‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 94 sur 174 · HENRI LE FONDATEUR · texte numérisé non relu

HENRI LE FONDATEUR

mettre, dit la tradition, un chien mort. Une effroyable horde descendit aussitôt l'Elbe et ravagea tous les bords de la Saale pendant l'hiver de 933 à 933. Au printemps, elle se partagea en deux bandes : Tune prit le chemin de Touest pour pénétrer en Thuringe, et l'autre celui du nord pour la tourner. Les Thuringiens reçurent si rudement la première qu'elle s'enfuit à travers TErzgebirge. Le roi Henri, en personne, atteignit Tautre bande près de Mersebourg, sur la Saale. <( Compagnons, dit le roi en levant l'étendard de saint Michel, nous leur avons donné les biens de nos femmes et de nos enfants, il ne nous reste plus, si nous ne savons combattre, qu'à leur livrer les trésors de nos égUses. » Toute Tarmée s'ébranla au cri de Kyrie ^ kyrie; les Hongrois répondirent par un formidable rugissement : Huit huit Les Allemands s'avancèrent serrés les uns contre les autres, sous leurs boucliers, avec peu de cavalerie à leurs premières lignes, pour attirer les Hongrois. Ils essuyèrent, sans broncher, les premières décharges des flèches de l'ennemi. Les Hongrois se précipitèrent; mais, bientôt, la forte cavalerie allemande de réserve s'élança avec impétuosité. A leur tour, les païens tournant bride laissèrent leur camp et même le butin, mais peu de cadavres aux vainqueurs.

Vainqueur des Hongrois et des païens, Henri appartenait à l'Église. A l'instigation de sa femme, il fit bâtir, sur la hauteur qui dominait alors la forteresse de Quedlimbourg, au pied du Hartz, un monastère de femmes qu'il dota richement. Au retour d'une chasse, dans la forêt du Hartz, une maladie mortelle

le surprit à Memleben. « Je remercie le Christ, dit-il à la reine, de conserver ta vie après la mienne. Je te recommande mon âme comme à la meilleure et à la plus éprouvée des femmes. » La mère montrant le mort à ses enfants : « Contemplez bien ceci, leur dit* elle, pour craindre Dieu et honorer, en toutes choses, celui qui est assez puissant pour faire ce que vous voyez (936). »

Les historiens allemands font grand cas, et avec raison, du roi Henri. Ils se plaisent à l'appeler le fondateur du royaume teutonique et saluent en lai le précurseur de l'empire allemand. C'est le Pépin du nouveau Charlemagne. « En peu de temps, dit Ruotger, Tévéque de Cologne, par la grâce de Dieu, Henri inspira aux étrangers et aux ennemis un respect et une crainte qu'ils n'avaient pas connus et il fit régner entre les habitants de son royaume une concorde qui n'y avait point existé depuis longtemps. »

Olton ]" et l'Allemagne (936-663).

Le second prince de la dynastie saxonne, Otton I", a ea, après Gharleinagne, la gloire rare d'être appelé fe Grmd. Malgré ce titre que son pays lui a donné et qui a été accepté, il o'occupe ordinairement qu'une assez petite place dans les histoires générales. On ne saurait sans injustice ne pas tenir le plus grand compte de ce souverain germanique qui a fait du royaume allemand un empire, et rêvé pour l'Allemagne la domination de l'Europe. Il nous semble «pendant contraire à la vérité historique de faire de lui le successeur du grand empereur franc.

L'époque des Citons est justement celle dei ration de ce que nous appelons aujourd'hui Diague et la France. C'est alors que, pour la pi Cois, les différents peuples de l'ancienne Ge prennent le nom général qu'ils ont conser t)u'à aujourd'hui (Deutsch), et que le nom de commence également à s'attacher à une pa l'ancienne Gaule, pour s'étendre hieatOt à pays, tandis que le nom de Franconie ne resie

une partie de rAUemagne. Ces rois saxons remettent en honneur chez eux toutes les vieilles coutumes de la race germaine, aux dépens des lois faites ou amendées par les Francs. Leur royauté, toute personnelle, est ramenée à n'être plus que le pouvoir de rancien chef germain élevé, il est vrai, au-dessus de la nation tout entière. L'Allemagne se fait en échappant à l'empire franc, comme la France se fait en repoussant Tempire de TAllemagne.

Otton le Grand sera, il est vrai, couronné empereur par le pape à Rome et salué aussi Auguste et César. Voilà la cause de la méprise! Mais n'est-ce pas pour avoir défendu la chrétienté contre les Infidèles, converti et fait entrer l'Allemagne même dans la société chrétienne, que Charlemagne a mérité que le pape Léon III lui mît la couronne sur la tête? L'empire était alors la garantie politique de l'unité morale, chrétienne. Otton le Grand repoussera, il est vrai, les Hongrois, mais il ne les dompte pas; il défend à peine contre les Slaves et les Danois les frontières même de la Germanie. Au lieu de consacrer surtout sa puissance et ses armes à la continuation de l'œuvre de Charlemagne contre les païens et les barbares, il se retourne contre elle, quand il porte la guerre en France et en Italie.

Le règne d'Otton le Grand ne saurait donc être une suite de l'œuvre de Charlemagne; il la contredit. Otton le Grand réunit et discipline, sous forme féodale, la vieille Germanie, moins pour porter plus loin à l'est et au nord la civilisation et le christia* nisme que pour reprendre et régulariser l'invasion

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