‹ Entrevisions, suivi de Poèmes posthumesChapitre 57 sur 75 · NOVEMBRE · texte numérisé non relu

NOVEMBRE

LASSE, et dénouée au souffle des vents De sa ceinture de fleurs et de feuillages, La Vie ardente, au doux visage, qui riait Sous sa luxuriante couronne, La bouche mûrie et les seins ambrés.

Offrant leurs grappes splendides d'automne, D'ivresses gorgées et de rayons. Et mordues des lascives colombes, A cette heure inquiète qui tombe, Sourde, des ténébreuses nuées,

Défaite, et sombre, repose et dort,

Frileuse et nue,

Et de grandes flammes d'or

Ondulent autour d'elle

Dans le crépuscule immense de ses ailes

Et s'échevèlent à ses épaules,

Au souffle des vents aigus où tourbillonnent

Des corolles et des feuilles jaunes.

Puis tout retombe ! et c'est, soudaine,

La solitude, où dans l'ombre apparaît

Un vague et dolent paysage

De fontaines.

De pins et de cyprès,

De brumes d'opales et violettes

Et de mornes cieux, où se reflètent

Des visages

D'anges soucieux.

Une voix grêle de cloche tinte

Aux campaniles du soir mourant ;

Et c'est la pluie encore, la grêle et le vent,

L'éternelle et monotone plainte

Qu'exhale le vent...

Immortalité, Vierge brillante et blonde.

Avec toutes les fleurs qui dorment sous la terre,

Près des sources profondes,

Elle repose, ainsi qu'une nuit nuptiale,

Aux chambres de cristal d'un palais solitaire,

Sous les neiges et les rafales

D'un pays désolé,

Comme passent les lentes heures ;

Riante et juvénile Espérance, qui demeure,

Au déclin des années ;

Fête intérieure, toute en soi résorbée ;

Grâce en sommeil. Beauté,

Avec son âme sur sa bouche rose errante.

Des parfums figés en fleurs de gel

Aux stalactites du silence.

Des lampes et d'immobiles figures d'été,

Et sous ses mains des sons de lyres expirantes

En ce royaume, longtemps ainsi.

Tu seras l'âme obscure, en attente d'aurore,

Que les bouches des vents sonores,

Ni les torches, ni les tocsins.

Ne réveilleront pas de sa mort passagère.

Avant l'heure du destin ;

L'heure d'Avril, subtile, aux fleurs légères,

Où les trompettes claires du soleil

Sonneront dans le matin.

Le joyeux réveil et la vie.

La nuit, du sombre azur de tes yeux s'est emplie.

Pour toi, du fond des ondes et des brumes

S'élèvent et s'allument,

Tristes, funèbres et néfastes,

Les pluvieuses Hyades

Et les Pléiades d'or,

Fleurons épanouis, en les jardins célestes.

De ta couronne de ténèbres.

Terre qui dors.

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