DE LA ROYAUTÉ EN FRANCE A LA FIN DU X« SIÈCLE
C'est en Allemagne, au milieu du x® siècle, que sort du chaos féodal la première monarchie puissante. L'Allemagne était entrée la dernière dans l'unité chrétienne de l'empire carolingien et elle en était sortie la première. C'est elle cependant qui, arrivée par l'unité à une situation supérieure en Europe, vise bientôt à réunir celle-ci sous son commandement et à la dominer. Un prince de la dynastie ottonienne, Otlon le Grand, joue, au x® siècle, en \ Europe, un rôle presque égal à celui de Charlemagne et fonde un empire qui a prolongé bien plus longtemps moins sa solidité que son existence : le Saint-Empire romain germanique.
Le plus grand service rendu à l'Europe par les rois allemands, sans qu'ils en eussent une bien claire conscience peut-être, c'est d'avoir relevé la papauté d'un abaissement qui semblait définitif et, par celle-ci,, d'avoir restauré la dignité de l'Église chrétienne, qui I
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pouvait alors rendre à l'Europe Tunité morale et la puissance entre les nations barbares ou infidèles. À la fin du X* siècle, on voit en effet le christianisme d'Occident sortir des misères qui l'avaient accablé. La papauté, à sa tête, s'unit à l'empire, et l'Église favorise l'avènement de plusieurs monarchies nouvelles et viables au-dessus de la féodalité. Arrachée ainsi au morcellement, à l'anarchie politique et morale, la chrétienté latine acquiert une force de cohésion supérieureà l'empire grec où l'Église était serve et au mahométisme partagé en autant de sectes que de royaumes; et le siècle, qui avait vu l'Europe en proie aux invasions des Hongrois, des Nordmans et des Sarrasins, prépare à la fin les expéditions et les conquêtes faites au dehors, en Orient, sous le signe de la croix.
Henri !•' l'Oiseleur ou le Fondateur et le royaume d'Allemagne
L'avènement de la première dynastie allemande est dû à l'alliance de deux princes et de deux peuples, les plus puissants de la race germaine, qui choisissent conformément à leurs vieilles idées et proclament roi des Saxons et des Francs le duc de Saxe Henri, après lui avoir conféré la naturalisation franque. Il ne reçut point l'onction du saint chrême, que Tarchevôque de Mayence avait donné à ses prédécesseurs et que recevaient alors des mains de leur plus puissant archevêque la plupart des rois sortis du démembrement de Tempire. Henri n'en eut pas moins l'ambition de commander à tous les peuples allemands, de les réunir et de les défendre contre les ennemis du dehors. C'est la tâche utile et glorieuse qu'il accomplit.
Le duc des Alamans, un Burkhard, et celui de Bavière, Arnulf le Mauvais, ne voulaient ni s'engager à la fidélité, au service miUtaire dus au suzerain, ni renoncer à une occasion favorable peut-être de s'em-
parer des biens royaux et de nommer aux évêchés, comtés et fiefs. Arnulf avait plus d'ambition encore. Il se fit proclamer roi par ses comtes et seigneurs. L'apparition de Henri, à la tête des Saxons, des Thuriagiens et des Franconiens, sur le Danube, suffit pour faire réfléchir les peuples du midi. Henri, qui avait été un duc très indépendant, ne fut pas fort exigeant. Il se contenta, comme un suzerain, d'obtenir du Souabe Burkhard et d'Arnulf le Mauvais Thommage et la promesse du service militaire en cas de guerre extérieure. Ce succès grandit l'influence du roi au midi ; car il paraît être intervenu entre le duc de Souabe, Burkhard, et le roi de la haute Bourgogne, Rodolphe, qui prirent la Reuss pour limites de leurs États. A l'occasion de cette intervention, le roi Henri obtint de Rodolphe la lance sur la hampe de laquelle, du temps de Constantin, on aurait gravé le signe de la croix avec les clous qui avaient percé les mains et les pieds du Christ.
Lorsque le moine Richer, le chroniqueur si intelligent de ce temps, nous parle des limites de l'Allemagne et de la France, encore disputées, il n'a garde d'oubher le Rhin, qu'il donne toujours conmie une limite naturelle et de tradition. A la faveur des troubles de la France, Henri P"* revendique la rive gauche du Rhin. Le cauteleux et inconstant Giselbert de Lorraine lui prête hommage et épouse sa fille, Gerberge, qui le retient dans l'alliance de l'Allemagne. Les cinq peuples et les cinq grands duchés de la nation étaient maintenant réunis sous un même roi; et cependant celui-ci consentit encore à payer aux Hongrois un
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HENHI LE FONDATEUR 265
tribot annuel et en obtint ainsi une trêve de neuf années. Henri le Saxon était plutôt le chef d*Ètats fédérés que le chef d'un seul État. Avant de se risquer à défendre tout le pays contre ses ennemis, il prit en Saxe et en Thuringe de solides précautions de défense et prépara habilement la guerre.
Sur les bords du Rhin et du Danube, il y avait un certain nombre de grandes villes^ bâties autrefois par les Romains. En Franconie et dans la Hesse s'élevaient quelques villes fermées, militaires ou ecclésiastiques. En Saxe et en Thuringe, sauf dans quelques châteaux du roi ou des puissants et dans quelques \illes épiscopales, les Saxons, comme au temps de Tacite, avaient horreur des villes murées, par amour pour l'air libre. Ordre fut donné de ne tenir tribunal, célébrer fêtes et tenir marchés que dans des lieux fermés. Sur neuf habitants des champs soumis aji service miUtaire, un fut tenu de résider dans la ville murée, afin d'y bâtir et entretenir des maisons de refuges et des magasins, tandis que les autres cultiveraient les champs et apporteraient le tiers des récoltes et des fruits. Pendant plusieurs années, dans la Saxe, dans la Thuringe et, à leur exemple, dans les autres parties de l'Allemagne, où il en était besoin, on ne fut plus occupé qu'à bâtir maisons et murailles en terre, en bois, en pierre, avec tous les matériaux qu'on avait sous la main. Ainsi le roi fabriqua des villes pour le salut du royaume.
Henri se fait ensuite une armée : habile dans tous les exercices militaires, il s'efforce d'aguerrir et de disciphner les seigneurs et leurs vassaux, puisque les
masses avaient perdu les habitudes guerrières. Sans rétablir Tusage général de Theerban, il obtint, quand il en eut besoin, de fortes armées de piétons. Dans des exercices ou jeux militaires, il habitue la cavalerie féodale à combiner, selon les besoins du moment, ses évolutions avec celles de l'infanterie. Henri exerce encore plus utilement les siens, piétons et cavaliers, contre les Slaves, tout le long du cours de TElbe et de son affluent la Saale, frontières de TÂllemagne au nord-est. Pendant Thiver de 928, il s'aventure sur l'Elbe et sur les marais glacés du Havel ; il met la main sur Branibor (Brandebourg), repaire de pillards qui désolaient ces contrées, puis, entre la Saale et TElbe, chez les Sorbes et, plus près de la Bohême, il jette une colonie allemande et bâtit une forteresse à Meissen , pour les tenir tous en respect. EJp 929, le roi Henri et Arnulf de Bavière pénètrent en Bohême jusqu'à Prague et reçoivent Thommage de Wenceslas, qui reste fidèle au christianisme et paye un tribut de cinq cents marcs d'argent et de cent vingt bœufs à l'Allemagne. Sur la frontière du bas Elbe, entre l'Elbe et l'Oder, et sur la côte de la Baltique, où Gharlemagne avait soumis les Obotrites et les Wiltzes, deux margraves allemands infligent aux Slaves une défaite que les chroniques saxonnes exagèrent en disant qu'il resta sur le champ de bataille cent mille Slaves dont six cents prisonniers, faits pendant le combat, furent froidement massacrés le lendemain.
Quand les envoyés du khan des Hongrois vinrent demander alors le tribut accoutumé, le roi leur fit re-