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EXPOSÉ DES PRINCIPES GÉNÉR.XUX

Mesdames, Messieurs,

C’est le propre de l’humanité d’être fortement attirée par l’extraordinaire. Soyez certains que. tant qu’un phénomène conservera pour nous le cachet séduisant du merveilleux, il aura le don de nous occuper, de nous agiter, de nous captiver. Ce n’est pas un mal, car ce désir de connaître est le commencement de la science. Mais cela ne suffit pas, et, s’il est très-agréable de satisfaire la curiosité dans ses débuts, il est encore plus utile de l’interroger dans ses conséquences. Malheureusement la curiosité est une souveraine qui se blase rapidement. Tant iiue sa compagne, la raison, n’est que saisie, étonnée, elle conserve sur nous tout son empire ; mais aussitôt que la cause, jusqu’alors inconnue, des faits qui nous ont frappés commence à poindre, aussitôt que la possibilité d’une explication naturelle de ces faits, sans même que nous puissions la comprendre entièrement, se montre à l’horizon, l’idée de l’extraordinaire s’effaçant, le rôle de la curiosité s’amoindrit et finit par s’éteindre ; la capricieuse fée replie aloi’s sa tente et s’empresse de la porter ailleurs.

A quel degré notre curiosité ne s’est-elle x^as élevée, lorsque nous est arrivée la simple annonce du Phonographe , de cet instrument qui enregistre la voix humaine, qui la conserve et peut nous la faire entendre, môme après la mort de celui qui l’a émise. Or, il a suffi de quelques mots d’explication générale sur les agencements producteurs du Xîhénomène pour refroidir cet entraînement des premières heures, et plus l’explication se com- Xdètera dans les détails, plus sera considérable la suppression qu’elle introduira de la part du merveilleux dans son domaine, plus aussi s’épaissira le voile de l’oubli autour de ses manifestations. La plus grande félicité pour l’homme, sachez-le bien, n’est jamais celle qu’il possède, ce sera toujours celle qu’il espère. Et cela parce que la première a plus ou moins subi les mécomptes de la réalité, tandis que la seconde, tant qu’elle se maintient à l’état d’esi)érance, conserve intacts les prestigieux mirages do toutes ses illusions. Et il n'est pas possible qu’il en soit autrement*,* car, rélléchîssez-y, plus nous serions satisfaits du présent, moins nous aurions intérêt à nous occuper do ravenir. Nous ne serions donc plus des êtres à nature progressive, ce qui constitue notre plus beau privilège. Pour en revenir au Phonographe, si une application inattendue, extraordinaire de oet instrument venait à se produire, le réveil se ferait autour de lui et il persisterait tant que la raison ne viendrait pas révéler le pourquoi des nouveaux faits obsei*vés.

Oh ! que ceux-là connaissaient bien l’humanité qui, voulant s'en faire les dominateurs, se sont appliqués à inventer le mystérieux et se sont encore xdus évertués à ne l’exxdiquer. Devant la surprise de certaines apparences habilement choisies, savoir maintenir la raison de l’homme en un perpétuel échec, tel est le secret des puis-

sauces de tout ordre qui aspirent à asservir les peuples.

Cette curiosité que je désignerai volontiers , en empruntant une expression de Fourier, par la dénomination de curiosité papillonne , ne doit pas ctre absolument combattue, elle a sa valeur. Il est impossible que Dieu ait accordé à l’homme une faculté quelconque qui n’aurait pas sa part d’utilité ; elle est, je le répète, le commencement de la science; or, il faut bien que dans ce monde toute chose commence. Cette curiosité est donc utile pour, nous faire monter les premiers degrés ; mais si elle s’arrête là elle devient funeste , parce que son abstention nous empêche d’arriver aux degrés suivants et que nous sommes ainsi privés d’atteindre les usurpateurs plus égoïstes, "mais aussi plus travailleurs et plus habiles , qui se sont emparés du sommet , de les en expulser d’abord , et puis de tendre la main à nos frères faibles et iniîrmes qui doivent aussi jouir de leur pai*t au droit d’occuper les bonnes places.

Soyons donc curieux , mais en même ' temps persistants et réfléchis. Ne courons pas inconsidérément ciprès des couleurs et des formes nouvelles pour les voir seulement ; après des senteurs inconnues pour la simple satisfaction de notre odorat ; mais pour connaître leur raison d’être , pour savoir comment elles se produisent , pour apprendre comment elles nous seront utiles ; de sorte qu’ après avoir franchi les premières marches , nous pourrons, à l’aide de ces nouvelles connaissances , nous élever de plus en plus dans les sphères supérieures , et arriver ainsi de progrès en progrès à l’affranchissement de toute autre domination que celle de Dieu. Que la curiosité, le plus souvent irréfléchie par elle-même , serve donc à avertir notre raison , c’est là son rôle , et il est utile ; mais que la raison mise en éveil devienne curieuse à

son tour avec le vif désir de sonder et de connaitre. Dans ces conditions, la mission de l’honinie pourra être bien remplie , car , s’il n’obtient pas le succès pour lui-même, il l’aura rendu plus facile à ses successeurs ; dans l’un et dans l’autre cas, il aura contribué par ses efforts à l’avancement de l’humanité, et, parce qu’il est immortel, il aura un jour sa part des profits.

Vous avez bien compris le but de ces observations générales : mettre à la fois en exercice nos sens et notre raison , voilà ce que j’ai voulu dire ; ce n’est qu’à ce prix que la connaissance complète des choses pourra nous être donnée.

Maintenant appliquons plus particulièrement ces pensées aux faits du spiritisme.

A la première annonce qu’une table pouvait, sans cause apparente, prendre un mouvement tournant, tout le monde a été curieux de voir se produire ce singulier effet; puis les tables ont frappé des coups et en ont reçu , puis encore elles se sont soulevées, et la curiosité surexcitée a couru de plus en plus vers ces surprenants phénomènes , assez peu soucieuse des causes , il faut le dire , mais particulièrement intriguée parl’étrangeté des résultats. Cependant quelques esprits plus réfléchis, considérant que tout mouvement suppose nécessairement l’action d’une force, ont été conduits à exprimer l’opinion que ces rotations , ces coups , ces soulèvements devaient être attribués à une puissance dynamique, encore inconnue pour eux , mais dont nous ne devions pas désespérer de connaître un jour la nature et les lois. Cette première intervention de la raison dans l’étude du phénomène, quoique loin d’être complète, puisqu’elle permettait seulement d’entrevoir qu’on était sur la voie d’en connaître la cause, a produit sur la curiosité l’effet d’une première douche . et je n’hésite pas à croire que ramortissement aurait

élé beaucoup plus acconluc , si on ineinc temps on avait dit au public que, non-seulement il y avait là une force agissante , mais qu’on avait en outre quelques motifs de soupçonner la nature et l’origiue de cette force. Gomme cela n’a pas été dit dès l’abord et que le mystère a continué de subsister sur ce point, la curiosité, quoique affaiblie, s’est maintenue.

Cependant dece qu’on est curieux, il ne s’ensuit pas qu’on le soit toujours exclusivement à la manière papillonne, et il se rencontre de temps en temps des investigateurs qui, après avoir vu, s’efforcent d’analyser, de comprendre, d’expliquer. Les premiers voyants ne vont pas plus loin que la simple mise en t7-ain du progrès ; les seconds continuent l’œuvre, la développent et quelquefois l’accomplissent tout entière. Mais, on le sait, ils sont en trèspetit nombre ; combien en effet compte-t-on d’Allan Kardcc et de Crookes parmi les partisans de la nouvelle doctrine ?

J’ai souvent entendu exprimer le regret que, depuis le temijs qu’on expérimente le spiritisme, ou n’ait pas obtenu une moisson plus abondante. Mais il faud rait avant tout s’entendre sur ce qu’l)!! appelle expériinenter. Si l’agriculteur croyait avoir rempli sa mission en allant se promener sur son champ et se contentant de le regarder, s’il n’y traçait pas des sillons, si dans ces sillons il ne mettait pas de semence, il ne retirerait pas un seul grain de blé ; si même, après ces premières opérations, il ne recouvrait pas cette semence pour la protéger et la faire germer, si ensuite il ne débarrassait 2)as le sol des mauvaises herbes, il n’aurait que de bien faibles récoltes. Dieu nous a donné tout ce qu’il faut pour produire, mais le résultat ne sera obtenu qu’à la condition que nous nous mettrons courageusement à l’œuvre. Dieu , comme l’insinue un pi’overbe que vous connaissez tous, a donné l’alouette à

l’homme, mais c’est à celui-ci, s’il veut en profiter, de prendre la peine de la faire cuire.

Or qu’avons-nous fait en matière dq spiristisme ? Nous nous sommes occupes de satisfaire avant tout une curiosité papillonne, souvent très-insignifiante, fort désireux de voir, assez peu soucieux de réfléchir et de chercher. Plus tard, lorsque la conscience de la communication avec les Esprits nous a été acquise, combien ii’y en a-t-il pas parmi nous qui ne les ont questionnés que pour s informer de ce qui pouvait les concerner directement, soit quant aux choses, soit quant aux personnes ? Or , ce n’est pas là ce que j’appelle expérimenter, ce n’est pas là travailler pour l’avancement de la doctrine, ce n’est pas chercher à connaître les vérités générales intéressant l’humanité tout entière. Aussi n’y a-t-il rien d’étonnant à ce que les découvertes se fassent attendre; agir ainsi , c’est exploiter le spiritisme pour des profits ou des satisfactions individuels. Prenez-y garde, c’est là pratiquer l’égoïsme. Or Dieu ne saurait encourager un tel vice, et ce ne peut-être pour de si petites choses qu’il a permis à notre siècle d’entrer en possession des phénomènes révélateurs. Ne croyez pas toutefois qu’armé d’un rigorisme exagéré, je veuille m’insurger dune manière absolue contre toute communication ayant pour objet une utilité purement personnelle ; Dieu n’a pas défendu à l’homme de travailler pour luimême, il le lui a au contraire prescrit; mais il faut que la communication ait surtout en vue d’obtenir l’aide dans le travail et non la suppression de celuici ; alors elle pourra rendre nos efforts plus productifs, notre récompense plus abondante, ce qui nous permettra un plus fréquent et un plus ample exercice de la charité. Dieu ne nous interdit pas non plus de prier les Esprits que nous ayons connus de se communiquer à nous dans l’intérêt de notre individualité et de la leur, car ils peuvent, d’un

côté, nous aider à nous perfectionner, et, de l’autre, nous pouvons apprendre d’eux ce que nous devons faire pour abréger leurs souiTranccs et hâter leur avancement; opérer ainsi, c’est travailler à un acte do charité mutuelle. Mais gardons-nous d’abuser de ces moyens et surtout d’aller au-delà; de courir, par exemple, après la découverte de trésors, après les échéances de certaines successions, après la possession d’inventions industrielles, après la connaissance des secrets de famille, en un mot, après tout ce que notre conscience doit réprouver comme illégitime. Ce serait là non-seulement perdre du temps, mais encore pratiquer le mal; ce serait vouloir rabaisser la justice de Dieu au niveau de nos indignes convoitises.

Reconnaissons donc que la voie de la curiosité proprement dite, insignifiante le plus souvent, malsaine quelquefois, rarement utile, a été, sauf des exceptions peu nombreuses, la seule expérimentée; on s’est à peine occupé d’entrer dans celle des recherches sérieuses et d’intérêt général. Aussi des phénomènes très-remarquables, très-dignes de toute notre attention, sont-ils restés improductifs, et les vérités scientifiques et morales qu’ils recèlent dans leur sein ne sont-elles pas encore sorties de leur période d'incubation. Cessez donc de vous étonner de cet état de stationnement qui vous afflige. Dieu ne vous apportera pas, qu’on me passe l’expression, la pâtée toute faite, vous avez assez de force pour la préparer vous-memes. Avezvous donc oublié qu’on ne peut avancer qu’en raison do la vitesse qu’on imprime soi meme à sa marche; que, pour arriver à un but, il faut d’abord s’en être proposé un, et qu’en second lieu il faut avoir beaucoup réfléchi sur l’efiîcacité de la direction qu’on se propose de suivre pour l’atteindre.

Je sais, et je dois vous le dire, que ce n’est pas là

chose facile, mais où serait notre mérite si nous mavionspas d’efForts à faire? Or, c'est précisément parce que les obstacles sont sérieux, qu’ils sont de plusieurs sortes, que nous ne devons pas nous attarder à les contempler sans chercher à les abattre. Appliquons-nous d’abord à en connaître la nature, ensuite à en déterminer le nombre; nous serons ainsi éclairés sur la direction que nous devons imprimer à nos recherches. Ces premières investigations sont longues et difficiles ; elles ne se compléteront certainement qu’avec le temps, parce qu’en général on n’improvise pas un programme définitif d’études se rattachant à des sujets parmi lesquels il s’en trouve tant d’inconnus. En cette matière, à mesure qu’on marche, une question en amène une autre; c’est dans la solution de la première qu’on trouve l’énoncé de la seconde, et ainsi de suite ; de meme que la réalisation d un progrès antérieur fait naître le desideratum du progrès qui doit le suivre, et auquel on ne pensait pas d’abord. Vous le voyez, nous sommes encore pauvres en moyens d’action ; aussi vous ne devez pas craindre que je surcharge votre attention de nombreux détails, je le voudrais que je ne le pourrais pas; plus tard sans doute nous posséderons plus de richesses.

Je ne vous entretiendrai aujourd’hui que d’un seul objet préliminaire, mais important, déjà signalé plusieurs fois, sur lequel il semblerait qu il est par conséquent inutile de revenir, et cela serait vrai si nous conservions toujours la trace fidèle de ce qui nous a été enseigné, si meme quelquefois nous n’en perdions pas tout à fait le souvenir, si enfin ceux qui ne font que débuter n avaient pas besoin d’apprendre et d’ être prémunis contre quelques illusions.

Or, voici le sujet sur lequel je veux appeler vos réflexions,

Notre but essentiel én nous mettant en rapport avec le monde des esprits est de Je l’aire avec l’intentioii sérieuse de recevoir d’eux des enseignements. Or, qu’elle pourra être la nature dcT ces enseignements? Elle dépendra évidemment et ne pourra dépendre que de la nature même de ceux qui les donnent; notre premier devoir est donc de nous faire une idée aussi exacte que possible du monde des Esprits, do'connaître sa composition, de nous éclairer sur ce qu’il renferme de lion et de mauvais, de nous renseigner sur ce que l’on peut y trouver d’ignorance ou d’instruction. C’est ainsi que, lorsque sur cette terre nous voulons entrer en relation avec un peuple, nous avons tout intérêt, soit quant aux moyens à mettre en œuvre, soit quant aux résultats à espérer, à être fixés sur les mœurs, les habitudes, la constitution de ce peuple.

Qu’une remarque préalalile me soit jicrmise à ce sujet. Une tendance assez générale chez l’homme est de subir cette sorte d’influence, beaucoup plus inconsciente que raisonnée, que le mot Esprit fait d’abord naître en nous. Ce mot est quelque peu fascinateur pour l’humanité, assez bon nombre de légendes nous le prouvent, et il semble qu’avoir afl’aire avec les êtres qu’on appelle ainsi, c’est se mettre en relation avec des individualités qu’on considère, sans trop savoir pourquoi, comme devant exercer une certaine autorité sur nous, no serait-ce que celle qui s’impose naturellement à l’homme mis en présence de l’inconnu, de cette puissance qui n’a souvent prise sur lui que parce qu’elle reste cachée. Du plus au moins, nous avons tous éprouvé cette première impression. Pour ma, part, j’avoue humblement que , pas plus que les autres, je n’ai échappé dans mes débuts à ces impulsions : je croyais consulter des oracles.

Eh bien! il faut que cette sorte d’effarement cesse. Si nous continuons à ignorer ce que peu-

vent etre les Esprits dans leur l'orme, puisqu’ils ne se montrent pas, nous devons chercher à acquérir des notions précises sur leur valeur intellectuelle et morale ; or ceci nous le pouvons, puisqu’ils parlent. Et croyez bien qu'en suivant cette voie, j’en ai l’expérience, nous verrons les bonnes influences grandir do tout ce qui aura diminué dans les mauvaises. Ne perdons pas de vue que ce ne sont pas seulement les conseils et les excitations humaines qui, dans ce monde, sont la cause de certains désastres matériels et moraux, des Esprits aussi ont souvent pris une part active dans ces ruines ; il est donc nécessaire d’aviser.

Combien ne voyons-nous pas encore de personnes qui, dans une discussion, poussées dans leur dernier retranchement, pensent clore le débat en disant : les Esprits l’ont déclaré. Certes, de primeabord, je ne m’inscrirai jamais en faux contre une telle assertion, car il est peu charitable et il est trèsmalséant, je le dis avec intention, de présupposer la mauvaise foi; la fraude gratuitement admise et affirmée peut n’etre que de la calomnie, c’est-adire la iilus honteuse et la plus détestable passion humaine. Mais, tenant pour authentique la déclaration spirite mise en avant, je serai ^parfaitement en droit de rechercher quelle en peut être la valeur, de faire usage de ma raison pour la scruter, pour savoir si je peux l’accepter comme une vérité, ou si je dois la rejeter comme une erreur; puis, ce premier examen achevé, de faire intervenir mon libre arbitre dans toute l’étendue de ses privilèges. Demander un conseil, ce n’est pas prendre d’avance l’engagement de s’y soumettre comrne à une injonction, et, pour ne pas froisser la vanité de celui qui le donne, il ne faut pas aller jusqu’à anéantir la liberté de celui qui le reçoit.

Recherchons donc ensemble ce qui doit se trouver dans le monde des Esprits.

Si nous pouvons avec quelque vérité dire de l’individu : « Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es », nous pouvons, avec non moins de vérité, dire des réunions d’hommes, des sociétés qu’ils fornient entre eux : « Dis-moi comment tu te recrutes, je te dirai ce que tu peux produire. » Or, comment se recrute le monde des Esprits? Il se recrute des habitants de notre terre et de ceux de3 autres mondes supérieurs et inférieurs que la mort vient frapper. Mais la mort, vous le savez tous, n’est pas autre chose qu’un acte de simple séparation des deux principes spirituel et corporel, n’apportant rien, n’enlevant rien ni à l’un ni à l’autre, se bornant à les isoler, après quoi chacun subit les conséquences de sa nouvelle destination conformément aux lois établies par le créateur.

La destinée du corps, nous la connaissons tous: nous savons qu’elle consiste en une série de décompositions ayant pour résultat de rendre au réservoir commun, à la terre, tout ce que ce corps renfermait de matière au moment de la mort, sans un atome de plus ou de moins.

Quant à la destinée de l’âme, nous ne sommes pas édifiés sur les détails qu’elle suit dans sa marche, mais nous savons que, quelle que soit cette marche, elle se fera toujours en raison de l’état où se trouvait l’âme au moment de la séparation, sans un vice, sans une vertu de plus ou de moins; cotte séparation, nous l’avons dit, n’ajoutant et ne retranchant rien à l’état intellectuel et moral de l’âme.

Mais ce que nous pouvons conjecturer à bon droit, ce me semlile, c’est que le corps n’existant plus, toutes les appétences de l’âme qui s’y rapportent seront amorties et ne pourront ^^uère figurer dans celle-ci que comme souvenir. Cependant, on est autorisé à penser que ces mêmes appétences reparaîtront à certains degrés lorsque, dans quel-

quGS circonstances exceptionnelles, l’ame, se refaisant homme, pour ainsi dire, se mettra en comnmnication pins ou moins intime avec des organes corporels et se trouvera alors soumise à leui influence, ainsi qu’il arrive dans les incarnations

momentanées. . .

Nous avons eu dernièrement ici meme une preuve des plus remarqualdes de ce que je viens de vous dire et il importe de ne pas la laisser passer inaperçue, parce qu’elle montre que certaines choses,* insignifiantes en apparence, peuvent utilement servir de confirmation à des points de doc-

Dans le compte rendu si imagé de M . Ghaigneau, si exactement photographié, vous avez pu en juger, et ie saisis cette occasion de l’en remercier aujiom de tous, le sieur Pierre-Claude Cadet, dit letard, ex-quartier-maître à bord du Vampire, interroge, pendant son incarnation momentanée, sur ce qui se passe dans le monde d’où il vient, nous apprend ou'on s’y occupe peu de boire et de manger, îutendu qu’on n’a pas de ventre. Mais cà peine ledit Têtard se trouve-t-il en relation avec une bouche, un estomac, des organes corporels, et, notez-le bien, quoiqu’il sache que ce ne sont pas ceux qu U a eu jadis, qu’il s’empresse, sous la dénomination de pruneau, de demander une chique; on vu donne un bout de cigare, et, comme ce n est pas du tabac de matelot, il le trouve mediocre et déclaré que ca ne vaut pas la corde. Puis il s informe s il n’Y a* pas à boire céans, et comme on n a que du vin à lui oflrir : ce n’est pas bien raide ça, dit-ii; c’est égal, il est bon, ce yin-là, mais ça pique pas assez; un second verre, s’il vous plaît, a votre sanie, capitaine ; encore un, trinquons. Vous voyez, mesdames et messieurs, comme le naturel est revenu

^'^G^est Ve la nature est toujours une et toujours

la meme, et que là où des rapports interrompus se rétablissent enire ce qui est esprit et ce qui est corps, là, dis-je, doivent se retrouver les sentiments passionnels que Dieu a étaldis en concordance directe entre les âmes et les agents, organiques. Aux niéincs origines, aux memes causes, aux juxtapositions homologues répondront nécessairement les mômes ellets.

N’assistons-nous pas ici au spectacle de la vraie réincarnation d’un esprit, spectacle qui, non-seulement évoque en nous la pensée d’une vie antérieure, mais encore nous donne la reproduction fidèle du mode suivant lequel s’est accompli l’eprcice de cette vie. Rien ne nous manque, pas môme cette phase de la rigidité cadavérique qui suit le dégagement de l’âme et qui est représentée ici par la catalepsie du sujet; car un corps dont l’ânie se dégage assez pour faire place à un autre doit necessairoment passer à travers les épreuves du pliénomène do la mort.

Si je n’étais retenu par mon programme, ,) aurais d’autres réflexions à vous présenter, car nous touchons ici au principe de la réincarnation qui est contesté par (]uelques-nns, et à celui qui a pour objet l’état dans lequel doivent se trouver les âmes après qu’elles ont quitté la vie terrestre. Constatons toutefois qu’en ce qui concerne le matérialisme, iUloit désormais sortir de ses retranchements purement et gratuitement dogmatiques; il doit, lui ^ qui ne reconnaît pas la survivance des individualités après la mort, accepter à l’avenir le combat sur le terrain positiviste des faits, et il ne suffit pas qu’il les nie, il faut qu’il démontre comment et pourquoi ils sont faux. S’il ne sait pas s’y résoudre, il prouvera une fois de plus que nous sommes autorisés à ne reconnaître en lui que rqbstinalion du parti-pris. Dans un autre entretien, nous pourrons revenir sur toutes ces choses.

Ce qu’il nous est encore permis de croire, c’est que l’amc, dépouillée des entraves du corps, devra nécessairement jouir à un plus haut degré des facultés au.xquelies ces entraves imposaient des limites pendant la vie, et qu’ainsi hi locomotion, la vision acquerront un plus grand développement; cette extension de la puissance virtuelle de l’âme nous permet de comprendre en principe l’existence occulte, il est vrai, mais certaine de moyens à l’aide desquels les âmes peuvent entrer en communication avec nous; point capital en spiritisme, et dont nous constatons ainsi, dans l’ordre physique tout au moins, le point de départ et les possibilités.

De ces diverses considérations, si je ne me trompe, nous sommes en droit de conclure que, sauf les contingents fournis par les globes inférieurs ou supérieurs au notre, c’est de nousmemes, de nos individualités propres, plus ou moins parfaites, telles qu’elles se trouvaient au moment où la mort les a surprises, que se compose le monde des Esprits, et que celui-ci est, par conséquent, une image très-fidèle du tableau terrestre lui-meme, avec ses vices, ses vertus, ses passions, sa. science et scs erreurs; seulement le cadre se sera plus ou moins élargi pour donner place aux natures inférieures ou supérieures à celles de notre terre.

Or, s’il en est ainsi, ne comprenez- vous pas dans quelle erreur nous tomberions si nous nous croyons obligés d’accepter comme article de foi tout ce que les Esprits nous disent ; si nous nous laissions allep à cette idée qu’ils ne sauraient nous tromper, et que nous devons admettre sans discussion tout ce qu’ils nous communiquent ; etres aniniiques comme nous, quelquefois puissants, mais souvent très-faibles, très-instruits ou trèsignorants, d’une haute moralité ou d’une insigne

dépravation, leurs communications pourront être, tantôt ou souverainement instructives, ou incolores , ou profondément erronées. Dans leur monde, comme dans le nôtre, le Inen coudoie le mal. Si nous ne -voulons pas être surpris, nous devons nous tenir constamment en garde, c’est-àdire nous défendre des illusions dont la paresse aime tant à se nourrir, et avoir toujours en main l’arme de la raison qui nous force à combattre, il est vrai, mais qui peut seule assurer le triomphe de la vérité.

Je sais que ces instructions ont été déjà données, et par des personnes autrement autorisées que je ne peux l’etre. Je sais que l’on me criera de bien des côtés que tout cela est connu depuis longtemps. En théorie, je n’en disconviens pas, à la condition toutefois de ne l’avoir pas oubliée; mais, dans la pratique, les témoignages sont loin d’être aussi concluants. Ces recommandations, je le crois, sont entrées dans les oreilles plus encore qu’elles n’ont pénétré dans les cœurs. Je n’en veux d’autres preuves que les plaintes fréquentes qui, comme je le disais tout à l’heure, s’élèvent contre la lenteur des progrès que fait, quant aux principes , la doctrine spirite. D’où peuvent provenir, ajouterai-je, certaines divisions entre quelques groupes, sinon qu’on est plus complaisamment porté à croire aux dires des Esprits qu’à les discuter, soit qu’on redoute le travail, soit qu’on trouve dans ces dires une communion d’idées avec des opinions préconçues, car si la doctrine spirite, plus que tout autre, a la vertu d’améliorer l’homme , elle n’a pas la puissance de le tranformer tout d’un coup.

Sachons donc bien , quand nous nous adressons aux Esprits, que nous sommes dans une position tout à fait analogue à celle que nous prenons «ur terre lorsque nous consultons nos semblables , et que, suivant la nature de l’individualité consultée.

- lü —

nous pouvons ôtre ou irès-Lien ou très-mal renseignés. A cet égard, il n’existe pas de diüérence entre run et l’autre cas. Il n’est pas un de nous qui ne puisse avoir affaire avec un Esprit qui certainement ne le vaut pas, soit en moralité, soit en intelligence, et comprenons ainsi combien nous avons le droit de n’accepter qu’à bon escient les enseignements scientifiques et moraux de quelque part qu’ils viennent.

Mais alors, pourrait-on dire, à quoi bon les communications avec les Esprits ? A cette question la réponse est facile. Ces communications servent d’abord à donner satisfaction aux impérieux sentiments de charité et d’amour qui nous ont unis à ceux que la mort nous a enlevés, sentiments qui ont étéiinedes plus douces jouissances de notreàme, que lamortravive souvent plutôt qu’elle ne les éteint et qui se continuent ainsi au-delà du tombeau ; sentiments dont la privation serait terrible, dont la possession est le plus efficace, le plus consolant contre-poids à nos douleurs terrestres, car ils nous permettent de continuer à vivre avec ceux par lesquels nous avons été heureux et qui, par voie de retour, reçoivent de ces mômes communications un supplément de félicité. Et, parce qu’il n’est pas un seul de nous qui ne puisse mériter de jouir d’un tel privilège, comment pourrait-on ne pas reconnaître aux rapports d’outre-tombe le caractère d’un ])ienfait universel.

Remarquons, en second lieu, quoi qu’en disent des moralistes chagrins , qui semblent se complaire dans le pessimisme, et ne regardent l’humanité qu’à travers des verres enfumés, remarquons, dis-je, qu’en résumé, sur cette terre, le bien l’emporte sur le mal, et la preuve, c’est que nous progressons. Or, puisque la balance du compte de toutes nos pensées, de tous nos actes se solde par le progrès, il est impossible que la somme du bien

ne l’emporte pas sur celle du mal. Eh bien! a cet avoir terrestre progressif, que nous nous donnons ici-bas à nous-mêmes, vient nécessairement s’ajouter, à l’aide des communications, tout le contingent de celui que peuvent verser chez nous les coopérations spirites. Le monde des Esprits étant, en effet, moralement et intellectuellement constitué comme nous le sommes nous-mêmes, doit feaire un travail dont les résultats marchent dans le même sens que les nôtres, c’est-à-dire dans celui du progrès. De sorte que, sans le spiritisme, nous n’aurions que le progrès d’en bas; avec le spiritisme, nous y ajoutons celui d’en haut.

Remarquons, enlin, que certaines circonstances, qui n’existent pas chez nous et qui n’appartiennent qu’au monde spirituel, donnent à celui-ci un remarquable développement de facultés pour le bien. Si, en effet, comme nous l’avons dit, la majorité du monde des Esprits se compose d’intelligences et de moralités semldables uu.x nôtres, il contient, en outre, ces individualités exceptionnelles, puissantes et supérieures qui sont venues dans le temps faire leur apprentissage sur la terre, mais qui n’y restent pas, parce que leur épuration commencée paimii nous a fini par arriver a des degrés dont nous ne saurions plus avoir une idée ici-bas. Or, ce que les rapports ultra-mondains peuvent nous permettre d’espérer, c’est d’avoir la chance de recevoir de ces Esprits d’élite des communications qui, au moment voulu, imprimeront à notre savoir et à nos mœurs une impulsion inespérée.

Mais pour obtenir ces grands résultats, il faut cesser de s’occuper de petite choses. Espérez-vous que des intelligences supérieures pourront être attirées vers des âmes qui ne songent qu’à des niinuties ? Est-ce que vous n’êtes pas vous-même icibas répulsifs à une telle manière d’agir? Est-ce que

plus les choses dont vous vous occupez sont sérieuses , plus vous ne vousappliquez pas àtenir à distance les bavards, les oisifs, les persifleurs, l’entière cohorte, en un mot, de ceux qu’à tel ou tel autre titre nous appelons les fâcheux ? Si nous voulons jouir du privilège d’entrer dans la société des grands Esprits, dépouillons le terre-à-terre avec lequel nous serions déplacés chez eux, supprimons le clinquant des inutilités, appliquonsnous à faire grand nous-memeS. Si la réussite n’est pas complète , que du moins la tendance sô développe et s’étale au grand jour ; il est possible que, malgré nos premiers efforts, le savoir de TEsprit supérieur ne s’infuse pas tout de suite én nous, mais certainement sa charité nous viendra en aide et nous soutiendra dans la voie du progrès. Par ce moyen, les préparations du sol sur lequel doit un jour descendre la vérité se feront plus nombreuses et plus fécondes et nous avancerons l’heure de la délivrance.

Ces considérations nous paraissent aussi trèspropres à servir de réponse à ceux qui se plaignent du petit nombre de médiums. A considérer la nature et la valeur des expériences auxquelles on soumet ceux-ci trop souvent, nous en avons suffisamment. Je craindrais même qu’eu égard à l’état actuel des tendances, l’augmentation du nombre des médiums ne fit que favoriser celle des abus. Dépouillons-nous de cet excès de légèreté qui nous est trop habituel, devenons un peu plus sérieux, soyons plus souvent animés du désir de nous améliorer et les médiums ne nous feront pas défaut. Pour tant de futilités auxquelles on les emploie, il y en a assez. Nous tomberions peut-être dans la débauche si leur nombre était plus considérable. Car, ne perdez pas de vue qu’un médium étant donné, ce n’est pas seulement le spirite, c’est tout le monde qui a le droit de s’en servir; or, tout le

monde, c’est beaucoup de passions, et souvent trèsdéréglées, de sorte que si la porte était trop grande ouverte, il serait à craindre que, sans donner guère plus d’accès au bien, elle facilitât beaucoup chez nous l’introduction des mauvais génies.

Enfin, n’espérez pas que des révélations importantes vous soient faites avant qu’un nombre suffisant d’intelligences ait été mis en état de les bien comprendre. A quoi pourraient-elles servir, en effet, dans de telles conditions? Elles pourraient bien physiquement et moralement créer des martyrs, elles seraient impuissantes à faire des prosélytes , puisque les germes d’où ceux-ci doivent éclore n’existeraient pas. Les impatients auront beau récriminer, ils ne parviendront jamais à supprimer l’action du temps. Si donc nous voulons hâter le progrès, préparons les terrains qui doivent d’abord le faire naître, puis le développer, enfin le recevoir dans sa diffusion, et Dieu récompensera nos efforts. L’homme qui laisse venir l’arbre à sa guise, sans l’aider, sans le protéger, ne doit s’attendre qu’à avoir des fruits tardifs et peu savoureux ; mais celui qui sait lui donner une bonne exposition, lui procurer des abris, diriger ses rameaux, élaguer l’inutile et ne pas refuser le nécessaire, celui-là jouira plus tôt et mieux que les autres. Allons de temps en temps faire un pèlerinage aux espaliers de Montreuil et de Fontainebleau : nous trouverons à la fois dans ces promenades riiygiène du corps et celle de l’âme, car le spectacle des progrès qu’à force de soins et de travail nous parvenons à imprimer à la vie végétale^ est une visible et fidèle image de ceux dont il nous est permis de doter un jour la vie de l’humanité.

Dans un prochain entretien, nous nous proposons de donner des applications des principes que nous venons de développer, et d’analyser en détail quelques communications. Nous espérons, à l’aide

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