S2 LA CROISADE
un marché chrétiens, Venise, Gênes, Fisc, Marseille, etc., n'avaient pas vu avec moins de déplaisir Tinterraption de leur commerce avec TOrient, que, les âmes pieuses, celle de leur pèlerinage aux saints lieux. Elles se montrent de suite empressées à transporter les chevaliers d'Occident en Palestine; mais elles ne négligent pas non plus de se faire céder, dans leurs conquêtes, des privilèges égaux de commerce ; et, par la, elles introduisent de nouveaux mobiles et de nouveaux intérêts dans ces saintes expéditions.
Le plus puissant et le plus impérieux des papes du moyen âge, le célèbre Innocent III, prêchera une quatrième croisade. Des chevaliers français, italiens, se donnent rendez-vous à Venise, qui doit les transporter sur ses vaisseaux. Point de rois! ce sera là une docile croisade ; Innocent III Tespère du moins. Mais, tout à coup, Tesprit d'aventure des chevaliers conspire avec l'esprit de convoitise des marchands de Venise pour détourner la croisade de son but. On fait voile pour cette ville de Gonstantinople, qui avait tenté déjà tous les croisés. Vainement le pape menace les soldats du Christ de ses foudres. Constantinople est prise. Sur les débris de l'empire grec s'élève, pour soixante ans, un empire latin; un Baudoin de Flandre règne à Byzance, et le pape doit se trouver heureux de croire au moins, par là, le schisme grec détruit.
Combien l'esprit de ces expéditions a déjà changé! Ce sont des évêques, des moines, qui nous ont laissé les récits des premières croisades ; ils sont pleins de miracles. C'est un chevalier, Villehardouin, qui nous laissera le récit de la quatrième croisade, où la poli-
tique du doge et les grands coups d'épée des chevaliers sont les principales merveilles. Âpres Gonstantinople, c'est contre Damiette en Egypte que les deux rois qui commandent la cinquième croisade se dirigent. Ils comprennent que la possession de la vallée du Nil est la meilleure garantie de la conservation de Jérusalem ; les idées politiques prendront tous les jours davantage la place des idées religieuses. Que dire de la croisade de Tempereur Frédéric 11?^ Héritier, par les femmes, de la couronne de Jérusalem et rival des papes, il partira sous les anathëmes de Grégoire IX pour la Palestine. Les prêtres s'enfuient à son approche ; il prend lui-même sur Tautel la couronne qu'il met sur sa tête d'excommunié . Ge n'est point pour faire la guerre aux Arabes qu'il est venu^ mais pour traiter avec eux.
Pendant deux siècles de guerre et de combats, les haines avaient bien diminué entre chrétiens et mécréants. Richard Gœur de Lion et Saladin avaient fait assaut de générosité et échanges de politesse. Frédéric II, aussi roi de Naples et de Sicile, entouré de médecins et d'astrologues juifs ou arabes, ayant des Sarrasins à son service, se met en rapports frévquents avec les puissances mahométanes d'Afrique et d'Asie. Les villes de la Méditerranée, qui faisaient le commerce de l'Orient, avaient moins de répulsion encore pour les mécréants. Frédéric II fera donc avec Malek-el-Kamel, sultan du Gaire, libre esprit comme lui, un traité qui laisse Jérusalem indivis entre les deux religions et qui assure les relations pacifiques des deux peuples. Exécrable forfait qui est dénoncé