LES PRIÈRES
C'est un soir pâle. A ce chevet De mystère et de solitude, Qu'un long voile d'ombre revêt, C'est une heure d'inquiétude.
Comme dans un port nébuleux Où de vagues nacelles mouillent.
Les chères filles aux yeux bleus Devant leurs rêves s'agenouillent ;
Elles délacent dans leurs doigts Délicieux, ongles de roses, Leurs nattes splendides d'orfrois Et leurs blanches ceintures closes ;
Elles joignent pieusement
Dans les plus adorables gestes,
Sur leurs poitrines sans tourment,
Leurs mains vierges, leurs mains célestes ;
Et laissant les mots creux et vains Pour les extases infécondes, Elles ouvrent leurs yeux divins Au fond de leurs prières blondes.
LA PLÉIADE, MDCCCLXXXVL