Entretiens sur le spiritisme
Le but que je me suis proposé d’atteindre, en composant ce petit livre, a été d’exposer, avec autant de précision qu’il m’a été possible de le faire, dans quelles conditions nous devons nous placer lorsque nous nous proposons d’interroger le spiritisme, quelles doivent être les dispositions de notre cœur et de noire esprit lorsque nous voulons en aborder la pratique.
Ces dispositions ne sont pas autres que celles qui doivent présider à l’accomplissement des actes de toute existence quelle qu’elle soit, heureuse ou pénible, terrestre ou extra-mondaine, elles se résument en ces deux mots : « Moralité et prudence. » Le premier indiquant la nature des tendances qui doivent nous diriger, le second appelant à la fois notre attention sur les écueils qui peuvent se dresser sur la route, et sur les meilleurs moyens à mettre en œuvre pour les éviter.
Soyez moraux, vous recueillerez, par le spiritisme,
cVabondantes récoltes sur la route du bien ; soyez, prudents vous arriverez au bien plus directement et plus vite. Il ne suffit pas au navire d’avoir aperçu la lumière du phare, il faut encore qu'il sache heureusement parcourir la distance qui l’en sépare et et au bout de laquelle il lui sera permis d’entrer dans le port signalé.
Ces quelques pages ne sauraient avoir aucune prétention ; car elles ne font que répéter ce qui a été déjà et souvent enseigné ; mais elles ont un désir, un Irès-vif désir, celui d’être assez heureuses pour contribuer à un plus prompt développement des instructions qui ont été formulées par nos studieux et dévoués prédécesseurs.
A l’exception de ceux d’entre nous qui ont le malheur d’être affligés d’un supprême orgueil, nous savons tous que la créature humaine est un être imparfait, qu’en conséquence, soit par la difficulté de comprendre, soit par oubli, soit par paresse, nous perdons facilement de vue les utiles avis qui nous ont été donnés. Il est donc nécessaire de les renouveler. Le métier de la vie, comme tous les autres, exige aussi son apprentissage. Or, l’apprentissage, c’est une suite de répétitions d’actes et de pensées se rapportant à une même catégorie d’objets ; la répétition consolide le souvenir, développe, perfectionne les aptitudes et nous fait acquérir l’expérience; Texpérience, enfin, c'est la faculté désormais acquise de retenir, de pratiquer, de
savoir, c est le progrès, le grand but de riiumanité.
Si tout cela est vrai, pourquoi ne me serait-il pas permis d’espérer qu’en essayant de rendre plus facile l’apprentissage du spiritisme, mes efforts auront leur récompense, la seule qu’on doive aml)itionner, car elle est douce au cœur sans le corrompre, celle d'avoir versé dans le monde une petite part d'utilité.
Lorsqu’on cherché à se rendre compte, comme nous l’avons fait dans le premier entretien, de la composition du monde des esprits, de son recrutement, on ne tarde pas à reconnaître que si ce monde diffère beaucoup de celui qui nous sert de demeure, par la constitution physique et corporelle des êtres qui y vivent, il ne peut, au point de vue intellectuel et moral pour la généralité des Esprits, être que semblable au nôtre ; puisque c’est de nousmêmes qu’il est formé après notre mort, et que le fait de la mort n’ajoute rien à nos mérites, il les laisse ce qu’ils sont au moment suprême. Ce fait peut bien, en faisant disparaître les entraves du corps, donner à l’esprit de plus grandes facilités pour la manifestation de ses pensées et de ses actes, mais, au point de vue de la science et de la morale acquises, l’âme reste la même. Ce n’est en effet que par ses œuvres personnelles qu’elle peut s’améliorer ; or la mort n’est pas son œuvre, sauf dans le cas du suicide, mais alors, l’œuvre étant mauvaise, l’âme n’a pu que démériter.
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Pénétrons-nous donc bien de celle pensée que le monde spirituel est l’image exacte du monde terrestre, et que, de même qu’ici-bas nous sommes exposés à cire trompés et exploités par nos semblables, de même nous pouvons être le jouet des fraudes calculées ou des erreurs involontaires des Esprits.
Mais s’il en est ainsi, dira-t-on, ce pourrait être chose fort dangereuse que de consulter les esprits. A cette question nous répondrons sans hésiter : « Oui, si vous le faites avec irréflexion, avec la conviction que vous devez ajouter une foi aveugle à ce qu’ils vous disent, "et surtout si vous agissez en vue d’intérêts purement terrestres ; non, si vos interrogations, ayant toujours pour but le progrès inlellectuel et moral, sont faites avec prudence et discernement, en dehors des idées d’ambition et d’orgueil, et surtout avec la pensée bien arrêtée de n’admettre les réponses qu’après un sérieux examen. »
Ajoutons quelques mots, non-seulement pour faire disparaître ce soupçon d’inutilité et de danger, mais encore pour mettre à jour tout ce qu’il y a dès à présent de grand et d’élevé, tout ce que, dans un prochain avenir, nous devons trouver de progressif dans notre doctrine sagement comprise, sainement pratiquée.
(lénéralement nous ne sommes pas assez imbus de cette idée que, sur celle terre, il y a toujours deux choses très-distinctes à considéi ei* dans un fait quel-
vit
qu’il soit; de sorleque, sous peine de ne pas savoir apprécier toute l’importance de ce fait, nous devons nous appliquer à tenir un compte rigoureux des deux ordres de considération que je signale. Je m’explique; il y a d’abord l'existence propre du fait qui, quelles que soient ses conséquences ultérieures successivement dévoilées, ou se maintenant enfermées dans le domaine de l’inconnu, doit certainement nous apprendre quelque chose par ellemême, puisque Dieu ne fait rien d’inutile. Il y a, en second lieu, ce qui concerne plus particulièrement ces mêmes conséquences; celles-ci peuvent être pour nous le sujet de nombreuses et intéressantes recherches; car il nous est permis d’en modifier, sinon la nature génératrice, du moins les spécialités qui s y rattachent, élaguant ce qu’elles ont de mauvais dans leur apparence la plus immédiate, dans leur brute production d’origine, mettant ensuite à jour et en pratique ce qu’elles peuvent nous donner do bon, quand nous sommes parvenus à en posséder une connaissanceplus approfondie. C’est par l’œuvre investigatrice, raisonnée, incessante de l’étude que ces heureux triomphes nous sont assurés et que le progrès se réalise.
Prenons pour exemple la foudre, et bornonsnous à la considération seule du fait de son existence; ce fait, par ses simples apparences, nous conduit de prime abord à la conception très-importante d’une force d’essence fluidique à laquelle nous
avons donné le nom d’électricité ; conception qui est devenue, les recherches et la réflexion aidant te point de départ d’une des branches les plus remarquables, les plus utiles de la science. Or parce que, entre autres effets, la foudre brise les arbres, détruit nos maisons, et anéantit même la vie humaine, aurait-on été bien venu à penser et à dire qu’il ne pouvait être qu’inutile et dangereux de s’occuper de la pratique et de l’étude de Télectricité. Personne aujourd’hui n’oserait soutenir cette thèse car, non-seulement cette pratique et cette étude nous ont permis de mettre nos édifices à l’abri du foudroiement, non-seulement l’électricité est devenue entre nos mains une des sources lumineuses les plus intenses que nous possédions, mais elle nous a dotés d’un des plus grands bienfaits auquel l’homme put espérer de prétendre ; celui d’affranchir la transmission de la pensée des obstacles, si insurmontables sans elle, de l’espace et du temps.
Il en est de même du spiritisme.
Quelles que soient les péripéties favorables ou contraires, par lesquelles nous devons passer dans sa pratique, il y a dans le simple fait de l’existence des communications avec les esprits, que ceux-ci disent bien ou mal, vrai ou faux, il y a, dis-je, un enseignement supérieur et souverain d’autant plus utile qu’il sape dans sa base la doctrine la plus dissolvante, la plus dangereuse pour l’humanité; le matérialisme. En effet, tout esprit qui se commu-
nique, quoi qu’il dise ou qu’il lasse ultérieureraenl, par le fait de son intervention, nous montre que tout n’est pas fini à la mort, que l’individualité persiste au-delà du tombeau, que, comme l’a proclamé le Christ, notre âme est immortelle.
Et maintenant si les communications ont leurs mensonges, c’est à nous à chercher à nous en défendre ; comme notre devoir sur la terré est de nous prémunir contre ceux de nos .semblables qui cherchent à nous tromper, comme encore c’est notre tâche, pour ce que nous appelons fléaux, de conjurer ce qu'ils ont de mauvais ; de nous approprier ce qu’ils ont de bon.
Il faut pour cela du travail, mais la destinée de l’homme n’est-elle pas de ne pouvoir rien po.sséder sans lui. Dieu a prodigué les richesses partout ; à nous de supprimer les obstacles qui nous en séparent. Si dans le jour le soleil nous donne la lumière et la chaleur, ce n’est qu’en traversant les entrailles de la terre que nous obtenons les matières possédant les suppléments de calorique qui nous sont nécessaires ; c’est par le travail que nous nous procurons l’éclairage des nuits ; le diamant ne prend son poli et son éclat qu’à force de labeurs ; l’instruction ne s’acquiert que par l'étude, et la moralité par la pratique constante des vertus.
Sans travail, pas de mérite ; sans mérite, pas de récompense; Dieu ne peut l’avoir voulu autrement.
La récompense est donc possible, et l’obtiendra qui le voudra bien.
Mais après avoir rappelé les principes, il nous a paru utile de montrer, à l’aide d’exemples, comment il nous est possible de les mettre en pratique ; comment nous devons nous y. prendre pour discerner, dans les dires des Esprits, ce qui est bon et vrai de ce qui est funeste et menteur.
C’est dans l’intention de réaliser ce projet que nous avons procédé à l’analyse détaillée de diverses communications, les unès bonnes, les autres mauvaises, d'autres entin présentant un mélange de vérité et d’erreurs. Il ne nous reste qu’un souhait à former, c’est que ces principes, éclairés et fortifiés par des applications, contribuent à diminuer la part encore trop grande de la curiosité, des futilités, des petits intérêts personnels, dans la pratique du spiritisme, et nous poussent de plus en plus dans la voie des études sérieusement morales et scientifiques, seules capables d’imprimer au progrès une marche rapide et féconde.
Indépendamment de ce qu’il y a d’utile dans ces recherches, au point de vue de notre règle de conduite, elles possèdent un second avantage non moins précieux, celui de remettre sous nos yeux, de placer de nouveau sur le terrain de la discussion les points principaux de la doctrine elle-même, et d’en faire mieux comprendre l’esprit et l’importance. Mais ceci sera bien mieux apprécié, lorsque tous
les détails d’analyse auront été exposés et que nous serons en mesure d’appuyer sur un imposant faisceau de preuves cette vérité qui, jusques-là, pourrait n’être considérée par le lecteur que comme une simple assertion. C’est donc dans l’épilogue qui termine le livre que nous nous expliquerons sur ce sujet.
(Ces divers entretiens ont été l’objet de lectures faites dans les réunions de quinzaine de la Société scientifique d’Etudes psychologiques.)
Comment on doit le comprendre, l’interroger et l’étudier.