‹ Entrevisions, suivi de Poèmes posthumesChapitre 5 sur 75 · LES IDENTIQUES · texte numérisé non relu

LES IDENTIQUES

L'une vers l'autre s'est penchée.

Leurs chevelures se confondent ; L'une est d'or et l'autre est blonde.

Leurs deux têtes rapprochées Songent ensemble le même songe.

Elles ont même âge et se ressemblent Comme la fleur ressemble à la fleur.

Et l'une à l'autre parle à son cœur.

L'une dit : Le jour se lève.

L'autre répond : Tout est en rêve.

Suis- je réellement, dis-le-moi ?

Est-ce toi l'ombre, est-ce moi ?

Quelle est celle de nous que voient

Les regards qui nous adorent ?

Elles se taisent ; que dire encore ?

Solitaires, dans la plénitude

De leur amour, elles sont venues

L'une vers l'autre.

Et toutes deux sont devenues

Une nouvelle solitude.

META'MORPHOSE

L'oraison du soir s'achève, Tout s'efface comme en un rêve, Le monde s'endort dans un fluide d'or.

Les yeux baissés sur ses beaux songes.

Dans sa grotte avec ses anges, La Vierge silencieuse est assise.

L'Enfant divin s'est endormi.

Dans le ciel des floraisons roses Se suspendent, et sur la mer

Le repli de nacre des airs S'ouvre et frôle les vagues blondes.

En ce moment, des forêts profondes

S'élèvent des brises et montent

Des haleines de fleurs ardentes.

Des feuilles bruissent, des oiseaux chantent ;

Toute la mer assombrie étincelle,

Et le soir s'empHt de senteurs

De myrrhe et d'ambre.

La Vierge entr'ouvre ses yeux où tremblent Des ténèbres et des rayons.

Ses lèvres prononcent tout bas un nom ; Un vague sourire efface ses pleurs.

Sa robe blanche se fait diaphane. Pâle, comme une fleur qui se fane Sur sa chair où courent des flammes Comme des épis ondoyants ; Ses lourds cheveux dénoués s'écroulent Fauves avec des roses et roulent Sur ses épaules et sur ses hanches.

Ses seins se dressent frémissants.

L'Amour s'éveille.

Ses anges, repliant leurs ailes,

Se sont levés. Leurs douces paroles,

Avec le luth et la viole,

Sur leurs lèvres se sont tues.

Ils détachent leurs ceintures

Et délacent leurs robes d'orfrois.

Et tous les trois redeviennent, nues.

Les belles Grâces d'autrefois.

Elles étendent leurs mains stellaires

Dans le jour qui va finir.

Et leurs regards, de leurs prières,

Se détournent vers la mer :

Sur la conque nacrée des airs.

Fleur des flots, en un divin rêve^ Scintillante naît et se lève Vénus, étoile de la mer.

Page 1