‹ Entrevisions, suivi de Poèmes posthumesChapitre 3 sur 75 · MIRAGE · texte numérisé non relu

MIRAGE

CE murmure n'est pas la voix des eaux, Ni l'aile des vents en ces roseaux, C'est une âme qu'un songe irise, Dont les lèvres jouent avec quelques sons, Comme des vagues, où de la brise Scintille de lune et de chansons.

Nulle de ses pensées qui dépasse Le bleu cercle que sur son front Ces pâles aigues-marines tracent.

C'est une fée. Aux bords où s'éteint

La vaste rumeur des flots incertains,

Dans sa grotte de nacre incrustée,

Elle est assise, jusqu'au matin,

En une attitude enchantée.

Entre ses longs cils blonds qui tombent

Sur ses yeux, comme des rayons,

Elle regarde en son miroir

Se jouer les images du monde.

Des plus subtiles atteintes du bonheur.

De la grâce des eaux, d'un rayon, d'une fleur.

Elle se crée des voluptés profondes.

Sa joie est faite de simples choses,

D'un peu de sable, d'un coquillage rose,

D'une perle dans la paume de sa main ;

Car nul ne sait, comme cette âme étrange.

Du seul reflet d'un sourire lointain,

Faire éclater, en un céleste songe,

Ce doux et pâle et splendide orient.

Où des reflets en des flammes se changent.

Où la lumière devient un chant.

LA MESSAGERE

AVRIL, et c'est le point du jour.

Tes blondes sœurs qui te ressemblent, En ce moment, toutes ensemble S'avancent vers toi, cher Amour.

Tu te tiens dans un clos ombreux De myrte et d'aubépine blanche :

La porte s'ouvre entre les branches ; Le chemin est mystérieux.

Elles, lentes, en longues robes, Une à une, main dans la main, Franchissent le seuil indistinct Où de la nuit devient de l'aube.

Celle qui s'approche d'abord, Regarde l'ombre, te découvre, Crie, et la fleur de ses yeux s'ouvre Splendide dans un rire d'or.

Et, jusqu'à la dernière sœur.

Toutes tremblent, tes lèvres touchent Leurs lèvres, l'éclair de ta bouche Éclate jusque dans leur cœur.

Page 1