‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 50 sur 174 · ARNULF ET LA GERMANIE · texte numérisé non relu

ARNULF ET LA GERMANIE

race et eussent des institutions sociales communes, ils formaient des familles distinctes : Saxons et Frisons dans la basse Allemagne, Bavarois et Souabes ou Alamans dans la haute. Quoique la langue parlée en Germanie sortît aussi d'un tronc commun, elle se divisait alors en diverses branches, comme le prouvait à cette époque même le poème chrétien du triomphe de Jésus, Heliand^ né en pleine Saxe, en bas allemand, et VHarmonie des Évangiles d'Ottfried de Wissembourg, en haut allemand. Ce n'était plus la Germanie ancienne, mais à peine encore la Teutonie, Ullemagne. La race était en quête de son nom (Deutschland , Teutonicum nomen), qu'elle ne rencontra guère qu'au milieu de ce siècle. On l'appelait encore du nom glorieux de ceux qui Tavaient soumise et convertie, la Francie orientale (Francia orientalis). Il fallait unir ces peuples dans le sentiment de la défense commune contre les étrangers, leurs ennemis, qui avaient été ceux de l'empire.

Arnulf fait d'abord une expédition au delà de l'Elbe, contre les Slaves, autrefois tributaires de l'Allemagne; et elle n'est pas heureuse. C'est par de bons procédés qu'il assure la paix delà frontière sudest contre le duc slave Swentibold, qui avait tenu même l'aîné de ses bâtards sur les fonts de baptême et avait fait de la Moravie, à l'orient de l'Allemagne, un vrai royaume. Une invasion des Nordmans entre la Meuse et le Rhin force cependant le roi de Germanie à faire ses preuves. Les pirates s'étaient fortifiés dans les marais de la Dyle, derrière des remparts faits de troncs d'arbres et de terre. Arnulf

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marche contre eux avec une armée de Francs des bords du Rhin et du Mein; car les Âlamans abandonnent la partie comme si cela ne les regardait pas, et les Saxons, qui ne combattaient encore qu'à pied, ne le suivent point. Arrivée près de l'endroit où fut plus tard Louvain, devant leurs palissades, Tannée franque hésitait à attaquer (891). Les pirates riaient de voir sa lourde cavalerie tenter Tassaut au milieu d'un terrain tout détrempé d'eau, quand le roi mit pied à terre et ordonna aux siens d'en faire autant. Les barbares ébranlèrent les échos de leurs cris et du bruit de leurs armes. Mais les Francs répondirent par le cri de guerre chrétien, et, la hache à la main, donnent un si furieux assaut, qu'ils renversent ou franchissent les remparts, et, après une grande tuerie, jettent ces pirates avec deux rois de mer dans les marais.

Ce vainqueur des Nordmans n'est plus seulement le roi de la Bavière ; il pouvait compter aussi sur les Francs du Rhin qu'il avait défendus. Il nomme le nouvel archevêque de Cologne, et celui de Mayence, Hatto, son fidèle serviteur {fidelis noster). Il veut maintenant réunir, entraîner ses peuples contre la puissance voisine et redoutable de Swentibold, le Morave. L'entreprise n'est pas heureuse. Le margrave de Thuringe et l'archevêque de Wurlzbourg, partis les premiers pour une sorte de croisade, pénètrent dans la Bohême. Ils sont bientôt surpris et entourés dans les montagnes. L'archevêque est tué. Arnulf réunit contre son ennemi d'autres chefs slaves à ses Alamans. Les Moraves se retirent dans leurs

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forêts et leurs montagnes, laissent porter le fer et le feu dans leurs villes à peine bâties dans la plaine. Puis, quand Arnulf s'en retourne, 893, ils se précipitent, avec Swentibold, sur lui et massacrent son armée. Arnulf n'est lui-même sauvé que par un miracle qu'il attribue à la protection de saint Emmeran, son patron.

La vengeance qu' Arnulf chercha à tirer de son ennemi fut cependant plus funeste à FAllemagne que sa défaite. Un nouveau peuple de race ouralo-Qnnoise, dont la physionomie, la manière de combattre et les mœurs rappelaient beaucoup les Huns, les Magyares, nommés aussi Ougres, Hongrois, inquiétait de ses courses vagabondes les frontières de l'empire grec et celles du royaume des Bulgares. Arnulf s'adresse à ces nouveaux barbares. Les Hongrois passent en masse les Garpathes et se répandent, sous les descendants d'Arpad, leur héros légendaire, dans rintervalle presque vide des royaumes bulgare et morave, au milieu des marais de la Theiss et du Temès. Désespérant de résister à tant d'ennemis, le vieux Swentibold, que les chroniques allemandes traitent « de tête pleine de dol et d'astuce », partage son royaume entre ses deux fils, avec peu d'espoir de leur laisser l'indépendance après lui, et disparaît. Mais les Hongrois traversent le Danube, ravagent l'ancienne Pannonie entre la Save et la Drave, usque ad intemecionenij et, au lieu d'un peuple slave déjà sédentaire et chrétien, l'Allemagne a sur sa frontière une nation nomade, païenne et sanguinaire.

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