , excepté la lave vitrifiée, où U vitrification les a confondus avec le reste de la masse. Ils sont moins fréquents dans la lave poreuse, et si fréquents dans la lave compacte qu'ils y font la majeure partie de toute la masse. Tous ces cristaux sont situés dans la lave de manière que leur {ongueur se trouve dans la direction du courant, et ceux qui touchent la surface intérieure d'une bulle dans la laye poreuse, perdent là leur forme naturelle pour prendre celle de la bulle.

Le Comte C. Ce qui*semble prouver que la formation des bulles est antérieure à celle de ces cristaux, et que les cristaux se sont formés pendant l'iécoulement des laves.

Mde, de L. Je n'eusse pas imaginé que ces torrens puants de l^ves , vomis avec tant de fracas par les voU jcans, eussent une structure si singulière. Mais il fatit s^attendre à tout ; la Nature est si riche !

Mr. de P. Vous concevrez donc, madame, aiséinent que les l^ves doivent être extrêmement variées, soit en raison de la .nature des substances que le volcan travaille, soit en raison des degrés de chaleur aux quels elles ont été exposées, et des mouvemens qu'elles ont subi dans le volcan, soit enfin en raison de la plus ou nioins grande lenteur du refroidissement, qui dépend de l'épaisseur des couches. Qp distingue quelqup^

4^8 QUATREVINGT DU^ NEUVIEME ENTRETiEV*

unes de ces variétés, dont la principale est la pierre ponce, qgi| comme tout le monde sait , nage sur Tean, le volufne de ses creux, également alongës dans la di-^ rection du courapt, ët^nt assez copsidérable pour cela, EHe se distingue des autres laves en ce que la silicQ do^ mine dans sa composition plus que dans celle des aur très laves, en ce qu'elle n*a que peu ou point d'augites et de leucites, et qu'on y tropve assez souvent des graips de feldspath , de mica , d'jamphibole etc.

Mde. de L. De quels noms étrangers nous rëgOr lez-vous, monsieur de P.? Faudra rtr il apprendre ett<r core une nouvelle nomenclature f

Mi\ cie P. Cela n'est pas douteux. Carsinont voulons connoitre Tintéri^ur de la terre, il faudra des noifis pour les pierres et les roches dont il est formé. Comptez au reste, madame, sur ma discrétion à ce( égar(]l. Pour le présent continuons à considére|r les dér jections des volcans. Les laves, travaillées daps le sejn de ces terribles usinas, n'en sortent pas toujours en forme de fluide. Une partie de leur niasse, la plus grande assurément, s'j coagule déjà et y est concassée en morceaux qui varient de la grosseur de plusieurs pieds jusqu'à la plus grande finesse. • La partie la plus déliée de ces matières, particules pulvérulentes de cou« \èhv grise, qui s'éclaircit souvent presque jusqu'au blanc, porte le nom de cendres volcaniqiLea. Les par« ties moins fines se nomment sables volcaniques et les plus grosses, scories et pierres. Quelques unes de ces pierres , lancées souvent a des hauteurs très considéra^ blés au dessus du volcan, crèvent d^ns l'atmosphère e% fe nomment bombes volcaniques.

QtJATilBVINGT DIX NEUVIEME BMTRETIEK. 4^9

Les matières sabloneuses retottibent près du volctn, le vent ne pouvant pas les mener loin; il en est de même des cendres lorqu'il ne règtie pas un vent gênerai pendant l'ëruption. Mais lorsqu'il règne un vent considérable 5 alors les cendres sont portées à de très grandes distances. Lors de l'éruption de Ttlécla en 1766 dies atteignirent Glaumba à 5o lieues du volcan, et celles du Vésuve en 1794 furent portées en Calabre à une aussi grande distance, qu'outrepassent souvent les cendres dés Volcans d'Amérique. Leur quantité est quelquefois si considérable, qu'aux lient ob elles se portent, le soleil en est tellement obscurci qu'en plein jour 11 est non seulement impossible délire, mais même il faut s'éclairer dans les rues par des flambeaux pour ne pas se heurter contre les maisonsi

Toutes ces matières concrètes se trouvent souvent réunies en une seule masse par de fortes pluies ou même déjà par les eaux du volcan, au moment de leur prd* jection^ et forment ce qu'on nomme les tufs volcani^ ques. La poucolane, le trafa et autres sont comptés au nombre de ces lj>rèches. Les eaux bourbeuses, que vomissent surtout les volcans d'Amérique, sont propre^ ment des tufs délayés au moment de leur formation dans une très grande masse d'eau.

Enfin les volcans vomissent encore du sel marin, du soufre^ des sulfates de fer et quelquefois de cuivre, €t les laves livrent une telle quantité de muriate d*amo« niaque (salmiac) que les habitans des environs du Vé^ suve en 1*794 ^^ recueillirent plusieurs centaines de quintaux. Il àe forme en cristaux très variés dans les Crevasses des laves^

430 QUATRJSVmGT DIX NEUTlEME ENtilETIENi

Mais quittons ces ënumërations pour obsénrer lé phénomène de l'éruption volcanique dans toute sa nia<* jesté. On prétend que les animaux sont plus tôt in« struits de son approche que l'homme et témoignent de la crainte et de Téfroi. Des bruits souterrains, accom^ pagnes d'un dégagement de fumée plus qu'ordinaire, en sont les avant-coureurs. Ces bruits ressemblent tantôt à des salves d'artillerie éloignées, tantôt à des mugisse^ mens sourds j mais violents. Peu à peu ils redoublent de fréquence et de force; la terre tremble jusqu'à plusieurs lieues de distance^ le volcan lui-même semble s'ébranler. Tout-à-coup une explosion souterrainei* plus terrible que les précédentes, commence l'éruption, li s'élanee une colonne de feu de tout lô diamè^ tre du cratère et de plusieurs milliers de pieds de bau« teur^ accompagnée de pierres , de scories, de sables et surtout de cendres. Les pierres et les scories brillantes sillonnent la colonne de feu et l'atmosphère voisine^ où elles se meuvent dans de grandes paraboles, que suivent également des quartiers de rocher qui quelques^ fois Grèvent dans l'air avec le fracas de la bombe^ Les sables et les cendres s'élèvent perpendiculairement et se répandent sur les côtes, formant comme un feuillage touffus au dessus et autour de la colonne de feu. Delà le nom de Pin pi nier (pians pinea) que les Italiens donnent à ce phénomène, dont rien n'égale Teffet, lorsqu'il a lieu de nuit. La colonne ou le tronc brille dé la plus vive lumière, dont les reflets se répètent mille fois et sous des aspects toujours variés sur les nuées de Gendres et de sable toujours emportées et toujours renouvellées, tandis que les mugissemens souterrains et

les iremblemens de terre continuent. L'Mmosphère ne reste pas spectatrice tranquille de cette scène terrible. Le tonnerre se fait 'entendre; la foudre sillonne Tair et les masses de cendres et de fumée; les nuages des atmosphères voisines se précipitent avec la violence de l'ouragan sur le théâtre de ces explosions; dés torrens de pluie inondent et dévastent la contrée; même la mer se ressent de ces convulsions, non seulement par le frémissement du sol, mais encore par des dégage» mens de gaz méphitiques qui, en s'élevant du fond de la mer, submergent les vaisseaux, font bouillir Teau et tuent les poissons de cette contrée.

Petit à petit, après plusieurs heures ou plusieurs jours, la colonne de feu diminue et fait place à une toloniiè opaque de cendres et de sables, couronnée des mêmes matières, qui bientôt diminue elle-«meme et dispa* roit eniin; la Nature semble avoir épuisé ses forces destructives. Mais ce n'est qu'un moment de répit; de nouvelles d^tonnations annoncent de nouvelles fureurs. Un torrent de lave brûlante découle du cratère et forme un fleuve majestueux, qui, quoique couvert de nuages qu'il produit lui-même, offre cependant à Toeil effrayé sa terrible couleur de feu. Sa marche posée et lente ne se laisse arrêter par aucun obstacle; leHeuve igné brûle et écrase tout ce qu'il remontre et se creuse souvent un lit profond dans les antiques masses de laves que les siècles passés oiit accumulées. Peu à peu l'é-^ coulement de Ja lave diminue et se termine par une iuite de jets interrompus aux quels succède enfin une déjection de sables, de cendres et de vapeurs.

Telle est l'idée générale du phénomène d'éruption^

43^ QTJATRBVINGT J}lX NEUViElIlE £NTR£TIENi ^

lorsque le cratère ëtoît ouvert; t)hënoujène qui *oU« vent se renouvelle à plusieurs reprises clans des intervalles (le plusieurs jours et avec difTérentes modifications. Mais si le cratère e'toit fermé, alors la grande commotion, qui commence l'éruption, en fait sauter la voûte, et quelquesfois son sommet, comme cela a eu lieu au Vésuve et au Gapa-Urka. Si cette voûte rë-t siste^ le flanc de la montagne crève et répand d'abord le torrent de laves mêlé de pierres et de scories. Mais alors ce n*èst pas un écoulement simple comme il a lieu au sommet; c'est iln jet parabolique lancé avec vio* lence, qui, vers la Hn^ se change en un écoulement lent et Unit également par de petits jets interrompus aux quels succèdent de plus grandes masses de sables et de cendres que dans le phénomène précédent. Ces dernières éjections de laves forment ordinairement sur' le flanc de la montagne un cône qui a son cratcr à part. .

L'éruption étant finie, on observe de nouveaux phénomènes désastreux quoique moins éclatants, comme si le volcan, irité de ne plus pouvoir exercer sa fureur, ouvertement , se plaisoit à nuire encore en secret. Des miasmes mortels, qu'on nomme mofctes, traversent à di« vers endroits la croûte de terre des environs par des crevasses presque imperceptibles, qui s'étendent jas« qu'au foyer du volcan. Ces exhalaisons ne s'élèvent que jusqu'à 4 ^^ 5 pieds de hauteur^ et malheur à l'homme, au bétail ou à l'oiseau qui se trouva enve* loppé dans leur atmosphère! Une fuites subite peut seule les soustraire à la mort.

Jklde» de L, Vous venez de nous donner une de^ scription bien effrayante des éruptioils volcaniques.

QUATRByiNGT DIX MBUVIÂMB ENTRBTIBN.. 433

Mais j'avoue que Tidc^e d'expliquer ces phënoînènes gigantesques lie m*effraye pas moins*

Mr. de P. Aussi cette explication ëst-elle tin deà plus beau triomphes de notre Science. Pour ne pas nous perdre dahs ce labyrinthe d'effets si surprenants et si variés, nous distingueronà les phénomènes qui proviennent immédiatement du Volcan^ dé ceux que Ton doit à la présence de l'atmosphère;

Mr. de L. Vous oserez dotiè nous donner la ihéo-^ rie des volcanéy nous introduire daùs l'intérieur de <:e8 usines colossales dont l'activité bouleverse des pro^ Tinces entières; vous oserez nous découvrir la nature de ces forces souterraines y dont l'imagination; a peine à se faire une idée?

Mn de P. Oui , Général ! Àii moins Vous dohnëi*ai-]é une hypothèse fondée sur les principes de la Mécanique et de la Chimie, qui résoudra avec facilité tous les problèmes que l'action des Volcans nous offre. Noua faisons Inatéher la Mécanique en avant pour déblayer le terrain et nous fournir urie base sure sur la quelle àtk puisse construire lë reste;

Le pl6 de Teyde a envii^on 2066 toisés <le hauteur et tout atteste qu'il a découlé autrefois des laves de sod iommét. Nous deVons conclure de là <}ue la force, qui agit dans le foyer du volcan ^ doit pouVoi^ élevet une colonne de lave jusqu'à cette hdutéur; et comme l'ëcôulement àei lavés est continu pendant plusieurs heures et souvent pendant plusieurs jours, il n'existe point de mécanisme qui puisse ^produire cet effets qu'une pompe foulante^

434 QUÀTREVmGT DIX NEUVl^MB ENTRETIEN.

Mdel de L. Hé! monsieur de P.! Quel cylindre et quel piston fabriquerez-yous pour cette pompe fou« lame?

, Mr. de P. J'en laisse le soin à la Nature, qui s'eii est parfaitement bien acquittée. Supposez qu'elle ait établi une grande caverne, non pas directement au des* sous du volcan, mais au dessous et de côté, et un ca* nal partant du plus bas point de cette caverne et s'étendant en ligne courbe jusqu'au volcan ou plutôt jusqu'au lieu où le volcan doit se former* Voilà la pompe construite. Le gaz ou les vapeurs contenus dans la ca« verne seront en même tems le piston et la force ^ et tout ce qui seTormera dé matières liquides ou de débris sera forcé de monter par la force élastique des gaz et des vapeurs , si cette force est assez grande. Voici un dessein que j'ai l'honneur de vous présenter (table IV) où j*ai exprimé cette idée. Ne vous souciez pas des di« mensions; nous en parlerons tout-à^-I'Iieure. Je suppose que la grande caverne, que vous voyez à droite^ ait déjà sur son fond une grande portion h km de lave brulalite et fluide, il est clair que l'élasticité des fluides aériens, pressant sur cette lave, la forcera de montes par le canal gS p e et de s'écouler tant que le réservoir de lave suffira et qu'en suite viendront les cendres, les sables, les scories, les pierres, qui nagent sur sa surface.

Le jeune de L. Les scories et les pierres sont eU les plus légères que^la lave?

Mr. de P. . Assurément. On voit les scories de lave nager sur la surface des laves liquides, dont la pe-

QUATREVmGT DIX NEUViéME EN T RE T IE N* 435

santèur spécifique est 3? tandis que celle de la plupart des pierres est environ 23. Mais fe continue. Vous Toyez «également que, si Tamas de lave fondue n*e&t pas assez grand pour fermer l'ouverture h du canal, il s'établira un courant de fluides ^lastiqué^ d'une vitesse ëoorine qui enlèvera les cendres ^ les sables et même les pierres qui couvrent le peu de lave fluide que la caverne récèle; et que, si le procès volcanique accumule la masse de ces laves jusqu^à ce que l'ouverture h se ferme, alors c*ést la lave qui monte ^ tomme fe viens de Vous lé. dire.

Mr. de G; Je seiis que ce mécanisme et possible et qu'il explique les alternatives de déjections de laves fluides et de matières Concrètes;

Mr. de T. J'observe que ce mécanisme est nori àeulemeat possible ^ mais que la Nature /lous l'offire en effet; Que peut être la caverne immense que nous avons découverte par les expériences de la Condaminé Aous Quito ^ si ce n'est le foyer du Pichincha?

Mr. de Li Ce rapport est frappant* Mais cependant i ; ; ; •

Mr. de P. N'oubliez pas, mon Général, que ta Physique de la Terre n'eu qu'un système d'hypothèses. La seule preuve qui pourvoit changer cette hypqthèse en une vérité démontrée, consisteroit à descendre dans le canal du volcan jusqu'à là caverne, et je doute que même toute votre intrépidité militaire vous séduise jamais à faire ce voyage souterrain. — Mais allons plus ^loin et cherchons à quelle profondeur au dessous du cratère cette caverne pourra se trouver, par ex; pour

43^ ^VATHBTINGT DIX HSVTlififB BNTHBTUUtf.

le pic de Teyde, iorttié^ cothme' lë Vésuve, par ses propres déjections *)« La voûte de cette caverne doit résister à un effort c^ soulève une colonne de lave de 2O0O toises; ce qui fait une force mécanique de a*52K>|000 livres par pied carré de la surface intérieufe de la voutCé L'épaisseur de cette voûte doit donc être très considérable, et vous sentez, que la hauteur per*> pendiculaire du canal doit augmenter non seuieilient de cette épaisseur, mais aussi de toute la hauteur de là ca^ veme; ce qui augmentera le poids de la colonne de lavd et partonséquént l'élasticité qui la fait écouler ^ et cela dans la proportion des hauteurs. Si nous considérons en outre qu^une gratide pai*tie des masses qui coiilpoàent lil croûte de hotre globe ne sont ni horizofi*

taies ni toutes d'une pièce, mais inclinées et àouvént crevassées, vous fugerez que la voûte d'une pareille caverne doit avoir tout au moins 4000 toises d'épaisseuf^ et nous pourrons accorder aooo toises pour la hauteut de la caverne.

Mr. de R. Mais ce sont des dimensions outrées!

Mr. de P. Pardon} pas du tout; car en les sup* posant telles, nous avons pour le pic de iTeyde une hauteur de lave de 8000 toises à supporter et seulement 4000 toises de rochers pour l'équillibre^ qui ne suffiroit pas à la moitié du contrepoids nécessa're, si la Nâtufe û'âVoit èompté sur la résistance que fournit la

*) Gel^ te proùirerâ dans la Géologie. Le cdae Mt èôitipds^ A a a cime en grande partie de laves» k aa partie iofcérieure de baaalt^ • aùf tùi hixïQ de «faaiut.

ÇUATRBTINGT BIW VSJPTvtMB U MTB niUB . 437

cohésion. Mais cette rësistanpe est a/Foiblie, comme fe viens de le dire, par la structure des rochers qui composent l'écorce de notre globe et ne doit pas être évaluée trop forte. Quant à la hauteur de la caverpe, retournons à Quito pour un ipoment. Nous avons vu que cette caverne, si elle étoit entre le niveau de Quito et celui de la mer, auroit un espace de i^ mill# géographique cube, c. à. d. de plus de 67 mille millions de toi$es cubes. Or d'après ce que nous venons de «Jire sur la profondeur à la quelle ces cavernes doivent retrouver, cette profondeur sera a§ fois plus grande, et son volume doit parconséquent être en raison du carré des distances, ainsi 6^ fois piMS ^rand ou égal k 7I milles géographiques cubes; et il est aisé ^e déduire de ces données qi^'une caverne de ce volupae etdeaooo toises de hauteur i|ura un diamètre environ 8 à 9 fois 4ussi grand que la hauteur et pourra ressembler assez bien à celle aue j'^i dessinée sur çefte feuille, Vous trouvère^; cette profondeur et cette grandeur des ca- Terpes d'autant rnoins outrée, si vous considérez que les <)étoni7ations déms le foyer du Vésuve, un des petits volcans, causent, lors des éruptions, des t|rein1>l^ ment de terre qui s'étendent quelquesfois jusqi^'à plua de 50 lieues et celle des grands volcans jusqu'au dopble et triple de cette distance , et <|u'il faut dope une niasse énorine de rochers au dessus de la caverne pour résister i fine force qui cause de pareils bouleverseipeps. Enfin il faut bien assigner une place aux masses si considéral^les de laves, de sables e|; de cendres volcaniques déjettées et dont une partie a servi à former les montagnes volcaniques elles-mêmes,et> souvent leurs environs.

Mr. de R. Je me rends , je me rends ! Ne m* é? crasez pas squs le poids de ces masses^

Mr. de P. Je pourrois encore vous jetter à la tête le rocher que La Contamine a découvert^ lancé par le Cotopaxi à trois lieues de distance; ce qui exige, dans la supposition que l'angle de projection eut été de 75 degros, et sans compter la résistance de Tair, une force papable de porter une colonne de lave de 6900 toiset de hauteur. Mais je préfère vous laisser en vie et cliercher avec vous la cause de ces forces prodigieuses qpi se déploient dans les foyers des volcans ^ ce qui |iou$ transportera sur le théâtre de la Chimie.

Le feu, ou plutôt la chaleur, est si évidemment I0 principe des opérations volcaniques, que les Anciens avoient fait des volcans les ateliers de Vulcaîn, où ce Dieu enfumé, entouré de ses Cyclopes, forgeoit les foudres de Jupiter et les armes des Immortels. Mais la chaleur seule, agissante sur les masses de rochers qui tapissent les cavernes, ne suRit pas à produire les phénomènes volcaniques. L'eau n'est pas moins nécessaire^ et nous savons qu'elle arrive au foyer, puisque la moindre activité du volcan dégage des vapeurs aqueuses, et les éruptions des volcans d'Amérique et de quelques uns d'Europe vomissent des quantités immenses d'eau. Nous savons en outre que tous les volcans encorn aciifs sont à proximité de la mer, les plus éloignés (ceux (lu Pérou) n'en sont qu'à une trei\l^aine de lieues; et l'acide muriateux hydrogéné et la soude, comme objets de déjections, indiquent la présence d'eau salée. Mais surquoi ferons -nous agir la chaleur et

QUATREVINGT DIX KEyViéME ENTRETIEN. 439

Teau? — La fameuse expérience de Lemerj nous l'apprend.

Le jeune de L^ Ah! le volcan en miniature.

Mr. de P. Précisément, Le soufre et le fer sont les matières qui, mises aux prises avec la chaleur et l'eau, produisent les éruptions. £t la Nature conlirme cette hypothèse en nous offrant, outre les matières pierreuses, du soufre, du fer oxidé et du gaz hydrogène, comme objets des déjections. Et comme en outre (elle nous offre une grande partie du fer, qu'elle nous livre dans les mines, sous la forme de sulfures, nous pouvons admettre à juste titre que les opérations Yolcaniques sont dues à la décomposition de grandes masses de sulfure de fer qui tapissent le fond de ces ca- Vernes, qui servent de foyers aux volcans. Ainsi il doit ou peut s^ former un volcan partout où il se trouve du sulfure de fer à la profondeur requise et où l'eau peut pénétrer et pénètre réellement. Le célèbre Werner a récusé les sulfures et mis les charbons de terre à leur place. Mais outre que cette hypothèse ne cadre point avec les phénomènes, elle n'est que la suite d'une autre' hypothèse géologique insoutenable- de ce grand Minéralogiste.

Pour vous orienter d'une manière générale dans les opérations chimiques que nous avons à détailler, jettez un coup-d'oeil sur notre dessein (table VII). La masse nlpqr représente les sulfures qui forment le sol de la caverne. Je suppose que l'eau vienne du côté droit X et se répande sur les sulfures, qui, d'après les principes de l'action de ce fluide sur le soufre et le ftr, dé-

44^ QUASUBVINGT DOL VBUVuAhB ENTILBTI£9«

ImII^ à Toccasion de rexpërience de Lemery, pro? dttin de l'acide sulfureux , oxidera le fer et excitera U chaleur rouge dans la masse des sulfures ei^posés à cette action, ce que j'^i exprimé par la teiute l^lanche qu^ borde cette passe, nkh reprjéseptè }a li|ve liquide foulée parles guides aërifornies qui I9 couvrent, le long ()u can^l gSe jusqu'au critère, d'oj:^ elle découle et forme de ses couches le volcap qui Vest élevé dans le cours d^sièclfss jusqu'il U hauteur qu'il a au dessus du fiiveau abcd de U mer. Le cas où le cratère fermé ré* liste à la violence de Taçtion volcanique et force la l^ve (le former uqe crevasse dans le Q^nc de la inontagne e( ^e s'écpuler en forme de jet d'^^u , est également rer présenté d^ns ce^te ^gifre par le courapt eouvvr. En&q. ]e canal ferrpé fqi représente Ip chemin que la lave fyoit pris jadis pour foriper le yolcan éteint B. La lave qui le pomblpit à sa d^rni^f^ éruption s'étant figée dan^ le canal et ayaqt p^r là soudé les surfaces des roches qui le forippient, Téruptiop suivante 9 du 3e frayer le chemin plus facile S p^

L'action des sulfurei^ sur )'e^u difcompose ce fluide. Spn oxigèqe sert a produire l'acide sulfureux et à o^ider le fer. L'hydrogèpe s'en sépare en forme gpzeu^e et remplit la caverne. Voyons si l'élasticité de ce gaz et du gaz atmosphérique qui pou voit s'y trouver, fournit la force qui produit les léruptions. Si l'on considère ces g^z comaie se trouvant à une profondeur de 6000 toi&es au dessous du pi veau de la mer, le calcul donne 139^ poupes de mercure pour l'eirpression de leur élasticité à la température moyenne. Un second Calcul nous apprend que ce gaz devroit s'échauffer jus-

<{UATlUSVmpT DIX NEUVIÈME EKTR^TIEK. 44 <

qu'à 175210 degrés T\. pour g^gP^r une éUsticité capa- )>le de supporter une colonne de Ipve de 8000 toises de hauteur^ température qui surpasse douze fois celle qui fait fondre le platiue.et laSfois celle que nous ^vops ob-r aeryëe ^ux laves. Ainsi Télasticité des gaz ne suffit pat à beaucoup près pour rendre con^te des phënominea mécaniques des ëruptions. Mais comme ces phënoiipènes nous offrent constampient de la vapeur d'eau et piusif^urs de Teau liquide, il faut supposer que Teau^ qui arrive au foyer volcanique 9 n'est pas toute décom* posée paf les sulfures, mais qu'il s* en échappe beau* cpup en forme de vapeur et qu'il en reste même une portion qui n'a subi aqcun cl^augement que d'être chaufr fée à un degré bien sifpmeur à celui de l'eau bouillante k la surface de la terre, puisqu'elle est OQ)fpprimée noi| seulement par la colonne d'^ir de 6oqq toises de hauteur et du reste de l'atmosphère ^ ipais aussi pa^ l'élastlcitfi des gaz et d® 1^ vapeur d'eau qui se forme.

Mdç, ,4e I^f Veuille^ m'ezplic^iier çpU up peif mieux*

.Mr. de P* Resso^venejK vous, madame, du petit canon à ysp^ur que je vous ai décrit autrefois. Le bouchofi partît, chassé par l'élasticité de la vapeur, produite par la chaleur donnée à l'eau, qui devoit avoir acquis bien plus de 80 degrés R., l'élasticité qui corl'espond à la température de 80 degrés n'rgalant que la pf^Hsîonde ratfpQsphère et pe pouvant nullement chas? série bouchon. Et la vapeur, ayan^ obtenir ce degré de chaleur comme l'eau, celle-ci a du garder sa liqui? UM que le bouchon ne partoit p4s > quoique 1# '

444 QUA'niBVmGT dix KBDVIÂME SNTRETlEir.

leur arrivera enfin à de très hauts degrës ; le rocher qui forme la caverne sera liquéfié et fournira de la lavej Télasticité des gaz pressera contre les parois de la caverne et en élargira la fente, qui fournira à présent plus d'eau; et ce surcroit d'e^u augmentera subitement le procès chimique et tous ses efi^ets. De là les détonliations dans la caverne et les tremblemens de terre qui élargissent et rétrécissent tour à tour la fente qui fournit l'eau. Ces opérations violentes ayant surmonté les obstacles qui s'opposent aux déjections par le cratère, Ter ruption commence; les gaz, les cendres, les sables, les pierres s'élancent hors du volcan et la lave leur suc* cède dès qu'elle s'est accumulée au poii^t de iremplir Torifice inférieur bg du canal.

Mr.deG. Expliquez nous, mon cher ami » la for^ mation de ces cendres , de ces sables et scories volca« aiques, que nous ne comprenons pas.

Mr. de P* Supposez qu'il existe défq une masse de lave fondue et brûlante au fond de la caverne. L'eau froide lancée sur sa surface, la refroidit subitement et la brise en une infinité de parcelles plus ou moins fines. C'est cette déci'épitation qui forme toutes ces espèces de matières concrètes. Quant aux q uartiers de rochers qui prennent la même route, ce sont des morceau^ entiers des flancs ou de la voiue de la caverne, qui tombent sur le fond près de l'embouchure du canal et ne subissent que de foibles changemens, l'action du procès volcanique n'ayant pas le tems de les changer en laves,

Toutes ces opérations , où le froid et le chaud se font une guerre si violente, ne peuvent être que tumulr {}|€i;ses; la lave eit agitée, comme une mer orageuse.

QUATRBYmOT DIX HEÙVlâftlB SMTRETIBl?. 445

les gaz et les vapeurs excitent des ouragans à sa surface et balayent dans le creux immense de la caverne les cendres et les sables, et le soufre qui se dégage des suturés décomposés.

A l'aspect de ces mouvemeùs violetits des sub« stances concrètes dans l'intérieur de la caverne, ne doit-on pas supposer que ces substances seront sou« ▼ent chassées dans la fente qui fournit Teau, la cimenteront et arrêteront l'écoulement en tout ou en partie 9 fusqu'à ce que la chaleur ait fondu ce ciment de nouveau et rétabli l'écoulement qui sera d'autant plus abondant que, la source en étant tarie pendant quelque temsy l'élasticité de la vapeur a du diminuer. Cet effet est d'autant plus certain que ce sont précisément cet matières qui, vomies hors du volcan et mouillées par les pluies , forment les tufs volcaniques , le meil« leur ciment connu pour les pierres et les briques , qui doit résister à l'acrion de l'eau. Il est encore possible que des laves ^ découlantes dés parois de la caverne, passent sur Cette fente et Id ferment poui' un tems, soit à elles seules, soit conjointement avec ce ciment.

Cest probablement la même Mécanique qui fait cesser l'éruption \ il suait pour cela d'admettre que ce ciment soit entré dans la fente à assez de profondeur pour ne pas pouvoir être fondu tout-à-falt ; alors la cre* vasse feÉ'm^e , en entier ou pour la plus grande partie, ne fournira plus d'eau ou pas assez pour continuer l'é-^ niption. C!e n'est qu'avec le tems, lorsque les acides sulfureux ei liiuriateux Tautont Corrodé et dminCi au point qu'il ôe puisse pins supporter le poids de la co^ lonne d'eau qui pèse sur lui, que l'edu s'éCouIera dé

nouveau et reproduira une éruption; et vous sentez que cet intervalle de repos peut durer des mois, des ann^'es ou des siècles. Quant aux volcans éteints pour toufours, si nous en avons de tels, on peut supposer que la masse des sulfures, que la Nature avoit mise à leur disposition, est épuisée.

Lès jets de lave, qui terminent les déjections continues de ce fluide brûlant, s'expliquent facilement par notre figure ; car lors que la masse de lave ne suffit pins pour fermer entièrement Torifice bg du canal, alors il s'efcliappe une portioh de vapeurs et de gaz, ce qui diminue d'un peu l'élasticité de ceux qui sont renfermés, et fait que la lave contenue dans le canal ne peut plus se soutenir jusqu'à la hauteur du sommet et retombe. Cetie chute refoule les vapeurs et les gaz de l'intérieur et ferme en même tems l'orifice gh; et comme la production des vapeurs continue, leur élasticité s'accroît et repousse !a lave jusqu'à la hauteur du sommet, d'où elle découle pour un inoment. Cette opération se répèle plusieurs fois toujours en diminuant d'énergie; c'est l'effet du béh>r hydraulique.

Mi\ de y. Tout cela paroii s'accorder paifaiiement avec les lois de la Mécanique.

Mr. de T, Je suis du même avis. Seulement j'aimerois à savoir comment la caverne et le canal de déjection se sont formés primitivement.

Mr. de P. C'est une question à laquelle Je ne puis répondre que lorsque nous en serons à la Géologie. Quittons à présent l'intérieur du foyer volcanique, pour expliquer ce qui se passe au dehors.

Considérons d'abord la colonne de feu, aussi majes-

tueuse qu'eflFrayante. Elle ne peut-rire autre cliose que rinflammation du gaz hydrogène, produit par la décom- |)osition de l'eau. Celte inflammai ion ne peut pas se faire dans la caverne, où il n'existe pas un atome de gaz oxigène. Car tout Toxigène actif dans l'opcrdtion de la décomposition des sulfures provient de la décomposition de l'eau, dontl'oxigène est entièrement employé à acidi-^ ficer le soufre et à oxider le métal. Ainsi ces cavernes seroient complettement obscures, si elles n'étoient éclairées par la lueur sinistre des sulfures et des laves chauffées jusqu'au rouge. L'inflammation ne se fait donc qu'à l'embouchure du cratère^ aux dépends de Toxigène de Tatmiosphète, le gaz ayant la chaleur nécessaire pour s'enflammer, puisque nous avons vu dans le chapitre de la Chimie que la chaleur rouge du verre, à peine sensible de jout, snfHt pour enflammer le gaz hydrogène, chaleur qui se trouve encore augmentée par Tinflaimmation ellemême, qui au reste n'a lieu qu'à la circonférence.

Mr. de L, Votre volcan, monsieur de P., ressemble tout-à-fait à ces bouteilles où l'on dégage du gaz hydrogène qu'on allume à la pointe du tuyau. La caverne est le ventre de la bouteille, le canal en est le col et le cratère étroit est le bout du tuyau.

Mr, de P. Je souscris volontiers à cette comparaison. Mais considérons les effets de cette inflammation. La colonne de feu du Vésuve en 179} doit être évaluée à au moins 100 toises de diamètre, ce qui fait pour sa coupe horizontale 785o toises carrées; Or le calcul donne pour la vitesse avec laquelle le gaz hydrogène à la température moyenne (dont je suppose la pesanteur spécifique égale à -^^ de celle de l'air, parce

448 QUATRBVINGT DIX NBÛTléMB ENTRETIEN.

qu'il n'est pas pur) plus de a^ milliotis de pieds dani une seconde et pour le produit de gaz dan$ le même tems plus de 7 billions de pieds cubes ou 16,000 miU lions de toises cubes; ce qui suppose une consommation de gas oiigène atmosphérique de 8000 millions de toi« ses cubes ou d'entiron i-f lieue cube dans une secondé^ et de 4360 lieues cubes dans une heure. Vous concevez d*abord que le changement de i4i5âo lieues cubes de gaz oxigène et hydrogène doivent fournir une quantité énorme d'eau, que le calcul estimé à plus de 7 lieues cubes et (|ui d6it se précipiter en pluie* Or comme cette colonne de feu a duré plusieurs heures sans interruption , il est clair que cela seul suffit déjà pour

causer les inondations dtfsastreuses aux quelles les enviroEis des volcans soht sujets; même dans la sup^ position que la plus grande partie de cette eau, qui s'élève en forme de vapeur datis les hautes régions dé Tiitmosphère, soit emportée au loin par les vents qui y régnent. Mais ce n*est pas tout. Pour am-2 mener cette grande quantité de gaz oxigèue dans cef procès gigantesque, il ne faut pas moins que TapptoChé de plus de ^2,000 lieues cubes d'air atmosphérique^ qui y afrive avec lés huâges et toiitc la masse de vapeurs qu'il Contient et dont uùe grande partie se réduit en eau par l'extraction du gaz oxigène. Or comme nous savons que Télectridté est le produit de Toxidation et en général du changement de forme ^ il est clair que ces procès chimiques doivent produire une quantité énorme dVieôtricité ; et l'on conçoit aisément que la foudre qui en résulte doit sillonner la coloùne de feu et l'atmosphère des environs.

QVAWBylHGT DOC NEimiMK «TRimEX. 449

Jdr. de Ti Permettes moi àé vous demander corninent il est possible que de grosses masses de pierres soient projettëes hors du volcan, comme le quartier de roche du Cotopaxi^ avec une force qui Ta^ lancé à 3 lieues de distance et à plus, de 6000 toises de hauteur.

Mr. de Pi Vous savez que le vent ènlètre le sablé et le porte souvent fort loin^ tëmoih lés nuées de sable des déserts d'Afrique. Supposons le cas peu favorable à l'explication^ que le sable n'ait que ^ de ligne de diamètre et le vent une vitesse de 100 pieds, et cherchons quelle vitesse il devroit avoir pour enlever une masse de 8 pieds de diamètre; Comme l'effort du vent est en raison de la surface ou du carré du diamètre, et là résistance ou le poids en raison du cube des diamètres, la vitesse nécessaire du vent sera eix raison de 8 pieds à 3^ de ligne ou de 1 15^^ à i; Ainsi cette vitesse sera de 1*15^000 pieds dans une seconde. Or comme nous àvohs supposé que le gaz hydrogène qui s'échappe du volcan û'a^ à même température^ que -^ de la densité du gaz atmosphérique, il faudra mu-ltiplier cette vitesse par jo; ce qui doiine pour celle que ce gaz hjdrogètie doit avoir, pour enlever et transporter la pierre de 8 pieds de diamètre^ 11*5^20000 pieds par seconde; Mais là vitesse avec laquelle le gaz hydrogène sort du volcan a ét^ Calculée à plus de 23 millions dé pieds et est par conséquent double de celle qui étoit nécessaire J>oar enlever le quartier de rodié du Cotopaxi, qui^ tnt une route de plus de 8000 toises dans le cataal du volcan , doit avoir acquis toute la vitesse du torrent de ga£ hjdrogèy&e et auroit dâ parconséquent s'elèver à

plus de 8000 toises de hauteur, si la résistance de l'air n'eut retardé sa course parabolique.

Mr> de T, Permettez moi de vous objecter que la densité de -^^ de celle de Tair atmosphérique, que vous supposez au gaz hydrogène, ne peut être la vraie, vu l'énorme chaleur à laquelle ce gaz est exposé.

Mr. de P. Assurément.. Mais si je tiens ici compte de la dilatation du gaz par la chaleur, il faudra aussi en tenir compte dans le calcul de la vitesse avec la quelle il s'échappe; ce qui augmentera cette vitesse précisé-* ment d'autant; de sorte que nous aurons le même ré« sultat*

Mr. de T. Ah! oui. J'avois oublié que vous aviez fait le calcul de la vitesse pour une température moyenne.

Mr. de P. Si cette explication des phénomènes volcaniques vous a satisfait, madame, permettez moi de passer

Mr. de Ij. Halte! Nous ne vous lâcherons pas encore. Vous nous devez l'explication i^Q^ bombes volcaniques. Comment se font ces détonnations des quartiers de roche au milieu de leur course dans Tair?

3/r. de P. L'eau est la cause de ce phénomène. En tant qu'elle se trouve dans le foyer volcanique en état de liquide^ elle a une température de 1400 degrés R. et se trouve sous une pression qui égale 45oo fois la pression ordinaire de l'atmosphère. Cette force la fait

pénétrer dans les pores des roches détachées des parois et de la voûte de la caverne, quî^ lorsque ces blocà sont arrivés dans l'atmosphère, se trouve débarassée de cette forte pression, et se change en vapeurs dans Tin-* térieur de ces masses avec une force élastique proportionnée a la chaleur qu'elle a conservée. C'est cette force, supérieure à celle de la poudre à canoa, qui cause ces explosions autour du volcan et offre le phé^ nomène des aérolites détonnants,

Mde de L. Eh bien! voilà inon mari satisfait!

Mr* de P. Mais moi pas^ madame. En retour de la violence qu'il m'a faite, fe vais vous donner encore-ce soir, si vous le perm*ette2, l'explication des tremblemena de ferret

Mde, de L. Je serai charmée de cette revanche à là quelle nous gagnerons tous.

Le jèuhé dé L^ Le ptoblème ne me pdroit pas difficile à résoudre. Les éruptious des volcans causent dés tremblemens de terre. Ainsi nous pourrons considérer les tremblemens de terre coiïime des opérations volcaniques sans érupricâ.

Mr. de P. Vous avez assurénlent raison; néanmoins cet objet mérite une attention plus particulière^ Commençons par la description de ce phénomène souvent plus terrible encore que celui des éruptions volcaniques.

Les secousses sont de deux espèces. Les unes sont courtes j presque instantanées, semblables à des choe-

452i QUATREVINGT DIX NEUVIEAIE ENTRETIEN.

ri^pëtés plus ou moins rapidement. Les autres sont de plus longue durée^ de sorte que la terre se trouve affectée d'un mouvement ondulatoire. Ces mouvemens sont accompagnes de bruits souterrains comme dans les érup-^ tions. II se forme des fentes presque imperceptibles qui dégagent des gaz méphitiques. D'autres fois ce sont des crevasses d'où partent des vapeurs^ de la fumée et souvent de la flamme { et même" il se forme quelquefois de petites montagnes ou de petits volcans. Les secousses ébranlent et renversent souvent des maisons et des villes entières^ font écrouler des montagnes, font disparoitre des sources , des rivières et même des lacs. La mer, si le foyer du tremblement de terre est dans se& environs, éprouve de fortes agitations qui submergent les vaisseaux qu'elle porte. Au reste le siège ordinaire de ces phénomènes n'est pas toujours dans le voisinage de la itiei;, mais toujours dans un pays montueux.

Les désastres produits par ces phénomènes sont im* menses. Le tremblement de terre de 1746 détruisit Lima et Callao et bouleversa tout le Pérou. La mer fut tellement agitée qu'au port de Callao elle submergea 9J5 vaisseaux, se déborda jusqu'à plus d'une lieue où elle porta 4 ^titres vaisseaux qui y restèrent à sec. Celui de 1755) détruisit Lisbonne, se fit ressentir au même instant à Tisle de Ténériffe et aux autres Canaries, sur toute la côte septentrionale de l'Afrique, au travers de toute l'Europe jusqu'en Gronland^ et de TEurope jusqu'en Amérique. Celui de 1783» qui dévasta la Calabre et une partie de la Sicile, se fit sentir jusqu'à une distance de 500 milles géographiques. Celui de 1759, qui ravagea la Syrie, mit en ruines par la première secousse,

QUATREVIKGT DIX N£UVI£ME KKTRETIEN. 453

Antioche, Balbeck, Sayd, Acre, Flissa, Saphet, Nazareth et Tripolis et coûta la vie à plus de 30000 habitans. Celui qui en 1797 dévasta le Pérou pour la seconde fois, étendit ses ravages fur une étendue de pays de 170 Ueues dans la direction de Nord -Est au Sijd- Ouest et de «40 lieues dans celle de TOuest à l'Est, quoique le yolcan Tonguragua ait été en éruption couiplette. La terre creva et produisit d'immenses goufres; des montagnes furent fendues et vomirent des eaux bourbeuses et puantes qui inondèrent des vallées jusqu'à une hauteur de 600 pieds et dont la vase se durcit €t arrêta le cours des rivières. La grande montagne Moya près dé Pelliléo disparut et le lieu, oii elle avoit été, vomit les mêmes eaux puantes qui détruisirent cette ville* L'histoire de l'antiquité et du moyen âge nous offre plusieurs tableaux semblables des dés^tres causés par les tremblemens de terre.

Mde. de L. Vraiment! La Nature n'est pas seulement bienfaisante; elle sait êtire terrible,. Heureusementhes bienfaits se renouvellent chaque année, chaque jour, chaque minute et partout oU des êtres vivants peuvent en jouir, tandis que ses désastres sont rares et ti'affectept que quelques contrées,

Le Comte C, Et semblent n'avoir lieu que pour nous rendre plus attentifs aux biens dont nous jouissons et ïio\xs rappeller notre dépendance du Créateurf

Mr, de I\ L'on a débité bien des rêves sur la cause des tremblemens de terre. Dans letems ou l'Électricité jouoit lé rôle principal, ou l'on en faisoit un deuâ ex machina qui expliquoit tout ce qu'on ne pou-

454 QUATRE VINGT DIX NEUVIlàlVIB ENTRETIEN.

voit expliquer, les tremblemens de terre étoient des phénomènes électriques, et la Physique a même vu naitre sur ce principe les paratrembtemens, qui au reste n*ont été exécutés ni à Lisbonne, ni en Calabre, ni au Pérou. De la Métherie est le premier qui a fait sentir l'analogie entre les tremblemens de terre et les opérations volcaniques. Â présent que nous avons une théorie des volcans aussi bien étayée, cette analogie est évidente. II suffit de jetter un coup -d'oeil sur la feuille qui nous offre le mécanisme des volcans, pour être persuadé que les éruptions volcaniques ne doivent leur existence qu'à la circonstance fortuite qu'il part du fond de la caverne' un canal qui monte jusqu'à la surface de la terre. II peut exister peut-être dix cavernes et plus, qui n'ont point ce canal et qui parconséquent seront les foyers d'opérations volcani'jue.^ qui ne se font pas jo*ur, c. à. d. les foyers des trernblr*mens de terre^ Mais comme ces opérations produisent souvent dos crevasses, la formation d'un volcan d'/p'^nd du point où se trouvera cette crevasse dans l'intérieur de la caverne. Si elle est au fond, la lave s'y précipitera, en fondra les parois et changeia la crevasse en un canal; si elle est à une plus grande hauteur, ce ne sera que de 1^ fumée, des vapeurs etc. qui s'en échapperont, et elle se refermera lorsque l'action volcanique aura cessé.

Tout cela se trouve comme de soi-même, lorsr qu'on est initié dans le mécanisme des volcans. Mais nous avons un autre problème, le plus difficile de tous, et je m'adresse à vous, mon cher capitaine, pour le résoudre, à vous qui trouvez la théorie des tremblemens de terre si aisée. Les secousses des tremblemens

QUAT^ETINGT DIX KEUVUSME ENTRETIEN. 455

de terre se font sentir à des distances énormes. Celui par ex: qui détruisit Lisbonne en 1755 ^^ £t ressentir sur une étendue de plus de 1600 lieues en longueur et de jopo lieues en largeur. Comment expliquerez-vous cet ébranlement d'une pareille massse, à qui nous devrions donner une épaisseur incalculable? car les vibratioiis des corps élastiques s'étendent sous toutes les dimensions et d^ns toutes )es directions.

Le jeujie de L. Si l'élasticité des vapeurs peut faire crever notre planète entière^ elle pourra bieiji soulever un petit morceau de sa croûte.

Mr. de P. Asurément ; mais ce n'est pas la force que nous avons à trouver; c'est le njoyen de transporter l'e^Fet de cette force à ces graqdes distances. Car si nous supposons l'élasticité de la vapeur haussée jusqu'à pouvoir mettre en convulsions un million, et demi de lieues carrées de rochers 5 ç\\% feia sauter la voûte qui couvre le foyer volcanique, comme si elle étoit de carton. Il y a mieux encore: Il se trouve sur ces grandes surfaces des points, des contrées entières, qui ne se ressentent point du tout de ces convulsions; ce qui a engagé Humboldt à présumer que certaines espèces de rocher ne sont pas capables de transmettre le choc volcanique, tandis que d'autres le font avec facilité; opinion qui n^a nulle vraisemblance et qui n'explique pas la propagation de ce choc à de si grandes distances. L'excellent Doloraien a cru pouvoir expliquer ces effets par de^ cavernes presque immenses, jointes par de» canaux de communication^^ au moyen des quels la vapeur du foyer s'étend de caverne en caverne et y porte

458 QUATHEVINGT DIX NBUVIÉmE ENTRETIEN.

, bontë de la Providence, gui a basé notre sûreté sur les phénomènes des éruptions volcaniques qui, considérés comme isolés dans la suite des phénomènes naturels, ne réveillent que des idées de terreur, mais considérés relativement aux tremblemens de terre, sont des bien»faits pour le genre humain.

Mr* de P. J'espère, madame, que vous ne serez pas fâchée de terminer ici cette soirée, qui est la plus longue de toutes celles que nous avons eues.

Centième entretien.

JVlrfe. de Li. De quoi nous entretiendrez -vous aujourd'hui, monsieur de P.? Vos descriptions ferontielles autant de fracas que celles d'hier ?

Mr. de P. Rien moins que cela , madame. Je suis moi-même fatigué de vous fatiguer de tant de bruit. Nous parlerons des sources, des rivières, des lacs, des marais, bref de Teau qui se trouve à la surface des continents, objet qui vous intéressera, f espère, sans vous étourdir.

Mr. de Jî. Au moins nous gagnerons au change en quittant les Cyclopes pour les Nayades.

Mr. de L. Quant à moi je préfère Vulcain et ses forges à ces fades demoiselles.

Mr. de P. Je suis charmé, messieurs, de la diversité de vos goûts. ' Cela assure le débit de ma marchandise, qui sans cela pourroit bien me rester.

Le Comte C. De quelque espèce qu'elle soit, moi îe suis votre acheteur zélé.

Mr. de P. Si je fi^isoi^ imprimer nos entretiens,

46o I CENTIEME EIfTRETIEN.

je n'oublierois certainement pas un compliment si flat* teur» — Mais entrons en matière.

ÏDes milliers de fleuves, grands et petits, charient depuis tant de siècles, nuit et four, d'immenses masses d'eau à Tocéan, sans que ce grand réservoir déborde jamais, D'où viennent ces masses d*eau et que deviennent-elles? C'est ua problème que l'Antiquité s'est déjà proposé et a résolu si complettement que depuis la Physique n'a eu que des expériences à faire pour con« solider cette solution. Âristote attribuoit Ueau de$ sources et des rivières aux nuages et autres vapeurs ex* faalées par la mer et les continents, attires par les montagnes. Vitruve, à qui nous devons la plupart de nos connoissances sur l'Architecture des Anciens trouve ro-? rigine des sources et des rivières dans l'eau de pluie et de n^ig^ qui pénètre la terre jusqu'à ce qu'elle arrive kt des lits de pierre ou de glaise qu'elle ne peut pénétrer .et sur la surface des quels elle se glisse de tous côtés, se répand dans des crevasses qui l'ammèuent enfin aux endroits ob se trouvent les sources. Réunissons ces deux hypothèses et appliquons le Qom de source non seulement à ces veines d'eau qui sortent des flancs ou du pied des rochers, mais aussi au nombre infini de Celles qui percent de lit des fleuves et au^m^^ntent leur masse d'eau in visiblement, et nous tirerons de ces observations si simples et si vraies un des plus beau3( théorèmes de la Physique de la Terre quis'tfnonce de 1^ manière suivante : I^a masse cVeau qui se trouve à la si^r^ face de notre globe est toujours la même. Une partie çle cette eau s'élève par V évaporçitioriy de fou^ les points , ffe cette surface et à chi^que instant, dans t atmosphère^

CEnTIJBMB ENTRETIEN. .4^1

oUf après s'être changée en pluie ^ en neige et en rosée* elle retombe à cette surface et fournit aux sources et et aux rivières cette éternelle abondance» C'est par cette circulation merveilleuse que la Nature produit les météores et nourrie les animaux et les plantes, qui tous ne peuvent vivre sans eau, ,

Mr. de R, Ce théorème est un trait de lumière sublime qui met rintelligence et la bonté du Créateur dans le plus beau jour.

Mr. de P. Je ne vous parlerai pas de plusieurs hy« pothèses absurdes que Descartes et d'autres vouloient substituer à ce mécanisme si simple et si grand décou« yen par les Anciens, tels que d'énormes alembics ou des tuyaux capillaires qui dévoient distiller ou filtrer Teau de la mer et la faire monter au travers des mon* tagnes jusqu'à des hauteurs de mille toises pour former les sources. *

Lie jeune de L. Le sel, que l'eau de mer eut dé* posé par ces distillations, eut bientôt comblé ces alembics; et combien de volcans, grands ou petits, n'eut-il pas fallu pour chauffer toutes ces chaudières ?

Le Comte C. Et quand les sources eussent-elles coulé par le moyen des tubes capillaires , la Physique ayant démontré que la capillarité ne produit jamais d'écoulement? Et en outre les tubes capillaires ne peuvent pas dessaler l'eau.

Mr. de P. Occupons nous en revanche des phénomènes qui livrent une base solide à notre théorème. Le fait observé par Aristote, que les montagnes attirent les nuées, est avéré et doit d'abord iixer notre at«

462 CENTIÈME ENTRETIBN.

tendon. Est-ce une vraie attraction ^ comme par est la gravitation; ou bien doit-on expliquer d'une d'autre manière cette approche des nuages vers les montagnes?

Mr. deP^é Comme les nuages sont suspendus dans l'air et n'exercent par là aucune pesanteur, il me sem^ ble que la gravitation des montagnes pourroit les atti-^ rer en direction horizontale, puisqu'elle est assez forte pour faire dévier le pendule de la verticale.

LeÇomte C. Je crois que cette attraction ne pou* roit pas s'exercer silr les nuages seuls, mais devroit s'ëtencJre à tout ce qui constitue Tatmosplière des envirouStf

Iktr. de P. Vous avez, messieurs, tous deux raison; mais, ne vous déplaise, ce n'est qu'en apparence. Le^résMltat de cette gravitation des montagnes doit cau-< ser une foible condensation de Pair à leur surface, qui augmentera vers le bas en proportion de Tëpaisseur def la montagne, et non une marche des couches éloignées de l'atmosphère vers la montagne^

L'Hjgroinélrie revendique ce phénomène, commô lui appartenant à juste titre. Les plantes, les masses de rocher, la neige même, toujours un peu plus froide que i'armosplière ambiant, condensent les vapeurs contenues dans l'air; et cet air moins chargé de vapeurs est un peu plus pesant (vous vous en souvenez) et doit parcohséquent produire un foible courant, le long dé la montagne, qui amuiène les Couches éloignées de l'air et les nuages qu'elles portent» J'ai eu l'occassion d'observer l'effet de cette action hygrométrique sur l'Ochsenkopf^ le sommet le plus élevé du Fichtelberg en

CENTIEME ENTRETIEN. 4^3

Franconicf. Ce sommet est compose de grosses roches, débris de granit disposés chaotiquement les uns sur les autres et couverts d'une mousse touffue, à l'exception du dernier bloc qui, couché horizontalement sur les autres, n'a que quelques lichens. Cette mousse est, en été et par un tems sec, toute imprégnée d'eau, de jour comme de nuit, et Ton n'arrive à ce sommet qu'avec les pieds, les jambes et même les cuisses mouillées. A 18 pieds au dessous de ce cartier le plus élevé se trouve une petite grotte pleine d'eau, qui a un écoulement intérieur dont on entend le murmure; ce qui est très probablement la source du Mein, qui découle du pied de cette montagne. Or cette source est plus élevée que tous les autres points du Fichtelberg et ne peut rece- Totr son eau que des mousses et des rochers qui la couvrent, et dont l'étendue ne paroit pas même proportionnée a ce rassemblement d'eau, tant l'action hygro* métrique des mousses est considérable^

Quant aux eaux de pluie et de neige qui alimentent les sources et les fleuves, qui pourroit en douter? Et si Ton vouloit élever quelques doutes, il suffiroit d'observer que l'abondance de l'eau dans les fleuves croit et décroit avec celle de ces phénomènes atmosphériques, à la vérité pas tout-à-fait en même tems, l'abondance de Teau des fleuves ne paroissant que quelque tems après l'abondance des pluies ou la fonte des neiges, par ce que l'eau, que la surface de la terre reçoit dans le domaine du fleuve, a besoin d'un certain tems pour ar-

river au lit de ce fleuve. Les inondations des fleuves dans les pays plats n'ont lieu qu'au commencement de l'hjter après les pluies de l'automne; et dans les pays

464 CENTIEME ENTRETIEN.

courerts de hautes montagnes, au milieu de Vétéy lof»que la saison chaude a fondu une grande partie des neiges dotit les montagnes se sont couvertes pendant Thyver de ces climats élevés^

La Physique prouve enfin notre théorème pdr des observations qui offrent en nombres Tégàlitë des quantités des eaux qui s'écoulent par lés fleuves et de celles qui servent à entretenir leur cours, égalité, qui, si elle nVst ni parfaite ni rigoureuse, vii la difficulté d'obtenir de justes donc ées, offre cependant une approximation qui doit nous suffire. Les plus générales et les plus satisfaisantes sont celles de Dalton , faites pour toute là surface de l'Angleterre, non comprises l'Ecosse et l'Irlande. Ce célèbre Physicien, joignant les observatiotit de plusieurs de se& compatriotes aux siennes, nous à livré à peu près le tableau suivant.

La Tamise fournit à la mer arinuellement 166624*128000 pieds cube$ d'eau« Les autres fleuves de TAngleterre à peuprès 8 fois autant^ ce qui fait pour tous ces fleuves

environ i . • * i r5ooooo 000000

L'évaporation sur toute cette surface

se monte à . ^ . • < • • • 2*87^000000006

Ainsi la dépense entière d'eâu est égale à 4^*372000000000 La recette est composée des eaux de pluie et de lieige qui tombetit visiblement sur la même surface et de la rosée qui se précipite invisiblement sur les montagnes et dans les plaines. L'eau du pluie et de neigé se mesure par la hauteur d'une couche d'eau qui , accu^s idttlée pendant tout le tems d'une année, couvriroit tocUf l'Angleterre^ si elle n'étoit pas enlevée par les

fleuret et VéYàpotBtiotï. Là hauteur dé cette cfonche te trouve être en Dombre moyen 4gale à 3t^ pouces ani;loi6^ 4^ qui fait t^our toute l'Angleterre une inaase d'e^l de !(^i583jfoooodo |>ieda cubes. La rosée ne peut pas être évaluée & part ; mais si nous soustrayons cette recette de la dépense trouvée^ le reste sera égal k 8^165'oocooo pieds cubes que Toii doit mettre sur le compte de la recette invisible causée par les l'osées, qui sont ttës copieuses, à raison de la grande quantité jde brouillards qui régnent eii Angléteire. Ce produit fait une couche d'environ Ûf pouces de hauteur * et si on le trouve un peu fort, Il faut considérer que les données du calcul ne peuvent pas être tout-à-fàit exactes^ et qu'en supposant que si le pi*oduit de la to$ée a'étoit que Id moitié de ce que^ nOuS admettons* (ce qui est assurément au dessous de la vérité) le calcul renw droit compte de toute la circulation de l'eau à ^ près.

Mr. de T. Ces considérations sont assurément bieù intétessantes. Mais fe désirerois tonnoltré les inàtmments qui servent à ces observations.

Mt. de Pi 11 y eti a troisi L'un est rOmbroMè-^

ttei.qui %ett à^ mesurer la quantité de pluie qui tombe

' dans le lieu de l'observation ^ le sedond sert à mesurer

la quantité de l'évaporation ^ le troisième à trouver li

tttesse des fleuves.

VÙmbromèttë est totlipOàé d'titi tésèrtoir de Tei*. blanc I carré i d'un pied de lirgeu^ et de longueur et de 6 pouces de hauteur. Son. fond est un peu évisé au Inilien pont conduire tonte l'ean qui tombe daùs le

466 OBMTIEMB Eti'niETIBtf*

servoir à un- petit trou qui communiqué à un tuyau db verre d^environ a pouces de diamètre et long de deux pieds > muni à son orifide inférieur d'un robiriet- 6rdi^ nairement ferme. L'eau de pluie, qui tombe dâds le réservoir 9 se rassemble dans le tuyau où l'on observe» de tems en tems sa quantité. Pour réduire dette quan^tité à une couche d'eau de la surface d'un pied carré, le tuyau est partagé en espaces égaux qui contiennent chacun I pouce cube. Un de ces espaces aura environ f- de pouce <]e hauteur, et ce pouce cube d'eau correspon^^ dra à une couche d'eau du réservoir de^;^ pouce ou de ^ ligne de hauteur. Or comme cet espace de -1 pouce peut être encore partagé très facilement en 5 parties égales , il est clair qu'une de ces petites divisions cor«trespondra à ^ de ligne d'une couche d'eau de pluie tombée dans le réservoir.

Mde. de L, Fort bien pour la pluie. Mais quel faites<»vous de la neige?

Mr. de P. Quand elle a cessé de tomber on la fond.

L'instrument anonyme, inveiité par Dalton pour mesurer l'évaporatioa de la surface de la terre, est un YAse k qui l'on peut donner les mêmes dimensions qu'à l'ombromètre, et 3 pi^ds de hauteur. Il a un robinet près de son fond, qui reste toujours ouvert. On y met d'abord une couche de petits cailloux, puis une de gros gravier, et le reste se remplit de terre. L'instrument, ainsi préparé, se place dans la terre (de sorte que sa surface soit à fleur de terre) et une phiole sous le ro^ binet. Trois de ses côtés touchent la terre immédiate-

haent et le quatrième ^eul eit libre pour qu'oïl puiUe arriver à la bouteille. Pour opérer avec cet instrument an commence par l'arroser si copieusement que Teau découle par le robinet; on la laisse couler jusqu'à la dernière goutte et alors on vide la bouteille qu'on remet

.^n suite à saplace, où elle reçoit toute l'eau d&pluie qui tombe sui'Ia surface de l'instrument et .qui ne s'évapoce

. pas* On mesure de tems en tems cette eau et eu tiejjt

. compte de la manière suivante : L'ombromètre placé à côté indiqué au bout de Tannée combien il est tombé d'eau de pluie; supposons que cette quantité soit cle 32 pouces, et' que l'eau qui a découlé dans la bouteille

' pendant Tannée soit de 9 pouces, il est clair que le reste de Teau dé pluie est ce qui s'est éraporé. Ainsi Téva- ^oràtion âerà dans ce cas égale à 23 pouces* ' '

EnËQ Ton a plusieurs instruihéns pour mesiiterta Vitesse d'uti fleuve. Le plus simple et le plus expé^diilf a été inventé par le Docteur anglois Hutton; C'est ùb gros bâton cylindrique de bois, lesté à sa partie iAf<^-

' rieuré âe lÀèiriète à ce qu'il s'enfonce dan^ Teau près-

- que tout etitier et qu'il né surnage que d'un oii deux pouces. Ce bâton, placé dans litie eaii thlfiquifte, prendra la position verticale; 'itiais placé dans un-fieuvé, il s'inclinera dans le sens du Courant, par ce que 1^ vf- ;tesse d'un fleuve est à sa surface plus grande que veti le fond. Si donc TinstrUment a pour longueur ta prdfcmdeur du fleuVe, il marchera avec lui et «a vltHfe .sera la moyenne de toutes les couches du fléùvé. C<^tfe vitesse ie trouve en mesurait uûé longueur donnée sîiv •les bords et en observant le tems qu'il lin faut pour fàrre .ee ckenrin^' . /

46$ cEtm&MB wanKBnoBK.

Mr. dé T. Mais la vitesse du fleuve n'est pas la même sur tous les points de sa largeur ; elle est plus rapide vers le milieu et moins vers les bords»

Mr. de P. Assurément ; aussi rëpète»t-on Texpérience à différents points de cette largeur après en avoir mesuré la profondèul* pour donner au bâton la longueur requise. Ces mesures donnant la coupe du fleuve et notre instrument les vitesses à divers points de cette coupe, vous voyez qu'on peut calculer la quantité d'eaa qui s'écoule dans un tems donné.

Mr. de L. J'avoue que toutes ces mesures ne me paroissent guéres susceptibles d'une grande exactitude.

Mr. de P. J'en conviens. Mais il vaut mieux n'a« voir que des approximations que rien du tout; et ces objets sont de ceux dont l'Auteur de la Nature s'est réservé à lui seul le calcul exact, apparemment pour nous rappeller que nous sommes bien loin de pouvoir tout calculer.

Mais quittons ce beau théorème de la circulation de l'eau sur notre planète pour des considérations particulières sur les sources. J'ai déjà en l'honneur de vous dire que la fécondité des sources varie selon l'abondance des pluies et la quantité des neiges fondantes. Mais il existe en outre des sources qui ont des intermittences formelles, Ae% fontaines iniermùtentee, jeux de la Nature qu'on ne voit jamais qu'avec une surprise agréable. Telle est la source nommée Bullerborn en Westphalie qui, en été, coule et cesse de couler alternativement de 6en 6 heures. Celle de Fontestorbe coule pendant 36^ minutes et s'arête pendant 3H minutes , en hyver comme en été.

CBNTUMB BUmSTIBlI» 4^

L'EDgelbnmn d^nt le canton de Berne coule en été de quatre heures après midi jusqu'à huit heures du matin et est à $ec pendant le reste des a4 heures. La source de Fonsauche près de ^ismes coule pendant 7 heures et disparoit pendant 5 heures, et ce période retarde chaque four d*ei^yiron 5o n^inutes. Ces sources intermittentes et beaucoup d'autres se trquvent dans les montagnes, et l'on explique facilement leur feu en supposant un réservoir intérieur qui communique' avec le point où la source p^roit par une fente dans le rocher, courbée en forme de syphon, dont l'orifice intérieur plonge dans l'eau du réservoir et l'autre sort de terre à un point plqs bas 9 la courbure se trouvant à son point le plus élevé au dessus du niveau de l'eau. Dès que le réservoir s'est rempli par une source intérieure fusqu'à la hauteur de ce point , alors le syphon f^it son effet, Taau s'écoule fusqu'à ce que son orifice intérieur se trouve dépourvu d'eau, et cesse de fournir l'écoulement jusqu'à ce que le réservoir se soit reiqapli de noureau jusqu'à la hauteur primitive. Au reste il pe faut pas s^maginer que ces syphons naturels soient aussi courbés que nos petits syphons de verre; leur courbure peut lavoir plusieurs cent toises de longueur et seulement quelques pieds ou pouces de hauteur,

Ulrf de f^f Cette remarque donne à l'explication quelque chose de naturel, que fe n'y trouvois pas auparavant; et fe conçois que les intermittences doivent varier d'upe source i^ l'autre presque à Tinfiai, selon la grandeur des réservoirs , la plus ou moins grande court>ttre du syphon'^t r4bondance de la source intérieure.

47^ centoème ENT11E71SK.

Mr. de P. La température des sources nous oHre de plus dignes objets de dos recherches. Celle des sources ordinaires est toujours diflBérente de celle de l'atmosphère, en été moins chaude, en hyv'er moins froide, excepté dans les pays chauds ob elle est toujours moins chaude. Elle est presque constante pendant toute Tannée, comme celle dés -lieux souterrains, tels que des caves, des grottes sèches et des mines. Cependant elle varie d'un lieu à un autre et nous devons à Swanenberg l'observation que cette température se règle sur le climat du pays. Cet excellent Naturaliste suédois a même proposé de fixer le climat d^une contrée par la température de ses sources. Que pen^ sez-yous, messieurs, de cette idée?

Mr. de G. Si la température des sources est lu inême que celle de Tatmosphère du lieu, il me p^roit évident que chaque source reçoit celte température de Tatmbsphère, la température souterraine à quelque profondeur étaut la même sous tous les climats,, sous la Ligne comme au Nord de l'Europe; et alors je crois qu'il est inutile de chercher dans les sources ce que nous trouvons dans l'air avec plus de sûroté.

L'e CoTuie C. Si les sources, comme npus ne pouvons en douter, proviennent de l'eau que l'atmosphère fournit et si cette eau ne pénètre pas à une grande profondeur avant d'arriver a la source, ce qui est vraisemblablement le cas le plus fréquent, la source doit participer à la température du climat, les masses extérieures de terres et de rochers y participant. Au reste il me semble que la chose ne sera bien décidée que

lorsque nous jurons i^n grand noipbre d'obserrations sur la température des sources et le climat de pays situés sous des latitudes très différentes.

il/r« de P. Nous en avons, nommément en Livonie, dont le climat ne diffère que peu de celui de la Suède, et ces observations, dues au Naturaliste très estimé Lciwis, ne parlent pas en faveur de l'opinion de Swanenberg. Vous sentez -d'ailleurs que des circonstances particulières peuvent influer sur la température des sources, telles que la plus ou moins grande profondeur à la quelle Teau parvient sous terre avant de paroitre au jour, l'évaporation qui peut avoir lieu dans des cavernes que ces sources traversent peut-être, etc.

On a un grand nombre de sources dont la température est au dessus de celles de l'atmosphère et qu'on nomme sources chaudes. Nous ne pouvons attribuer cette haute température , qui va dans quelques sources jusqu'à celle de l'^au bouillante, qu^à un procès chimique qu'elles subissent ou occasionnent dans l'intérieur de la terre; et comme ces eaux contiennent la plupart du gaz hydrogène sulfuré, on doit attribuer ce procès chimique à une décomposition mutuelle de l'eau et d'un }it de sulfure que la source rencontre dans sa route.

Le jeune de L, Ainsi c'est un procès volcanique.

Mr, de P. Pas précisément, puisqu'il ne produit pi éruptions ni treniblemens de terre, et puisque le siège de ce procès est sûrement à une petite profondeur. lyiais tous deux ont certainement la mcme origine. Au reste nous avons des sources, dont Torigine est décidé-

ment rolcmiique, et dont nom parleront dans la Géologie.

L'eau des sources, quelque claire qu'elle soit, n'est jamais pure; elle contient toujours quelques sels, principalement du carbonate de chaux, qu^on précipite facilement en faisant bouillir l'eau; ce qui se fait chaque jour, contre notre gré, dans les bouilloires et dans les chaudières. Ce carbonate est dissout dans Tacide carbonique, qu*une température élevée (souvent même la température ordinaire) ep sépare et produit ce préci* pité. Il est difficile d'assigner Torigipe de qette portion d'acide carbonique, à moins que nous n'f^dmettioqs qu'elle est la même que pour la stalactite. Après avoir consulté l'opinion d'autres Naturalistes et forgé moi^ j^^jf^e d'autres hypothèses, je crois devoir m*en tenir ^ celle-là comme à la plus simple et la plus naturelle pour les sources i^oides. Ainsi l'eau de ces soprces est une eau de stalactite qui ne s'est pas évaporée dans une caverne, mafs qui arrive à Pair sur le cbemio que les fentes des rochers lui assignent. Cette précipitation di| carbonate de cbam^ produit les jolies ipcriistations de Carisbad sur topte sorte 4'obiets qi^'op plonge dans la source. L'eau des pascadelles de Tivoli fait par Téva? poration précipitée (produite par la dissérnipation de l'eau en gouttes et en brouillard) des incrustations de bas re1ie|s qu'on place près de la chute d'eau, incf^ustations qui livrent des moules parfaits de ces bas l'eliefs. On assure qu'à 9 milles de Guamanja, au Pérou , il y a une fpntaine doi^t l'eau contient tant de parties terreuses en solution que Top s'en sert pour faire des bustes et même des pierres de tailla* $i &bula yera !

QaVTiÂMB XNTRBUBN* 473

P'antret sources contiennent encore d'antres sels, tak que le sel m^irin, du curbonate et du muriate de •oude, des oxides carbonittës etc. Quant à celles qui pe ooiltîennent que des sels solubles dans Teau pure ou imprégnée d'acide carbonique, il faut supposer que ces sources coulent sur des lits de ces substances, chose très connue au reste quant au sel marin, les eaux de nos sa* lioes n'ayant pas une autre origine, Quant k celles qui contiennent des sulfates, on peut aussi admettre qu'elles s'imprègnent de ces sels par l'opération demi-volcanique dont nous ayons parlé; et si elles ne contiennent pas d'hydrogène sulfuré, ni uqe tepi^pérature élevée, on peut supposer qu'elles ont perdu l'un et l'autre en route.

Zjfi Comte C. Nous voilà, tout-à^ooup et sans y penser, arrivés au chapitre des eaux minérales • • • •

Mr. de P. Que je ne traiterai pas plus longi^ement, n'ayant pulle envie de vous endormir tous par les détails des analyses de ces eaux, travaux tr^s précieux des Chimistes, et de règle au moins aussi prohtables aux possesseurs de pareilles sources et aux aubergistes qui s'y établissent, qu'aux malades qui y pélérifuei^tf

Mr. de IL Vous n'êtes pas ami des sources piil&érales.

Mr. de G. Avant de condamner monsieur de P.

li|*dessus, il faiidroit examiner si quelques maladies, f ouvent feintes , et guéries à demi par ces eaux , peu? yent servir de compensation à la ruine et à la démoraliT aatiop d'une foule de jeqnes gens des deu^ sexes par ce<^ lieux funestes, où l'on joue, coquète et corrompt plu^ • !]u'op ne baigne, boit ou promèqe^

476 CBNTéME BNTRBTIBN.

Le^ inondations des Heuves sont un phénomène important par ses effets tantôt désastreux, tantôt bienfaisans. Qui n'a pas ouï parler d'un côté de leurs dévastations et de l'autre de la fertilité que le Nil produit dans la basse Egypte ? Mais ce n'est pas le Nil seul qui peut se glorifier de cette bienfaisance que répandent tous les Beuves qui ont un long cours, un grand domaine, de hautes montagnes pour origine et un pays très plat où ils terminent leur cours. De ce nombre •ont parez: lé Sénégal, leNiger et leZaïr, en Afrique; l'Euphrate, Tlndus, lePégu, leMénam et TAmur, en Asie; L'Orinoco, le La Plata, et le fleuve des Amasones en Aipérique,

Les inondations des fleuves produisent des changemens assez marqués dans leurs environs. Elles augmentent la rapidité des eaux q^i enlèvent dans les paj^s élevés de leur domaine des terres qu'elles charient dans le bas-pays et même jusqu'à la mer, où quelques fois elles s'amassent et gagnent quelque terrain sur l'Océan. Le plus souvent elles enlèvent cette terre d'un cqté et la jettent de l'autre un peu plus bas. Ces phénomènes ont servi d'explication pour les sinuosités du cours des fleuyes, et l'on a cru loqgtems que les fleuves s'étoient creusés eux-mêmes non seulement leurs lits, mais aussi les vallées dans les quelles ils coulent *). Mais c*est biep lj| de grands événements par de petites causes» Quoi? C'est le fleuve des Amazones qui aura creusé la vallée îfnmepsp entre ses deux Cordillères? LeHhin qui aura

^) Les ouvrages Us plut r^pepcs sont «npore ioibus dt cetiçt ^eur.

csimàisB entubtien. 477

force les rochers die Bingen? La petite rivière James enVirginie aura percé le roc au travers du quel elle coule tous un pont naturel, élevé de 270 pieds au dessus d'elle, large de 40 à 60 pieds et joignant les deux sommets de la montagne sur une distance de go pieds?

Le Comte C« J*ai vu une semblable percée de montagne dans la vallée de MuggendorF, de 35 pieds de largeur sur 80 de hauteur, et point de fleuve, ruisseau ou source qui passe sous ce pont naturel.

JUr. de P. Il est facile de prouver que la perte du Rhône, phénomène queSaussure attribue à l'action lente du fleuve, est l'effet d'une explosion locale souterraine. Ces grands effets ont une toute autre cause, que je voua indiquerai dans la Géologie; et nous devons admettre que les fleuves ont trouvé les vallées et les déchirures dans les montagnes, toutes faites et qu'ils j ont établi leur lit et fixé leur domaine préparé d'avance.

Les lacs ont la même origine que les fleuves. Une vallée, située entre des montagnes, reçoit l'eau qui en découle et se remplit jusqu^à ce que l'évaporation produise une dépense égale à la recette. Si les montagnes sont ouvertes d'un'côté et si l'eau du lac s'élève jusquea un peu au dessus de la hauteur du plus bas point de cette ouverture^ alors le surplus s'écoule et forme un fleuve qui traverse la vallée suivante. Si l'enceinte des montagnes a une seconde ouverture du côté opposé, qui ammène un fleuve de ce côté là dans le lac, alors ces deux fleuves n'en forment qu'un seul. Tels sont par ejLz le lac de Constance qui reçoit le Rhin et l'émet^ le lac de Genève qui reçoit le Rhône et l'émet de même. Le fleuve émis est toujours plus grand que le fleuve re«

478 CESTIÀMR BNTBETIBN.

çu, et Tod en a conclu que les lacs aggran<jlisÀent lt$ fleuves ; ce qui est éviclemiiieot une erreur. .

Mde. de L. Je ne vois pas pourquoi.- , Car, si le fleuve émis a, à sa sortie du lac, plus d'éau qu'à son en* trée, c'est qu'il Va reçue du lac.

Mr. de P. Fort juste , madame. Mais le lac luimême n'est qu'vin renflement du fleuve dans le domaine du quel il se trouve, et toute l'eau, qu'il reçoit, arriveroit au fleuve, si le oas fond où le lac s'est établi n'existoit pas. Je dis même plus; je prétends que le lac rappétisse le fleuve par révaporation que cette grande surface occasionne. Prenons le lac de Genève pour exemple. Sa suiface est d'environ 146*000000 toises carrées; et comme la surface d'une nappe d'eau a une évaporation plus considérable que la même surfpcé déterre, il est clair que ce surplus est un déchet pour le fleuve. Ce surplus d'évaporation va, d'après les observations des Physiciens anglois Dalton et Dobson, à plus de 11^ pouces de hauteur par année; ce qui fait pour le lac de Genève une masse de 5000000000 de pieds cubes d'eaii que le Rhône perd. La petite rivière Narowa enEsthonie traverse le grjind lac de Peipus, dont la surface doit être évaluée à environ 1 1730 00000 toises carrées. La perte d'eau se monte donc ici à plus de 408000000QO de pieds cubes; ce qui fait^ de toute l'eau de la Tamise. Ainsi cette petite rivière, qui ne roule pas la huitième partie des eaux de ce grand fleuve, seroit trois fois plus grande qu'elle n'est, si elle recev oit l'eau que dissipe le Peipus et qui lui appartient de droit.

Mr. de iZ. Ainsi les lacs sont proprehient des vam-

ÙBXmàiXE ENTRETIEN. 479

pjréi qui sucent le sang des fleuves. Cependant ces 'Irampyres sont d'une grande beauté et donnent beaucoup d'attraits aux paysages. Quoi déplus charmant que le lac de Genève vu de la pente du Jura au dessus de Nion? Sa surface, unie comme un miroir, offre un contraste ravissant avec les masses alpines, entassées en amphithéâtre du côté de la Savoye.

Mr, de P. Que ferez-vous de ces lacs immenses 'tîni engloutissent plusieurs fleuves sans en fournir d'autres? Telle est la mer caspiennei qui reçoit sans rien donner les grands fleuves Wolga, Kuma, Terek, Kur, Ural, Emba et plusieurs autres moins considérables. Cette masse d'eau^ qui devroit combler la plaine de ce lac et inonder les pays voisins, a fait imaginer une communication souterraine entre la mer Caspienne et Tocéan, fable qui doit cesser depuis que le nivellement de la ligne du Caucase a prouvé que la surface de ce lac est de 5^ toisés plus basse que celle de la mer noire et parconséquent de l'océan, et que c'est à Tévaporàtion qu'on doit la perte de toutas ces eaux, qui, si elles se réunissoient dans un seul lit, produiroient un fleuve qui surpasseroit peut-être les plus grands fleuves de l'Afrique et de l'Amérique.

On trouve des lacs partout, entre les plus hautes montagnes, dans les plaines et même sous terre. Le Nord en o£Pré davantage que les pays chauds , mais non pas, comme on l'a dit, à causeï de la pente plus roide des montagnes. Le climat et le soi expliquent ce phénomène. Là température moyenne très basse des pays du Nord diminue l'évaporation et augmente la quantité des pluies et des neiges, et Tair par là toujours humide

48^ CBNTlÈBffi BNTRETIEZf.

a rétabli la voie appienne et cotistruit un ëànâl qui fait peu d'effet. Au retour de son énl eh France il a préféré le rétablissement des Jésuites à la t^ôntinuà^ tion et au perfectiontieinent de ces travaux. /

Mr. de L. Qui cette gangrène inoculée de no«« veau à l'Europe • « i

Mr. de P. Non, Général^ vous né pârlefeâ: pis dm. Jésuites avant la fin dé notre entretien; car nous voulons terminer aujourd'hui le chapitre des marais. Je ne veut auparavant qu'observer à notice éloquent ami de G. que les Romains d'aujourd'hui trouvent ces ma* rais charmants^ en ce qu'ils nourrissent des milliers dé boeufs qu'on sale et fume pour les pajs étrangers. Que pensez- vous de cette justlHcation.^

Mr. de Gi Que sa bassesse peut seule la soustraire au reproche de bétisé. Yaudroit autant nourrir ces boeufs aved de la chair humaine.

Mde. de L. Vous êtes bien méchant aujourd'hui^ mon eher de G.

Mr. de P. Parlons donc de la tourbe qui n'excitera pas son zèle dévorant. Elle est composée de plantés marécageuses de différents genres, herbes, graminées, mousses ^ conferves et lentilles, décomposées par un procès particulier ditf'érent dé la putréfaction à l'air. Le produit dé èetté décomposition est, outre l'acide carbonique^ ** prodacdbn du tannin (qui se dissout dans l'eau et éttte eau particulièrement propre au tannage) et Mbitance inflammable^ qui est de la pétréole ou éim lui ressemble beaucoup. Cette espèce de démolition doit ses propriétés particulières à ce que

ÛBtmèME ENTREtlEïr. 483

ces rëgétaux se trouvent SOUS l'eâu, k travers ta (Quelle Toxigène de râttnôsphère ne pénètre que chichement. Il est difficile de se retidre raison des différentes parties de ce pi*ocès; inâis on ne peut guères se dispenser d'y voir une analogie avec là fertnentation vineuse ^ qui^ Outre l'acide carbonique^ produit de l'acide acétique et une substance inflammable (l'esprit de vin)*

tje% différents degrés de perfection dails cette décdinposition des plantes marécageuses constituent différentes espèces de tourbe. La moins parfaite, légère et peu compacte, offre encore les contours des parties des plantes et une grande partie de leur structure naturelle , tandis que dans la milleure tourbe^ qui est bien plus dense ^ l'on n'aperçoit plus rien de tout cela, mais seulement une espèce de terreau imprégné de pétréolCé

C'est la Nature qui fait la tourbe; mais l'art la éeéoiide aussi dans cette opération. Daus le Duché de Brème on creuse dans le marais des fosses de 6 pieds de profondeur qui se remplissent d*eaui La première et la seconde année il ne se forme que des conferves et des lentilles; la troisième et la quatrième année il Croit Sur ce sol flottant déjà plusieurs herbes. Alors on en-s fonce cette masse pour laisser naitre un second sol flottant qu'on enfonce de même après quatre ans. Au bout de 3o ans la fosse est pleine de tourbe, qui au reste n'est pas de la meilleure espèce. Il n'est pas rare que dans les marais où l'eau couvre le fond à la profondeur de quelques toises, il s'élève une couche considérable de tourbe qui forme une isie flottante, sur la quelle il croit au bout de quelques années toute sorte d'herbes %nt une prairie humide^ Alors les habitans des

484 CENToblE ENTRETIBN.

environs let amroènent à bord^ y Côhduiseiit lenr bëtaii et les abandonnent en suite au vent qui les promènei ainsi peuplées de bétaif^ sur là surface de Teau* D'au<^ très portent même des habitations humaines; mais alors on les arête près des bords par des pieinu

Mde.^de L. Je ne comprends pas coinment cet isles flottantes peuvent s'élever du fond , se tenir à la surface de Teau et porter en sus du bétail et même deè maisons.

Mr, de P. J'ai dit tout à«l'heure que la fèrméritàr .tion, qui livre la tourbe, produit, outre le tantiin et la pétréolè, de Tacide càrboni(|ue, peut*-être aussi d'autres gaz, qui restent engagés dans là texture de la tourbe et s'y renouvellent continuellement jusqu'à ce ^ue sa pe« santeur spécifique soit ihoindre que celle de l'eau; ce qui d'est pas difficile, la toufbe èèche étant plus légère que l'eau et ne plongeant que lorsqu'elles en est pé* nétré.

J'espère, madame, que Vous ^erëz très satisfaite de voir notre entretien terminé, le dernier objet dont nous avons parlé ayant si peu d'attraiité.

Mde. de L. Je n'en disconviens pas ; mais la Na^ ture mérite notre attention pour tous %es ouvrages*

Cent unième entretien.

IVlr* de Ps Nous parlerons aujourd'hui de rOcÉAN, de cette vaste e^ profonde nappe d'eau dont la Nature a eptoprë les continents comme pour servir de barrière eptre les pays et les peuples, mais dopt la Navigation a £fût 1(1 grande route de notre globe.

ilfr. de,G. L'amour , dit Gesner daqs son premier navigateur , a ipventë le premier bateau. Mais depuis c'est l'intérêt, la guerre, la cruauté, qui se sont emparés de l'océan pour unir les peuples ^r une chaiijte de opines , de vices et de malheurs.

Mr. de iZ. Moi, j'espère que la civiljs^tiop réparera ces maux, en portant sur tous les points de la tprre liabitée nos connoissances et notre sainte Religion.

Mr. de P. Quoiqu'il en soit de ces maux passés et de ces biens que nous espérons, il est clair qpe |a mer a tout autant de droit à nos méditations que la terre-ferme, soit par son influence sur rhomme, si fortement prononcée, soit parles phi'nomènes physique qu'elle nous offre. Le Moraliste la considère comm .

48Q OBNT UNIEMB ENTaETIEV.

à f de $011 volume naturel , il est clair que ^on éUstir cité est égale à 5 fois la pf ession de Tair ou à 5 fois une colonne d'eau de mer d'environ ^o| pieds de hauteur, ^insi l^ profondeur inesurée pa^ cette observation serait i5a| pieds.

Mr. de /?• IVfais copiment observ^-t-pn la limite de cette pression de l'air?

Mr. de P. Par la couche d'huile qui reste atti|chée à la surface intérieure du tube. Mais ce tube, s'il étoit cylindrique y deyroit ayoir une longueur démésu~ rëe de plus de trente pieds pour rendre sensible le volume de l'air comprimée par une colonne d'eau de troi^ ou quatre lieues de hauteur. Au lieu de ceja prenons un tube conique, de trois pieds de longueur, d'une ligne de diamètre au petit bout qui est fermé, et d'un pouce de diamètre au gros bout; et afin que l'huile ne puisse pas s'écouler hors de ce cône, nous en rétrécirons l-ouverture inférieure, comme vous voyez par la figure (Fig. 6g) que je dessine, a est l'ouverture rétré^ pie, A l'huile qu'on a introduite. Ce cône contiens dra environ ^oooo lignes, cylindriques ou :2oppo parties égales a la plus étroite partie du tube d'une ligne de }iauteûr. Or comme une profondeur de ipooo toises ou de 60000 pieds correspond à environ i^oo fois la colonne <^'eai^ qui fi^it équilibre à la pression de l'atmosT phère, il est clair que V^it comprimé ^ cette profondeur occupf^ra un yolupe de quelques lignes de hauteuf 4^11$ |le bout étroit du cône.

Jfcfr«' dp G* Ijf^is je ne yois pas encprf^ comment enplojer cet instrument sans une corde de 10000 toises de longueur.

pENT UNIÀME ENTiqSTIBN. ^Sq

Mr. de P. Les inventeurs attachent au |}Out supérieur du ti^be une boule* creuse qui fait nager l'instruinent et a sop bo|it inférieur un poids qui fait plpnger Tinstrument et la boule cpeuse, et une mécanique qui détache le poids, dès qu*il arrive au foqd de la mer; de sorte qu'alors Tinstrument,! porté par la boule çrei^se, femopte à la surface de Teau.

Mr.clet*' Cette idée est ingépieuset M^issileyenÇ fait marclief Iç y^^^^^u» ^H ffstrotfyera-trop ^^lstf^« inent?

Mr. de P. Aussi cette expérience doit- elle avoir lien pendant un calme parfait. Le difficulté est bien plus grande pour des courants qui ont lieu non seule? inent à la surface de la mer , mais aussi à de grande^ profondeufs et en sens contraire* Dans ce dernier cas il £siut envoyer une^ chalouppe à rame en sens contr^ir^ du courant supérieur et la faire aller avec U vitesse ^e ce courant^ de sorte que proprefpent e|le reste en place, par ce que le double courant r^inipèpera Tinr atrument à peu près au pqint d'où il étoit parti.

La mer réfléchit à V oeil diverses couleurs se^#n les circonstances. Sa surface paroit bleue et cette teinte augmente avec réloignement, en sorte qu'au bord de Thorison elle paroit presque noire. Cela a lieu lorsque le soleil est dernière le spectateur^ ipaiss'il est de l'autre cpté, alor^ il se forme par les ondes, qui rident Ii(

suriace, un trait de lumière éblôulissante et le reste de la surface réfléchit I9 couleur du ciel. Lqrsqu-un yent orageux élève] les vagues contre la proue d-ui^ v^îss^au, alors Te^u offre une superbe couleur tf^nsparente d-ér

4gO CENT UNIEME ENTRETIEN.

nieraude, ornée d*une mousse du plus beau blanc qui monte et descend avec chaque vague, La mer paroit prendre dans les endroits de peu de profondeur la cour leur de son lit. Près de Veracrux elle paroit blanche à cause des bancs de roche calcaire blanche; près des Maldives elle a Tair d'être noire à cause des couches de charbon de terre. La mer rouge a son nom d'une inCr nité de madrépores, qui couvrent son fond près du rivage sur une distance de 136 lieues; les madrépores ont différentes couleurs, mais c'est le rouge qui domine, La mer noire n'a aucune couleur particulière; soq nom lui vient, selon Tournefort , d'une ancienne peuplade qui habitoit ses bords , les Karakiptschack; ce qui signi|;e pâtres noirs. Ils en ont été expulsés et habitent à présent la côte Nord-Ouest du l^c Aral.

Mde. de L. M&is quelle est la vraie couleur c}^ Te^u de mer?

Mr. de P. Je n'en sais rien, madame.

Mde, de L. Cette réponse est laconique.

Mr, de P. Et la seule vraie que je puisse avoir l'ho'^eur de vous donner. Car le bleu foncé qu'elle offre à son horizon peut provenir du bleu de TatmosT phère, qui teint, comme vous save?, tous les objets éloignés, et le verd d'émeraude de ^e^ flots iritps peut plie un jeu d'Optique comme les pouleurs des nuages et fies montagnes de neige.

Faisons, madame, un yoyage nocturne sur mer dan9 flifférents parages, et nous serions bien malheureux, si pous ne |:enco|itrions pas le phénomènp aussi surpf^p§n( qu'agréable de Iq lueur de la mer.

CEST UNIÈME £liT]ElBTIEN« 49 X

Mde* de T4. Quoi? La mer luit? d'ellermêine?

Idr. de P. Oui, madame. Nous sommes à prtf* sent entre les tropiques pendant un tems calmt», enr tourés de cette lueur phosphorique qui s'étend à perte de vue, et le sillage de notre vaisseau augmente cette lueur. Passons tout d'un coup à la cpte méridionale de Ia3uède et observons dans rArchipel nommé lesScheer ren un pécheur qui retire son Ëlet. Toute Teau qu'il met ^n mouvement brille de humière. Transportons nous vite aux environs du cap de bonne espérance* et nous verrons la mer comme enflammée non seulement à la surface, mais nous distinguerons à de grandes profondeurs d^ gros et de petits poissons aussi luisants que la surface de Teau, qui offrent par là à votre oeil étonné tous leurs mouvemens, sans qu'ils se doutent d'être observés. Faisons une tournée au Kamtschatka et nous y retrouverons la mer pétiller de petits points brillants de lumière, tantôt faible tantôt éblonissaute.

Mr. de G. Comme vous voyagez, mon cher i)mi!

Mr. de P. C'esr la pensée qui gonfle n^es voiles et f imagine que madame de L. me s^ura gré d'abréger le trajet. Ce qu'il y a de mieux aux voyages, c'^st {'arrivée.

Mr. de R. Je ne suis pas de cet avis ; le plaisir de contempler les contrées qu'pp parcourt me paroit bien supérieur à l'arrivée, où l'op p^ songe qu'^ se délassefi manger, boire et dormer*

Mr. de P, Qutre que ces quatre choses-là ne sont pas du tout à m^^priser, surtout quand on est fatigué, \e prends la liberté de vous observer que, lorsque vous

494 CBHT UKIÂMB KNTAJSrriBV*

ëtle la pourriture de ses habitans ? Je conçois que dette décomposition de tant d'êtres organiques doit aroir lieu, silns quoi Tocëan seroit dë}a plein d'anifnaux morts^ depuis tant de siècles qu'il existe. Mais le sel que cette eau contient devroit empè(:her la pourriture côtnme il empêche celle cie nos viaiides et dé nos poissotis.

Mr. de Pi D'abord j'ai Thonnêur dé youi obseN Ver que Teau de mer côhtient trop peu dé sel pour faire cet effets et puis qu'outre notre sel de cuisine (le inuriate de soudé) elle contient d'itutres sels qui prôbalemcnt favorisent la putréfaction; car Vexi^é^ rience à prouvé que Teaii de mer pourrit plus vite que l'eau commune, et que, bue toute fraiche, elle a quelque chose de dégoûtant qui cause des nausées et indi^ fjue que proprement elle n'est jamais fraiche. Mais vo* tre remarque, madame, nous conduit tout naturelle^ nient à parler des ingrédiem qui composent l'eau de mer.

Les sels dissoute ddris Veciii de mer lui donnent

ttM pesanteur spécifique un peu supérieure à celle dé

r^MU distillée; niais ce surplus n'est pas partout égal.

\<>M« concevez que sous les tropiques^ où là chaleur

ui*HM^oiine une évaporation bien plus considérable que

vIqmi» le* régions boréales et australes, la quantité de

s^^l^^v^u^ IVau de mer contient, et parconséquent la pe-

vi«;A^mi: spécifique, sevi plus grande que partout ail-

i^à>< Ç\ vlr là on a voulu trouver la loi f'es décroisse-

i«c*i% vitr t^rct^ pesanteur spécifique de Téquateur aux

^'ii^^ t^iwNoildt convient sincèrement qu'il n'a pas

iv«^*«^«;M^f!t'^m«tquMle ne peut guères exister à cause

.t^ .>i^^j|liiB «Ae IMT qui confondent les eaux de plu-

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