‹ Entretiens sur le spiritismeChapitre 10 sur 13 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

La pensée dominante qui nous a dirigé dans l’admission des sujets que nous venons de traiter est celle de présenter au lecteur du bon, du médiocre, du mauvais.

Pour le bon, qui est fort rare, il nous a semblé que le meilleur moyen de l’obtenir était de le prendre dans le recueil qui est le pivot de notre doctrine, dan^ le livre des Esprits, et nous avons cru devoir faire choix des deux communications qui nous paraissent renfermer les enseignements les plus instructifs sur les œuvres de la création : la première exposée dans le second entretien, qui traite de ce qui concerne l’élément matériel, la seconde analysée dans le septième entretien où nous avons étudié ce qui s’applique à l’élément spirituel.

Quant au reste, c’est à peu près à la fortuité même des circonstances que nous nous en sommes remis.

La Revue spirite avait publié en mars 1878 une communication du docteur Lapommeraie qui nous a paru remarquable par le nombre et l’impor-

tance de ses assertions, les unes fausses, les autres controversables, d’autres enfin éclatantes de vérité. Ce document nous a semblé à ces divers titres devoir être mis en relief et nous nous en sommes expliqué dans les troisième et quatrième entretien.

Puis le hasard a fait que, dans une de nos dernières séances de 1878, a été soudainement lancée l’affirmation que Jésus, le grand révélateur, n’a pas existé. Dans la suite de la môme séance, une communication s’est produite sur le même sujet qui à été confirmative de l’assertion ci-dessus ; c’est ainsi que, sans nous en douter, nous avons été entraîné à notre tour sur un terrain que, la veille, il était certes loin de notre pensée de parcourir. Dans les cinquième et sixième entretien, nous avons discuté la communication et exposé le motifs qui, contrairement à ce qu’elle prétend, nous portent à croire à l'existence de Jésus.

Enfin, préoccupé depuis quelque temps de diverses pensées qui se rattachent à la nature du Périsprit et à celle des liens qui unissent Pâme au corps, me trouvant à la fin de 1878 dans un groupe particulier, j’ai essayé, par la voie d’une communication, d’obtenir quelques éclaircissements sur ces délicates questions. Mon espoir a été déçu, les réponses, ont été aussi abondantes, aussi diffuses en paroles que stériles en instructions. Mais elles m’ont pai’u très-propres à être données comme exemple de ce qu’un Esprit peut quelquefois

prodiguer de mots pour ne rien enseigner et en même temps pour faire étalage des plus singulières contradictions ; l’analyse de cette communication fait l’olijet du huitième et dernier entretien.

Quant à la nature des Esprits communicateurs, je résume ainsi qu’il suit l’opinion que je m’en suis faite d’après leurs réponses.

Les deux communications prises dans l’ouvrage d’.Mlan Kardec ont été faites par des Esprits trèssupérieurs, aussi intelligents que modestes, trèsprécis, très-instructifs dans leur parole écourtée et réduite au strict nécessaire, n’hésitant pas à s’abstenir quand ils ignorent, sachant mettre leurs explications à la portée de ce que l’intelligence humaine e.^-t susceptible d’accepter, ou l’appropriant à ce que, par suite de notre insuffisance, nous sommes dans l’impossibilité de nous assimiler complètement.

li’Esprit Lapommeraye est une intelligence trèsremarquable; énonçant avec un grand accent de conviction les vérités qui président à l’organisation des mondes et notamment à ce qui concerne l’immortalité de l’âme, la distribution de la justice divine ; s’exprimant sans mauvaises passions lorsque sa personnalité n’est pas en jeu. Mais agressif, haineux, insultant toutes les fois qu’il est question des actes terrestres qui l’ont conduit à l’échafaud et ont attiré sur lui la punition qui lui a été infligée. Maudissant dans les termes les plus acerbes les

jurés, les juges, la société qui l’ont condamné. Exploitant dans une large mesure le sophisme à l’appui de ses récriminations, sans orgueil toutefois, car il n’y a que les imbéciles qui aient la stupide mais sincère conscience de Torgueil. Or il est trop habile pour ne pas comprendre qu’il se trompe, mais il cède aux instincts terrestres dont il nest pas encore dépouillé, et, dans son désir de vengeance, il plaide le faux avec adresse dans l’espoir qu’il parviendra à fasciner les jugements humains, à les intéresser à sa cause, à les faire participer à sa révolte.

L'Esprit qui a parlé contre l’existence de Jésus a très-peu d’instruction, mais il est sincère. Il n’a pas encore assez étudié pour savoir se mettre à l’abri des séductions d’une première impression. Quand il sera plus réfléchi, quand il saura mieux apprécier la valeur réelle d’un raisonnement, sa parole pourra nous être utile parce qu’elle est empreinte de bonne foi ; ajoutons qu’il est modeste et cherche à s’instruire ; aussi nous prie-l-il de discuter son opinion, désireux qu’il est de mettre à profit nos remarques.

Enfin l’Esprit, qui a fort longuement discouru, mais qui n’a absolument rien expliqué sur le périsprit, est le type de l’avocat bavard, doublé d’une énorme dose (Je suffisance, jetant dans le discours, sous une forme prétentieuse et sentencielle, certaines vérités qu’il a entendu dire, mais

que, faute de les bien comprendre, il habille et place fort mal ; très-enclin à l’ironie quand on n’est pas de son avis ; prodiguant les promesses d’aide et protection qu’il ne sait tenir qu’en vaines paroles ; aussi pauvre de savoir et de modestie que riche d’ignorance et d’orgueil.

Tel est le résumé succint, et des motifs qui nous ont déterminé dans le choix des sujets traités, et des jugements que la nature des réponses nous autorise à porter sur le caractère des communicants.

Mais indépendamment des services que ces analyses peuvent rendre, môme en se bornant à les considérer comme un simple sujet d’études ; indépendamment de leur utilité plus spéciale pour nous montrer à quelles épreuves, une communication étant donnée, celle-ci doit être soumise alin d’en découvrir et d’en signaler le vrai ou le faux ; indépendamment de ces services, dis-je, elles nous en olîrent d’autres qui n’ont pas moins d’importance, car elles sont une occasion de remémorer dans nos âmes et souvent même d’élucider les principes de la doctrine.

C’est ainsi que dans le deuxième entretien, nous avons été conduit à passer en revue les propriétés essentielles de l’élément matériel proprement dit ; nous avons rappelé à nos souvenirs qu’il existe deux sortes de matières : l’une pesante, qui nous entoure et agit incessamment sur nos sens, suscep-

tible de posséder des formes limitées et bien définies d’une nature tantôt gazeuse, tantôt liquide, tantôt solide ; puis une seconde matière fluidique, universelle, existant dans tous les espaces, qui ne pèse pas, et qui probablement est la substance génératrice de toutes les autres matières.

Dans les troisième et quatrième entretien, où a été étudiée la communication Lapommeraie, s’est présenté d’abord l’énergique démenti donné à la doctrine matérialiste par celui-là meme qui en a été une des plus tristes victimes. Puis est venue l’importante question de la rétrogradation ou de la non rétrogradation des âmes, pendant la série obligée de leurs incarnations successives ; puis aussi celle plus importante encore de l’organisation de la justice divine s’appliquant d'elle-mème, par l’ordre naturel des choses, s’accomplissant par le direct et autonomique fonctionnement des lois régulatrices du phénomène de la vie. Car, pendant ce fonctionnement, vient incessamment s’imprimer sur l’âme, ou pour mieux dire sur son enveloppe périspritale, un cachet indélébile représentatif des charges que lui imposent chacun de ses actes. Par ce moyen, l’âme, pendant la vie, se prépare à elle-même le poids qu’elle doit avoir au moment de la mort, et, ainsi que nous l’avons expliqué, c’est en vertu de ce poids qu’elle va fatalement occuper la région dans laquelle elle trouvera la récompense de ses mérites, ne pou-

vaut sai'iôtei- avant de l’avoir atteinte, ni la dépasser après y être parvenue.

Nous avons été conduit en outre, mais plus incidemment, à nous occuper de la peine de mort, et à signaler les très-graves empêchements que les doctrines matérialistes imposent à la société au point de vue de son abolition.

Nous avons enfin discuté cette singulière opinion qni, à l’imitation de ce que nous répète si souvent un catholicisme qui s’aveugle sur les sagesses providentielles, voudrait nous faire considérer les désordres et les fléaux, qui viennent nous frapper à certaines époques, comme les foudres que dans ses moments de courroux le ciel envoie sans distinction aux habitants de la terre, qu’ils soient bons ou qu’ils soient mauvais.

Si, dans les deux entretiens où il a été question de l’existence de Jésus, nous n’avions pas été obligé de nous maintenir dans les limites imposées à notre sujet, nous aurions pu faire voir comment, en présence des faits Spirites connus, s’efface et disparaît le caractère de surnaturel qu on a attribué aux miracles de Jésus, comment les nouvelles forces naturelles, non soupçonnées autrefois, mais dont l’existence neus est aujourd’hui révélée par le Spiritisme, et dont les elfets variés se dévoilent et s’étendent de plus en plus, comment, dis-je, l’intervention de ces forces fait sortir incessamment les faits miraculeux de ce singulier domaine qu'on

a appelé surnaturel, de cette conception antirationnelle au premier chef, et dans tous les cas tout-à-fait gratuite, que les faits en question constitueraient, entre tes mains d’un Dieu réputé infaillible, une dérogation aux lois générales que dans sa suprême sagesse il a établies pour le gouvernement des mondes.

C’est d’ailleurs un sujet qui a déjà fait et continue de faire l’objet de nos études, et dont nous espérons pouvoir mettre bientôt Texposé entre les mains de nos lecteurs.

Les études, développées dans le septième entretien sur l’état constitutif général des Esprits, après la mort terrestre, nous apprennent, d’une part, que l’essence de l’âme, de la force animique, quoique devant être considérée comme matérielle, est cependant formée d’une substance n’ayant aucun rapport ni avec nos matières terrestres ni avec la matière du fluide éthéré universel ; qu’elle est incorporelle, ne pouvant revêtir aucune forme, par conséquent immuable et éternelle, et que c’est ainsi que les individualités des êtres humains se maintiennent permanentes et immortelles. Ces mêmes études nous apprennent, d’autre part, que les Esprits, qui sont tous homologues quant à leur principe animique, se distinguent les uns des autres par une enveloppe gazeuse qui prend ses éléments dans le fluide universel et par cela môme peut, très-exceptionnellement d’ailleurs,

devenir matériellement visible et tangible. L’atôme du Iluide universel étant, comme nous l’avons dit, le principe générateur de toute matière terrestre. C’est cette enveloppe Iluidique qui, à un moment donné quel qu’il soit, porte l’empreinte des actions bonnes ou mauvaises perpétrées jusqu’à ce moment dans les vies antérieures.

Quant à la dernière communication, elle a été d’une insuffisance telle que toute discussion directe ou indii'ecte a été impossible. La seule conclusion que nous puissions en tirer c’est qu’elle est l’incontestable témoignage de la complète nullité de l’Esprit. Les profondes erreurs qui ne savent pas même se défendre avec l'arme du sophisme et ne s’appuient que sur d’orgueilleuses assertions ne méritent pas les honneurs d’une discussion sérieuse.

Nous ne terminerons pas ces études, dont l’objet principal est la pratique du Spiritisme, sans dire quelques mots de deux questions qui se rattachent étroitement à ce sujet, et qui ont entre elles une grande connexité. On se plaint de ce que, les médiums manquent, de ce que les bonnes communications font défaut ; nous nous sommes déjà expliqué sur ces questions à la lin du premier entretien, ce n’est donc qu’à titre de court résumé que nous allons en reparler.

Si nous savions pourquoi et comment on est ou l’on devient médium,, nous pourrions puiser

dans cette connaissance les moyens d’augmenter le nombre de ces intermédiaires. Mais en cette matière tout nous est inconnu et force nous est imposée d’attendre que des circonstances, le plus souvent imprévues, viennent nous révéler la médiumnité. Une fois celle-ci reconnue, une pratique persévérante, des exercices à la fois soutenus et variés peuvent faire acquérir du développement à cette faculté. Dans certains cas, d’ailleurs, encore assez peu connus dans leurs causes, la médiumnité, après avoir été acquise, peut disparaître.

Quant aux communications, nous savons que les Esprits ne peuvent nous les adresser que par l’entremise des médiums. Il est d’ailleurs probable que sauf les cas exceptionnels de missions qu’ils sont tenus d’accomplir, les Esprits demeurent libres de communiquer ou de ne pas communiquer avec nous.

Or, dans ce monde, nous sommes d’autant plus disposés à exécuter les choses facultatives que nous trouvons dans cette exécution plus de séductions, plus d’attraits, qu’elle pourra développer en nous une plus grande expansion de sympathies.

Ne sommes-nous pas beaucoup plus entraînés h jouir de la promenade lorsque l’almosphère est plus pure, plus tiède, lorsque les lieux que nous pouvons parcourir sont plus remarquables, soit parleurs productions naturelles, soit par leurs embellissements artistiques. Dans le commerce de

la vie, ne nous atlachons-nous pas plus vivement aux personnes lorsque nous trouvons dans leurs goûts, dans leurs pensées, dans leurs sentiments, plus de similitude avec les nôtres.

Ce sont là les déterminants animiques les plus puissants, les plus naturels de tous les rapports qui s’établissent entre les êtres vivants, qu’ils soient terrestres ou extra -mondains ; qui se ressemble s’assemble est une grande vérité, et elle trouve bien ici son application. Comment ne pas comprendre en effet qu’il ne peut que beaucoup répugner à un Esprit supérieur, remarquable par son intelligence et sa moralité de se commettre avec un médium ignare et dépravé; qui ne voit en même temps que ce même médium sera volontiers fréquenté et accaparé par les Esprits de bas étage. Il n’est pas nécessaire, croyons-nous, d’insister davantage sur ce sujet, et nous pouvons conclure en disant que pour avoir de bonnes, de profitables communications, susceptibles de hâter le progrès, c’est moins en nombre que doivent croître les médiums qu’en sagesse, en science, en vertus.

Pratiquer avec persévérance le bien, ce sera toujours te meilleur moyen de l’attirer vers soi ; puis de le faire naître, de le fortifier chez les autres ; d’étendre enfin ses bienfaits en tous lieux.

En agissant ainsi, non-seulement nous aurons été secourables, pendant notre passage sur la terre, à ceux qui auront cohabité avec nous ; non-seule-

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menl nous laisserons à nos successeurs les souvenirs utiles et aimés de nos bons exemples ; mais encore, à l’état d’Esprit, nous aurons conquis riieureux privilège de leur venir plus puissamment en aide dans la grande œuvre de la rédemption humaine ; et alors nous pourrons nous rendre le témoignage que nous avons su pratiquer avec fruit le Spiritisme, c’est-à-dire la doctrine des assistances terrestres, des assistances d’outre-tombe, des solidarités universelles, et des éternelles consolations.

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