LES DEUX BOURGOGNES
et surpassant, par la beauté de son visage, la hautenr de sa. taille, la force et la sagesse, tous les hommes de son temps. Charles s'enfuit devant lui en Lorraine et invoque Tappui de vassaux germains et de Beaudouin, comte de Flandre. Il revient avec eux envahir la France. Robertiniens et Carolingiens, Paris et Laon, sont aux prises, jusqu'à ce que les deux compétiteurs s'entendent pour porter tous les deux le titre de roi et partager Fancienne Neustrie, chacua avec leurs vassaux. Ils vivaient en effet en paix, lorsque, en 898, Eudes, doutant de sa légitimité, laissa Charles le Simple seul roi.
3. Les deux Bourgognes^ cisjurane et transjurane; Boson et Louis. — Rodolphe /«' (888-899). — A cette époque où les nationalités nouvelles, à Tétat latent, se cherchaient dans Tombre, entre la Francie occidentaky latine et romaine et la Francie orientale^ teutonique j entre les Francs latins et les Francs teutons {Francos latinos et Francos tentonicos), il y avait une région intermédiaire où avaient régné le fils de Louis le Débonnaire, Lothaire !••' et ses fils. La Lorraine flotlait entre les deux Francies du nord, du Rhin à la Meuse. Elle était destinée à être le théâtre des luttes des rois de Germanie et de France. Mais, au sud, la vallée de la Saône et du Rhône, la première plus mélangée de Germains, la seconde de Romains, se rappelait avoir été le siège de royaumes, sous les Mérovingiens et les Carolingiens. Il n'est pas étonnant que quelques seigneurs puissants aient tenté de s'y faire rois dans le démembrement de Tempire.
L'un d'eux, déjà, même avant 888, Boson, descen-
dant par sa mère de Lothaire II et époux d'une sœur de Charles le Chauve, mis par celui-ci en possession de la ville de Vienne, du Lyonnais et du Valais, chargé un instant par lui également, avec le titre de duc, de conquérir Tltalie, possesseur au delà de la Loire du comté de Bourges, las de servir les autres, avait travaillé pour lui-même. Il était fort bien apparenté. Chambellan du duc d*Aquitaine, allié du comte d'Auvergne, après la mort de sa première femme, il avait épousé en Italie la fille de l'empereur Louis II et pratiqué des alUances dans ce pays. Déjà, après la mort de cet empereur, voyant avec peine Charles le Chauve passer les Alpes, il avait refusé de l'accompagner et peut-être, avec quelques autres grands, conspiré contre lui. Le pape Jean VIII aussi, désespérant de Louis le -Bègue, successeur de Charles le Chauve, avait voulu le faire roi d'Italie, sans y réussir. Mais, à la mort de Louis le Bègue, cet ambitieux seigneur, sans égard pour les deux fils de celui-ci, qui régnaient Tun au nord, l'autre au midi de la Loire, et sous prétexte de défendre ce pays contre la colonie de Sarrasins de Fraxinet, avait rassemblé les évoques de Lyon, de Besançon, d'Aix, d'Arles, trente-sept de leurs suffraganls et nombre de seigneurs, à Mantaille, s'était fait proclamer roi par eux et oindre par l'archevêque d'Arles, le 18 octobre 879. Attaqué par les rois de Germanie et de France, il défend son usurpation dans Vienne, sans jouir longtemps d'une couronne si difficilement acquise ; mais il la laisse en 887 à son héritier, un fils en bas âge. La fille de l'empereur Louis II, la fière Hermengarde, sait faire reconnaître