LA FEINTE
OUE cherchent tes lèvres aux nuits De mes seins, parmi les feuillages Et les fleurs closes où je suis, Enfant qu'altèrent mes mirages ?
De quelle étrange profondeur, Stérile et d'or, quand je sommeille, Mon âme, inutile splendeur.
Au fond de tes lèvres s'éveille !
Scintillements du paradis, La nébuleuse et trouble voie Qu'ils te découvrent, attiédis.
En des flots d'ombres et de soies !
Entre mes voiles de matin, Mes roses et mes mains défaites, Au seuil de ce royal festin, Avec tes prières muettes,
O toi qui viens à mon insu.
Seule me surprendre avant l'heure, Enfant, dont je n'ai pas déçu La soif d'une essence meilleure ;
Qui me cherches en ces apprêts De fiancée, avant l'aurore.
Pâle de mes bonheurs secrets, Belle de n'être pas encore ;
Qu'en elles ainsi, quelque jour.
Sous la forme de ces corolles Virginales, d'un vain amour Éclosent de blanches paroles ;
S'entrelaçant en un jardin De fleurs sans parfum et sans sève, Mais où sera l'ange soudain Que tu demandes à mon rêve.