SOUVENIR DE BERCEUSE
EN ce temps-là, dans l'étroite chambre, Et si frileuse en son sommeil blanc.
Lorsque venait le soir triste et lent, Qui pleurait aux vitres en décembre ;
Ma mignonne, ma petite sœur, Tu me prenais dans tes mains câlines, Tu me berçais dans tes boucles fines, Avec une ineffable douceur ;
Sur tes chères lèvres aux paroles De songes divins, je m'endormais ; Et rieuse, à mon cœur tu semais Ta chair comme un lit de roses folles.
Les ailes, les voiles et l'eau qui fuit S'étaient éteintes et confondues, Nos formes mêmes s'étaient perdues Dans ce silence et dans cette nuit.
Et c'était doux jusqu'à la démence Toute cette ombre et ce reposoir.
Dans cette vague fuite du soir, Ce calme avec ce mystère immense.
Les nuits des chères noces parées De caresse et de douce merci, Ceux qui dorment et rêvent ainsi Ont de fines robes azurées ;
Des anges venus du fond des deux Descendent alors dans l'ombre brune Les blanches échelles de la lune, Avec des gestes silencieux ;
Et d'autres remontent, tous sont roses, Ailés d'or et si resplendissants !
Qu'ils les contemplent, divins passants, Au travers de leurs paupières closes.
LA PLÉIADE, MDCCCLXXXVL