LA CROISADE
à la chrétienté par le pape Grégoire IX, impuissant à comprendre ce compromis impie, mais qui montre quel est déjà l'apaisement des vieilles haines.
Tout a changé alors! L'Europe échappera aussi, dans ses rapports avec TOrient, à la théocratie des papes. Les marchandises s'échangent, et les idées avec plus d'activité qu'avant la guerre. Des voyageurs, un Italien, un Anglais, Marco Polo et John Mandeville, à travers TOrient, pénètrent jusqu'aux frontières de l'Inde et de la Chine. Les connaissances géographiques de l'Europe s'étendent; les Etats chrétiens reçoivent, des contrées orientales, des soies, des perles, des épices. Les sciences, les arts, le goût se perfectionnent par des échanges mutuels . Ainsi la guerre a frayé les voies aux progrès de la civilisation. Le héros lui-môme de la guerre sainte, le croisé par excellence, Louis IX, croit aussi que c'est la conquête de l'isthme de Suez et l'établissement d'une colonie en Egypte qui peuvent assurer le mieux aux chrétiens la possession de Jérusalem. Il traite avec les Mongols, qu'il voudrait convertir, contre les Mameluks tellement pénétrés déjà par les idées chrétiennes qu'ils feraient volontiers leur roi du croisé devenu captif. Lorsqu'il veut aller mourir au service de son Dieu, le martyr de l'idée de la croisade est conduit par son frère, le politique Charles d'Anjou, contre Tunis, où celui-ci avait des démêlés. Louis IX meurt atteint de la peste, ayant à la bouche le mot de Jérusalem; et son frère signe avec l'ennemi un traité favorable au commerce de ses peuples de Naples et de Sicile. La croisade commencée^ aux cris
de : Dieu le vent! poussés au fond de l'Âuvergoe, finît au gré des commerçants des bords de la Méditerranée.
Les grands papes du moyen âge ecclésiastique n'en avaient pas moins avec raison saisi ce levier de la croix pour précipiler l'Europe au-devant de l'Asie ; c'est une de leurs gloires d'avoir usé, sur les pointes de l'enthousiasme chrétien, la barbarie asiatique qui revenait de temps à autre sur l'Europe, sous un Gengis ou un Tamerlan, d'avoir retardé de quatre cents ans la prise de Constanlinople, et commencé une lutte (jui a éclairé les esprits, adouci les cœurs, élargi l'horizon des hommes et, à la suite, assuré pour quelque temps, même malgré la perte des colonies chrétiennes en Asie , un commerce inattendu et immense entre l'Orient et l'Occident sur la Méditerranée.