A LA FONTAINE
J'ai plongé ma petite coupe Dans la fontaine qui rajeunit ; Ils ont fui, tous mes soucis.
Et voilà leur folle troupe, Leur troupe folle qui s'envole !
Toute peine est oubliée Dans la fontaine qui rajeunit ;
En ses eaux j'ai bu l'oubli, Et mon âme en est enivrée.
La fontaine est délectable.
Qui boit de ses eaux lui devient semblable,
Et s'endort sur un lit de sable.
LA JONCHEE
ICI repose sur la terre Immortelle, en un lieu solitaire Où ne pénètrent pas les souffles extérieurs, L'adorable et subtile poussière De ce qui fut jadis des fleurs.
En cette pourpre et lasse automne
De roses fanées et de lys mourants
Tombés de leurs couronnes,
Parmi les herbes et les fleurs des champs ;
En ce velours profond et plus doux que des mousses,
Elles, en les foulant jadis, ont laissé
Des empreintes de pas nus et tissés
Comme de laines, des pointes de petits pieds
Qui vont et viennent.
Sinueux et gracieux,
Et s'entrecroisent en fils de chaîne.
En un rythme silencieux.
Là où toutes les Hgnes convergent,
Onduleuses traînes d'or.
Minces ruisseaux entre des berges.
Comme un baiser splendide dort
Le long et tiède et clair repos
De celles qui, voluptueuses et nues,
Leurs longues chevelures en gerbes
Blondes, entre les hautes herbes
Se sont étendues.
Laissant l'empreinte de leurs mains.
De leurs têtes lourdes et de leurs seins.
De tous leurs corps superbes,
Et le parfum de leur chair uni
Aux aromates rares
Que versaient sur elles, en souriant.
Les esclaves portant des amphores.
Et, toujours, en un cercle infini, S'enlacent et se nouent, et s'entrelacent Et se dénouent de petits pas qui courent, Comme un pétillement dans le vent.
Ainsi revivent en un rêve Aux tons assourdis et fanés D'une automne qui s'achève.
Les rares et somptueuses heures Où dans du soleil résonnaient Des sons de harpe et de cithare.