‹ Énucléation du Globe Oculaire et Opérations ConservatricesChapitre 6 sur 24 · LENS · texte numérisé non relu

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Grâce à Bonnet la chirurgie allait entrer en possession d’une méthode opératoire dont elle allait souvent abuser dans la suite, et l’on peut dire avec de Wecker (1) que si ce grand chirurgien a ainsi rendu service à beaucoup, il a été aussi bien préjudiciable à nombre d'autres par les abus qu'on allait faire de son opération.

Dès cette époque, l’énucléation est très employée et nous trouvons les communications favorables de Aug. Bérard en 1845, de Cooper en 1856, de Salomon en 1857. Mais cependant, il faut bien avouer déjà que les résultats ne sont pas aussi satisfaisants qu’on l'avait souhaité. Critchett enregistre des cas de mort par méningite postopératoire. De plus la prothèse oculaire sur laquelle tant d'espérances avaient été fondées est défectueuse. Mécontents de leurs résultats, certains chirurgiens, comme Critchett en 1863, proposent des opérations plus conservatrices, dans le double but d’améliorer les conditions de la prothèse et de diminuer les chances de complications redoutables. Pour le moment nous laisserons de côté ces opérations pour leur consacrer un chapitre spécial de notre étude.

Cependant l’énucléation reste encore pour nombre d'opérateurs, l'intervention de choix. Aussi trouvonsnous enregistrés de nombreux cas où elle cause des désastres.

En 1883, Vossius (2), observe une méningite postopératoire, la même année, E. Nettleship (3), pratique une énucléation qui est suivie d’une inflammation sympathique, En 1884, l'opération s'accompagne d’ophtalmie sympathique dans le cas de W. A. Frost (4), de

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méningite mortelle dans les cas de A. H. Benson (s) et de Hilt Griffith (6). Ce sont là des faits peu encourageants et déjà en mars 1884. Abadie (7) formule certaines restrictions. Il considère l’'énucléation comme un moyen héroïque donnant des résultats impossibles à obtenir de toute autre façon, mais souvent employé avec un zèle un peu excessif et il demande qu'on en limite l'indication à l'ophtalmie sympathique véritable.

En 1885, Bettremieux (8) réhabilita l'énucléation. Certes il en reconnait les nombreux inconvénients, les accidents redoutables, mais ceux-ci se montrent aussi et même en général avec plus d'intensité avec l’exentération proposée, l’année précédente, par de Graefe. Quant à la névrotomie optico-ciliaire elle est trop infidèle et trop souvent aussi dangereuse. D'ailleurs Bettremieux ajoute que l'opération de Bonnet devient inoffensive grâce aux méthodes antiseptiques employées par M. le professeur Panas. Priestley-Smith (9) avait aussi dès le mois de février conseillé les applications d’iodoforme immédiatement après l'hémorrhagie.

Dans les années qui suivent, l'accord ne se fait pas, tandis. que Routier 1885 (10) Alt (11), Rolland (12) en 1886, Meiffred en 1889 (13), Nimier en 18090 (14), F. Marchal (15) en 1891 préconisent l’énucléation, la série des cas malheureux n’est pas éteinte. Ainsi en 1886 Dor (16) et Hoby (17) ont plusieurs cas de mort postopératoires, Davidson (18), Nettleship (19), W. Tay (20), Mac Hardy (21), Brückner et Deutschmann (22) publient

des observations de méningites mortelles.

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Enfin en 1889 s'élève la protestation de de Wecker(23). Dans un article des Annales d’oculistique cet auteur qualifie l’énucléation de « procédé outrageusement hideux » et ne lui reconnaît plus d'indication que le danger de la transmission par migration ou de l'infection à laquelle peut donner lieu une tumeur maligne siégeant dans l'œil.

Dans ces dernières années l'opération de Bonnet cause encore de nombreux accidents. En 1896 Jean-Santos Fernandez (24) enregistre un cas de tétanos consécutif à l’'énucléation de l'œil.

Puis viennent les cas de méningite post-opératoire de Marshall (25) de de Lapersonne (26)en 1897, d'ophtalmie sympathique de Fage (27) et de Ferdinands (28) en 1898. Enfin en juillet 1898 Delbès (29) publie encore une observation de méningite mortelle.

IT. — Indications

En 1807 dans son manuel d’ophtalmologie, le professeur Fuchs donne encore une très grande place à i’énucléation. Pour lui les indications en sont toujours nombreuses. Ce sont :

1° Les tumeurs de mauvaise nature, ayant leur siège sur le bulbe ou dans le bulbe, quand on ne peut pas les extirper radicalement en conservant celui-ci :

2° Les traumatismes : on pratique l’énucléation primaire quand la blessure est telle que tout espoir de con-

server l'œil est perdu sinon l’on attend, on essaie

HE de sauver l'œil, mais s’il se déclare une inflammation avec perte complète de la vision, on fait l’énucléation secondaire.

3° Irido-cyclite, atrophie et phtisie du globe quand une ophtalmie sympathique menace d’éclater ou a déjà fait son apparition.

4° Glaucome lié à un état douloureux permanent, lorsque d’autres opérations moins graves ont été pratiquées sans succès ou sont inexécutables.

5° Ectasie du bulbe: Quand le globe ayant acquis un volume considérable, est à charge au patient par de fréquentes poussées irritatives, par l'obstacle qu’il apporte à l'occlusion parfaite des paupières et par la difformité qu'il engendre. Encore faut-il pour intervenir par l’énucléation qu’on ne puisse diminuer le volume de l’œil par un autre procédé.

6° Hémorrhagie d’un œil opéré ou crevé, si l'on ne peut l’arrêter que de cette manière.

7° Considérations esthétiques dans le cas d’un œil aveugle et très difforme.

Quand nous aurons étudié, dans un chapitre spécial, les divers procédés conservateurs que l'on oppose aujourd’hui à l’'énucléation, nous verrons comment :ïl

convient de restreindre le nombre de ces indications.

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