HUITIEME ENTRETIEN
ANALYSE d’une COMMUNICATION SUR LE FLUIDE PÉRISPRITAL.
Mesdames, Messieurs,
C’est sur la question de savoir si le périsprit est constitué par la matière éthérée que j’ai entrepris d’obtenir une communication. J’aurais vivement désiré qu’elle fut sérieuse; et, si elle l’avait été en effet, j’aurais essayé de la conduire aussi loin que possible. Malheureusement, dès le début, je pus m’apercevoir qu’il n’en serait pas ainsi, et, plus les réponses se succédaient, plus je fus confirmé dans la pensée que mes appréhensions étaient parfaitement fondées.
J’avais affaire à un individu du type des fauxsavants, type admirablement dépeint par Allan Kardec et dont il ne peut être qu’utile de reproduire ici les appréciations :
« Esprits faux-savants. — Leurs connaissances < sont quelquefois assez étendues; mais ils croient a savoir plus qu’ils ne savent en réalité. Ayant « accompli quelques progrès à divers points de « vue, leur langage a un caractère sérieux qui peut a donner le change sur leurs capacités et leurs lu- <( mières ; mais ce n’est le plus souvent qu’un re- « flet des préjugés et des idées systématiques de la P vie terrestre ; c’est un mélange de quelques vé- « rités à côté des erreurs les plus absurdes, au mi- « lieu desquelles percent la présomption, l’orgueil
a la jalousie et rentôtement dont ils n’ont pu se a dépouiller. »
Si à ces traits on ajoute quelques-uns do ceux qui s’appliquent aux esprits légers, savoir: qu’ils sont malins, inconséquents, moqueurs, qu’ils se mêlent à tout, parlent sur tout, répondent à tout sans se préoccuper de la vérité, on aura une image fidèle de l’Esprit qui va passer sous nos yeux.
Entrons maintenant dans l’analyse détaillée de la communication.
Ma première demande à l’esprit, portant en elle la substance de ce que je voulais savoir, futla suivante :
« Le périsprit est-il composé du fluide éthéré?
La réponse fut courte, si courte meme, eu égard à la gravité du sujet, qu’elle me parut empreinte d’une certaine dose d’ironie ; la voici :
o: Il faut d’abord savoir si le périsprit existe. »
Vous voyez qu’en quelques mots l’Esprit mettait tout en question, et je pus prévoir que mon désir de m’éclairer aboutirait à un avortement. Scientifiquement en effet la communication ne nous apprendra rien; mais, au point de vue des déceptions dont nous pouvons être victimes quand nous faisons du spiritisme sans toute l’attention nécessaire, elle vous paraîtra, je crois, fort instructive.
En présence de cette négation, ou^ si Ton veut, du doute qui venait d’être exprimé, ma curiosité se trouvait stimulée, et je priai l’Esprit de s’expliquer catégoriquement sur l’existence ou la nonexistence du périsprit. Il me fut répondu :
« Il existe pour nous manifester à vous, mais il (( ne nous reste plus après nos manifestations. »
Je fis remarquer que, d’après les théories exposées dans l’ouvrage d’Allan Kardec, je comprenais d’abord la nécessité pour l’Esprit de prendre une enveloppe spéciale lorsqu’il voulait communiquer avec les vivants. En second lieu, que cette néces-
site n’existant plus quand la communication avait pris fin, j’admettais sans peine que cette spécialisation d’enveloppe cessât; mais que la question était de savoir si, après cela, conformément à la croyance générale, il ne restait pas à l’Esprit une enveloppe autre que la précédente, et qui lui fut propre.
A cette question il fut répondu plus ironiquement encore que la première fois dans les termes suivants :
oc Chers amis, rendez-vous bien compte que a vous devenez tous dogmatiques. »
Ceci n’était en aucune façon une réponse acceptable pour une question très-sérieusement, trèscatégoriquement posée. C’était une continuation de raillerie qui d’ailleurs n’expliquait rien. Or, si du côté de l’Esprit il y avait parti pris de se moquer, il fallait qu’il sut que du mien il y avait parti non moins pris de ne pas vouloir être dupe : je répondis donc avec une assez vive impatience que l’Esprit se trompait étrangement; que je n’entendais nullement, sans discussion, sans rétlexions préalables me faire l’esclave d’un livre quel qu’il fut; que mon unique but était de m’instruire, et que je priais l’Esprit de procéder à cette instruction s’il en était réellement capable.
Cette admonestation produisit un effet; non pas celui d’amener des explications scientifiques, l’Esprit cherchait toujours à y échapper, et il était évident pour moi qu’il ne voulait ou ne pouvait rien dire de substanciel, mais celui de changer le ton de la conversation qui devint notablement plus honnête. Voici ce qui fut répondu :
a Cher ami, nous sommes tout prêt à te répon- « dre scientifiquement parlant ; si tu veux écouter a nos nouvelles lumières, nous te facihterons dans « les recherches, mais il ne faut pas de routine, a C’est-à-dire, qu’au furet à mesure que ton esprit
« s’éclairera, tes lumières deviendront de plus en <t i)lus grandes. »
Sauf le mot routine qui, en se reportant aux déclarations que je venais de formuler, continue à être un peu agressif, les termes de la réponse sont convenables ; il y a moins de prétention et plus de douceur dans le langage. Mais ce langage n’est certainement pas celui de la science ; il ne m’apprend absolument rien. Ce sont simples et creuses paroles dont les avocats se servent lorsqu’ils se sentent obligés de parler pour ne rien dire. Quant à la phrase de la fin elle est magnifique. Ecoutez encore une fois : « Au fur et à mesure que « ton esprit s’éclairera, tes lumières deviendront « de plus en plus grandes. » En matière de pléonasme, c’est aussi caractéristique que pyramidal.
Jusqu’ici, vous le voyez, on a parléj^. mais les enseignements ont été nuis. On a bien dit que le Périsprit n’existait pas, mais pas un argument n’a été produit pour justifier une doctrine si étrangement contraire à celle généralement admise. Aussi étais-je tenté de renoncer à une poursuite aussi vaine. Je persistai néanmoins, car' j’étais quelque peu curieux de connaître la nature des développements qui pourraient être produits lorsqu’enfin, si cela devait arriver, quelques points de doctrine seraient franchement abordés. En conséquence, pour amener plus directement la communication sur ce terrain, je posai la question suivante :
« Y a-t-il un lien qui unit l’Esprit au corps ? »
On répond d’abord :
« Non, pas précisément. » Toujours des réticences ; le ressort, vous le voyez, est dur à la détente. A la demande de développer cette pensée, il est répondu :
(c L’esprit progressant sans cesse s’épure lui- (( même, et sa matière devient plus pure, de sorte a que les liens se dégagent plus ou moins. »
Nous voici enfin arrivé sur le terrain, sinon des conceptions, du moins des assertions théoriques ; aussi commençons-nous à entrer dans le dédale des plus étranges divagations ; vous alleren juger.
Passons sur cette incontestable vérité que l’Esprit, s’épurant lui-même, sa matière devient plus pure, M. de la Palisse n’aurait pasmieux dit. Mais que pouvez-vous penser de cet esprit qui, n’ayant pas d’enveloppe matérielle, ne peut évidemment posséder que sa matière propre, celle de l’âme, laquelle, comme nous l’avons vu, est incorporelle, sans forme, sans faculté de changement et dont cependant on dit que la matière se modifie incessamment, puisque elle devient déplus en plus pure à mesure que l’Esprit progresse? Que pensez-vous encore de ces liens, desquels on ne peut pas dire qu’ils existent précisément, et auxquels cependant on attribue catégoriquement la faculté de se dégager plus ou moins ? De ces liens au sujet desquels on ajoute :
a Pour le lien de l’Esprit au corps, il faut une « comparaison matérielle: figurez-vous l’éponge « dans l’eau, et vous aurez l’union du corps et de c< l’Esprit. »
Mais cette comparaison me paraît bien incomplète , car lorsqu’un lien unit deux objets, il faut que l’ensemble se compose de trois choses. Or ici je n’en vois que deux : l’éponge qui est sans doute le corps : et l’eau qui est probablement le lien. Cette eau contiendrait-elle aussi l’Esprit en elle-même? Dans ce cas il serait en vérité difficile de refuser à l’Esprit, à l’âme, une enveloppe. Et puis si l’eau était à la fois et l’Esprit et son propre lien avec le corps, il y aurait double embarras à comprendre comment, d’une part, cette eau qui ne doit pas changer en tant que figurative de l’âme, qui, d’autre part, ne saurait représenter un périsprit qu’on affirme ne pas exister, comment, dis-je, cette
eau devient plus pure à mesure rjue l’esprit j)rogresse; comment enfin il lui est possible de se dég'iyger plus ou moins, et à diverses reprises, de l’éponge. Ce n’est pas que je me refuse à reconnaître que, sous certaines réserves, il est possiljle dedéduire de cette comparaison quelques analogies. Mais celles-ci sont présentées dans le débat actuel avec une insuffisance notoire, je dirai meme complète, car on leur refuse précisément la seule chose qui pourrait les légitimer, l’existence du périsprit. A cet égard elles sont bien l’image du demi-savant, qui ne sait voir dans les questions que la moitié des données qui y figurent, qui se contente de demi-solutions, qui répète avec aplomb ce qu’il a entendu dire à des personnes autorisées, mais sans se douter que ce qui convientà un cas est souvent fort loin d’étre applicable à un autre. La seule chose que le faux savant ne voit jamais à demi ce sont ses orgueilleuses et tenaces prétentions.
Je fis remarquer à l’Esprit que, quelque dogmatique qu’il put me croire. Je trouvais que toutes ces choses étaient bien mieux conçues, bien mieux développées, bien plus convaincantes dans le code de la doctrine. Mais, comme personne ne peut mieux voir et mieux raisonner que le faux savant il me fut répondu que les livres avaient tort, et voici en quels singuliers termes :
« Vous trouverez beaucoup d'erreurs dans les a livres. Ces livres ont été donnés pour les masses,
« mais il ne faut rien prendre à la lettre. Vous, a qui ôtes plus avancé que beaucoup, il faut que a la raison vous guide. »
Voilà encore une de ces paroles recueillies dans le monde par les demi-érudits et que, d’un ton doctoral, ils se plaisent à vous retourner avec de nouvelles fleurs d’éloquence; mais tandis que les savants sincères et modestes, qui connaissent le prix de la réflexion et de l’étude, se contentent de
faire remarquer que, dans un ouvrage quelconque, il ne serait pas toujours prudent de prendre tout à la lettre, notre puissant génie, du haut de sa sphère élevée, nous apprend que, dans le code de la doctrine spirite, toute lettre trompe, toute lettre tue. Aussi, ajoute-t-il sentencieusement, il faut que la raison nous guide.
Eh ! sans doute. Esprit trop discret et trop réservé à la fois, il faut que la raison soit notre guide, qui pourrait en douter? Mais si les paroles et les conseils, qui certes ne font pas défaut ici, sont bons à entendre, de solides instructions seraient bien plus utiles qui nous apprendraient tout au moins comment nous devons nous y prendre pour éviter de devenir victimes de la lettre. Malheureusement celles-ci, quoique instamment demandées, ne brillent que par leur absence.
Et maintenant que direz-vous de ces livres, remplis d’erreurs, qui ont été donnés pour les masses! Voilà certes un médiocre cadeau fait à l’humanité ? Et que voulez-vous donc que les masses, qui n’ont pas suffisamment d’intelligence pour lire entre les lignes, puissent prendre dans ces livres en dehors de la lettre? elles n’y puiseront évidemment que des erreurs. Or, comme ces livres sont l’œuvre des Esprits, ce seraient donc eux qui, volontairement, ou par ignorance, seraient venus nous tromper. Dans ce cas, le communiquant ne sera pas surpris que je n’ajoute qu’une croyance des plus modérées à ses propres paroles.
L’Esprit ajoute :
« Sachez que nous. Esprits, nous sommes encore a beaucoup plus substils que les fluides qui en- « vironnent votre terre, donc, pour traverser ces « fluides, nous empruntons votre matière pour « arriver jusqu’à vous. »
Certes, je ne fais aucune difficulté d’admettre que les fluides des Esprits sont très-subtils, et
j’accepte d’autant plus volontiers cet aveu qu’il me confirme dans l’opinion de l’existence du périsprit. Car la subtilité, quelque extrême qu’on la suppose, sera toujours quelque chose, tandis querabsencedu périsprit ce n’est rien du tout. On aurabeau ergoter sur les mots et torturer les idées, on ne me fera jamais concevoir que l’existence reconnue d’un fluide puisse légitimement être appelée une nullité.
Quant à cette singulière manière de s’expliquer qui consiste adiré que pour traverser un corps plus épais, au lieu de se faire plus aigu et plus pénétrant, il faut au contraire s’épaissir soi-meme, elle est bien l’image de la confusion d’idées à la fois fausses et saines dont l’Esprit se fait l’organe peu réfléchi. Que penseriez-vous d’une couturière qui ayant à enfiler un fil très-mince s’amuserait à le doubler, le tripler, le quadrupler, à l’épaissir de plus en plus, pour rendre plus assuré, plus facile, plus commode son passage à travers le trou de l’aiguille. Je ne veux pas dire par là que les Esprits, pour communiquer avec nous, ne doivent pas prendre une enveloppe plus épaisse et sensiblement semblable à la nôtre, il est au contraire nécessaire qu’elle le soit. Notre faux savant, qui a sans doute entendu énoncer cette vérité, ne manque pas d’en faire parade; mais il s’y prend à coup sûr de la manière la plus inhabile; car par les termes qu’il emploie, par la tournure de ses phrases, par l’incorrection manifeste de ses explications, il fait un incohérent mélange de faux et de vrai et nous donne la preuve trop évidente qu’il n’entend absolument rien aux propriétés fluidiques qui sont mises en jeu dans cette circonstance.
Voulant enfin essayer une dernière tentative, et préciser mieux encore le point essentiel du débat, je posai la question suivante :
« Gomment, sans périsprit, et sans des périsprits
« variés, pouvons-nous concevoir que les Esprits « possèdent la faculté de se reconnaître, de se dis- « tinguer les uns des autres et par conséquent de « communiquer sûrement entre eux?»
A cette demande il a été répondu comme suit :
a Nous nous reconnaissons dans notre monde , « comme vous dans le vôtre. Ce que vous ne vous « figurez pas c'est que nous ne changeons jamais, a A l’état d’Esprit, en quittant la terre, nous re- « prenons notre ancienne forme. »
Au point de vue de la question posée, tout ce dévergondage de paroles si incohérentes ne nous apprend absolument rien. On peut d’ailleurs ajouter : autant de phrases, autant d’erreurs.
Et d’abord sur la terre nous nous reconnaissons, nous humains, parce que nous avons un corps. Or TEsprit n’en ayant pas, si on lui refuse unpérisprit, il est tout à fait inexact de prétendre que les choses se passent exactement de la même manière dans les deux cas. En outre, faut-il passer notre temps à faire remarquer à l’Esprit que nos corps, quoique semblables quant à l’ensemble du type, se différencient par de nombreux détails qui, en fait, nous rendent les distinctions personnelles on ne peut plus faciles. En vérité , serions-nous tenté de nous écrier : de qaelles régions vient donc notre Esprit, pour avoir l’air de ne pas connaître l’évidente vulgarité de toutes ces choses, et a-t-il l’intelhgence assez obscurcie pour ne pas comprendre que si, en ce qui concerne la manière de se reconnaître, il devait y avoir similitude entre notre monde et les autres, il faudrait que les êtres qui peuplent ces derniers eussent, non-seulement un périsprit, mais encore des périsprits variés, quant à certains détails.
En second lieu, dirons-nous à l’Esprit, nous méritons d’autant moins le reproche que vous nous adressez si gratuitement et si faussement, de ne
pouvoir nous figurer que vous ne changez jamais que vous venez de dire tout à l’heure qile vous ctiangez sans cesse, puisque, selon- vous, « l’Esprit « progressant sans cesse s’épure hü-méme, et sa inatiere devient plus pure. » Ce serait Là, il faut en convenir, une singulière manière de définir l’iinmuabilité.
Quand on ne craint pas de se donner des démentis SI peiemjitoires, d étaler dans de vaines et multiples paroles une si profonde ignorance, une si déplorable absence de mémoire, il est inutile d’insister plus longuement.
L’Esprit termine ainsi la nomenclature trop etendue de ses prétentieuses stérilités :
a L Esprit supérieur, par son progrès, nous ap- « parait et disparaît à volonté. Il comprend et sent « plus que les jeunes Esprits. Les grands hommes de la terre se ressemblent et ont la même forme « que les petits. »
Mais en quoi donc une pareille tirade, composée de phrases sans liaison, est-elle propre à élucider la question proposée? Vous le voyez, toujours le meme nux de paroles qui ne nous apprennent rien de ce que nous désirons tant apprendre sur la constitution des choses créées.
Certes, 0 Esprit, je ne vous tourmenterai pas pour me dire comment on peut reconnaître un être supérieur, lorsqu’ayant disparu, il n’est plus là. Mais, tant que vous ne m’aurez pas donné satisfaction JO serai parfaitement en droit de vous demander comment on peut le reconnaître quand il apparaît, et le distinguer des autres qui sont si multiples. Il faut nécessairement qu’il existe» des distinctions, car, sans cela, la constatation des individualités devient impossible, Ja notion d’identite disparaît, la responsabilité s’efface, et l’on peut tromper a merci. Tout cela ne ressemble pas à 1 œuvre de Dieu. D ailleurs en principe vous nenie^
pas que les Esprits ont des moyens de se reconnaître, mais vous n’êtes nullement dans le vrai lorsque vous dites que ces moyens sont semblables aux nôtres, caries nôtres sont fournis par les apparences de notre corps, tandis que les Esprits dépouillés, suivant vous, de périsprit, nO' sauraient avoir de corps ; ne persistez donc pas dans de mensongères allégations qui ne peuvent que nous donner une fort triste idée et de votre amour de la vérité et de votre science. Si vous ignorez, sachez dire que vous ne savez pas; et retenez-bien que Taveu que sait faire l’homme de son ignorance est toujours une œuvre de mérite et de soulagement pour l’ânie, tandis qu’afficher de l’orgueil c’est pratiquer le vice et s’exposer à d’humiliantes défaites.
Quant à cette sentencieuse affirmation que : « un a Esprit supérieur comprend et sent plus et mieux « qu’un Esprit plus jeune, et par conséquent moins « avancé. » Je ne lui refuserai pas à coup sûr le caractère d’être exacte, je lui accorderai même trèsvolontiers le droit d’être classée dans la catégorie des paroles franchement naïves; mais, en vérité, vous nous avez donné une preuve assez éclatante de supériorité en matière de pléonasme pour que vous eussiez pu vous éviter la peine de nous gratifier d’une seconde édition.
Mais où l’esprit semble s’être particulièrement complu et a cherché à écraser de la puissance do son génie, la faiblesse de nos modestes intelligences humaines, c’est dans le trait de la fin :
a Les grands hommes de la terre, dit-il, se res- « semblent, et ont la même forme que les petits. »
En dehors de l’apparence un peu prétentieuse qu’elle veut afficher, quelle portée sérieuse et réelle cette phrase peut-elle avoir au point de vue trèsdéfini de la question qui nous occupe, celui de l’existence du périsprit? Cotte recherche est d’autant plus nécessaire que, si des rapports directs
existent entre la demande et la réponse, ils sont loin de présenter dans les apparences des points de contact intimes et immédiats.
Cette assertion nous dit d’abord que tous les hommes ont une forme, mais cela démontre- t-il que les Esprits ne doivent pas avoir de périsprit ? nullement. Donc à cet égard la phrase ne nous apprend rien, ne nous explique rien. Elle nous conduirait, au contraire, en nous laissant guider par l’analogie, à admettre que ce qui a été jugé utile dans ce monde, pour éviter de confondre les espèces qui l’habitent, pourrait fort bien l’être dans les autres pour distinguer les catégories qui s’y trouvent, nous avons déjà donné, dans ce qui précède, quelques mots d’explication sur ce sujet. Nous allons y revenir tout-à-l’heure, et nous ferons voir que, en dehors de l’analogie, il existe des motifs d’ordre supérieur qui nous paraissent très-propres à nous confirmer dans cette croyance.
L’assertion ci-dessus affirme en outre que cette forme est la meme pour les grands génies que pour les petits*
Qu’en devons-nous conclure ? Que cette forme n’est nullement destinée à servir d’indice de la valeur animique des personnes^ qu’elle n’est pas la mesure de leurs mérites intellectuels et moraux ; que seulement, au point de vue de la constitution des choses créées, elle est caractéristique de l’espèce hominale, et nous donne les moyens de ne pas la confondre avec les autres espèces douées de formes différentes. Nous pouvons ajouter que, in^ dépendamment de cette propriété qu’elle possède, par l’ensemble de son type, d’être distinctive de notre espèce, elle est en même temps apte, par l’infinie variété qu’elle admet dans les détails, d’être distinctive aussi des individualités, celles-ci étant d’ailleurs considérées dans leur essence purement
corporelle, et à l’exclusion de tous les autres attributs se rattachant à des considérations d’intelagence et de moralité.
Mais toutes ces choses nous n’avions aucun besoin de la communication pour les connaître, nous 1^ savons depuis longtemps ; il y a des siècles, en eftet,que la sagesse des nations a proclamé que: 1 habit ne fait pas le moine. Est-il un de nous gui Ignore que tout ce qui est liquide, les plus exquises liqueurs comme les vins les plus détestables, peut etre contenu dans des récipients identiques, soit par leur substance, soit par leur forme.
Je cherche donc vainement ce que l’on a voulu ICI nous apprendre de neuf, scientifiquement parlant, selon 1 expression favorite de l’Esprit. Mais revenant à la comparaison précédente, parce que les vases sont semblables, s’en suit-il que nous n avons pas à nous occuper des propriétés de leurs contenus ? N est-il pas naturel que nous cherchions a découvrir s’il n’y a pas quelque chose dans ceuxci qui soit propre à nous révélei- ces propriétés et à nous les faire apprécier? N avons-nous pas intérêt a savoir si, indépendamment du vase extérieur gui ne nous apprend presque rien, il n’y a pas dans cnaque liquide certains caractères spéciaux plus plus subtils, je dirai volontiers plus iluidiques, doués de la faculté de nous permettre de distinguer les accessoires de la base purement alcoolique renfermée dans l’un, des accessoires de celle renfermée dans l’autre. J’ai tout lieu de croire que, lorsque de son vivant le communiquant était assis devant une table bien servie, il s’occupait beaucoup moins des bouteilles elles-mêmes que d une foule d attributs inhérents aux liquides qui y étaient contenus; qu’il n’ignorait pas gu’ en compagnie de l’alcool qui est invariablement le meme pour tous, se trouvaient des témoignages varies révélateurs des attributs spéciaux à chacun ;
qu’il ne lui répugnait nullement de les soumettre aux appréciations successives de ses sens, à l’epinen de la vue, de l’odorat, du goût, à l’estimation du degré de chaleur intérieure que leur ingection pouvait produire; et, tout cela, avec un recueillement qui n’était pas exclusif de la récidive. Or que faisait-il alors ? Il est possible qu’il fut dans la situation du Bourgeois-Gentilhomme de Molière, mais à coup sûr, et sans qu’il s’en doutât, je le veux bien, il s’était infusé en lui la conception instinctive de certains périsprits inhérents aux liquides étudiés, il procédait en homme parfaitenient convaincu à leur exploration, et il savait fort bien, par la spécialité des caractères constatés, auquel dés liquides expérimentés il lui agréait d accorder la preference .
Et c’est précisément parce qu après la mort, notre enveloppe terrestre ayant disparu, l’individualité de chacun, reconnaissable jusque-là par le corps seulement, cesse d’exister et qu’il ne nous reste plus que celle de nos mérites intellectuels et moraux ; c’est parce qu’ ainsi, à moins d’admettre une sorte ' de néant, une disparition complète de ce que, en dehors du corps, a dit et fait notre personnalité, c’est pour cela, dis-je, qu’il nous paraît naturel d’admettre que l’âme doit porter avec elle un térnoi- ^^nage sensible et continuellement affirmatif de rétat de ses œuvres bonnes et mauvaises, les seuls attributs qui lui restent après la mort. Et comme l’âme, par elle meme incorporelle, immuable, sans forme possible, serait tout à fait impropre a remplir cette condition, c’est à l’aide d’une enveloppe matérielle, mais fluidique et invisible pour nous, à l’aide d’un périsprit susceptible dans les détails de variétés, comme il s’en trouve dans le corps humain. qu’il m’est permis de m’expliquer que ce témoignage existe et qu’il peut se révéler constamment, sinon à nous qui n’en avons pas besoin,
du moins aux etres supérieurs qui ne peuvent s’en passer.
Par quelle combinaison de moyens celte- pensce est-elle réalisée en fait ? C’est ce que nous ignorons aujourd’hui. Mais, sur cette terre, les ressources et les enseignements de l’étude sont encore loin d’être arrivés à leur terme. Courage donc et persévérance, et nous saurons demain.
Condensons maintenant dans un court résumé ce qui nous a été donné par l’Esprit, je ne dirai pas en instructions qui ont été nulles, mais en paroles qui nous ont été prodiguées en si grande abonclâ/iico
Sur la question de savoir si le périsprit est composé de fluide éthéré, on nous répond que le périsprit n’exite pas, sauf les cas de communications avec les vivants. On aurait dû tout au moins nous apprendre, en réponse à notre question, quels sont les fluides qui le constituent dans ces circonstances exceptionnelles ; cette modeste satisfaction nous a été refusée. *
On nous déclare cependant d’un ton amical, et à condition qu’il n’y aura pas che^ nous de routine, qu’on veut bien nous aider, scientifiquement parlant, dans nos recherches '; et l’on nous promet qu’au fur et à mesure que notre esprit s’éclairera, ses lumières deviendront de plus en plus grandes. Il faudrait avoir l’esprit bien mal fait pour ne pas reconnaître tout ce qu’il y a de vérité dans de si encourageantes paroles.
Quoique le périsprit n’existe pas, en dehors des communications avec les vivants, l’Esprit n’en possède pas moins quelque chose de matériel, qui devient plus pur à mesure que l’Esprit progresse ; toutefois, ajoute la communication, malgré ce qu’il y a d’incessant, de progressif dps cette purification, dans cette rénovation matérielle, nous aurions grand tort de penser que l’Esprit se modifie ; il est
immuable, il conserve to ujours la meme forme. Le communiquant reconnaît d\aillcurs que nous avons le droit de ne pas concevoir ces subtilités.
Il on est à peu près de meme des liens qui unissent le corps à l’âme; le communiquant déclare qu’on ne peut pas dire que ces liens existent précisément. La seule chose qu’il lui soit possible d’affirmer, ajoute-t-il, c’est qu’ils se relâchent plus ou moins.
Quant aux moyens qu’ont les esprits de se reconnaître entre eux, la solution scientifique du problème est des plus simples, la voici :
« Nous nous reconnaissons dans l’autre monde « comme vous dans le vôjre. »
Vous voyez que la règle, en ce qui du moins concerne son énoncé, est d’une extrême lucidité. Nous n’avons d’après cela qu’à suivre l’analogie et nous laisser aller où il lui plaira de nous conduire. Or, dans notre monde, nous nous reconnaissons parce qu’il existe des corps qui nous permettent de distinguer les individualités; mais dans les autres mondes, au contraire, d’après le communiquant, il n’y a pas de périsprit, il n’y a absolument rien qui puisse réveiller en nous la moindre idée de corporéité. Tout est donc complètement différent dans les constitutions de ces mondes et du notre. Et c’est dans de telles conditions que, faisant appel à l’analogie, on voudrait nous faire admettre qu’alors que tout est dissemblable dans les mécanismes par lesquels se manifeste la vie, tout devrait précisément de part et d’autre être similaire dans les moyens. Que si c’est ainsi que, pour être rationnelles, doivent être faites les applications des lois de l’analogie, dites-nous donc que ces lois, au lieu d’avoir pour bases la similitude et la compara tivité, ne doivent s’appuyer que sur les divergences, les contrastes et les oppositions.
J1 est temps d’en finir. Apros tous ces flots dp
paroles, apres de si lucides, de si concordantes explications, nous en savons assez pour connaître iusCTu’à quel degré peuvent s’élever les divagations d’un Esprit lorsqu’elles ont pour interprète l’ignorance doublée d’orgueil du faux savant.