‹ Entrevisions, suivi de Poèmes posthumesChapitre 22 sur 75 · ANNONCIATION · texte numérisé non relu

ANNONCIATION

PARMI ceux qui s'en vont songeurs vers le destin, En cette nuit confuse, où vient un jour lointain Dont les cimes d'azur héroïque se dorent Déjà du chant sacré des trompettes sonores ; Parmi ceux qu'une voix, cette nuit, appela. Chevauche obscurément celle qui n'est point là Pour la bataille, mais pour la douce victoire.

Muette, impénétrable en son armure noire.

En son heaume abaissé sur ses yeux de lumière.

Elle est recueillement et silence : prière.

L'étendard, à la fois lumineiix et obscur, Qui tombe, en plis de soie aux chimères d'azur, Sur elle et la recouvre, ainsi qu'un ciel d'étoiles, Mêle ses longs éclairs à l'ombre de ses voiles.

Elle s'avance ainsi, grave, le front penché. Et nul ne reconnaît celle qu'il va chercher. Depuis combien de jours, de routes et de haltes, Son attente sublime et sa foi les exalte ! On l'espère en silence ; elle est au miheu d'eux. Elle va doucement avec un bruit de feu ; Elle sourit. Dans l'air obscur qui la dérobe. Sa bouche en murmurant fait palpiter de l'aube. Tout l'avenir tressaille en son sein ténébreux, Et sa voix en tremblant prononce son aveu.

La brise qui se lève entr' ouvre en pHs de gloire

L'étendard chimérique ; et le flot de la moire,

Diaphane splendeur, dans l'air sourd agité

D'une rumeur de mer matinale d'été,

Porte, souffles et chants, ondes, lumière et flamme.

Son clair tressaillement inmiense dans les âmes.

Sa face se découvre, elle lève les yeux.

Elle est l'aube, la joie, elle est fille des dieux,

La gloire ! Et le cheval qui porte l'immortelle.

Fougueux et frémissant, ne sent plus que des ailes !

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